=============================
La Chronique Agora
Paris, France
Mercredi 22 novembre 2006
=============================
*** La surprise serait-elle qu’il n’y aura pas de surprise ?
La fin d’année boursière sera-t-elle "périssante d’ennui" ?
*** Bons points pour les céréales
Chris Mayer nage dans le blé et le maïs…
*** NYSE, taxi et océan de factures…
En quoi une action du NYSE ressemble-t-elle à un taxi ?
*** Fin de bulles (3)
Pourquoi Rome ne s’est pas construite en un jour…
—————————– (publ.)
Assez d’attendre les profits ?
1 740,11% de gains cumulés au total sur le premier semestre 2006…
Des gains de +50%… +69,77%… +67,86… +88,10% depuis début mai 2006… et des plus-values de 106,90%… 100%… 104%… 91,80%… 117,10% et même 679%… engrangées durant la première partie du 1er semestre 2006 !
Parfois, c’est encore le court terme le plus performant. Découvrez pourquoi…
—————————
Bonjour,
*** LA SURPRISE SERAIT-ELLE QU’IL N’Y AURA PAS DE SURPRISE ?
** Il faudra s’y faire : pour observer quelques mouvements intéressants sur les marchés cet automne, il faut faire l’impasse sur les RTT et rester bien présent devant ses écrans le lundi et le vendredi. Depuis près d’un mois et demi, les milieux de semaine sont "périssants d’ennui", pour reprendre une des expressions favorites de mes cousines canadiennes.
Cette journée de mardi fut franchement insipide. La remontée initiale du CAC 40 en direction des 5 500 points s’est interrompue dès 11h30 sous les 5 485 points — en même temps que les échanges se figeaient comme du caramel au fond d’un chaudron retiré du feu et promptement déposé sur un sol gelé (la gourmandise n’attend pas)… ou une coulée de sirop d’érable sur une balustrade enneigée — un p’tit bonheur d’hiver canadien que j’affectionne particulièrement.
Au final, nous retrouvions hier soir le CAC 40 en hausse de 0,08%, tout juste devancé par le Dax (Francfort) et ses 0,12% conquis à l’arrachée. Pendant ce temps, Amsterdam, l’Euro-Stoxx 50, la bourse de Londres ou l’Eurotop 100 affichaient collectivement ce score final d’une haute portée symbolique : +0,01%.
Tokyo avait donné le ton en début de matinée, en clôturant sur un rebond de 0,05%, bien peu convaincant au lendemain d’une chute de 2,3% dans le sillage des valeurs pétrolières — et non pas des trusts bancaires ou technologiques, ce qui aurait été plus inquiétant. Cependant, avec un yen qui rechute sous 119/$ et qui enfonce un plancher historique de 151,5/euro, les entreprises exportatrices japonaises peuvent envisager l’avenir avec sérénité.
Aux Etats-Unis, il semblerait que les opérateurs aient déjà le nez plongé dans les catalogues de cadeaux de fin d’année car Wall Street est en mode pause depuis 48 heures. Nous parions que les traders passent plus de temps à contempler sur leurs écrans les listes des derniers jeux vidéo disponibles sur Amazon (+1,8% à mi-séance mardi) ou sur Yahoo! et Google (+2%, et le titre pulvérise un nouveau record absolu à 506 $) qu’à décrypter les derniers trimestriels publiés par quelques retardataires du S&P 500.
A 48 heures de Thanksgiving, ce n’est certainement pas un heureux hasard si Amazon, Yahoo! et Google sont les trois seuls titres qui assurent un semblant d’animation sur le Nasdaq.
** Si le reste de la semaine est à l’image de cette séance de mardi, nous allons avoir tout le temps de passer le marché au scanner afin de préparer les habillages de bilans de fin d’année. Parmi les "surprises" qui sautent aux yeux après un rapide survol du palmarès sectoriel, la performance d’ensemble du secteur immobilier français (+54% depuis le premier janvier) donne à réfléchir… mais la bonne tenue des foncières est directement corrélée à la bonne santé des entreprises.
Car il s’agit bien d’un boom du marché de la location commerciale : pas-de-porte, boutiques, galeries marchandes, bureaux équipés des dernières technologies, "plateaux" ou sièges sociaux de multinationales, qui assurent les juteux revenus encaissés par des groupes tels que Bail Investissement, Klépierre, Unibail ou Silic (avec des gains annuels s’étageant entre 50% au minimum et 62%).
C’est l’Europe centrale qui constitue le nouvel Eldorado, comme en témoigne l’envolée de la holding luxembourgeoise Orco Property (+63% cette année). Elle investit dans des murs d’hôtels et d’immeubles à usage professionnel à Prague, Budapest et Varsovie.
Pour la seconde année consécutive, les groupes parapétroliers figurent en bonne place dans le tiercé des investissements les plus lucratifs, avec des gains supérieurs à 110% pour Vallourec et Géophysique. Cependant, la contre-performance de Technip (+2,5% seulement depuis le premier janvier) prive ce secteur de la plus haute marche du podium.
La troisième est fermement occupée par l’équipement industriel destiné au compartiment de l’énergie, avec Nexans (+105%) et Alstom. Le premier fournit des câbles à des opérateurs comme Suez, E.On, RWE ou EDF (+55% cette année), le second des turbines — à cette même catégorie de clients appartenant au secteur des services aux collectivités.
Si nous mentionnons une short list d’une douzaine de titres, c’est parce qu’il y a de grandes chances que les meilleurs performances de la fin de l’année se trouvent parmi eux. Il est de tradition — y compris chez les gestionnaires les moins inspirés — de faire figurer dans sa SICAV ou son fonds d’épargne-retraite les valeurs qui se sont distinguées au cours des 11 mois précédents… d’où ce singulier constat que même chez les gérants les plus mal classés, tous ont toujours les bonnes valeurs dans leur portefeuille au 31 décembre.
Symétriquement, les canards boiteux sont impitoyablement rejetés — à moins de revendiquer un style de gestion purement contrarien. Il faut donc craindre une fin de parcours annuel difficile pour des titres tels que Gemplus, Oberthur, Atos, Safran ou Thomson Multimedia (pertes cumulées comprises entre -20% et -30%).
Le secteur des médias réalise globalement la plus mauvaise performance avec NRJ (-27%) et Lagardère (-15%)… et que dire d’Infogrames (secteur loisirs) qui chute de 50%.
** Quoiqu’il en soit, nous ne prendrions pas le risque de passer acheteur alors que le CAC 40 évolue depuis trois semaines au sein d’une fourchette de 1% de part et d’autre du seuil des 5 460 points, zénith du 26 octobre dernier. Nous serions en revanche plus volontiers tenté par des stratégies un peu plus spéculatives à la baisse en cas d’enfoncement des 5 400 points ; un mouvement de correction du CAC 40 pourrait alors se développer rapidement jusque sur 5 200 points puis 5 015 points si le Nasdaq refluait sous le seuil des 2 275 points.
Mais il se peut également que rien ne se passe… et que les marchés se laissent flotter mollement comme de la ouate jusqu’au jour de l’An, pour peu qu’ils ne consacrent leurs attention qu’aux éditoriaux économiques les plus lénifiants — c’est-à-dire le gros du contingent !
La surprise de cette fin d’année serait-elle qu’il n’y aura aucune surprise ? Voilà qui nous surprendrait… vraiment !
Philippe Béchade,
Paris
PS : Retrouvez Philippe Béchade au 0899 707 009* dès 15h45 cet après-midi : commentaire de la séance du jour, nouvelle recommandation, suivi du portefeuille… Vous saurez tout ce qu’il faut savoir pour passer une journée boursière profitable.
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)
—————————
Chris Mayer nous donne les dernières nouvelles de l’effet de céréales.
*** BONS POINTS POUR LES CEREALES
** J’ai récemment lu le numéro d’octobre de la lettre d’information de Marc Faber. Comme vous le savez probablement, ce dernier écrit le Gloom, Boom & Doom Report. Son point de vue financier contrarien apparaît dans de nombreux médias.
- Son dernier numéro contenait un article intéressant sur les céréales. Mark McLornan, d’Agro Terra Ltd., l’a écrit. Il commence par une question tout à fait dans mes cordes :
- "Où, dans le monde, pouvez-vous acheter des actifs réels qui soient à la fois bon marché, décorrélés des cycles économiques et indépendants des taux d’intérêts ? Quelle classe d’actifs peut tirer parti des grandes forces cycliques du développement chinois/indien, du réchauffement planétaire et de l’épuisement des ressources en eau ?"
—————————
Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** NYSE, TAXI ET OCEAN DE FACTURES…
** En quoi une action du NYSE ressemble-t-elle à un taxi ?
* Paul Montgomery nous apprend que dans les années 1970, les gens étaient si inquiets au sujet de l’avenir des actions qu’on pouvait acheter un "siège" à la bourse de New York pour le prix d’une licence de taxi dans la même ville. On ne peut faire de courtage sur la place new-yorkaise sans acheter de "siège", et l’on ne peut conduire un taxi légalement dans la cité sans licence. Apparemment, le taux de rendement était à peu près similaire pour un chauffeur de taxi et pour un courtier.
* Mais aujourd’hui, l’industrie financière est pleine aux as, et le ratio est de 18 contre 1 — un siège sur le NYSE valant cinq millions de dollars tandis qu’une licence de taxi ne vaut que 275 000 $. Il doit y avoir bien plus d’argent à gagner dans les actions qu’autrefois. Qu’on en croie le VIX ou le Dow, Wall Street et ses clients n’ont jamais été plus gras ou plus heureux.
* Pas de rupture sur les marchés boursiers, pas de chute du dollar, pas de faiblesse dans la confiance des Etats-Unis en leur technologie financière, leur économie et leur empire.
* Toutes ces choses restent donc à venir. CQFD…
* Le taux de change dollar/euro a à peine bougé ces derniers mois ; il semble avoir pris racine, à 1,28 $ par euro.
* Et si vous voulez vous enrichir en achetant des actions, cher lecteur, il vous faudra probablement attendre encore quelques années. Pour l’instant, les actions n’ont aucun "mur d’inquiétude" où s’appuyer pour grandir. Personne ne s’inquiète de quoi que ce soit.
** Les constructeurs immobiliers américains sont censés représenter l’exception. Alors que le marché dans son ensemble nage dans le bonheur, les constructeurs sont confrontés à leurs propres petits murs grincheux. Ils ont été atteints de plein fouet par le ralentissement de l’immobilier US prévu par tous.
* "Les ventes de maisons chutent dans 38 états", déclarait l’AP lundi.
* Une chute des ventes de maison est une mauvaise nouvelle pour les constructeurs. Mais tout de même, en termes de revenus, nombre des grandes valeurs du secteur de la construction sont désormais plutôt bon marché par rapport à l’année dernière. De plus, ces entreprises ont beaucoup d’expérience en ce qui concerne les retournements du marché immobilier ; elles savent comment résister durant les périodes difficiles.
* La grande question est de savoir à quel point les temps seront durs pour les Etats-Unis. Si ces derniers sont aussi souples et flexibles que le pensent les gens, les constructeurs rebondiront probablement — prouvant que les haussiers de la construction avaient raison. Mais si le ralentissement est pire qu’on le prévoyait ? Après tout, n’était-ce pas là le plus grand boom immobilier que le monde ait jamais vu ? N’a-t-il pas été financé par une politique de taux d’intérêt "d’urgence", le taux directeur de la Fed ayant été maintenu au plancher durant la période la plus longue de l’histoire ? Et tout cela n’a-t-il pas été favorisé et encouragé par les prêts les plus imprudents, de la part du secteur des prêts hypothécaire, depuis l’invention de l’intérêt composé ?
* Si la force d’une correction est vraiment égale et opposée à la tromperie qui l’a précédée, le ralentissement de l’immobilier américain ne restera-t-il pas à jamais inscrit dans l’histoire, lui aussi ? Nous n’en savons rien. Mais nous ne nous hâterions pas de conclure que puisque les actions des constructeurs sont moins chères qu’il y a un an, elles doivent être une bonne affaire.
* Un nouveau boom de l’immobilier US requiert deux choses : une nouvelle source d’argent, et un nouveau bassin d’acheteurs. D’où viendront-ils ?
* Eh bien, il y a toujours la génération suivante… Mais que voyons-nous là ?
* "Les plus de 20 ans se noient dans un océan de factures", rapporte ABC News. "Les jeunes [Américains] luttent dans l’étreinte de la dette", ajoute USA Today.
* La "génération suivante", c’est celle qui a payé une fortune pour aller à l’université, qui a appris à griller une carte de crédit avant même d’avoir passé son permis, et qui aime encore moins l’épargne que la génération qui l’a précédée.
* Bien entendu, même lorsqu’on se noie dans un océan de factures, on peut encore acheter une île flottante portant une maison — du moins sur les marchés humides actuels. Il suffit d’emprunter.
* Tout cela vient vraiment trop facilement, à notre avis. Et ça repartira comme c’est venu…
—————————– (publ.)
Les aléas des marchés ne sont pas le seul facteur menaçant votre patrimoine
Découvrez cinq "bombes à retardement" qui mettent votre capital en danger… … et surtout, le moyen de vous en protéger !
—————————
*** La Chronique Agora présente ***
Lorsqu’on désolidarise les hommes des conséquences de leurs actions, déclarait Bill Bonner hier, le résultat est généralement assez désastreux. Démonstration aujourd’hui dans le domaine de la politique et dans celui de l’investissement.
============
FIN DE BULLES – 3ème PARTIE
============
Par Par Bill Bonner (*)
Dans la Rome antique, les ingénieurs devaient se tenir sous les ponts qu’ils avaient conçus lorsqu’on enlevait les échafaudages. Et dans la Grèce antique, non seulement les fils des parlementaires partaient se battre lors des guerres, les dirigeants eux-mêmes se joignaient à eux. En plus, les vétérans les plus aguerris étaient mis en première ligne !
Si les Américains voulaient rendre leur gouvernement plus responsable, ils forceraient les membres du Congrès à investir tout leur capital en obligations libellées en dollars US, et à servir dans toutes les guerres qu’ils déclenchent. Combien de temps les troupes américaines resteraient-elles à Bagdad, nous demandons-nous, si tous les membres du Congrès devaient y effectuer un service ?
Notre règle générale s’applique aussi aux investissements. Plus vous vous en éloignez, moins vous en subissez les conséquences… et plus vos investissements empirent. Voilà pourquoi les investissements "collectifs" sont généralement si mauvais. L’investisseur lui-même ne prend pas la responsabilité des décisions — il se dégage entièrement des faits — et les gestionnaires n’en subissent pas les conséquences.
Ces investissements — fonds indiciels, fonds de placement, fonds de couverture — ne sont que des moyens d’être "sur le marché", et non des méthodes pour faire des investissement sérieux. Et dans la mesure où les rendements que vous obtiendrez sont toujours entamés par les commissions des gestionnaires, vous obtiendrez toujours — au cours du temps et en moyenne — moins que le marché lui-même. Et faire pareil que le marché… ce n’est pas grand’chose. Les actions grimpent et baissent. On suit un cycle complet — en payant les frais, les taxes, les commissions et en tenant compte de l’inflation — et l’on se retrouve généralement à la case départ.
Les hedge funds sont un cas à part. Leur structure "je gagne, vous perdez" est si agressive que l’investisseur en fonds de couverture moyen est presque assuré de perdre de l’argent. Lorsque le fonds accumule les gains, le gestionnaire s’en adjuge une bonne partie. Et, bien entendu, lorsque des pertes sont enregistrées, il n’en prend aucune part. Dans la mesure où le fonds moyen a toutes les chances d’obtenir des résultats moyens, l’investisseur en hedge funds moyen risque de se retrouver avec moins — et non plus — d’argent.
Felix Dennis, qui, entre autres choses, publie le magazine Maxxim, possède une maison à St Bart. Cette île luxueuse est un terrain de jeu pour gens riches et célèbres. Felix déclare que lorsqu’il a fait la connaissance de ses voisins, il s’est rendu compte que quasiment tous étaient gestionnaires de hedge funds. "Où sont les clients des hedge funds ?" se demandait-il.
A la fin de notre intervention, notre vieil ami John Mauldin nous a corrigé sur un point :
"Vous vous trompez sur les fonds de couverture", a-t-il dit. "Certains d’entre eux gagnent effectivement beaucoup d’argent. Mais ils sont exactement comme des actions. Les meilleurs ne sont pas accessibles aux investisseurs individuels. Et comme il a été souligné, il faudrait travailler très dur pour trouver ceux qui se débrouilleront bien. Le fonds de couverture standard n’est pas différent d’une action moyenne. Les bons jours, il fera probablement perdre de l’argent à ses propriétaires. Les mauvais jours, il les ruinera".
Meilleures salutations,
Bill Bonner
Pour la Chronique Agora
(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (290 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres L’inéluctable faillite de l’économie américaine et L’Empire des Dettes.
==========================================
(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
——————————————————–
Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
==========================================
La Chronique Agora est une lettre électronique quotidienne gratuite distribuée par les services financiers des Publications Agora. Si vous désirez appliquer les conseils et évoqués dans cet e-mail, n’hésitez pas à vous abonner à l’une de nos lettres.
Pour plus d’informations :
http://www.publications-agora.fr



Laissez un commentaire