Nuages d’azote ou journée de dupes ?

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Jeudi 20 juillet 2006
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*** Nuages d’azote ou journée de dupes ?
Petite explication sur le pourquoi du comment du rebond d’hier…

*** Le pétrole est le nerf de la guerre
A moins que ce ne soit l’inverse ?

*** Mille bornes
Après une année de dur labeur au service de l’euro fort, elle est revenue, l’heure sacrée de mes congés payés. 

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Bonjour,

*** NUAGES D’AZOTE OU JOURNEE DE DUPES ?

** Le caractère exceptionnel du mouvement de reprise (+2% à Paris en 90 minutes et +2,37% au final) s’inscrit dans le cadre d’une véritable panique à la hausse. Le rebond de l’Euro-Stoxx (+2,68%), qui efface d’un coup la moitié du terrain perdu depuis le 5 juillet, semble encore plus miraculeux !

Sur quoi cette bourrasque d’euphorie repose-t-elle ? Certainement pas sur les chiffres de l’inflation publiés à 14h30 aux Etats-Unis : le taux central s’établit à +0,3% — et non pas +0,2% anticipés –, et le taux global caracole à +4,3% l’an (et +2,6% hors énergie).

Et c’est là le point crucial : vers 14h35, le CAC 40 affichait +0,00%, et l’Euro-Stoxx +0,15%. Vers 15h59, avec la réouverture positive de Wall Street, la hausse moyenne des indices dans l’Euroland flirtait avec les 0,33%. A 16h05, les scores étaient déjà méconnaissables, avec une avancée de 1,60% ; 90 minutes plus tard, c’était le bouquet final avec +2,7% au compteur.

Que s’est-il passé hier entre 16h00 et 16h05 ? Le Hezbollah avait-il soudain déposé les armes ou Israël avait-il décrété unilatéralement un cessez-le-feu ? Ben Bernanke venait-il d’annoncer que la Fed estimait être allé trop loin en portant le Prime Rate à 5,25% ? Le secrétaire d’Etat au Trésor Henry Paulson venait-il d’instituer la déduction fiscale des intérêts d’emprunts immobiliers dans le cadre d’une incitation à l’épargne en action ?

Rien de tout cela, naturellement. Le discours biannuel de Ben Bernanke devant les membres du Congrès a respecté un certain équilibre entre la réaffirmation de la vigilance de la Fed en matière d’inflation et l’espoir que les 17 hausses de taux contribueraient prochainement à l’amorce d’un ralentissement économique modéré aux Etats-Unis — dont pourrait découler une décrue des pressions qui s’exercent actuellement sur les prix.

** Aujourd’hui, l’Amérique est en phase de transition, mais cela pourrait tout aussi bien signifier qu’elle glisse vers un scénario de stagflation. Ben Bernanke affirme que le seul secteur en phase de consolidation, c’est l’immobilier ; les chiffres du jour lui donnent raison puisque les mises en chantier de logements neufs ont chuté de 5,3%.

Les Etats-Unis, selon nous, ne maîtrisent plus rien en matière d’inflation car l’épicentre se situe en Chine. Cette dernière se livre à une rafle planétaire sans précédent sur les matières premières et le pétrole, pour soutenir une croissance de 11,3% (rythme annualisé à fin juin 2006) — et peut-être de 12% en prenant en compte la contribution de Hong Kong à l’épidémie de surinvestissement qui s’étend sur toute la côte est depuis le début du 21ème siècle.

Quel fragment du discours de Ben Bernanke a-t-il pu provoquer un tel électrochoc haussier ? Le terme "flexibilité" aurait-il été interprété comme une porte entrouverte à une future baisse des taux ?

Alors que le consensus des experts validait encore l’hypothèse d’un 18ème tour de vis début août, le maintien du statu quo à 5,25% devient envisageable si l’on occulte le CPI, Consumer Price Index, publié ce mercredi : ce n’est pas le scénario auquel nous adhérons !

** Mais la majorité des opérateurs ont absorbé le discours de Ben Bernanke comme une grosse bouffée d’azote. L’image en direct des bombardements sur le centre à majorité chrétienne de Beyrouth, jusqu’ici épargné, ne suscitait plus le moindre effroi dans les salles de marché. Au contraire, les champignons de fumée semblaient constituer une invitation irrésistible à se ruer sur les actions, comme pour exorciser la peur de l’extension du conflit au Proche-Orient.

A mesure que l’évacuation des étrangers s’accélère, le discours de la Maison-Blanche se radicalise. La responsabilité ou la complicité active de l’Iran ou de la Syrie avec le Hezbollah sont dénoncées de façon de plus en plus explicite. Le G8, de son côté, s’était abstenu de stigmatiser telle ou telle puissance étrangère le week-end dernier, afin de ne pas froisser l’hôte de ce sommet, le Russe Vladimir Poutine, lequel a clairement fait connaître au cours des derniers mois son hostilité à toutes menaces de sanctions à l’encontre de l’Iran.

Tout ceci nous éloigne un peu des 2,37% engrangé par le CAC 40 ce mercredi : ce sont les financières qui ont explosé à la hausse (dans le sillage des marchés obligataires), faisant office de locomotives avec des gains de 5,6% sur Crédit Agricole, 4% sur AXA, 2,75% sur Société Générale et BNP Paribas (et on constatait la même euphorie en Allemagne sur Allianz ou Deutsche Bank, en Suisse sur UBS, et à la City londonienne sur Prudential).

La confirmation d’un mouvement de correction sur l’immobilier, de l’aveu même de Ben Bernanke ce mercredi, ne semble pas constituer un motif d’inquiétude. Si le crédit hypothécaire connaît un passage à vide, les établissements bancaires pensent compenser ce manque à gagner par l’envol des profits de leur division corporate (fusions/acquisitions, introductions, création de toujours plus de produits dérivés).

** Mais si nous cernons le "comment" de la hausse des marchés… nous n’avons toujours pas défini le "pourquoi" ! Un petit retour 24 heures en arrière s’impose. Vers 20h mardi soir, le Nasdaq chutait de 1%. Deux heures plus tard — et sans la moindre information macro- ou microéconomique positive survenant en seconde partie de séance –, les technologiques affichaient fièrement +0,4%.

Aujourd’hui, à peine Ben Bernanke avait-il achevé la lecture de la première partie de son exposé que les futures explosaient à la hausse à Wall Street. Il aurait pu annoncer à la fin de son allocution qu’il partait à la pêche à l’espadon (qu’il affectionne) ou à la chasse au Dahu, de toutes façons, les jeux étaient faits : les indices boursiers "devaient" s’embraser et terminer le plus loin possible des planchers de lundi ou mardi.

Nous soupçonnons certains opérateurs très influents d’avoir profité d’une situation de déséquilibre prononcé des positions acheteuses et vendeuses pour administrer une sévère punition au consensus baissier — c’est-à-dire à la majorité des opérateurs en vente à découvert. Peu importe au fond la signification du discours de Ben Bernanke ; ce qui importait, c’était de prendre à revers les shorts, et de les asphyxier durant les 90 dernières minutes de la séance — rien de plus facile en jouant sur l’arbitrage cash/futures.

Il y avait techniquement 1,5% ou 2% à prendre après un repli de 5% des indices boursiers. Le message prétendument "colombe" de la FED n’a constitué qu’un prétexte… et à la sortie, certains opérateurs sont carrément ébahis de constater que leurs objectifs ont été surpassés de 1% !

La stratégie a tellement bien fonctionné que les vendeurs à découvert, comme groggy, ne se souvenaient même plus qu’une guerre — sans limitation de durée — se mène actuellement au Liban : nous gageons qu’ils auront repris leurs esprits ce jeudi.

Philippe Béchade,
Paris

PS : Quoi que nous réserve la séance d’aujourd’hui, Philippe Béchade est là pour vous aider à en tirer parti… ou à vous protéger ! Retrouvez tous ses conseils et recommandations au 0899 707 009 dès 15h45 cet après-midi.
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

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QU’EST-CE QUI FAIT GRIMPER CES ACTIONS ?
Des gains de 74%, 53,8%, 43,17%, 60%
24,9% de gain moyen en 2004…
24% de performance moyenne en 2005…

Quelles valeurs continuent de bien faire malgré la baisse des marchés — et surtout, comment faisons-nous pour les dénicher ?

Toutes les réponses sont ici…

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** LE PETROLE EST LE NERF DE LA GUERRE

** Les troupes israéliennes ont traversé la frontière libanaise.

* Les marchés réagissent en général au "risque géopolitique" — parfois en exagérant le danger, parfois en l’ignorant. Cette semaine, les investisseurs ont jugé que la guerre au Liban n’était qu’une menace mineure. L’or a chuté de 22 $, pour rejoindre les 629 $. Le pétrole aussi a baissé, à 75 $ à peine.

* Les marchés, comme les démocraties, ne peuvent jamais vraiment se tromper ; il n’y a pas plus haute autorité qu’eux. S’ils disent que le pétrole vaut 75 $ le baril, pas plus — eh bien, c’est ce qu’il vaut.

* Mais le thème de nos réflexions d’aujourd’hui, c’est que les investisseurs pourraient — et devraient — changer d’avis. Non que nous ayons idée de ce que l’avenir nous réserve. Les dieux gardent leurs secrets. Le passé, par contre, n’arrive pas à se taire : le pétrole et la guerre forment un cocktail dangereux.

* Les investisseurs sont bien entendu conscients du fait que la guerre affecte le pétrole. C’est la guerre du Levant qui a fait grimper les cours de l’or noir dans les années 70 et qui a causé le pire ralentissement économique mondial depuis les années 30. Depuis, le moindre signe de guerre a fait frissonner les marchés pétroliers.

* Cependant, selon nous, on sous-estime l’influence du pétrole sur la guerre. Avec l’avènement des armements mécanisés, c’est le pétrole — et non des dirigeants plus avisés ou de meilleures armes — qui s’est révélé décisif. Durant la Première guerre mondiale, l’Allemagne ne pouvait gagner parce que le pétrole était déjà devenu l’ingrédient-clé de la guerre moderne, et que le pays n’en avait pas. A la Seconde guerre mondiale, le pétrole était plus important encore. L’effort de guerre allié était nourri par les abondantes réserves de pétrole brut texan, tandis que les puissances de l’Axe se retrouvaient toujours en panne sèche aux instants critiques. Les Allemands furent battus dans le désert nord-africain en grande partie parce que les réservoirs des tanks de Rommel étaient vides. Et lors de la bataille des Ardennes, à nouveau, les pauvre Boches furent défaits par leur manque de vocabulaire en plus de leur manque de carburant. Se faisant passer pour un soldat américain, un fantassin de la Wehrmacht demanda du "benzine" au lieu d’"essence".

* En Europe comme en Asie, les stratégies de l’Axe étaient lubrifiées par le pétrole. Les Allemands cherchaient à s’emparer des champs de pétrole en Roumanie. Les Japonais tentèrent leur chance à Pearl Harbor — non qu’Hawaii soit un producteur d’or noir : le haut commandement nippon attaqua la base américaine après que le Japon se soit vu couper les vivres en pétrole texan. Le pays ne voyait pas d’autre choix que d’essayer d’handicaper la flotte américaine, de sorte qu’elle ne puisse pas interdire le ravitaillement pétrolier du Japon par d’autres pays ! Dans les deux cas, en Asie et en Eurasie, la stratégie centrée sur le pétrole se révéla fatale ; elle changea le cœur de la campagne — au lieu de détruire l’ennemi, on cherchait à protéger les lignes de carburant. Hitler fit passer ses forces de l’attaque cruciale sur Moscou au sud, afin de s’assurer un ravitaillement en pétrole. Tojo déploya son armée dans tout le Pacifique sud afin de protéger la "région sud et ses ressources".

* Nous ne savons pas quelles réflexions centrées sur le pétrole sont entrées dans les esprits des stratèges américains pour la guerre en Irak — ni, d’ailleurs, si ils ont réfléchi tout court. Dans les mémoires de Robert McNamara, où il raconte son expérience à la tête du département américain de la Défense durant la guerre du Vietnam, les "meilleurs des meilleurs" passaient apparemment beaucoup de temps à essayer de déterminer comment gagner la guerre, mais avaient oublié de réfléchir à la raison pour laquelle ils se battaient pour commencer. En fin de compte, la guerre fut perdue et cela ne fit aucune différence.

* Tout de même, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer combien le monde a changé depuis 1945. Les champs de pétrole du Texas ont dépassé leur sommet il y a trente ans de cela. Les puits de la Mer du Nord ont atteint leur production maximum il y a deux ans. A présent, c’est l’empire anglo-américain qui craint pour son ravitaillement pétrolier et mène ses guerres de manière à ce qu’elles correspondent à ses besoins énergétiques.

* Les Etats-Unis aujourd’hui, comme le Japon et l’Allemagne dans les années 30, achètent la majeure partie de leur pétrole sur le marché. Et comme les puissances de l’Axe durant les années 30, la majeure partie du pétrole mondial provient d’endroits qu’ils ne peuvent contrôler sans outrepasser les capacités de leurs forces militaires — le Moyen-Orient, la Russie, le Venezuela. Rétrospectivement, il est simple de voir que les Allemands et les Japonais s’en seraient mieux sortis en consolidant leurs économies, plutôt que leurs armées. Ils auraient pu rester en dehors des politiques impériales et acheter le pétrole dont ils avaient besoin. La même attitude serait-elle meilleure pour les Etats-Unis aussi ?

** Votre correspondant porte généralement une cravate au bureau. Il le fait par habitude et parce que, avec l’âge, cela lui donne un peu de distinction. Les nouveaux employés le confondent souvent avec quelqu’un ayant de l’autorité.

* Mais nous sommes sans cravate aujourd’hui. "Chaleur record dans les bus et les métros", titrent les journaux londoniens. A nos yeux de vétéran du Maryland, le temps semble plutôt agréable et plaisant. Nous sommes rentré à pied du bureau hier, une heure et demie de trajet environ, sans jamais transpirer. Mais les Anglais ne sont pas habitués à la chaleur.

* Les hommes ont enlevé leurs vestes et leurs cravates. Les femmes aussi se sont débarrassé de quelques vêtements ; autrefois, il fallait payer de coquettes sommes pour les voir aussi déshabillées. Mais c’était il y a bien longtemps, dans un pays très très lointain…

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Comment le marché actuel peut faire de vous un investisseur heureux…
… tout en faisant passer votre portefeuille à la vitesse supérieure !

C’est plus simple qu’il n’y paraît… il suffit de suivre les bons indicateurs : continuez votre lecture pour tout savoir

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*** La Chronique Agora présente ***

Le Banquier Central part en vacances… Et en chemin, dans sa fidèle Dauphine rouge vif, il s’autorise quelques réflexions sur l’état du monde économique, financier — et autres…

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Le Journal d’un Banquier Central
MILLE BORNES — 1ère PARTIE
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Le ciel d’été/Remplit nos cœurs de sa lucidité/Chasse les aigreurs et les hostilités/Qui font le malheur des grandes cités/Tout excitées….
– Charles Trenet

Mon maillot bleu dort au placard, avec une boule de naphtaline.

Au-delà des soubresauts parfois cruels de l’actualité sportive, par bonheur, il y a des choses qui ne changent pas. De même qu’en Bourse, toute hausse est suivie d’une baisse, et réciproquement ; de même, après une année de dur labeur au service de l’euro fort, elle est revenue, l’heure sacrée de mes congés payés.

… Chez ma cousine, à Menton.

Kilomètre zéro
J’ai chargé mon filet à papillons, la cage du canari, le canari lui-même, la glacière, les oeufs durs, la chaise pliante, la table de pique-nique et ma bouée-canard dans le coffre (avant) de mon increvable Dauphine. Oui, une Dauphine, rouge vif, de 1963 — ce qui ne nous rajeunit pas.

En route ! La Porte d’Italie me tend les bras… Je la traverse sans un regard — indifférent à toute provocation — et prends la route enchantée des vacances. Qu’on ne me parle pas de la sinistre Autoroute du Soleil où les Audi climatisées sifflent comme des bombes sur l’asphalte, slalomant entre hérissons écrasés et grands-mères en déroute ! Je ne descendrai au beau soleil du Midi que par la Voie Royale, la Route Bleue de mon enfance, où l’on sait encore prendre le temps de flâner (surtout en Dauphine 63). Si j’entends conter fleurette, que ce soit à la mythique nationale n°7 — où les oliviers sont toujours bleus, ma petite Lisette — ainsi qu’à son accorte cousine : la bourguignonne n°6, reine de la Côte d’Or et de ses délices.

Mes vacances commencent passé le carrefour de la Belle Epine : chaque année, c’est comme un voyage dans le temps…

De Paris à Fontainebleau (au km 65)
Ma vaillante automobile s’engouffre sous l’aérogare ultra-moderne d’Orly Sud, écrin de notre rapide, sûre et douce Caravelle. Adieu, Paris et sa banlieue ! J’enfile à petite allure des champs de betteraves tandis que mon Radiola "grandes ondes-petites ondes" diffuse un swing endiablé de Jo Privat.

Je médite le rapport sur l’emploi qui nous arrive des USA : une déception, avec 121 milliers de créations seulement, contre 160 attendus (le taux de chômage reste inchangé, à 4,6%). Mais une déception à relativiser en raison des marges d’erreur possible… Et une bonne nouvelle, à court terme, pour des marchés toujours attentifs au risque inflationniste. D’autres signaux semblent d’ailleurs confirmer le scénario d’une décélération, sans danger, de la reprise américaine : la croissance au premier trimestre s’est révélée conforme aux anticipations ; le PMI de Chicago, qui accuse une baisse inattendue en mai, demeure pourtant au-dessus des 50 points, signalant une expansion. Enfin, les indices de confiance, aussi bien pour l’Université du Michigan que pour le Conference Board, attestent un regain de bonne humeur chez les consommateurs.

Tout cela fait écho aux dernières minutes du comité monétaire de la Fed, à la fin du mois dernier : malgré une hausse attendue, elles se sont surtout signalées par leur modération. Ben Bernanke, le patron de la Banque centrale américaine, a choisi de mettre un peu plus l’accent sur la possibilité d’un ralentissement de la croissance, et un peu moins sur cette core inflation (hors prix de l’alimentaire et de l’énergie) qui occupait jusqu’ici l’essentiel de son discours : avec, en filigrane, l’arrêt possible, ou la suspension, de son cycle de redressement.

Les marchés d’actions ont apprécié, tandis que le dollar plongeait face aux grandes devises mondiales — et que l’or, mécaniquement, repartait à la hausse… Effets de court terme : plus qu’une résurgence des craintes inflationnistes, j’y vois le signe d’un ajustement des opérateurs au nouveau profil présenté par le patron de la Fed. Celui-ci semble avoir tenu compte du carton jaune que lui avaient valu quelques déclarations plus "musclées". Il semble s’être mis au diapason de son homologue européen, Jean-Claude T*** — et prôner désormais un "vigilant attentisme".

Au plan technique, me confirme Egisthe, mon Analyste, la tendance demeure à la tension des taux, même si les anticipations de redressement se modèrent sur la partie courte. Les obligations long terme US viennent d’enfoncer des seuils-clés ; l’analyse technique prédit dans ce cas un pullback, c’est-à-dire un petit retour haussier sans conviction, avant la poursuite de la baisse. Cette prévision se traduirait par un mouvement inverse concernant les taux d’intérêt : une pause temporaire dans la tension, voire une légère détente, précédant le retour à la hausse. Même scénario de pause temporaire de ce côté-ci de l’Atlantique. Au Japon, la tension en tendance figure elle aussi au menu. "Les signaux sont très nets dans le cas du JGB", précise Egisthe : un constat sans surprise, confirmant la quasi-certitude que la Banque du Japon ne tardera plus à sortir de sa politique de taux zéro. En un mot, la normalisation monétaire se poursuit dans les trois grandes zones économiques du monde.

… Le carrefour de l’Obélisque. Allez, je prends la route de la Bourgogne.

De Fontainebleau à Auxerre (au km 175)
Toutes fenêtres ouvertes, je sifflote joyeusement au volant de ma Dauphine rouge vif (de 1963). La route est spacieuse ; j’abandonne la voie de gauche aux Berliet de la Flèche Cavaillonnaise qui retournent, à vide, aux melons du pays natal.

Aux abords d’Auxerre, je m’arrête à la station-service Azur. Le pompiste en salopette rouge et blanche me salue familièrement, de deux doigts portés à sa visière. Il me fait le plein — 32 litres pour mon moteur 5 CV — et vérifie le niveau l’huile tandis que je sirote un Pschitt orange ("Pour toi, cher ange") à la buvette.

… Bigre, ça douille, quand même. Je ne parle pas du Pschitt orange, mais de l’essence : le baril de brut a encore marqué un sommet, dépassant brièvement les 75 $ entre le 5 et le 7 juillet 2006 — sur fond de tensions en Iran, en Irak, au Nigeria. La demande aux USA vient aussi de marquer un nouveau record, en augmentation de +1,4% sur un an. Où va le pétrole ? Comme pour l’or : à la hausse, estime Egisthe. L’un et l’autre sont bien orientés : tous les retours (68/70 $ pour le brut léger américain, ou LCO ; zone des 600 $ sur le métal jaune) peuvent fournir de bonnes occasions d’achat.

D’une façon générale, la poursuite de la croissance (même si elle se ralentit aux USA) et les pressions montantes sur l’offre alimentent cette vaste flambée des matières premières à laquelle on assiste depuis plusieurs mois. Des métaux tels que l’aluminium ont certes déclenché des corrections sensibles depuis le printemps, mais le rebond est en cours — et devrait, selon Egisthe, nous emmener vers de nouveaux plus hauts.

Allons, le canari s’impatiente : il est temps de repartir.

D’Auxerre à Saulieu (au km 259)
Je fais halte au bord de la route, le temps d’acheter un vase aux fameux potiers d’Accolay, dont les étals surchargés sont l’ornement de la nationale. Ça fera sûrement plaisir à ma cousine de Menton.

La route s’écarte doucement de la rivière : voici Avallon, puis Saulieu. Ombres de Pic, de Dumaine et de Loiseau ! La croissance permettra-t-elle à la Côte d’Or de perpétuer sa tradition millénaire d’excellence gastronomique ? Le taux de chômage a baissé de 0,1 point en mai dans la zone euro, s’établissant tout de même à 7,9%… Mais contre 8,7% il y a encore un an (Eurostat, 3 juillet) ; et le PMI des directeurs d’achats européens atteint son plus haut niveau, à 57,7 points… Tandis que la production industrielle française trouve un second (petit) souffle en progressant de +2% en mai, contre une baisse de -1,4% le mois précédent (10 juillet).

De quoi, peut-être, tempérer la mauvaise nouvelle d’une inflation qui, à 2,5%, se cantonne obstinément au-dessus des seuils limites de la BCE. La reprise paraît donc s’enclencher. L’Allemagne, à l’image de son buteur fétiche, redresse haut la tête depuis quelques mois ; mais l’Italie risque de boire, dans sa quatrième Coupe du Monde, l’amère potion d’un plan de rigueur à 35 milliards d’euros ; et le Portugal, avec un déficit public de quelque 6% de son PIB, se laisse tomber dans la surface…

Foin de métaphores footballistiques. Egisthe l’Analyste me l’affirme : au plan technique, les indices américains, européens et japonais restent bien orientés ! Information importante dans la mesure où la grande question qui se pose, depuis le printemps, c’est de savoir si le grand mouvement de hausse déclenché en 2003 touche à sa fin… Mon analyste technique estime que non. Nous ne sommes pas entrés en bear market : il reste une bonne marge de progression haussière sur les marchés d’indices.

Nous continuerons le voyage dès demain…

Meilleures salutations,

Le Banquier Central
Pour la Chronique Agora

(*) Derrière le Journal d’un Banquier Central, on trouve toute une équipe d’experts de la finance, de l’économie, de l’analyse technique et de la bourse — qui mettent à votre service leur expérience boursière aussi affûtée que leur sens de l’humour pour vous proposer des recommandations claires, fiables… et surtout profitables !

Pour découvrir le Journal d’un Banquier Central, continuez votre lecture…  

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