Oh, Google !

| |

=============================
La Chronique Agora
Paris, France
Jeudi 23 novembre 2006
=============================

*** Les marchés décryptés par l’université de la dinde
Des marchés atones, un dollar peu convaincant et une volaille de 39 kg…

*** Oh, Google !
Bill Bonner s’interroge sur le cours de l’action Google…

*** Et la lumière fuit (1)
Tiens bon la vague et tiens bon le flot / Hisse et ho !

—————————– (publ.)

Cinq conseils pour votre portefeuille…
… et l’investissement que vous devriez faire sans plus attendre !

Pour découvrir les principales tendances qui nous attendent dans les mois qui viennent – et comment y réagir, continuez votre lecture…

—————————

Bonjour,

*** LES MARCHES DECRYPTES PAR L’UNIVERSITE DE LA DINDE

** La séance boursière de mardi semble avoir plu à un grand nombre d’opérateurs : ils en redemandaient, ils ont été exaucés !

Le deuxième acte de la semaine a été rejoué avec une réjouissante exactitude, scène pour scène, réplique pour réplique… et nous avons attendu en vain un véritable coup de théâtre !

Lorsque le rideau est retombé hier à 17h30, les indices boursiers affichaient bel et bien une performance zéro : l’Euro-Stoxx 50 avait grappillé +0,01% la veille (et +0,02% le 16/11), il clôturait en repli de 0,03%.

Comme il s’agissait d’une pièce au casting international, chacun a récité son texte en faisant bien attention de ne pas mélanger son mémento avec celui du voisin. Tout s’est bien passé, avec un synchronisme parfait, puisque le Dow Jones était parfaitement atone à 17h30, tandis que le Nasdaq affichait +0,15% — à peine un demi-ton au-dessus de celui adopté la veille (+0,08%).

Paris — qui mettait un point d’honneur à apporter sa petite touche d’originalité — a sauté une ligne (celle de l’équilibre indiciel) en toute fin de parcours : -0,13% contre +0,08 mardi. Francfort, avec sa rigueur toute germanique, récitait sa partition sans changer une virgule (+0,22% au lieu +0,12%)… et Londres — qui cherche perpétuellement à prouver sa capacité à faire toujours plus fort — a chuté de 0,68% (contre -0,04% la veille).

La bourse de Zurich alignait avec une régularité horlogère une troisième séance de progression — toute symbolique — d’affilée : +0,16%, +0,17% puis +0,05% ce mercredi. Bruxelles remettait les pendules à zéro (+0,24, -0,22%), et Milan décidait de calquer son évolution sur son voisin helvétique avec une certaine réussite, jugez plutôt : +0,18% lundi, +0,17% mardi, +0,21% ce mercredi.

Mais à ce petit jeu de la régularité, c’est peut être le S&P 500 qui se montre le plus rigoureux des répétiteurs, avec une série de six séances consécutives de type copier/coller : +0,24%, +0,23%, +0,10%, -0,05% (oups !), +0,16%, +0,04%. Sur cinq séances écoulées, le bilan s’élève à +0,5% ; le gain atteint très exactement 1% depuis le jeudi 26 octobre — c’est-à-dire précisément quatre semaines moins un jour. Cela nous donne un pas de variation quotidien de +0,05 !

Et comme nous le démontrions dans une toute récente Chronique, même si le rythme de progression des indices boursiers apparaît millimétrique depuis un mois, chaque séance positive supplémentaire augmente — d’un point de vue technique — la chance que la suivante (ou les toutes prochaines) soit à son tour placée sous le signe d’une sorte de hausse somnambulique, qui se perpétue par "auto-réplication".

** Le tic-tac lancinant de ce métronome finirait presque par nous endormir — et nous sommes bel et bien gagné par une incoercible lassitude — si nous ne gardions un oeil attentif sur la courbe du yen et du dollar. Le billet vert nous semblait vaciller dangereusement ce mercredi sous les 1,2930/1,2950 (par rapport à l’euro). Le yen, de son côté, reprenait 2% en 48 heures du fait de déclarations de divers représentants des autorités monétaires nippones accréditant le scénario d’une prochaine hausse du taux directeur de 0,25% à 0,50%. La dernière remontait au début de l’été : la Banque Centrale du Japon prend décidément tout son temps…

Nous ne sommes pas convaincus que le fléchissement du dollar survenu ce mercredi ait eu un quelconque rapport avec les chiffres du jour. Le rapport hebdomadaire qui compile les inscriptions au chômage fait ressortir une hausse de 12 000 demandeurs d’indemnités, tandis que le baromètre de confiance des ménages de l’université du Michigan affiche un repli inattendu mais relativement limité (-1,5 points à 92,1).

Souvenons-nous que le dollar avait à peine tressailli lors de la publication vendredi d’une chute verticale des mises en chantier de logements neufs au mois d’octobre, à près de -28% sur un an.

** Soucieux de ne négliger aucune piste et afin de collecter toutes les informations susceptibles d’affecter le moral des opérateurs, nous avons suivi de près les différentes interventions des spécialistes, stratèges et autres "donneurs d’avis autorisés" sur les chaînes boursières anglo-saxonnes. L’une des interviews diffusées en milieu d’après-midi a tout particulièrement retenu notre attention : CNBC avait en effet établi un duplex avec… l’université de la dinde !

Et nous avons été grandement éclairé sur un des sujets d’actualité qui mobilise toute l’Amérique en cette veille de Thanksgiving : une charmante agrégée d’aviculture, déguisée pour l’occasion en ménagère affairée à ses fourneaux, nous a dévoilé une série de statistiques dont nous n’imaginons pas qu’elles aient pu laisser les cambistes indifférents.

Saviez-vous que pour faire face aux gigantesques besoins des Etats-Unis dans le domaine des filets de volaille panés — puis pour permettre que chaque famille ait de quoi remplir son four ou garnir son barbecue de Thanksgiving (tout dépend si vous habitez le Dakota du Nord ou la Floride…), pas moins de 266 millions de dindes seront produites puis sacrifiées en 2006 ?

Saviez-vous que la plus lourde dinde jamais passée à la casserole pour cette célébration annuelle — qui met les marchés au chômage pendant quatre jours — pesait la bagatelle de 86 livres, soit le poids phénoménal de 39 de nos kilos ? De quoi rassasier une salle de marché complète…

Et saviez-vous que les excroissances de chair qui entourent la tête du dindon rougissent lorsque l’animal est passablement énervé ? Cela nous fait penser que le même genre de phénomène affecte les indices boursiers lorsque l’actualité économique les contrarie. Il faut donc éviter de leur rappeler que l’endettement des Etats-Unis est proportionnellement d’une taille aussi colossale que le plus gras des dindons ayant jamais été gavé sur le sol américains, comparé à l’une de nos frêles volailles européennes nourries au grain, et qui accusent rarement plus de 12 kilos sur la balance de notre boucher favori !

Philippe Béchade,
Paris

PS : Thanksgiving ou pas, Philippe Béchade veille… au grain. Retrouvez-le dès 15h45 au 0899 707 009* pour une analyse complète de la séance en cours, sa recommandation du jour et un suivi de notre portefeuille.
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

—————————

Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** OH, GOOGLE !

** Oh, Google !

* La chose la plus difficile, pour un homme, est tout simplement de vivre avec honneur et dignité. Il imagine toujours que sa femme le trompe avec le plombier, que les musulmans veulent lui couper la gorge et qu’il peut s’enrichir sans travailler. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, il se rend ridicule.

* Dans sa vie privée, cela embarrasse uniquement ses amis. Dans la vie publique, par contre, il représente une menace pour tout le monde. Parce que lorsqu’il se regarde dans un miroir, il ne se voit jamais comme le bêta pathétique et ignorant qu’il est vraiment. Au lieu de cela, il ne voit rien à jeter. Et il imagine que si tout le monde pouvait être comme lui — avec ses goûts, ses vertus, ses idées politiques et sa religion — le monde s’en trouverait bien mieux. Il rassemble donc ses compagnons d’asile… gonfle des bulles pour ce qu’il aime… et déclare la guerre à ce qu’il n’aime pas. Un grand spectacle public ne tarde pas à se produire.

* Les actions Google ont dépassé les 500 $ cette semaine.

* Nous pensions qu’il fallait vendre Google lorsque la valeur était 200 $ plus bas. Nous nous rappelons nous être moqué du rédacteur en chef du magazine Kiplinger’s parce qu’il en avait acheté. Nous avions l’impression qu’il ne faisait que suivre la masse pour s’enrichir. Nous avons dit que les actions étaient surévaluées à 250 $. Et maintenant, regardez qui peut se moquer de qui !

* Google est l’une des deux seules entreprises qui nous viennent à l’esprit dont les noms sont devenus des verbes en anglais. Google it, disent les anglophones voulant faire une recherche sur internet. Xerox it, demandaient-ils il y a quelque temps pour faire des photocopies.

* Xerox a été l’un des grands succès de ces dernières années. Nous n’avons cependant jamais rencontré personne ayant fait fortune en achetant Xerox à son sommet. L’entreprise a grimpé jusqu’en mai 2002, où la SEC (équivalent de l’AMF aux Etats-Unis) a attaqué l’entreprise pour avoir falsifié quatre années de comptes, ce qui lui avait permis de déclarer un excédent de près de trois milliards de dollars.

* Voilà bien le problème avec les nouvelles technologies. Il y a toujours des technologies plus nouvelles. Et les enfants chéris des marchés d’aujourd’hui finissent inévitablement par grandir, mûrir… et mourir.

* Et voilà encore le problème avec les vieilles technologies du cerveau humain : de temps à autre, les gens pensent que le temps s’arrête.

* "Je ne pense pas qu’il y ait une bulle sur le point d’éclater — de loin pas", a déclaré Benjamin Schachter, analyste pour UBS Securities. Schachter pense que Google restera au-dessus des 500 $ pendant longtemps. "A long terme, Google continuera de déjouer les tactiques de tous ses concurrents. Je pense que c’est l’une des sociétés les plus importantes de la planète".

** Mais jetons un coup d’œil à Google. S’agit-il vraiment d’une entreprise technologique ? Peut-être que non. Elle gagne son argent un peu comme le secteur de l’édition — par la publicité. Les gens font des recherches en ligne grâce à Google. Google sait ce qu’ils cherchent. L’entreprise peut cibler sa publicité, et attirer l’attention des lecteurs sur de nouveaux produits et de nouveaux services au moment même où ils sont le plus avides d’acheter : quand ils cherchent.

* La technologie sur laquelle se base Google, ce sont les programmes informatiques qui mettent les chercheurs en contact avec ce qu’ils cherchent. Nous ne savons rien à ce propos, mais nous pouvons imaginer que bon nombre d’autres jeunes gens intelligents sont en train d’élaborer de nouveaux programmes informatiques plus efficaces dans cette tâche.

* Envisageons donc Google comme une maison d’édition. En gros, sa capitalisation boursière dépasse les 150 milliards de dollars, avec un revenu de 10 milliards et des profits de 2,8 milliards. Une jolie entreprise. Mais que vaut-elle ? Si l’on projette les taux de croissance actuelle dans l’avenir, elle pourrait valoir 500 $. Si les profits doublaient, puis doublaient encore, elle s’échangerait à un PER raisonnable. Mais s’ils n’augmentent pas de 300%, elle est surévaluée.

* De plus, en tant que maison d’édition, Google a un défaut majeur : elle n’a pas de lien ferme avec ses lecteurs. Les gens ne se pensent pas en tant que clients Google de la même manière qu’ils s’identifient à un journal, une lettre, un magazine ou même un site internet. De nombreuses personnes sont fières de faire partie des lecteurs du New York Times, aussi incroyable que ça puisse paraître. Google, par contre, est largement invisible, comme un panneau de verre. Il ne "possède" pas ses clients. Au lieu de cela, les clients en question déserteront — comme ils l’ont fait pour Yahoo! — dès que quelque chose de nouveau, de meilleur et de plus rapide arrivera. Google sera alors dépassé.

* C’est peut-être déjà en train de se produire. Du second au troisième trimestre, les revenus de Google ont grimpé de 11%, soit seulement les deux tiers de ce qu’ils engrangeaient sur la même période l’année dernière. La croissance des revenus ralentit, en d’autres termes. C’est ce qui arrive à toutes les entreprises de nouvelles technologies. Lorsque les investisseurs réaliseront ce qui est en train de se passer, ils déserteront probablement eux aussi — pour s’intéresser à la prochaine coqueluche boursière.

—————————– (publ.)

Dans les moments d’incertitude boursière…
IL EST PLUS SUR DE REVENIR AUX SOURCES !

Voici par exemple un principe d’investissement quasi-enfantin… mais qui vous aurait permis de doubler votre mise en six mois

Pour savoir comment, continuez votre lecture…

—————————

*** La Chronique Agora présente ***

Notre Banquier Central revient sur la méga-panne d’électricité qui s’est produite le 4 novembre dernier — et notamment sur la cause précise de ce black-out géant.

============
Le Journal d’un Banquier Central
ET LA LUMIERE FUIT — 1ère PARTIE
============

Tiens bon la vague et tiens bon le flot
Hisse et ho ! Santiano !
Si Dieu le veut, toujours droit devant,
Nous irons jusqu’à San Francisco.

– Hugues Aufray

Ce n’est pas tout à fait ce "fameux trois-mâts, fin comme un oiseau" que chantait le sympathique Hugues Aufray. En cet âge des loisirs de masse, cher Journal, il faudrait plutôt te figurer un gros, gros paquebot (hisse et ho), de 93 500 tonnes, avec une cheminée qui fume comme un crematorium et une coque blanche, toute peinturlurée de dessins d’enfants aux couleurs vives : peut-être pour faire oublier sa silhouette de barre HLM flottante — comme si quelque dieu jaloux avait jeté en plein Déluge la Cité des Mureaux. Il fait route, ce gros paquebot, non pas pour San Francisco (comme chantait le sympathique Hugues Aufray), mais pour Miami et le soleil des Caraïbes, où il réjouira 2 400 retraités d’un coup avec ses trois ponts, ses dix restaurants, ses onze bars, son incontournable casino (hisse et ho), ses deux piscines, ses quatre pistes de bowling et son mur d’escalade.

Le Repos du Retraité
Mais en ce samedi 4 novembre, notre Mureaux-sur-Lagon barbote dans une eau glaciale et passablement polluée, entre des docks et une centrale. Joliment baptisé Norwegian Pearl, il a vu le jour aux chantiers navals de Meyer Werft, à Papenburg en Basse-Saxe, non loin de la frontière avec les Pays-Bas. Meyer Werft, c’est le n°3 mondial du secteur, derrière l’Italien Fincantieri et le Finlandais Aker Yards — celui-là même qui s’est payé Alstom Marine au début de l’année. Ce paquebot, Meyer Werft l’a donc fabriqué pour le compte de Norwegian Cruise Lines (NCL), filiale du troisième croisiériste mondial, le Malais Star Cruises. Résolument tournée vers le grand public, NCL a fait du concept "en mer comme si vous n’y étiez pas" son hippocampe de bataille.

Espérons que nos retraites suivent, car le billet pour les Caraïbes ne sera pas donné. Jacuzzis, piscines chauffées, machines à sous font du Norwegian Pearl une vraie petite centrale énergétique flottante ; et au prix où va le gas-oil, les banquises auront fondu bien avant les tarifs du croisiériste.

… Je reviens au Charles-de-Gaulle du Troisième Age. Une fois le machin riveté de partout par les ouvriers allemands, et le mousseux fracassé sur la coque (chez Meyer Werft, on ne plaisante pas avec les frais généraux, hisse et ho), reste à conduire la bête au grand large. Papenburg n’étant pas Saint-Nazaire, le Norwegian Pearl, avant de déboucher en mer du Nord, doit s’acquitter d’une sinueuse balade (90 km) au fil de l’Ems, cette rivière pour cruciverbistes qui longe la frontière.

Il y a loin de Papenburg à Key Largo (hisse et ho) : mais quand on aime, on ne compte pas. Or ladite promenade implique de passer sous deux lignes à haute tension transfrontalières (380 000 volts) qui enjambent fièrement la rivière, unissant les pylônes d’Allemagne à ceux des Pays-Bas dans une réconfortante chaîne de solidarité électrique.

Bien que ces lignes perchent à 60 mètres de hauteur, à l’arrivée du Bercy flottant, quelqu’un s’avise soudain que son passage pourrait créer — au propre comme au figuré — des étincelles. J’imagine que c’est une prise de conscience subite, sans quoi on n’aurait peut-être pas mis à l’eau le Repos du Retraité un samedi soir vers 22h00, quand l’Europe faisait chauffer le poste, tandis que sa jeunesse s’abrutissait de décibels sous les éclairs des stroboscopes.

Les autorités compétentes d’E.ON, premier électricien allemand, arrachées à leur poste ou à leurs stroboscopes, se voient sommées de résoudre en hâte le problème suivant : un paquebot de 90 000 tonnes qui fait des ronds dans l’eau (hisse et ho), sur une rivière de Basse-Saxe, en attendant le feu vert pour s’en aller initier nos retraités à la varappe au grand large. Ça ne traîne guère : on décide illico de couper le courant dans les lignes, le temps que le Norwegian Pearl s’en aille à son destin. Clic.

Et nous vous laissons ainsi dans le noir, cher lecteur… jusqu’à demain.

Meilleures salutations,

Le Banquier Central
Pour la Chronique Agora

(*) Derrière le Journal d’un Banquier Central, on trouve toute une équipe d’experts de la finance, de l’économie, de l’analyse technique et de la bourse — qui mettent à votre service leur expérience boursière aussi affûtée que leur sens de l’humour pour vous proposer des recommandations claires, fiables… et surtout profitables !

Pour découvrir toutes les analyses et recommandations du Journal d’un Banquier Central, continuez votre lecture…

==========================================
(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
——————————————————–
Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
==========================================

La Chronique Agora est une lettre électronique quotidienne gratuite distribuée par les services financiers des Publications Agora. Si vous désirez appliquer les conseils et évoqués dans cet e-mail, n’hésitez pas à vous abonner à l’une de nos lettres.

Pour plus d’informations :
http://www.publications-agora.fr

Author Image for admin

Laissez un commentaire

En soumettant votre commentaire, vous acceptez de respecter nos politique de commentaire.