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La Chronique Agora
Paris, France
Mercredi 18 avril 2007
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*** Sumo, palaces helvétiques et roller coaster
Entre hausses boursières et flambée de l’euro, Philippe Béchade s’interroge…
*** Boom pétrolier à Venice
Après Byron King lundi, Eric Fry continue d’évoquer l’histoire pétrolière de la Californie
*** Visite à la forteresse
Bill Bonner s’aventure dans les vallées des Andes
*** Pâques au hublot (1)
Notre Banquier Central réconforte un collègue pas comme les autres…
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Assez d’attendre les profits ?
Des gains de +50%… +69,77%… +67,86… +88,10% depuis début mai 2006… et des plus-values de 106,90%… 100%… 104%… 91,80%… 117,10% et même 679%… engrangées durant la première partie du 1er semestre 2006 !
Parfois, c’est encore le court terme le plus performant. Découvrez pourquoi…
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Bonjour,
*** SUMO, PALACES HELVETIQUES ET ROLLER COASTER
** Du strict point de vue économique et financier, la journée d’hier restera marquée par l’inscription collective d’un nouveau record annuel par des indices tels que le CAC 40, le DAX ou le FT 100 à Londres. On retiendra aussi et surtout de nouveaux zéniths historiques de la monnaie unique face au franc suisse (à 1,6450) ou au yen (162,5) — sans oublier le retracement des 1,3600 face au dollar à la mi-journée.
Pour l’anecdote, Paris a terminé sur un repli symbolique de 0,07%, après avoir culminé vers 5 871 poins à une demi-heure de la clôture. Ce plus haut s’est matérialisé malgré le repli de pas moins de 30 parmi les 40 valeurs vedettes de la cote (ce ratio était identique à 17h35, heure officielle de la fin des échanges).
L’Euro-Stoxx 50 ou l’Eurotop 100 n’ont en revanche pas baissé pavillon en fin de parcours. Ils ont conservé une avance de 0,12% (respectivement) et aligné une dixième séance de hausse sur une série de 12. Le Dow Jones, qui enchaîne une 12ème progression sur une série de 13, poursuivait sur sa lancée et retraçait très précisément son record absolu des 12 795 points au bout d’une heure de cotations.
Il est assez tentant d’établir un parallèle entre la forme olympique de Wall Street depuis six semaines et le fléchissement du billet vert face à l’euro… mais il ne vous aura pas échappé que les indices boursiers de ce côté-ci de l’Atlantique affichent sur la période considérée des performances largement supérieures (+10% en moyenne, contre +7% pour les indices américains).
** Nous n’avons pas fini de dresser l’inventaire des avantages fabuleux découlant de la flambée de l’euro. En l’espace de 18 mois, les fans de la qualité hôtelière helvétique viennent de gagner une nuit supplémentaire gratuite — par tranche de séjour de deux semaines — dans un palace de leur choix, au bord d’un lac cristallin ou avec vue sur le Cervin…
Les inconditionnels des tournois de sumo (notre futur ex-président va bientôt disposer de pas mal de temps libre pour s’adonner à sa passion pour les lutteurs charpentés façon Botero) pourront désormais assister à la totalité des grands tournois — qui durent une semaine complète — et profiter d’une journée supplémentaire consacrée à la dégustation de sushi et de sashimi sans débourser un yen supplémentaire par rapport au mois d’avril 2006.
Les amateurs de grands espaces et de Harley Davidson pourront également s’offrir — toujours pour le même prix — une traversée des Etats-Unis de Chicago à Los Angeles par la fameuse Route 66 en huit jours au lieu de sept. De quoi consacrer un peu plus de temps à la visite du Grand Canyon ou à l’expérimentation des plus démoniaques roller coastersde la planète, implantés dans le parc californien de Six Flags… histoire de se préparer leur estomac aux futurs soubresauts des indices boursiers que nous anticipons d’ici juin 2007.
** Si nous vous dépeignons un séjour en Amérique sous l’angle des loisirs, c’est en quelque sorte pour exorciser l’horreur de la tuerie survenue sur le campus de l’université de Virginia Tech, à Blacksburg, en Virginie — dont le bilan hallucinant (33 morts) éclipse celui de Columbine, qui avait endeuillé l’Amérique huit ans auparavant.
Nous attendons avec une certaine curiosité de connaître par quelle thématique marketing la NRA (National Rifle Association) va assurer, au cours des prochains mois, la promotion des dernières nouveautés 2007 qui viendront enrichir la gamme des armes de poing et autres fusils automatiques, toujours en vente libre — ainsi que des quantités illimitées de munitions de tous calibres — dans les centres commerciaux.
Ces engins de mort viendront s’ajouter aux 200 millions d’armes détenues en toute légalité, au nom du deuxième amendement de la Constitution, par plus de 65 millions d’Américains… plus quelques centaines de milliers de citoyens qui en font un usage prohibé pour cause d’activités criminelles. Cela suffit pour maintenir les Etats-Unis largement en tête du classement des morts violentes au sein des pays dits démocratiques.
Tout ceci nous éloigne un peu de notre propos initial mais il nous est difficile de rédiger cette Chronique comme si l’évolution des devises et des indices boursiers nous apparaissait comme un sujet primordial alors que de tels drames font la une de l’actualité et traumatisent une nation entière.
** En ce qui concerne l’actualité macro-économique, nous avons assisté à la publication d’une rafale de statistiques outre-Atlantique, et les opérateurs ont enfin pu se rassurer : l’indice des prix à la consommation — hors éléments volatils — s’est assagi à +0,1% en mars. En taux global, cependant, la hausse des prix s’est accélérée à +0,6% du fait de la remontée des cours du pétrole (64 $ le baril ce mardi).
Les mises en chantier de logements ont constitué la bonne surprise du jour, avec une progression de 0,8% — les demandes de permis de construire rebondissant dans les mêmes proportions. La seule petite déception provenait de la production industrielle, qui a enregistré un recul de 0,2% au mois de mars.
Les cambistes n’en ont pas tenu compte ; ils se sont surtout inspirés de l’embellie apparente dans le secteur immobilier aux Etats-Unis pour racheter un peu de dollars. Ce dernier tutoyait ses planchers annuels face à l’euro en fin de matinée (il s’échangeait mardi soir autour de 1,3570/euro) : il aurait été assez surprenant que le billet vert dévisse en direction des 1,3666 alors que Wall Street frôle des sommets.
Le dollar restait en revanche ancré sous les 2,005 face à la livre sterling, qui retrouve ses sommets de 1992 face au billet vert, dopée par un taux d’inflation de 3,1% en rythme annuel… Cela devrait conduire la Bank of England à orchestrer, d’ici le début ou la mi-mai, un nouveau tour de vis à 5,5% du taux directeur britannique. Les Gilts 2017 affichent désormais un rendement de 5,08%, contre 4,175% pour les Bunds allemands, qui se détendent malgré la hausse du ZEW, un des plus fiables parmi les divers baromètres de la confiance outre-Rhin.
Ceci a cependant propulsé l’indice DAX au-delà des 7 350 points, alors que les analystes avaient été saisis de vertige le 26 février lorsque l’indice parvint à tester l’espace de quelques heures la barre des 7 000 points. Les acheteurs se montrent aujourd’hui carrément frénétiques, alors que les valeurs allemandes viennent de reprendre 14% d’une seule envolée en moins de six semaines.
** Nous ne saurions affirmer que les anticipations les plus optimistes sont aujourd’hui pleinement intégrées dans les cours des actions. Un marché qui s’inscrit dans une spirale haussière se trouve toujours des raisons — souvent très mauvaises, parfois totalement absurdes — d’atteindre des niveaux de valorisation stratosphériques.
Nous évoquions en préambule les irrésistibles avantages de la flambée de l’euro : nous pouvons en citer un tout dernier — à savoir la possibilité d’acheter de l’or moins cher que nos confrères américains, qui doivent débourser pas loin de 700 $ l’once.
Nous sommes heureux de constater que personne ne s’interroge sur la signification de cette ruée sur le métal précieux : cela va nous permettre de développer quelques arguments chocs qui constitueront opportunément le thème central lors de notre prochaine Chronique. A suivre donc…
Philippe Béchade,
Paris
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Eric Fry vous donne les dernières nouvelles de Wall Street
*** BOOM PETROLIER A VENICE
** La mère de votre correspondant est née à Venice, en Californie, en 1923. A l’époque, ce complexe balnéaire comptait encore des canaux, des gondoles importées et des stars de cinéma. Mais peu après l’entrée de notre mère à l’école primaire Florence Nightingale, la société Ohio Oil Co. a trouvé du pétrole dans la péninsule de Venice (appelée aujourd’hui Marina Peninsula).
- En Californie, Venice ne serait plus jamais la même.
- Deux mois après l’effondrement boursier de 1929, un des puits de l’Ohio Oil Co. toucha un gisement près du Grand Canal, à deux pâtés de maison de l’océan. Neuf mois plus tard, 50 puits extrayaient du pétrole dans la péninsule. Et tandis que les forages se multipliaient, les gondoles, les canaux et les stars disparaissaient… de même que la côte propre et non polluée. "Le quartier résidentiel, à la mode et plein de promesses, s’était transformé en une zone bruyante, malodorante, laide et dangereuse", raconte l’historien Jeffrey Stanton. "Les déchets pétroliers étaient constamment rejetés dans le canal et le lagon"…
- Même dans ces conditions, le boom pétrolier se poursuivit à l’extrémité sud de Venice (leurs voisins du nord — Ocean Park, Santa Monica et Pacific Palisades — avaient tous interdit les forages dans leurs communes). En 1931, 340 puits extrayaient quotidiennement près de 50 000 barils de pétrole du champ de Venice — ce qui en faisait le quatrième champ le plus prolifique dans l’état de Californie, selon Stanton.
- 1931, c’est aussi l’année où le grand-père de votre correspondant, le Dr. Joseph Saylin, a endossé le rôle de président de la Chambre de commerce de Venice. Depuis son modeste poste, il ne s’est pas contenté de superviser le boom pétrolier ; il y a également participé. Au plus haut de la bulle, le Dr. Saylin investit dans un puits de pétrole local… sans pour autant négliger de déménager sa famille vers les pelouses manucurées de Brentwood — plusieurs kilomètres en amont des champs pétroliers malpropres.
- Le reste, comme on dit, fait partie de l’histoire — mais pas le genre d’histoire que votre correspondant aurait choisie. Le nom de famille de son grand-père, Saylin, n’est pas allé rejoindre les rangs des nababs pétroliers du début du 20ème siècle comme Rockefeller ou Getty. En fait, "Saylin" n’a même pas rejoint les rangs des juniors du pétrole californien comme Doheny ou Hancock.
- Au lieu de ça, le boom pétrolier se mua en krach dès l’année suivante. Deux ans de prospection acharnée avaient quasiment épuisé les champs de Venice. Le puits du Dr. Saylin réussit à tirer assez de pétrole du sol pour couvrir les coûts de forage, mais guère plus.
** Même si la production pétrolière avait dépassé son sommet en 1932 à Venice Beach, quelques puits aux alentours continuèrent à produire une petite quantité de barils jusqu’au début des années 70. Dans son ensemble, le champ pétrolier de Venice a produit environ 50 millions de barils de pétrole… pendant que les forages généraient également un vaste terrain vague qui ne tarderait pas à être baptisé Slum by the Sea ["Taudis sur Mer", ndlr.].
- Le Venice des années 60, par exemple, était un quartier peuplé de revendeurs de drogues et de prostituées… avec quelques hippies, néo-bohèmes et aspirants Rois-Lézard (au milieu des années 60, Jim Morrison écrivit quelques-unes des premières chansons des Doors à Venice).
- Et comme l’a remarqué un historien au début des années 70, "Venice, qui était supposée être la plus chic des [plages de la baie de Santa Monica], a été envahie de puits de pétrole, et n’est plus qu’une longue bande incertaine de maisons de bois d’âge variable, de terrains vagues, de derricks et de tristes tas de gravats. Elle a le charme de la déchéance"…
- La déchéance, cependant, n’a guère de charme pour quiconque — sinon les vautours… et les jeunes fauchés. En 1985, lorsque votre correspondant, âgé de 20 ans à l’époque, vivait à Venice, les prostituées et les revendeurs de drogue étaient toujours visibles… de même que quelques néo-hippies et aspirants scénaristes qui écriraient plus tard pour la Chronique Agora. En d’autres termes, un demi-siècle après que le boom pétrolier de Venice ait déclenché la lente glissade de la ville vers la non-prospérité, elle restait un endroit "louche".
- L’industrie du pétrole à elle seule n’a pas causé le déclin de Venice — mais elle n’a pas non plus engendré quoi que ce soit ressemblant à de la prospérité. Une fois les pétro-dollars engrangés, seule demeura la coque crasseuse de l’ancienne station balnéaire. Au cours des décennies qui suivirent, Venice devint une sorte d’exemple-type des ravages de l’exploration pétrolière — une preuve tangible et bien pratique pour l’idée simpliste selon laquelle "le pétrole, c’est mauvais".
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, en Argentine
*** VISITE A LA FORTERESSE
** Vendredi dernier, nous avons enfourché nos montures après le petit-déjeuner pour aller visiter "la Forteresse".
* Francisco nous expliqua : "c’est une ruine inca dans les collines. On l’appelle la Forteresse parce que c’est sans doute depuis cet endroit que les Indiens se défendaient. Vous verrez".
* Nous avons quitté le ranch en file indienne… montés sur de robustes chevaux de races mêlée — péruvienne et arabe. Il n’y avait pas assez de chevaux pour tout le monde, si bien qu’Edward dut se contenter d’une mule — qui se révéla être le meilleur animal pour ce type de randonnée. Elle était lente, mais était plus calme et avait le pied plus sûr, sur les chemins tortueux et rocailleux montant vers la Forteresse.
* Nous avons gravi la petite montagne se trouvant derrière la maison, puis suivi une piste serpentant en bordure des collines, surplombant une mince bande d’herbe et un ruisseau. Il y avait quelques algarrobos (caroubiers) et molles tout tordus… qui semblaient tous avoir plusieurs centaines d’années. Il y avait également quelques saules ici et là, que l’on appelle sauces dans la région.
* Les chevaux sont restés au pas… jusqu’à ce qu’on aborde un bout de piste plus large et plus lisse. Ils se sont alors lancés dans un trot rapide, jusqu’à ce que les cailloux les freinent à nouveau.
* "Un groupe de 4×4 pilotés par des Allemands est censé passer par ici", avons-nous annoncé à Francisco. "Ils emmènent un groupe faire un tour de dix jours dans les Andes, pour prouver que leurs voitures peuvent subir tous les châtiments infligés par ces routes".
* "Eh bien, s’ils vont assez lentement, ils peuvent passer. Un autre groupe… des Toyota, je crois bien… ont pris la même route il y a trois ans de ça. Ils ont pris un groupe de nouveaux Landcruisers Toyota par ici. Mais si j’avais un Landcruiser flambant neuf, c’est le dernier endroit où je l’emmènerais".
* Environ une heure plus tard, nous avons contourné une colline, et aperçu à l’horizon une vallée toute verte.
* "C’est là qu’on va", déclara Jorge.
* "Dans cette vallée ?" avons-nous demandé.
* "Non, regardez… au-dessus de la vallée, de l’autre côté. Vous voyez cette colline qui semble blanche ? C’est la Forteresse. Nous allons descendre dans la vallée, puis remonter de l’autre côté. Quand les chevaux n’y arriveront plus, on marchera".
** La vallée elle-même a retenu notre attention pendant un long moment. C’était un oasis de verdure, entre des collines rouges et brunes très sèches, avec des falaises rocheuses des deux côtés, enserrant le petit torrent qui coulait en leur milieu.
* Perchée au bord de toute cette verdure se tenait une vieille maison d’adobe… ou du moins nous avons supposé qu’il s’agissait d’une maison. Des gens y vivaient. Nous pouvions voir à l’intérieur, par la porte ouverte — en fait, nous n’avons pas vu de porte, mais il devait y avoir quelque chose pour s’abriter de l’air froid, la nuit. Entre les murs étaient étendues des perches de bois sec, de longueur inégale, couvertes de brindilles et de paille… le tout ayant été recouvert de boue durcie par le soleil. On aurait dit un local de stockage utilisé par les Navajos, avec une bicyclette bleue appuyée contre le mur. Sans la bicyclette, l’endroit ressemblait probablement à ce dont il avait l’air il y a 400 ans de ça, lorsque les Espagnols sont arrivés dans la vallée. Le sol était fait de terre battue. Le plafond était noirci par la suie. Nous nous sommes demandé ce qui se passerait si quelqu’un y mettait le feu — apparemment, nous étions le seul à nous poser la question.
* Nous nous attendions presque à voir un Indien sortir, lance à la main. Sur le chemin, nous avions croisé une femme nue marchant le long de la route, hirsute, la peau couleur d’adobe. Pendant quelques secondes, nous avons cru voir un animal — une forme de primate ayant survécu dans les Andes. Puis nous avons vu son visage grimaçant, comme si elle tenait une conversation avec un ami invisible. Nous avons alors réalisé que non seulement elle était humaine… mais qu’elle était également aussi folle que le reste d’entre nous.
* Dans la petite maison d’adobe, cependant, il n’y avait pas signe de vie — ni humaine, ni animale.
* Nous nous sommes rappelé une autre vieille femme, vivant dans une bicoque similaire, de l’autre côté du ranch. La dernière fois que nous lui avons rendu visite, elle était mourante. Nous avons posé la question à Jorge.
* "Ursula… oui…" — Jorge indiqua la direction du sud. "On pensait tous qu’elle était morte. Mais la femme de Felipe, Marcella, c’est sa fille. Et Marcella, c’est ma tante. C’est donc aussi ma grand’tante. Eh bien, Marcella s’occupait d’elle. Parce qu’elle était malade. Et elle a 90 ans, au moins, donc on pensait qu’elle ne se remettrait pas. Mais elle est toujours en vie. Elle a vécu ici toute sa vie. Vous l’avez vu : on ne peut y aller qu’à cheval. Elle n’a jamais vu de docteur, parce que les médecins ne montent pas jusqu’ici, et elle ne veut pas descendre. Mais elle va toujours bien".
* Sous l’adobe se trouvaient des champs de maïs et de foin d’automne… ainsi qu’un petit potager entouré d’une haie de branches cassées et de buissons épineux. Dans un pré, deux chevaux étaient en train de paître. Sinon, il n’y avait aucun animal.
* Nous avons continué notre chevauchée… poussant nos montures dans des virages en épingle rocailleux… allant bien plus loin que nous l’aurions cru possible. Les chevaux trébuchaient et glissaient sur les cailloux, suant et soufflant… mais continuant à grimper vers la Forteresse. Enfin, ils durent s’arrêter.
* "Le reste, il faut le faire à pied", annonça Jorge.
* A suivre…
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*** La Chronique Agora présente ***
Jean-Claude T. n’est pas dans son assiette. Jean-Claude T. fait la tête. Jean-Claude T. envisage des mesures radicales… au point que même notre Banquier Central maison s’en inquiète. Voyons ce qui contrarie tant l’Aigle de Francfort…
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Le Journal d’un Banquier Central
PAQUES AU HUBLOT — 1ère PARTIE
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Par le Banquier Central (*)
Mieux vaut avoir tort trop tôt que raison trop tard. — Youri Gagarine
"Je me demande si c’est une bonne idée, Jean-Claude, murmurai-je. – M’en fiche !", gronda mon collègue sans ralentir. A califourchon sur un vélo d’appartement, pédalant avec une énergie farouche, c’était bien lui : Jean-Claude T***, l’Aigle de Francfort, l’inlassable champion de notre euro. Pourtant j’avais du mal à retrouver les traits de mon vieux camarade banquier central, derrière ce masque de détermination.
… Dieu sait pourtant que je le connais, mon Jean-Claude ! Pensez donc : nous étions scouts ensemble ! Il n’avait pas son pareil pour le noeud de chaise. Et je me souviens encore du jour où la tente de l’économat avait brûlé… Que de souvenirs…
Un coeur blessé
Irina, la blonde infirmière, s’était plantée devant le cycliste en chambre. Elle le surveillait d’un air attentif – ne baissant la tête que pour jeter, de temps à autre, une note sur son calepin. Egisthe, mon analyste technique, m’avait suivi dans la salle médicale. Nous échangeâmes un coup d’œil inquiet. Jean-Claude pédalait de plus en plus vite.
"Il y a sûrement d’autres moyens, repris-je… Moins extrêmes… C’est une décision très coûteuse, tu sais…
- M’en fiche !… J’ai des économies". Jean-Claude rajusta, sur son front, une électrode qui s’était déplacée.
Génie des peuples
Je me sentis le devoir d’insister : "Tu sais bien qu’en période électorale, les esprits s’échauffent facilement… Ils n’ont pas voulu te blesser… Ils n’ont pas réfléchi à ce qu’ils disaient…
- Il y a eu des élections en Italie, gronda-t-il et personne n’a rien dit contre nous.
- Bien sûr, Jean-Claude, mais tu connais les Italiens… A part sur un stade, ils sont courtois, les Italiens…
- … Il y a eu des élections en Allemagne, et personne n’a rien dit contre nous.
- … Bien sûr, mais tu connais les Allemands…
- Seulement il fallait une exception française ! éclata-t-il. Il faut toujours une exception française !"
S’arrêtant net de pédaler, il prit sa tête à deux mains. Irina, la blonde infirmière, fit claquer son calepin, éteignit l’électrocardiographe et courut lui chercher un gobelet d’eau : il le vida d’un trait.
"… Il fallait des candidats français, à gauche comme à droite, pour nous donner des leçons de banque centrale ! reprit-il. Pour clamer haut et fort qu’avec eux, on allait voir ce qu’on allait voir ! Et nous expliquer comment nous y prendre avec l’euro !
- Il va très bien, l’euro, Jean-Claude, me hâtai-je de répliquer ; il va très bien. Vous faites un travail formidable, à Francfort."
Le carry trade vous salue bien
"La preuve, ajouta Egisthe : l’euro, tout le monde se l’arrache. Selon les dernières données du FMI, la part de notre devise dans les réserves mondiales de change est passée de 25,1% à 25,8% entre le troisième et le quatrième trimestre 2006. Tout ça, au détriment du dollar… Les carry traders ne jurent que par l’euro… Une partie des fonds empruntés en yens, à taux planchers, se retrouve directement investie sur les marchés européens. Durant les séquences de baisse, à l’inverse, les positions sont débouclées et les emprunts en yens, rachetés.
- C’est la mécanique même du carry trade, précisai-je : emprunter au taux le plus bas pour investir ensuite sur des véhicules plus profitables – et se rémunérer ensuite grâce au différentiel. Ce que démontre ce graphique, c’est que les capitaux empruntés ne vont plus nécessairement sur les marchés les plus risqués et potentiellement rentables, comme les émergents… Dans un contexte d’aversion montante au risque, les fonds privilégient la sécurité européenne : et ça, c’est un hommage direct à ton travail, Jean-Claude !
- Je n’aime pas les carry traders, grommela Jean-Claude.
- Ça tombe bien, rebondit Egisthe : leur manège risque de ne pas durer. On a connu une première alerte avec le décrochage de février ; les choses se sont redressées depuis… Mais la corrélation est très intéressante au plan technique. Elle permet de mettre en rapport des signaux d’essoufflement de la hausse qui se dessinent, séparément, sur l’un et l’autre marché. On ne peut donc exclure le déclenchement d’une nouvelle vague de débouclage. Selon ce scénario, les indices, qui avoisinent en ce moment leur haut de range, se replieraient vers les bottoms, entraînant à la baisse l’EUR/JPY dont le cours rencontre une forte résistance, aux environs des 162 yens…
- Un euro baissier, c’est une bonne nouvelle, non ? Ça fera taire quelques-uns de tes critiques ? » lançai-je.
Nous verrons demain si ces quelques arguments ont réussi à calmer le malheureux Jean-Claude…
Meilleures salutations,
Le Banquier Central
Pour la Chronique Agora
(*) Derrière le Journal d’un Banquier Central, on trouve toute une équipe d’experts de la finance, de l’économie, de l’analyse technique et de la bourse — qui mettent à votre service leur expérience boursière aussi affûtée que leur sens de l’humour pour vous proposer des recommandations claires, fiables… et surtout profitables !
Pour découvrir le Journal d’un Banquier Central, continuez votre lecture…
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