Par les mânes du Mogambo Guru !

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Mardi 30 mai 2006
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*** Par les mânes du Mogambo Guru !
Philippe Béchade revient sur la "construction européenne"… ça va faire mal !

*** La Loi de la Claudication
Bill Bonner inaugure un nouveau concept…

*** Champions du monde (1)
Notre Banquier Central se penche sur les mouvements récents des indices…

—————————– (publ.)

La volatilité actuelle du CAC 40 vous inquiète ?
Voici le moyen de la prédire — et surtout de la transformer en profits !

Pour tout savoir…

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Bonjour,

*** PAR LES MANES DU MOGAMBO GURU !

** L’Amérique célébrait hier le Memorial Day et la Grande-Bretagne le Late Bank Holiday. Les volumes d’échanges à Paris s’en sont retrouvés divisés par trois et la volatilité par cinq, le CAC 40 oscillant mollement, durant près de neuf heures, entre 5 010 et 5 025 points.

Admirons au passage la démonstration de force des institutionnels tricolores : ils ont su profiter de l’absence des investisseurs anglo-saxons pour tuer dans l’oeuf toute velléité de poursuite du mouvement de reprise amorcé mercredi dernier. Le CAC 40 a repris 240 points, soit 5%, sur ses plus-bas, et rejoint notre objectif des 5 030/5 050 points. Pas question d’effectuer un pas de plus en direction des 5 100 points sans les bons motifs !

Nous ne doutons pas que l’écoute attentive de nos dernières Chroniques diffusées sur le 0899 707 009* la semaine passée aura conduit les investisseurs à racheter massivement du papier vers 4 800 points, pour le revendre pour partie à l’approche des 5 049 points (puis de façon plus agressive en cas de test des 5 110 points, conformément à nos recommandations).

Comme nous n’avons pas diffusé de message d’alerte ce week-end, nous comprenons la détermination dont font preuve la majorité des intervenants pour figer la situation en l’état, en attendant que nous élaborions de nouveaux scénarios de trading irrésistibles pour les amateurs de sensations fortes et de stratégies anti-consensuelles.

Vous doutez de notre pouvoir d’influence occulte sur les marchés ? Vous vous esclaffez devant notre prétention à peser sur le cours des choses ? Vous interprétez les deux paragraphes précédents comme le symptôme incontestable d’un accès de délire mégalomaniaque ?

Vous avez tort. Et le Mogambo Guru, qui partage notre approche froide, rationnelle et pondérée de l’évolution des indices boursiers, vous ferait part sur le champ de son indignation et s’empresserait d’accabler votre scepticisme d’Anathèmes Apocalyptiques et Ahurissants (le fameux AAA, que les simples mortels prononcent Hahaha !).

Comment expliquerez-vous en effet qu’en l’absence d’indications de notre part, tout le monde s’accorde spontanément sur l’urgence de ne rien faire — de telle sorte que le chiffre d’affaires à Paris passe d’un seul coup de 7,5 milliards (moyenne quotidienne de la semaine passée) à un misérable 2,5 milliards d’euros ? Un total seulement comparable aux toutes dernières séances de l’année 2005, alors que nos chroniqueurs étaient précisément en congé : si ce n’est pas là une preuve irréfutable de notre emprise sur la bourse, quelle justification supplémentaire vous faut-il ?

** Certains lecteurs qui ont mesuré notre incommensurable influence et remarqué qu’elle s’étend bien au-delà du simple domaine financier nous ont reproché d’avoir fait pencher la balance en faveur du non à la constitution européenne il y a tout juste un an. Nous vous devons toute la vérité : nous n’y sommes strictement pour rien (là non plus, diront les mauvaises langues !). Un sondage sorti ce lundi à l’occasion de ce (triste ?) anniversaire démontre que si c’était à refaire, le non l’emporterait avec une avance tout aussi significative qu’en mai 2005.

Ce coup d’arrêt à la "construction européenne" — une formule dont la magie s’est effacée au fil des ans devant l’apparente vacuité politique du concept et l’impasse auquel l’a conduite un élargissement à 25 sur la seule base de critères purement économiques — est-elle la traduction d’un "mal français" [dont le Banquier Central nous entretient d'ailleurs plus en détails ci-dessous, NDLR] ? Ou bien est-ce au contraire la sanction d’un désenchantement qui ne cesse de s’amplifier depuis la chute du Mur de Berlin ?

Quel contraste entre les 100 milliards d’euros de profits des entreprises françaises en 2005 et la chute de la France dans tous les classements comparatifs basés sur une sélection de critères économiques plombant les pays où la dimension sociale fait partie des priorités des gouvernants (et des populations qui les élisent) !

Raphaël Garaud nous livre dans son dernier éditorial de Vos Finances – La Lettre du Patrimoine une enquête très éclairante du World Economic Center de Davos ou de Globeco. On y apprend que la France disparaît du "top 10" des pays les mieux placés dans la compétition mondiale — et ce dans des domaines aussi divers que la croissance, la recherche et les technologies de pointe, la productivité horaire, la lutte contre les déficits, la richesse produite, les salaires et l’actionnariat individuel.

Nous ne pouvons nous empêcher d’ajouter à cette liste les réfrigérateurs/congélateurs à deux portes, les spots publicitaires durant les programmes "culturels", les 4×4, le base-ball, le cricket ou le catch — sans oublier la participation à une "guerre pour la sécurité du monde"… Autant d’éléments caractéristiques d’une civilisation avancée, et communs aux pays qui trustent les trois premières marches du podium libéral planétaire : Etats-Unis, Royaume-Uni, Australie — suivis de près par le Japon, la Chine et la Corée du Sud.

La France serait donc en train de sombrer en 3ème division, tout comme l’Argentine au milieu du 20ème siècle. Elle serait passée du statut de 5ème ou 6ème puissance économique mondiale à l’orée des années 30 pour retomber au 35ème rang, à la lutte avec l’Iran et la Malaisie avec leur 120 milliards de dollars de PIB, et bientôt rejointe par Singapour et ses 3,6 millions d’habitants, soit 1/10ème de la population argentine. L’Argentine avoue un PIB équivalent à 1/5ème de celui de son voisin brésilien, un quart de celui des Pays-Bas, la moitié de celui de la Norvège

A quand une rétrogradation de la France derrière le Portugal, situé trois crans au-dessus de l’Argentine ? En tripatouillant comme il faut les chiffres, et avec une lecture ultra-libérale des critères "dynamiques" des experts du Forum de Davos, il ne serait pas difficile de classer la France derrière la Pologne (portée par ses armées de plombiers prêts à déferler sur l’Europe de l’ouest !)… voire la Grèce, championne d’Europe en 2004 et qui avait obtenu sans difficultés l’organisation des Jeux olympiques la même année, alors que Paris a été recalé pour 2012.

Faut-il s’étonner, dans ces conditions, qu’une certaine frange de la population estime avec amertume que l’Europe ne nous comble guère de ses bienfaits depuis une quinzaine d’année ? Dans le même temps, d’autres citoyens, pleinement conscients de l’effondrement de la France dans les classements qualitatifs et quantitatifs anglo-saxons, ne veulent pas que nous fassions plus longtemps office d’obstacle au merveilleux projet d’une Europe marchande qui délocalise la production vers les usines implantées à l’est et les profits vers les paradis fiscaux implantés à l’ouest.

Autant s’asseoir sur le banc de touche et regarder les vrais champions économiques faire la démonstration de la supériorité de leur modèle de développement sous les regards admiratifs des pays émergents (mais exclus — et pour encore longtemps — de la véritable prospérité à l’occidentale). La France n’est plus sur la feuille de match, si l’on en croit les tabloïds anglo-saxons… et c’est tout juste si on l’accepte encore des Français sur le terrain à la mi-temps pour couper les citrons, en souvenir d’un lointain titre de champion du monde conquis au cours d’un siècle précédent.

L’arbitre reste naturellement anglo-saxon. Si jamais une équipe française parvenait à échapper à la vigilance des organisateurs et à se qualifier pour le tour préliminaire d’un obscur championnat, il suffirait de siffler une série de penalties pour une succession de fautes imaginaires et condamner la France à la relégation.

Demandez à Patrick Kron ce qu’il pense de la sélection du Canadien Bombardier — par ailleurs partenaire d’Alstom dans de nombreux projets ferroviaires en Europe — sans appel d’offre pour la construction de nouvelles rames destinées à équiper le métro de Montréal. Demandez à Anne Lauvergeon ce qu’elle pense de l’objectivité du choix technologique des autorités de Pékin lors de la "compétition" entre Areva et Westinghouse pour la construction d’une série de centrales nucléaires en Chine.

Il est clair que le label France n’a pas la cote depuis que les Etats-Unis ont décidé d’exporter leur propre modèle de démocratie en Irak en 2003. Ne soyons pas étonnés, cependant, que certains de nos compatriotes fassent preuve d’euro-scepticisme face à la division de nos voisins continentaux sur la participation à un tel fiasco.

L’argent est un bon serviteur mais un très mauvais maître… C’est pourtant le seul domaine où tous les dirigeants européens soient tombés d’accord pour lui accorder les pleins pouvoirs dès les origines. Mais au bout de deux générations — comme au bout de deux mandats présidentiels –, tout finit par lasser, même les échecs politiques les plus lamentables, à l’image du réputé inusable alibi sémantique de la "construction européenne".

Philippe Béchade,
Paris

*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** LA LOI DE LA CLAUDICATION

** Les drapeaux étaient de sortie à Londres ce week-end. Ils étaient accrochés aux fenêtres des voitures. Les gens les ont mis sur leurs chapeaux… leurs chemises… devant leurs portes.

* Pendant un petit temps, Londres a ressemblé à une ville américaine. Les Américains aiment afficher leur drapeau, eux aussi. Mais alors qu’à Londres, on pavoise en honneur d’une équipe sportive, aux Etats-Unis, les drapeaux sont exposés pour montrer son soutien à l’équipe préférée de tous — le gouvernement fédéral. La version britannique nous semble plus inoffensive… plus saine… et plus civilisée.

* Les gens semblent vraiment avoir besoin de se distraire de leurs propres vies. Outre le sport, il y a les films, les livres, le théâtre, la politique, les magazines, les journaux, la Bourse… Le monde moderne semble fournir un nombre infini de moyens de s’intéresser aux affaires des autres. Les fans acclament leurs joueurs favoris ; lorsque leur héros marque un but, c’est presque comme s’ils l’avaient marqué eux-mêmes. Voilà pourquoi les gens regardent les émissions où s’exprime leur champion politique ; chaque fois que le beau parleur marque un point, ils se sentent plus intelligents.

* Mais malgré les drapeaux et les transports publics encore en fonctionnement, la ville était aussi morte que les bonnes manières, hier. C’était un jour férié. Aux Etats-Unis, c’était Memorial Day.

* Jour férié ou pas, nous étions au travail, cher lecteur — pour vous. Nous relions les points. Et aujourd’hui, nous avons quelque chose de spécial.

* De temps en temps, relier les points mène à une illumination. Nous en avons eu une aujourd’hui. Pour autant que nous en sachions, personne n’y a jamais pensé. Mais selon nous, elle vaut la Loi de l’avantage compétitif… ou la Loi des conséquences inattendues… ou au moins une petite loi fédérale. Nous l’appelons la Loi de la Claudication. Elle décrit le processus de dégradation incrémentielle qui finit par détruire une économie, une nation ou une devise. La Loi de la Claudication nous signale le moment où l’on fait d’immenses pas vers l’auto-destruction ; c’est la jambe raide de la prudence.

* Et dans la mesure où la Chronique est un service ayant trait à l’argent, nous examinons aujourd’hui comment cette loi fonctionne en ce qui concerne la devise. Nous vous montrons pourquoi elle garantit que le dollar va perdre toute sa valeur.

* Comme nous l’avons mentionné plusieurs fois, une banque centrale ne peut contrôler directement que la quantité d’argent qu’elle émet. Si elle limite la quantité, et contrôle et protège la qualité de la devise. Mais à mesure que tout système mûrit, il développe les maux et les scléroses familiers de l’âge. Tôt ou tard, les gens trouvent le moyen de "truquer le système" à leur avantage. Et l’avantage que l’on peut obtenir d’une banque centrale est le plus simple de tous ; elle "crée" de l’argent. Quoi de plus naturel que de voir les gens préférer avoir plus d’argent que moins ? Les banquiers, après tout, ne sont pas des robots. Ils sont faits de chair et de sang, de cervelle et d’hallucinations, comme tout le monde.

* "Nous ne somme pas des dieux", nous rappelons-nous avoir entendu à l’église la semaine dernière. "Nous sommes des êtres humains. Et en tant qu’être humains, nous sommes sujets aux erreurs. Nous cherchons la tentation, de sorte que nous pouvons y céder. Voilà pourquoi nous prions pour ne pas être ‘soumis à la tentation’, parce que nous savons que nous avons du mal à résister."

* Les banquiers centraux résistent à la tentation pendant un temps… puis ils y cèdent. Mais ils cèdent à leur soif de lucre par étapes hétérogènes. D’abord, on leur demande de "stimuler" l’économie qui ralentit — ce pour quoi ils doivent faire de grands pas. Puis, à mesure que les prix à la consommation grimpent, les banquiers réalisent qu’ils mettent en danger la qualité de la devise du pays. Ils doivent donc dé-stimuler l’économie. Ils baissent les taux pour faire bouger les choses, puis les augmentent pour calmer le jeu. Mais ils le font de manière inégale… par bonds. Lorsqu’une crise arrive, ils se précipitent et font baisser les taux comme Jesse Owens dans la dernière ligne droite. Mais lorsque la crise cesse, ils traînent la patte. Ils hésitent. Ils veulent s’assurer que les problèmes sont bel et bien terminés. Tous leurs amis leur recommandent de ne pas être trop hâtifs. Après tout, qui veut de l’argent plus serré ? Ils traînent donc des pieds.

* Il nous suffit de remonter quelques mois en arrière pour en trouver la preuve. La Fed de Greenspan a rapidement réagi à la crise de 2001 par des baisses de taux rapides. La récession a été terminée en trois trimestres, mais les baisses ont continué jusqu’à ce que la Fed prête de l’argent pour 1% d’intérêt seulement — soit moins que la moitié de l’inflation des prix à la consommation. Ce taux bas a duré bien plus longtemps que l’urgence qui l’a provoqué. Trois ans plus tard, la Fed prêtait encore de l’argent à 1%… puis elle a commencé à augmenter les taux par étapes minuscules, de 25 points de base à chaque fois, si bien qu’il a fallu deux ans de plus pour les ramener à un niveau normal.

** Pendant ce temps, à Washington, une autre forme de dégradation incrémentielle est devenue banale. Selon les théories législatives héritées de John Maynard Keynes, que le gouvernement doit compenser le cycle économique en accumulant les déficits lorsque l’économie privée est en crise, puis les surplus lorsqu’elle va trop vite. C’était là une idée qui promettait de grands avantages — les gens pensaient qu’elle éliminerait les booms et les krachs qui affligent les économies libres.

* Mais ils n’ont pas pensé à tenir compte de la Loi de la Claudication. Les politiciens ont fait des efforts herculéens pour compenser le ralentissement de 2001, dépensant aveuglément 750 milliards de dollars — en 18 mois seulement. Mais une fois la crise terminée, où étaient les surplus ? Ils doivent encore faire leur apparition. La pauvre jambe atrophiée ne rattrape jamais l’autre. A présent, mesurés en toute honnêteté, les fédéraux accumulent des déficits de plus 800 milliards de dollars tous les ans.

* On se croirait en guerre, ou quelque chose comme ça.

—————————– (publ.)

Consterné par les manœuvres en tous genres qui faussent les marchés ?
Exaspéré par l’absence totale de transparence dans la gestion de vos actifs ?
Effaré par le manque d’indépendance de certains conseillers financiers ?

Eh bien… voici votre antidote personnel à l’industrie financière !

Un antidote qui aurait pu vous rapporter des gains cumulés de 165% en 2005…
Pour en savoir plus…

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*** La Chronique Agora présente ***

Le Banquier Central se penche sur la récente baisse des marchés… et sur le mal qui semble affliger les Français en ce moment.

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Le Journal d’un Banquier Central
CHAMPIONS DU MONDE — 1ère PARTIE
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Par le Banquier Central (*)

On est dans l’avion, on est dans l’avion.
— Populaire — Folklore de supporters français

La morosité ambiante ; l’inquiétude systématique ; la haine farouche du changement ; ou bien encore, cette curieuse manie, pour un officier des services secrets, de noircir et d’archiver, là où tout le monde pourra les lire, des dizaines de petits carnets bourrés de renseignements compromettants. Voilà, en vrac, quelques manifestations d’un syndrome qui suscite l’étonnement du monde, et que j’appellerais volontiers le "mal français".

… Nous sommes un peuple à nul autre pareil. Comment, dotés de ce caractère si paradoxal, de cette nature impénétrable aux yeux de l’humanité, espérer nous faire entendre ? Comment trouver encore, dans le vaste concert des nations, ce rang légitime auquel notre génie national aspire ? Oui, cher Journal, la France doute d’elle-même. A l’aube du XXIe siècle, le pays qui a donné au monde Bonaparte, Chateaubriand ou Félix Faure se replie sur lui-même, remâchant la douloureuse rancoeur d’être incompris par son temps.

Une lueur dans les ténèbres
Pourtant rien n’est perdu ! Assez de sinistrose ! Il faut croire à nouveau en nos prodigieuses ressources. L’heure a sonné de faire souffler, sur ce pays, un gigantesque vent de renouveau, attisant le brandon presque éteint de l’espoir ! Car la France n’est jamais aussi grande que dans l’adversité ; et c’est lorsque tout est perdu qu’on la voit redresser orgueilleusement la tête.

… Comme en écho à ces réflexions que je me faisais ce matin devant mon café crème, je suis tombé sur un article relatant les conclusions d’une enquête effectuée par un site consacré au tourisme, WAYN, auprès de 6 000 internautes. Or il se trouve que notre pays s’y taille la part du lion, figurant en première place dans trois des quatre catégories retenues : rentrez donc sous terre, pessimistes de tout poil ! Et reprenons, sans honte, ce cri triomphal qui jaillissait, il y a encore peu, de toutes les poitrines : champions du monde !

Je concède, cher Journal, que le détail de l’article a tempéré quelque peu mon enthousiasme. J’y ai découvert, en effet, que la France figure au premier rang (46% des réponses) des pays les moins hospitaliers — devant l’Allemagne et l’Espagne ; au premier rang des pays les moins généreux, devant l’Allemagne et les Etats-Unis ; au premier rang des pays les plus ennuyeux, devant l’Allemagne et l’Autriche ; enfin, au deuxième rang des pays les plus cultivés, après l’Italie et devant le Japon.

… Au temps pour moi. Mais je suis rompu aux diableries des statistiques et sais qu’il faut se méfier de ce genre d’enquête. Un rapide examen du site WAYN m’a toutefois représenté qu’il était essentiellement fréquenté par une population de jeunes gens anglophones, davantage portés sur les piercings et la musique techno que sur l’histoire des Capétiens. Tout de même, ce sont les touristes de demain. Et si l’Hexagone, comme on nous le prédit, est appelé à devenir la destination incontournable du tourisme mondialisé, ce premier bilan augure mal de nos relations avec le monde anglo-saxon.

La vie en rouge
C’est un indice d’autant plus préoccupant que les vrais leviers de l’économie future, je le comprends aujourd’hui, résident dans l’espace informel et miroitant des loisirs, du tourisme, et des mille passions qu’ils suscitent. Faut-il donc s’étonner qu’à la veille des vacances, les investisseurs désertent soudain les marchés ? La vie, la vraie vie, est loin de ces chiffres sans âme que mes attributions me forcent à examiner !

J’ai beau scruter mon écran de contrôle, cher Journal, et faire défiler les colonnes : je n’y vois que du rouge. L’ensemble des indices mondiaux est engagé, depuis quelques jours, dans une correction brutale. Pas un n’y échappe ! Les poids lourds mondiaux accusent de 8% à 9% de baisse, retraçant en un peu plus d’une semaine une progression qui s’était étalée sur 76 jours. Mon analyste technique, Egisthe, me signale que le Nasdaq 500, sur lequel nous fondions de grands espoirs, a déclenché un signal inquiétant d’accélération baissière, enfonçant (de très peu) une ligne de support oblique en place depuis l’automne 2002, laquelle passait par les 2 175 points. Il faudra surveiller ce seuil, et vérifier qu’il ne s’agit pas d’un simple excès.

Par ailleurs, ce sont les vedettes d’hier — l’Asie et les marchés émergents — qui payent au prix fort cette désertion des capitaux. Des indices tels que le Sensex de Bombay — qui s’est même vu forcé de suspendre provisoirement ses cotations –, ou encore le dynamique indice turc, le National 30, plongent de près de 20%. Jakarta, Singapour, Séoul suivent le même mouvement. La correction est sévère, certes ; elle s’accompagne aussi, dans la plupart des cas — notamment pour notre CAC 40 — de volumes significatifs. Mais au vu des gains remarquables enregistrés par ces marchés (+100% en un an pour le Sensex ou encore pour l’indice turc), elle n’a rien de catastrophique, et surprend davantage par sa brutalité que par son ampleur.

Dire, depuis le temps que nous l’attendions, que nous ne l’avons pas vue venir ! Egisthe l’Analyste et moi-même n’avons pas cessé, depuis la fin de l’hiver, de nous exciter à la prudence, surtout sur les marchés européens. Bien qu’ayant décelé les premiers signes de secousses, Egisthe a vu ses résistances-clés franchies et n’a pu, en fin de compte, que valider la poursuite de la hausse. A tort : les réactions brutales, à proximité des seuils techniques mais pas exactement sur les points, sont caractéristiques de marchés où l’incertitude domine.

Le regain de volatilité sur les marchés d’indices est, à cet égard, éclairant. Egisthe l’Analyste m’a remontré la courbe de volatilité du Dax allemand (un indicateur fiable, parce qu’il est traité sur outre-Rhin) qu’il avait étudiée en juin dernier : tout comme il le supposait alors, le franchissement de la résistance des 18% s’est accompagné d’un décrochage significatif du cours. Dans ce contexte incertain, mais positif, on peut voir affluer des intervenants sûrs d’eux-mêmes, résolus à jouer contre les clés techniques les plus évidentes : d’où le décalage vis-à-vis des points. Le risque, pour ces parieurs, reste modéré, dans la mesure où leur enjeu n’est pas la vente à découvert, mais la prise de bénéfices. C’est ainsi qu’il faut, à mon sens, expliquer les mouvements récents des indices : non par une crise brutale de confiance, mais par un débouclage de positions gagnantes.

La suite dès demain…

Meilleures salutations,

Le Banquier Central
Pour la Chronique Agora

(*) Derrière le Journal d’un Banquier Central, on trouve toute une équipe d’experts de la finance, de l’économie, de l’analyse technique et de la bourse — qui mettent à votre service leur expérience boursière aussi affûtée que leur sens de l’humour pour vous proposer des recommandations claires, fiables… et surtout profitables !

Pour découvrir le Journal d’un Banquier Central, continuez votre lecture…

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