Or noir, pot au noir… et trou noir

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Vendredi 20 août 2004
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*** Or noir, pot au noir… et trou noir !

*** Googly à Wall Street

*** Décalage horaire

*** Chaco Canyon (3)

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Bonjour,

*** OR NOIR, POT AU NOIR… ET TROU NOIR

** Les places européennes n’aligneront probablement pas une cinquième séance de hausse consécutive, et le CAC 40 ne terminera pas la semaine au-dessus de ses niveaux du 1er janvier 2004.

En une matinée, la moitié des gains de la semaine ont été reperdus (soit -0,8%) et il suffirait de pas grand-chose pour que la totalité se volatilise avant la clôture — ventes de précaution d’usage pour une veille de week-end.

Malgré la reprise des combats autour de la ville sainte de Najaf après une nouvelle volte-face de Moktada Al Sadr, et en dépit des tirs à l’arme lourde à proximité du tombeau d’Ali — ce drame a constitué en quelque sorte le fil rouge géostratégique de la semaine –, les marchés ne se sont guère montrés inquiets. Le pétrole bat chaque jour un nouveau record ? La belle affaire ! On est blasé à la longue… question suivante ?

Il y a 16 mois, le jour de la prise de Bagdad, l’Amérique pensait s’être assurée des moyens de garantir un baril à 25 dollars… il en vaut aujourd’hui le double !

** L’Amérique s’en porte-t-elle plus mal ?

Au contraire… puisqu’il faut faire des économies pour faire le plein de son 4×4, les contribuables doivent épargner sur le tabac : leurs poumons n’en seront que plus aptes à absorber les émissions de plomb répandues par les dizaines de milliers de moteurs diesel turbocompressés qui rugissent quotidiennement dans de gigantesques embouteillages à la périphérie des grands centres d’activité économique américains.

Pour qui s’est accoutumé au ronronnement d’un huit cylindres, tout changement de mode de vie est impensable : le prix des carburants explose mais les bouchons entre San Francisco et Palo Alto sont toujours aussi apocalyptiques, les parkings des grands ‘malls’ — temples de la consommation made in USA qui hébergent même parfois un parc d’attraction — ne désemplissent pas.

Pourquoi les Américains s’inquièteraient-ils de carboniser leur pouvoir d’achat chaque fois qu’ils passent à la pompe ? Les chiffres officiels sont éloquents : l’inflation a reculé de 0,1% en juillet.

Pourquoi dans ces conditions les épargnants vendraient-ils des actions ? Pourquoi ne pas en racheter au contraire à 80 fois les bénéfices comme l’IPO de Google en fournissait hier l’occasion (+18% à la clôture jeudi à 100,3 dollars).

Allez, encore un petit effort et les 1,8% de repli annuel du S&.P 500 auront disparu…

** Pas même la peine de se forcer à Paris. Le CAC 40 vaut aujourd’hui exactement ce qu’il valait le 12 janvier dernier : entre temps rien n’a changé… ou si peu !

Le pétrole valait alors 30 dollars, il en vaut 60% de plus à présent ! Et le CAC 40 vaut toujours tout près de 3 560 points.

Les taux étaient à 1% aux USA, ils sont à 1,50% aujourd’hui et seront à 2% en fin d’année — c’est déjà ‘dans les cours’… mais le CAC 40 tutoie toujours les 3 560 points : un véritable ‘pot au noir’. La croissance va bientôt être revue à 3% aux USA, contre une estimation initiale de 4,5%, mais le Dow Jones reste à 10 000 points. Le déficit commercial américain atteint 1 850 millions de dollars par jour, contre 1 400 en début d’année… mais le billet vert vaut toujours 1,23 euro — comme le 19 janvier dernier.

** En quoi ce que chacun s’accorde à considérer comme de l’information décisive a-t-il la moindre influence sur les cours de Bourse ?

Faut-il encore davantage de preuve qu’il y a plus que de ‘l’information’ dans les cours de Bourse : une sorte de cinquième dimension que l’on pourrait nommer ‘le trou noir du crédit américain’. Invisible à l’oeil nu, il est tapi au fond de la galaxie financière et il attend de dévorer, sans espoir d’en réchapper, tout ce qui passe à sa portée.

Il est devenu si gigantesque, si massif, qu’à l’image d’un trou noir dans le cosmos, il déforme l’espace environnant, c’est-à-dire les perspectives et la géométrie… ou si vous préférez, la fameuse information à laquelle se réfère encore le marché.

Au bout de quelques années d’inflation galopante de la dette US, une bonne partie de l’information a déjà été aspirée par le trou noir… et celle qui demeure disponible est complètement distordue, broyée par la gravitation.

Autrement dit, les analystes s’appuient sur une réalité totalement déformée, partielle, illusoire — sinon délibérément mensongère — et, faute d’appliquer un correctif adéquat, leurs conclusions ne peuvent être qu’erronées parce que les données de départ sont complètement faussées par la fameuse dimension ‘dette US’.

Un CAC 40 jugé ‘à son prix’ à 3 540 points (ou même 3 470), résulte d’une formidable illusion d’optique.

Que vaudrait-il, lui ou l’Eurotop-100 ou le S&.P, après correction de la perspective de diminution de la masse monétaire résultant d’une demande de stabilisation du taux d’inflation de la dette US (32 000 milliards de dollars d’après les dernières données compilées par Bill Bonner) par les créanciers ?

Tout ce que les acteurs de la sphère financière peuvent faire, c’est s’abstenir de demander des garanties, des gages de bonne volonté, des mesures de bon sens à l’Amérique.

Mais tout le monde préfère oublier l’adage selon lequel on est souvent responsable de ce que l’on n’a pas voulu empêcher.

Mais allez essayer d’empêcher un trou noir !

Mieux vaut oublier son existence… Le Nouveau Monde fonctionne dans cette forme d’insouciance délibérée depuis les premières heures du nouveau siècle, et il ne s’en porte pas plus mal… pour l’instant !

Ph. Béchade,

Paris

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Tom Dyson nous donne des nouvelles de Wall Street.

*** GOOGLY A WALL STREET

* Le lecteur français ne connaît peut-être pas le cricket — ou ne s’en soucie pas — mais c’est l’un des sports préférés de votre correspondant britannique exilé. Le cricket se joue en été, à l’aide d’une batte et d’une balle — et il est aux Anglais ce que le base-ball est aux Américains.

- L’un des coups les plus difficiles au cricket s’appelle un googly. Lorsque la balle heurte le piquet, le batteur a l’impression qu’elle va partir dans une direction, mais elle part dans l’autre, le forçant à donner un coup maladroit.

- Depuis notre humble demeure, nous observons avec intérêt l’introduction de Google en Bourse. Nous nous demandons si Serguei Brin et Larry Page offrent effectivement ‘le prochain Microsoft’, ou s’ils envoient un googly aux investisseurs.

- Les actions ont commencé à s’échanger… à 85 dollars pièce, ce qui a mis Google à 23 milliards de dollars — soit autant que General Motors, et près de 50% de plus qu’Amazon.com, dont la capitalisation boursière n’est que de 16 milliards de dollars. A titre de comparaison, Yahoo! vaut plus de 38 milliards de dollars.

- L’introduction de Google a été mouvementée depuis le début. Les investisseurs se sont montrés sceptiques, tandis que la presse était franchement négative…

- La raison de tout ce tapage ? Apparemment, Google a irrité les législateurs américains lorsque ses fondateurs ont donné un entretien au magazine Playboy durant la période de ‘black out’ précédant les ventes d’actions. Puis l’entreprise dot.com s’est fait taper sur les doigts à cause des 23 millions d’actions et des 6 millions d’options accordés à ses employés et consultants.

- Et voilà que les gestionnaires de fonds européens râlent parce que la direction de Google n’a pas eu le temps de coincer l’Europe dans sa tournée des investisseurs mondiaux. Les gestionnaires ont dédaigné les enchères.

- ‘L’offre publique initiale de Google a rapporté à peine la moitié de la somme espérée à l’origine, après que le moteur de recherche a été forcé de réduire le prix de ses actions bien au-dessous de sa cible antérieure’, raille un titre du Financial Times.

- ‘J’ai toujours pensé qu’ils devraient baisser leur prix’, a déclaré un autre analyste. ‘Google se lance dans la nouveauté au mauvais moment, et sans soutien… ce n’est vraiment pas le moment d’entrer en Bourse. Les actions technologiques sont au plus bas, les mauvaises nouvelles défilent… et Google a décidé de faire son introduction différemment . il y a donc deux obstacles à surmonter. Finalement, ce que fait Google [une vente aux enchères] n’est guère excitant pour les banques d’investissement’.

- Voilà qui nous semble un cas typique de rancoeur caractérisée… on dirait que Google a snobé Wall Street, et l’establishment réclame une vengeance. De la sorte, ils s’assurent qu’aucun parvenu futur n’essaiera d’astuces similaires.

** ‘Malheureusement, les rêves de nouvelles maisons au bord de la plage des Hamptons devront attendre’, ricane The Economist. ‘Le marché des introductions semble assez fatigué’.

- ‘Sa valorisation excessive — probablement au-dessus des 100 dollars l’action — a découragé les investisseurs individuels’, continue le magazine. ‘Tout comme les investisseurs institutionnels, ils ont peut-être été découragés par les enchères à la hollandaise utilisées pour fixer le cours des actions’.

- Même si Google est une entreprise technologique surévaluée qui essaie de rejoindre Amazon, Yahoo! et eBay dans la cour des grands, à la Chronique Agora, nous aimons le fait qu’elle ait essayé de damer le pion à Wall Street. Et nous pensons que toute la négativité entourant l’action est un facteur de hausse.

- ‘Faut-il acheter Google ?’ demande notre éditorialiste préféré, Alan Abelson. ‘Franchement, ce n’est tout simplement pas notre genre d’action. Le problème, quand il faut payer 40 à 50 fois les bénéfices de l’année prochaine, ou tout autre multiple astronomique, c’est que nous n’avons jamais réussi à comprendre quand il faut vendre. C’est sans doute pour ça que nous n’avons pas 4 milliards de dollars à notre nom’.

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, de retour en France

*** DECALAGE HORAIRE

** Nous essayons encore de comprendre. Nous avons dû rater un épisode dans la relation ‘symbiotique’ entre les USA et la Chine…

* La Chine a un problème. Elle a des centaines de millions de personnes à qui elle doit trouver un emploi utile. L’emploi le plus utile qu’elle puisse trouver suit le modèle asiatique typique : fabriquer des choses pour les vendre au reste du monde. La Chine étant le plus grand pays d’Asie, elle a décidé de fabriquer et de vendre tout, à tout le monde.

* Jusque là, tout va bien.

* La quantité de choses que la Chine peut fabriquer et vendre est limitée par la capacité des autres pays à acheter. Dans ce domaine, la Chine est devenue le premier bénéficiaire mondial du grand boom du crédit américain et du fabuleux dollar. Sans la Fed d’Alan Greenspan et le statut de devise de réserve du dollar, les Américains se seraient vus contraints d’arrêter d’acheter des marchandises chinoises il y a bien longtemps de ça . ils se seraient trouvés à court d’argent. Sans la capacité américaine à s’endetter plus gravement que quiconque l’ait jamais fait, il y aurait bien moins de produits chinois sur les étagères de Wal-Mart… bien moins d’usines en Chine… et bien moins de Chinois bossant et transpirant, vissant et assemblant dans le but de satisfaire la soif des Américains pour des choses dont ils n’ont pas vraiment besoin et qu’ils ne peuvent pas se permettre.

* Posséder une devise qui est aussi la devise de réserve du monde a permis aux Américains un degré d’imprudence qu’aucun autre peuple dans l’histoire du monde n’aurait pu se permettre. Qui d’autre pourrait enregistrer des déficits commerciaux annuels de 600 milliards de dollars ? Qui d’autre pourrait emprunter tant d’argent avec si peu d’espoir de le rembourser un jour ?

* Les Chinois sont parfaitement heureux de fabriquer des choses . cela leur apporte des emplois, des profits, des capitaux, etc. Mais, afin de continuer à engranger des commandes, ils savent qu’ils doivent également continuer à financer leur principal client — les Etats-Unis. ‘Ils doivent acheter notre dette’, déclarent les économistes américains, en pleine hallucination.

* ‘C’est la seule manière d’assurer un emploi à leurs citoyens. Tout le monde sort gagnant’.

* Nous ne doutons pas que la Chine sorte gagnante en finançant les dépenses des Etats-Unis. Elle s’industrialise à un rythme qui n’aurait pas été possible autrement. Ce qui nous échappe, c’est en quoi les Etats-Unis profitent.

* Se ruiner pour aider le Tiers-Monde est peut-être une noble chose, mais elle n’est noble que si on le fait à dessein.

** Oui, nous sommes de retour à la maison.

* “Ah, ça fait du bien d’être de retour”, a dit Maria.

* Nous avons tous apprécié notre séjour aux Etats-Unis — même si certains plus que d’autres. Maria aime être à la maison. Jules aime quitter la maison. Henry semble ne pas s’en soucier. Et Edward semble ne pas s’en rendre compte.

* “On est toujours en Amérique ?”, a-t-il demandé hier.

* “Petit idiot”, a répondu Jules. “On a quitté les Etats-Unis il y a deux jours”.

* Mais il y a neuf heures de décalage horaire entre Vancouver et Paris. Nous en sommes venus à admirer nos visiteurs californiens . l’adaptation est difficile.

* “Papa ! Viens vite ! Edward est dehors, il se promène dans le noir !”

* Maria nous a réveillés la nuit dernière. Pendant un moment, nous n’avons pu nous souvenir d’où nous étions. Nous avons vu, en un éclair, Edward en pleine crise de somnambulisme se dirigeant tout droit vers le Grand Canyon. Ou errant dans les rues de Vancouver à trois heures du matin.

* Lorsque nous avons repris nos esprits, nous avons regardé par la fenêtre. Dans le jardin flottait un drap blanc éclairé comme une lanterne… avançant lentement. Un peu comme si des extra-terrestres venus de Mars étaient venus nous rendre visite dans du linge de lit translucide.

* ‘Edward ?’

* “Oui Papa”.

* “Qu’est-ce que tu fais ?”

* “Je cherche quelque chose dans la voiture… je n’arrive pas à dormir”.

** “La France, c’est ennuyeux”, a déclaré Henry, offrant un contrepoint à l’avis de Maria.

* Ce qui rend la France ennuyeuse, c’est que les gens y sont moins portés sur les expériences. Dans l’Ancien Monde, les gens suivent plus les traditions à la lettre. C’est ce qui rend l’Europe si attirante, bien entendu. Les gens font plus attention à ce qu’ils construisent, à ce qu’ils font… et à ce qu’ils disent.

* “Les Durand ne viennent pas à notre fête”, expliqua Elizabeth. “Ils ne se sont jamais remis de notre affront”.

* L’affront dont ils ne se sont jamais remis, c’est une réponse trop désinvolte à une de leurs invitations. “Non, on ne peut pas venir maintenant… Bill a du travail ce soir…” leur avait dit Elizabeth. Mais c’était il y a des années de cela, avant que nous ne réalisions combien les Français sont sensibles au sujet des relations sociales. Ce n’est pas à prendre à la légère — du moins pas dans notre région de la France rurale.

* “Nous [les Américains] sommes trop occupés”, écrit Michael A. Leeden dans son hagiographie cinglée, “pour maîtriser les anciennes règles de l’étiquette, et nous sommes bien plus enclins que les membres de sociétés plus traditionnelles à ne pas prêter attention aux comportements impolis. Encore aujourd’hui, si vous ne vous adressez pas précisément comme il convient à un membre des classes supérieures en Europe, en Amérique Latine ou en Asie, cela peut mettre fin à tout espoir d’amitié, ou même à de bonnes relations de travail”.

* Elizabeth, toujours partante pour nous améliorer, a organisé une grande fête. Tout Paris y sera. Sauf les Durand. Mais les pauvres Français vont avoir un choc : la musique country américaine. Votre correspondant y jouera ses chansons préférées de Johnny Cash.

* Ce qui rend l’Amérique moins ennuyeuse, c’est que les gens y sont prêts à faire à peu près n’importe quoi. Cela ne dérange pas les Américains de se rendre ridicules — d’ailleurs, on ne les embarrasse pas facilement. L’Amérique est charmante dans son exubérance baroque… son énergie inventive et sa désinvolture tape-à-l’œil. Ces qualités ne rendent pas les Américains supérieurs . ils sont sensibles à toutes les erreurs, faiblesses et péchés qui assaillent la chair. Mais ils sont plus amusants à regarder.

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*** La Chronique Agora présente ***

Suite et fin des aventures de Bill Bonner dans le désert… : quelques réflexions sur la guerre, les démocrates… et l’eau.

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CHACO CANYON, 3ème PARTIE
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Par Bill Bonner (*)

De temps en temps, les humains s’entretuent à grande échelle. Ils ont toujours une raison qui leur semble bonne sur le moment. Mais lorsque les historiens prennent du recul, les raisons sont quasiment toujours absurdes.

De temps en temps — après que les misères de la précédente échauffourée ont disparu — la fièvre guerrière s’installe. En regardant la convention démocrate il y a quelques semaines de ça, il nous a semblé que la température grimpait. Même les démocrates semblent vouloir la guerre… ou, s’il ne la veulent pas, ils semblent l’accepter comme étant inévitable. John Kerry a été présenté comme un meneur doué et fiable pour la grande guerre patriotique qui se prépare. ‘C’est un homme à qui vous pouvez faire confiance lorsque les choses se gâtent’, ont dit ses supporters… ‘Un homme qui sera au rapport lorsque son pays aura besoin de lui’.

Aucun de ces abrutis d’intervenants n’a suggéré que tuer des Irakiens n’était pas une bonne idée. Personne n’a pensé que nous devrions quitter le Moyen-Orient et nous mêler de nos affaires. Personne n’a proposé de renoncer aux guerres préventives dans la politique nationale. Personne n’a douté que les Etats-Unis étaient attaqués — même si personne n’a dit pourquoi. Personne n’a remis en question les mérites de la ‘guerre contre la terreur’ . les démocrates ont simplement pensé que leur champion ferait un meilleur boulot.

‘Pour une raison ou pour une autre — la sécheresse, ou peut-être la guerre… ou encore la maladie –, les Anasazis ont abandonné ces villes juste avant que les Espagnols n’arrivent. Ils ont migré vers le Rio Grande, où l’approvisionnement en eau était plus fiable’.

Arrivés là, nous marchions parmi des rochers brûlants depuis près de deux heures. L’eau était présente à nos esprits aussi.

Savoir si cela avait forgé le caractère de Jules ou non, nous n’en sommes pas sûrs. Mais après quelques heures de marche vigoureuse, nous avons commencé à nous faire du souci pour sa santé. Son visage avait viré au rouge vif. Aucun d’entre nous n’était habitué à l’altitude ou à la température. Le soleil du désert nous avait déshydratés.

‘Bois de l’eau’, avons-nous conseillé à Jules.

‘Il n’y en a plus’.

‘Quoi ? Comment pouvons-nous être à court d’eau aussi tôt ?’

Nous avons ouvert le sac à dos. Il ne restait plus qu’une bouteille — et elle contenait à peine une gorgée pour chacun. Notre famille parisienne avait largement sous-estimé la quantité d’eau nécessaire pour une randonnée. Si nous continuions ainsi, nous finirions probablement comme candidats pour les Darwin Awards — un prix attribué à titre posthume à ceux qui contribuent à nettoyer le patrimoine génétique de l’humanité d’une manière particulièrement crétine.

‘Il faut rentrer tout de suite’, avons-nous dit au reste du groupe.

‘Ouais, mais il nous reste beaucoup de chemin’, a dit Jules, pensant à ses propres os blanchis sur le bord du sentier.

‘Maman’, continua Jules. ‘Tu te souviens de ces touristes qui ne savaient pas quand était l’empire romain ? Eh ben eux au moins, ils en savaient au moins assez long pour emporter de l’eau’.

Meilleures salutations,

Bill Bonner

Pour la Chronique Agora

(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (290 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur du livre ‘L’inéluctable faillite de l’économie américaine’, disponible en librairie ou en cliquant ici :

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