On se croirait en 2007…

Rédigé le 14 septembre 2018 par | Inflation, dettes et récession Imprimer

L’économie américaine ne s’est jamais aussi bien portée qu’aujourd’hui, on se croirait revenu en 2007 et même le ratio Dow Jones / or est au même niveau qu’avant la crise.

Nous avons regardé les nouvelles ce matin…

… Pour y voir un jeune homme parfaitement ravi en train d’expliquer pourquoi l’économie US est en pleine forme.

Le nombre de nouvelles offres d’emploi, a-t-il dit, est supérieur au nombre de nouveaux candidats. Cela faisait 10 ans que ce n’était plus arrivé.

Le nombre de personnes qui quittent leur emploi grimpe aussi.

« Cela montre que les gens sont plus confiants dans leurs chances de trouver un nouvel emploi », a-t-il expliqué. Là encore, ce n’était plus arrivé depuis 2007.

La Fédération américaine des entreprises américaines a publié les résultats de son dernier sondage sur l’optimisme des petites entreprises. Il mesure la confiance annoncée dans l’économie parmi les propriétaires de PME. Là encore, nous en sommes à des niveaux inédits depuis 2006-2007.

Le taux d’investissement des entreprises (dépenses Capex) est lui aussi de retour à ses niveaux de 2007.

Emploi en hausse… PIB en hausse… actions en hausse… croissance en hausse… On n’a jamais rien vu de tel, s’enthousiasmait le jeune homme, depuis 2007.

Eh bien !

Du coup, nous nous sommes posé la question… que s’est-il passé après 2007 ?

L’aube avant le sombre

L’heure la plus claire précède toujours le sombre. Ou quelque chose comme ça…

Le soleil brille… juste avant qu’un ouragan ne dévaste la baie. Aujourd’hui, comme toujours, nous jetons un œil à la météo.

« Evidemment, on n’est jamais sûr de ces choses », nous a dit un ami irlandais avec qui nous avons levé un verre de Guinness hier soir. « Mais je pense qu’il est temps d’acheter de l’or. Nous les Irlandais, traditionnellement, nous n’aimons pas l’or. Nous l’associons à la Banque d’Angleterre, qui a maintenu l’étalon-or pendant que nous crevions de faim. Evidemment, l’étalon-or n’a rien à voir avec la famine, mais je pense que beaucoup de gens font le lien malgré tout ».

« Nous préférons la terre », a-t-il continué. « Mais l’or est un meilleur moyen de se protéger contre l’inflation. Et je pense que l’inflation est sur le point d’accélérer ».

Selon le Bureau des statistiques de l’emploi, les prix aux Etats-Unis grimpent au taux de 2,9%.

Ce chiffre est supérieur au taux directeur actuel de la Fed — 2%. Il est exactement équivalent au taux de hausse des salaires — à 2,9% lui aussi.

Ce que nous voyons dans l’ensemble, c’est que les prix gardent le rythme des salaires et sont supérieurs au taux directeur de la Fed — le taux auquel les banques se prêtent entre elles.

Trois choses pourraient faire grimper l’inflation plus encore.

Premièrement, les baisse d’impôts mettent plus d’argent entre plus de mains. A mesure que ces mains s’en débarrassent, nous pouvons nous attendre à une pression à la hausse sur les prix.

Deuxièmement, les autorités dépensent toujours plus d’argent qu’elles n’ont pas. Le déficit budgétaire pour août se montait à lui seul à plus de 200 Mds$. C’est de l’argent qui n’a jamais été pris aux contribuables (consommateurs), et qui représente donc une pression supplémentaire à l’achat.

Troisièmement, la guerre commerciale de Donald va inévitablement faire grimper les prix. 200 Mds$ d’exportations chinoises à bas prix sont déjà visées. 267 Mds$ supplémentaires seront attaqués si la Chine met des représailles en place. Cela augmentera le prix de quasiment toutes les importations du producteur le plus gros et le plus efficace au monde.

Il n’est pas difficile d’imaginer que l’inflation va continuer à grimper… peut-être jusqu’à 4% environ… tirant les taux d’intérêt derrière elle… et nous ramenant à ce qui s’est passé après 2007.

Le ratio qui soupèse les rêves face à la réalité

En 2007, la Fed — qui commettait l’Erreur n°2 — a fait grimper son taux directeur à plus de 5%, ce qui a suffi à déclencher l’ouragan.

En quelques mois seulement, tous les gros titres triomphants étaient de l’histoire ancienne. Le Dow a été divisé par deux… l’économie américaine est entrée dans sa pire récession depuis les années 30… et la Fed est passée à l’Erreur n°3 (paniquer et baisser les taux).

Ce qui à son tour nous ramène à l’or.

Les actualités de 2007 nous disent une autre chose : le ratio Dow/or était de 20 environ — en d’autres termes, il fallait 20 onces d’or pour acheter le Dow.

C’était à peu près le même qu’en 1929 — mais aussi qu’à la fin des années 60 lors d’un sommet majeur. En 1980, le ratio a atteint son plancher record, à 1.

Il a frôlé les 40 à la fin des années 90 — un sommet historique. En 2007, il était revenu à 20.

Chaque fois que le ratio est passé au-dessus des 20, il s’est passé la même chose qu’en 2007 : un marché baissier en Bourse… et une récession/stagflation dans l’économie réelle. Par ailleurs, à mesure que les prix des actions baissaient, l’or grimpait.

Le ratio Dow/or a fini par chuter sous les 7 en 2011.

 

Evolution du ratio Dow Jones / or depuis 1920

graph Dow Jones - OrSource : longtermtrends.net

Ce que le ratio Dow Jones / or mesure, en fait, c’est la relation entre les rêves et la réalité… ou entre l’avenir et le présent… entre l’espoir et l’expérience brute.

Actuellement — tout comme en 1929, 1968, 1999 et 2007 — le ratio dépasse les 20, signalant que les actions sont trop chères.

« Le bitcoin a tant fait parler de lui ces dernières années que personne n’a fait attention à l’or », a continué notre ami irlandais. « Il a été oublié et le prix a chuté pendant que d’autres actifs grimpaient en flèche.

« Mais l’or est la seule monnaie réelle, prouvée. Lorsque la prochaine crise arrivera, je soupçonne que les gens se tourneront vers l’or — comme ils l’ont toujours fait en temps de crise. Le cours actuel pourrait être une excellente opportunité d’achat. L’avenir nous le dira ».

[NDLR : Or ou cryptomonnaies ? Que choisir — et comment vous positionner ensuite ? Tout est expliqué ici.]

A la Chronique, nous n’avons pas la prétention de pouvoir prédire l’avenir. Mais c’est la saison des ouragans sur la côte est des Etats-Unis. Nous avons appris que Baltimore nettoyait ses égouts et affûtait ses tronçonneuses.

L’ouragan Florence est en chemin… mais il s’agira peut-être finalement d’une autre sorte de tempête.

 

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Mots clé : - - - -

Laissez un commentaire