Le marigot fait sa première victime

Rédigé le 28 mars 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Vendredi, la réforme ultra-médiatisée de l’Obamacare, proposée par Trump et les conservateurs, s’est enlisée dans le marigot de Washington.

Si quelque chose nous sauve d’une faillite nationale, ce ne sera pas la réforme sur les prestations sociales.

Pas sous le mandat de Donald J. Trump.

Prochain sujet à l’ordre du jour : la réforme fiscale.

Là encore, nous conseillons aux lecteurs de ne pas trop en attendre.

Ces mêmes luttes de marigot – les politicards, initiés, factions rivales au sein des conservateurs conventionnels, et le président Trump en personne, se mordant tous la queue – tueront probablement toute réforme digne de ce nom.

En outre, il existe un problème plus profond. La « réforme » fiscale, ou les allègements fiscaux, sont inutiles à moins de diminuer également les dépenses.

Sinon, on ne fait que transférer le fardeau d’un contribuable vers un autre… ou bien le transférer des contribuables vers les consommateurs… ou encore des victimes d’impositions ciblées vers le grand public.

Et tenter de diminuer les dépenses publiques… c’est dur.

Or si on ne diminue pas les dépenses militaires ou celles qui sont liées aux prestations sociales… que reste-t-il ?

Pas grand-chose.

Nous nous souvenons de l’allégresse, dans certains endroits, alors que la nouvelle équipe remontait le Potomac et jetait l’ancre dans le Tidal Basin, le bras de rivière adjacent au Potomac.

Les fêtes… la fanfare… les espoirs qu’au bout du compte, le gouvernement américain allait prendre une nouvelle direction.

En 2009, le PIB américain s’élevait à 14 000 Mds$. Actuellement, il s’élève à 18 000 Mds$. Cela représente une augmentation de 35%, ou de 4 000 Mds$.

Parallèlement, le Dow a progressé de 200%… soit une augmentation de 14 000 Mds$.

Cette augmentation de revenu, exprimée par habitant, le travailleur lambda l’a à peine ressentie sur la valeur de son actif principal : son temps. Alors que jour et nuit, les riches, eux, n’ont cessé de s’enrichir toujours plus… et ce, sans le moindre effort.

Pour chaque dollar supplémentaire gagné par la classe ouvrière au cours de ces huit dernières années, les propriétaires d’actifs financiers – environ 10% de la population – en ont gagné trois.

Ce détournement de richesse vers les riches ne s’est pas produit « par hasard ». Il n’a pas été provoqué par les Chinois ou les Mexicains. Ou les adeptes du social-libéralisme. Ou les conservateurs.

Au contraire, c’est le produit du système de l’argent à crédit, qui est désormais fermement soutenu par républicains et démocrates… et l’Establishment tout entier.

C’est également la principale source de financement du marigot… et des bestioles du Deep State qui le peuplent.

Récifs politiques à l’horizon

M. Trump a promis un changement. Mais le gouvernement fonce vers les récifs.

Pour respecter ses promesses – assainir le marigot, restituer sa grandeur à l’Amérique et donner un coup de pouce au travailleur moyen – sa bande de boucaniers doit avancer rapidement… et réduire la voilure.

Il fallait s’en prendre au Deep State – le « gouvernement parallèle » qui contrôle réellement les leviers du pouvoir – et réduire réellement la bureaucratie et les dépenses.

Il fallait également réformer le système de l’argent falsifié. Mais c’était un objectif tellement ambitieux qu’il n’a jamais été évoqué.

Traditionnellement, un nouveau président a le vent en poupe… du moins pendant quelques mois.

Mais cela fait à peine deux mois que la Team Trump a amorcé son programme et, déjà, le vent a tourné. Aucune réduction des prestations sociales n’est en vue à l’horizon, y compris en ce qui concerne l’incontrôlable système de l’Obamacare.

A présent, Trump reproche aux républicains conservateurs du Freedom Caucus (les types du Tea Party) d’avoir bloqué la réforme de l’assurance maladie proposée par les conservateurs traditionnels. Et il a du mal à obtenir la coopération du « Petit Marco », Marco Rubio, sénateur de Floride, et de « Ted le menteur », Ted Cruz, le sénateur du Texas.

Surprise, surprise.

Quant aux démocrates, laissez tomber. Il a accusé leur président sortant de l’avoir mis sur écoute. Et il a suggéré que leur candidate méritait d’être envoyée en prison.

Il est peu probable que les démocrates sortent de leur camp pour lui donner un coup de main.

Avis de grand vent sur les marchés

M. Trump – grand négociateur autoproclamé – découvre qu’il est n’est pas si facile de manoeuvrer le navire de l’Etat dans la direction qu’il veut prendre.

C’est une chose de conclure un accord dans le monde des affaires et c’en est une autre de le faire dans le monde de la politique.

Et attention… Un grand vent pourrait bien se lever…

Les marchés – si affables et obligeants jusqu’à présent – pourraient bien se retourner contre lui rapidement, eux aussi.

D’après ce que nous voyons actuellement, il semblerait que le marché obligataire américain ait atteint un plus haut en juillet dernier… et que les actions américaines aient atteint un pic le 1er mars.

Si c’est le cas… et nous le découvrirons en même temps que tous les autres… cela pourrait bien se gâter à tous les niveaux.

Si les cours chutent sur els marchés boursiers, certains vont faire la tête. A mesure qu’ils chuteront, vous pouvez vous attendre à ce que l’on demande à la Fed de faire marche arrière et d’abaisser les taux d’intérêt au lieu de les relever.

Mais il couve un vent mauvais.

Selon les dernières données de PriceStats — le tracker d’inflation qui se base sur des millions de prix en ligne — les prix actuels aux Etats-Unis auraient augmenté de 3,6% par rapport à ceux de l’an dernier.

taux

[NDLR : Le retour de l’inflation est le paramètre déterminant. Si la Fed décide de lutter en relevant ses taux, les marchés chuteront. Si elle ne le fait pas, le dollar chutera et l’or s’envolera. Quel or physique posséder pour profiter de cette hypothèse ? Découvrez ici la pièce la plus adaptée pour profiter de la nouvelle crise qui se prépare — préparez-vous à une heureuse surprise en termes de fiscalité…]

A ce niveau, la Fed aura du mal à ne pas continuer à relever les taux. Et les cours des actions et des obligations auront du mal à ne pas chuter.

La Fed, quant à elle, aura du mal à ne pas se rendre compte qu’elle aussi est en conflit avec le gouvernement Trump.

Nous imaginons déjà le tweet : « les actions et les obligations chutent. L’économie entre en récession. Les emplois disparaissent. Et la Fed ne veut pas abaisser les taux. C’est dégoûtant ! »

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

2 commentaires pour “Le marigot fait sa première victime”

  1. le marigot militaire et industriel inutiles et zombies me semblent les plus couillons pour détruire une nation. Il suffit de voir leurs effets depuis 1945… Merci les zombies…

  2. Bonjour,

    Si les prédécesseurs deTrump nageaient dans le marigot, Trump y pratique la plongée sous marine.
    En même temps, il n’y avait rien d’autre à attendre. C’était écrit dans ces colonnes.

    Augmenter de 54 milliards de $ les dépenses militaires qui ne profiteront qu’a quelques un: ça c’est du changement !
    Il n’a pas dit ce que les 54 milliards de $ de plus permettront de faire, que les 600 milliards présent ne permettaient pas.

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