On n’échappe pas aux lois de l’économie…

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La Chronique Agora
Paris, France
Jeudi 12 juillet 2007
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*** Subprime contre rumeurs
Une manche partout… la partie est serrée !

*** On n’échappe pas aux lois de l’économie…
… et le jour du jugement approche dangereusement

*** Une super-affaire planétaire (1)
De l’étalon-or miné… par des produits dérivés !

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Bonjour,

*** SUBPRIME CONTRE RUMEURS

** On nous aurait donc menti ! La débâcle des prêts subprime présenterait effectivement un caractère hautement contagieux, capable de déstabiliser les marchés obligataires (notamment les émissions du secteur privé adossées au crédit à risque), de plomber une bonne partie de l’industrie des dérivés (de titres immobilier, naturellement) et même d’envoyer le dollar par le fond, sous les 1,3780 par euro et sous les 2,0350 par livre sterling !

Avec la chute du billet vert se profile l’établissement de conditions beaucoup moins favorables pour les marchés actions de la zone euro. Car même si l’Allemagne a démontré sa capacité à gérer un euro fort — ses clients traditionnels n’ont guère la possibilité de se tourner vers d’autres fournisseurs pour de nombreux produits industriels de haute précision –, des pays comme la France, l’Espagne ou l’Italie, qui dépendent des exportations de produits agroalimentaires, du tourisme et de la santé du secteur aéronautique, ont du souci à se faire.

Et ce sont les mêmes économistes de grands trusts financiers, ceux-là même qui affichaient un optimisme inébranlable dans la capacité du "système" à surmonter la crise du subprime, qui nous expliquent doctement les raisons de la soudaine vague de déprime qui affecte les marchés financiers depuis 48 heures.

Afin de ne pas donner l’impression de démentir leur diagnostic initial, ils ont beau jeu d’affirmer que les fondamentaux demeurent sains et que le désintérêt pour le compartiment obligataire — exceptés les bons du Trésor et les emprunts émis par les sociétés minières et pétrolières — ne fait que renforcer l’attrait exercé par les actions.

Encore faudrait-il que la saison des trimestriels, qui s’est inaugurée mardi avec une série de profits warnings, ne donne pas lieu à une vague de révisions à la baisse des bénéfices escomptés. Ou pire… à l’intégration d’un scénario de contraction globale de la consommation, pourtant déjà validé par Wal-Mart, Home Depot puis Sears qui ne reprenait pas un pouce de terrain ce mercredi après les 10% perdus mardi soir.

Sur le front du logement individuel, l’association nationale des agences immobilières US (la NAR) vient de réévaluer le risque de baisse du prix moyen des maisons à -1,4% en 2007. Le rythme des ventes pourrait chuter de -8% en année pleine, tandis que le nombre de saisies explose avec une multiplication sans précédent des défauts de paiement depuis 2001.

** Alors que les indices boursiers enregistrent des replis supérieurs à 2% ou 3% en 48h, le flux des ordres de ventes de précaution est ponctuellement interrompu par la diffusion de diverses rumeurs — invérifiables — d’OPA ou de LBO qui provoquent les flambées aussi soudaines qu’éphémères des titres tels que Vallourec (la dernière en date : avec Mittal, soupçonné une fois de plus de jouer le rôle de l’assaillant), Air Liquide ou Accor. Nous analysions hier encore ces "bruits qui courent" dans le Téléphone Rouge (0 899 781 961*), notre nouvel audiotel dédié principalement aux rumeurs qui font bouger les marchés.

Le numéro 1 de l’hôtellerie tricolore bondissait de +11% en l’espace d’une heure, entre 68 et 75,3 euros. Il établissait un nouveau record absolu sur l’anticipation d’une riposte imminente de KKR, décidément sur tous les fronts — ce fonds est supposé s’intéresser également à l’Air Liquide, voire même à Carrefour… et pourquoi pas au Paris Saint-Germain, Parc des Princes ou au tabac de la Mairie ? — après l’assaut victorieux de Blackstone sur Hilton.

Est-il besoin de préciser que cette succession de petits électrochocs haussiers entraîne des réflexes de rachats paniques des positions short de la part des "suiveurs" ? La manœuvre semble avoir bien fonctionné mercredi puisque le marché parisien se hissera en clôture au-dessus des 6 000 points (à 6 001 points, soit le plancher de la veille) après avoir refermé à mi-séance le gap des 5 948 points resté béant depuis le 27 juin dernier, puis après avoir testé les 5 937 points (-1,35%).

Mais ce genre de brefs rebonds techniques est aussitôt mis à profit par quelques investisseurs bien informés du peu de fondement concret de la plupart des rumeurs. Combien d’OPA ont réellement vu le jour au sein du CAC 40 depuis l’offensive de Mittal sur Arcelor ? Ces initiés en profitent bien sûr pour s’alléger dans les meilleures conditions possibles compte tenu du climat délétère régnant sur les marchés de taux et plus encore sur le front des changes.

** Comme le rappelle souvent Bill Bonner, les cours ne sauraient monter ou baisser éternellement : ils ont cependant pris cette curieuse habitude depuis novembre 2002 ou mars 2003 de grimper obstinément pendant des périodes d’une longueur inédite, puis d’enregistrer un soudain trou d’air avant de repartir de l’avant — pour des semaines et même des mois — de façon toujours plus résolue.

Les épisodes correctifs furent tous d’une inhabituelle brièveté en Europe au cours des quatre dernières années, comme s’il s’était agi de "secouer le cocotier" pour retrouver des cours d’achat dans un contexte d’afflux irréversible de liquidités. Nous sommes très intrigué par l’absence de phases de consolidation intermédiaires en "deux vagues", et qui constituent le schéma classique, y compris dans un marché haussier.

Rien ne prouve qu’il ait cessé de l’être : la prochaine baisse apparaîtra encore comme une bonne fenêtre pour l’attribution de stock-options aux dirigeants de grandes entreprises — les salariés les mieux lotis devant souvent se contenter de la portion congrue.

** Ces fameuses stock-options font effectivement débat, et leur effet de levier est tel depuis les années 1995/1996 que même les plus gros salaires parmi les PDG du CAC 40 ou du S&P-500 font figure de lots de consolation en regard des fortunes qui peuvent se constituer en l’espace de quelques mois ou quelques années (s’agissant de la France où la fiscalité est largement confiscatoire).

Alors que l’écart-type entre salariés débutants et dirigeants des multinationales du CAC 40 allait de 1 à 50 dans les années 70, ce ratio s’établit — ce n’est qu’une moyenne — de 1 à 400 aujourd’hui. Avec les stock-options, le différentiel de rémunération est plus proche de 1 à 1 000 et il peut dépasser le cap des 1 à 10 000 aux Etats-Unis, notamment pour les PDG de grands groupes financiers et de fonds d’investissement.

Lorsque les sommes deviennent trop considérables, l’évaluation de la valeur d’un "travail" devient peu pertinente et les justifications souvent surréalistes. L’argument du benchmark (un PDG réputé talentueux se "paye" cinq millions de dollars dans le secteur du crédit) ne nous convainc guère : la compétence intrinsèque, la maîtrise technique, la probité, le bon sens (autre que le sens des affaires) sont-ils plus "rares et précieux" dans le secteur des montages financiers que dans la chirurgie fine où il y va de la vie du patient ?

Dans notre monde ultra-financiarisé, il vaut mieux, pour faire fortune, découvrir en quelques mois un algorithme permettant de lancer une nouvelle catégorie de produits dérivés que de mettre au point un vaccin qui sauvera des millions de vie.

Mais puisque l’émission de mardi midi sur BFM n’avait pas pour but de trancher — dans l’absolu — un débat philosophique concernant la "valeur" du travail fourni par un dirigeant d’entreprise (ou celui de sa garde rapprochée car il est impossible de gouverner seul), la question portait sur l’instauration d’un minimum de critères d’évaluation afin de juger si son action mérite une hausse vertigineuse et permanente de ses revenus et autres avantages.

La consanguinité intellectuelle et professionnelle des membres des conseils d’administration et autres comités de rémunération aboutit à l’attribution de largesses qui sont souvent motivées par le principe du "renvoi d’ascenseur". Lorsque l’un d’entre eux doit "tomber" au champ d’honneur — sous la pression des actionnaires ou d’un scandale public –, c’est fermement suspendu à un parachute doré qui adoucira la chute et s’avèrera parfois même plus profitable qu’un succès durable à la tête de l’entreprise.

La suite de ce débat demain…

Philippe Béchade,
Paris

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Pour faire profiter votre portefeuille des prochaines aubaines, continuez votre lecture…

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** ON N’ECHAPPE PAS AUX LOIS DE L’ECONOMIE…

** En voyage loin de sa maison et de son foyer, votre pauvre serviteur loge dans l’une des villes les plus chères du monde. Mais que se passe-t-il ? Tout devient encore plus cher ! Hier soir, il a emmené son fils dans un petit restaurant italien qui semblait très abordable, sous la ligne de chemin de fer. L’addition s’est élevée à 66 dollars — et nous n’avions même pas pris de dessert.

* "Le dollar, en chute libre, tombe de plus en plus bas", constate le International Herald Tribune. Pendant ce temps, le Dow Jones perd 148 points.

* Hier, le dollar a de nouveau atteint son plus bas niveau depuis 26 ans face à la livre sterling… et son plus bas niveau de tous les temps face à l’euro. Un euro vaut maintenant 1,37 dollars.

* Touristes américains — attention ! Assurez-vous d’avoir remboursé toutes les traites de votre maison avant de venir passer des vacances en Europe.

* "Le dollar est un grand invalide", explique notre ami Peter Schiff, cité dans l’article. "Nous allons devoir payer ses soins pendant de très longues années…"

* Il y a environ trois ans, nous avions annoncé que 1 euro vaudrait bientôt 1,50 dollar. Le dollar s’est renforcé rapidement — et nous a fait passer pour un imbécile. Mais même la devise la plus chanceuse du monde ne peut échapper éternellement aux lois fondamentales de l’Economie. Elle se voit aujourd’hui traînée devant la cour et, comme le serait un officier chinois, durement réprimandée.

* Le monde entier fonctionne désormais sur un système de devise-papier… et toutes les banques centrales tentent de déprécier leur devise pour s’aligner sur le dollar. Mais aucune nation majeure ne subit les mêmes assauts que la monnaie américaine. Les journaux affirment que les investisseurs "s’inquiètent de la crise du subprime aux Etats-Unis" ; mais c’est seulement une partie de l’histoire.

** Hier, Bernanke s’est montré devant les représentants du peuple et a fait son Greenspan. C’est-à-dire qu’il nous a sorti tout un charabia incompréhensible. Les Américains ont des attentes "moins fantasques" en ce qui concerne l’inflation, a-t-il dit : les taux d’intérêt n’ont pas été élevés parce que "bien que les attentes en ce qui concerne l’inflation semblent bien mieux ancrées aujourd’hui qu’il y a une dizaine d’années, elles ne le sont apparemment pas encore suffisamment".

* Ce qui veut dire ? Voici notre traduction :

"Oui, j’aimerais faire monter les taux pour combattre l’inflation et protéger le dollar… Mais toute cette histoire de subprime me fait carrément flipper."

* En entendant cela, les investisseurs se sont rendu compte que le dollar n’obtiendrait aucune aide de la part de la Fed. Puis ils ont appris que le commerce extérieur de la Chine avait atteint un nouveau record en juin — 26,9 milliards de dollars, la moitié en provenance directe du pays d’origine du billet vert. Ce chiffre est 87% plus haut que l’année dernière… et considérablement au dessus de ce qu’avaient prédit les experts.

** Le dollar semble vouloir couler au fond de la piscine des devises en compagnie du yen. Au Japon, les banquiers centraux sont terrifiés par la récession. Le Japon est un pays d’export, comme la Chine. Un yen plus élevé rendrait plus chers les produits japonais… et risquerait de faire rechuter une économie à la croissance encore fragile. A Tokyo, comme à Washington, les autorités financières sont prêtes à tout pour éviter la crise — y compris à sacrifier leur devise.

* En dehors de ce détail, les deux nations n’ont pas le moindre point commun. L’économie japonaise profite d’un commerce extérieur en pleine santé. Le pays possède d’énormes réserves de devises étrangères. Le Japon est un pays d’épargnants, avec une économie fondamentalement saine… et qui sort d’une crise de 17 ans.

* Les Etats-Unis, quant à eux, ont le plus gros déficit extérieur du monde, la dette la plus importante, un taux d’épargne au plus bas, et un boom économique vieux de 25 ans.

* Hier, quand le dollar a chuté, le yen est monté…

* Que peut faire le dollar aujourd’hui, sinon chuter en toute dignité ? Les actifs américains sont déjà peu cher comparé à ceux des autres pays. Et ils vont certainement encore baisser. Cela permettra aux étrangers non seulement de visiter un peu plus les Etats-Unis, mais également d’en posséder un peu plus.

* (Mais évidemment, comme toujours, il se peut que Mr. Le Marché ait des plans dont il ne nous aurait pas parlé…)

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*** La Chronique Agora présente ***

A quel rythme crée-t-on de la devise, et à quel rythme produit-on de l’or ? Le Mogambo examine des chiffres plutôt ahurissants pour faire la comparaison. Question à zéro euro : de l’or ou des devises, qui grimpe le plus vite ?

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UNE SUPER-AFFAIRE PLANETAIRE — 1ère PARTIE
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Par le Mogambo Guru (*)

La Banque des Règlements Internationaux (BRI) rapporte que l’amas de produits financiers dérivés dans le monde représente aujourd’hui 415,2 milliers de milliards de dollars, soit 789% du PIB mondial.

En langage Mogambo : des paris financiers crasseux financés par les banques et l’industrie des services financiers représentent désormais quasiment huit fois la valeur de tous les bon sang de bonsoir de biens et services produits sur cette bon sang de bonsoir de planète durant toute une bon sang de bonsoir d’année ! Et selon McKinsey Global Institute, le ratio actifs financiers mondiaux/production mondiale annuelle est passé de 109% en 1980 à 316% en 2005 !

Je hurle "Gaaaaaaaah !". Toutes ces idioties de banque centrale consistant à créer de plus en plus d’argent et de crédit ne semble pas nouveau pour Jason Hommel, de silverstockreport.com — mais un homme adulte braillant "Gaaaaaaaah !" à pleins poumons semble être étonnamment nouveau à ses yeux, si l’on en juge par sa réaction.

Il écrit néanmoins : "l’argent des banques américaines, le M3, augmente au rythme d’environ 12% par an ou plus. Au cours des 12 derniers mois, il a donc enflé de 1 300 milliards de dollars à peu près".

Pourquoi un type intéressé par les métaux précieux, à l’origine, se donne-t-il la peine de parler de la croissance de la masse monétaire ? Eh bien, il nous en apporte la raison lorsqu’il se demande à voix haute combien les 2 500 tonnes de production aurifère mondiale annuelle (80 millions d’onces) valent à 675 $ l’once.

Là, je commence à transpirer comme un bœuf, pensant que je ne m’attendais certainement pas à une damnée interro surprise en maths, surtout s’il s’agit de multiplier des chiffres aussi élevés. Je pousse donc un énorme soupir de soulagement en apprenant qu’il a déjà fait le calcul, et déclare que "ça ne vaut que 54 milliards de dollars".

Ensuite, il s’arrête et me regarde d’un air impatient, comme si j’étais censé tirer une conclusion importante de ce chiffre, ou quelque chose de ce genre, mais je reste assis là avec une expression vacante sur mon visage idiot — parce que je ne comprends pas. Sentant que j’ai un problème, M. Hommel répète les faits avec obligeance, déclarant : "1 300 milliards de dollars nouvellement imprimés. 54 milliards de dollars de nouvel or extrait, à 675 $ l’once".

De toute évidence, tout ça est supposé me dire quelque chose, mais rien ne vient. Je ne bouge donc pas, ahuri, gêné et me faisant tout petit pour qu’il ne me voie pas.

Après ce qui me semble être une éternité, M. Hommel se lasse enfin d’attendre de me voir faire preuve d’une intelligence inhabituelle, et me dit juste ce que ça veut dire : "donc", dit-il, "les Etats-Unis créent en fait de la nouvelle monnaie 24 fois plus vite qu’on ne crée d’or. 1 300/54 = 24 !"

Je dis : "ça fait beaucoup ! Merci beaucoup !" et je me lèvre pour partir, au cas où tout ça se transformerait en nouvelles opérations mathématiques, parce que j’ai déjà assez de problèmes comme ça, si vous me pardonnez l’expression. Mais il n’en a pas fini avec moi, et attire mon attention avec la déclaration suivante : "bien entendu, ce n’est pas une comparaison très juste. Je compare des dollars américains à la production aurifère mondiale. Nous devrions comparer le taux de création monétaire mondial aux taux d’extraction aurifère mondiaux".

Nous verrons demain ce que cela a fini par donner…

Meilleures salutations,

Le Mogambo Guru
Pour la Chronique Agora

(*) Richard Daughty est associé gérant et directeur d’exploitation pour Smith Consultant Group, qui sert les secteurs financier et médical. Il est également l’auteur de la lettre d’information économique Mogambo Guru, un exercice visant à accumuler les sarcasmes sur ceux qui le méritent largement. Le Mogambo Guru est souvent cité dans le journal Barron’s ou dans le Daily Reckoning, l’équivalent américain de la Chronique Agora.

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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