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La Chronique Agora
Paris, France
Jeudi 17 mai 2007
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*** Illusion de richesse
Pas étonnant que les professionnels de la finance soient si haussiers sur l’avenir des marchés…
*** Des mots, des mots, des mots
Entre les chiffres et les lettres, Bill Bonner a vite fait son choix
*** Nous entrons dans une zone de turbulences
Heureusement, Jean Chabru a son brevet de pilote !
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Bonjour,
*** ILLUSION DE RICHESSE
** La grisaille s’est installée sur le nord de l’Europe depuis une semaine, et le moral des investisseurs commence à s’en ressentir. Les indices occidentaux ont supporté le passage de quelques giboulées dont ils se sont vite remis (la nature elle-même commençait à souffrir de la sécheresse, elle s’est bien accommodée cet appoint de liquidités)… mais les périodes ensoleillés se font plus sporadiques et la couverture nuageuse va en augmentant.
Une petite bourrasque orageuse a même traversé le ciel de Shanghai mardi (l’indice SSE plongeant de -3,6%) –mais une éclaircie s’est aussitôt matérialisée ce mercredi, puisque les actions chinoises ont repris 2,3%… et le chemin des 4 000 points ; le "composite" a clôturé à 2% de son zénith historique.
** Plus étonnante fut la météo particulièrement contrastée observée à Wall Street, avec des écarts de température assez inhabituels relevés à quelques rues de distance dans le quartier des affaires de Manhattan.
Pour la seconde séance consécutive, le Dow Jones a effectué une sorte de cavalier seul à la hausse tandis que le S&P 500 perdait 0,15% et le Nasdaq 0,85% (l’inflexion baissière se matérialisant à la mi-séance).
Si le Dow Jones a grimpé de 0,3% — après un 27ème record historique à 13 481 points inscrit à l’heure du déjeuner — pour cause de modération encourageante des prix à la consommation puis des salaires horaires (-0,5% en avril)… alors pourquoi cette indication positive n’a-t-elle pas également profité aux indices larges (par opposition aux 30 poids lourds du Dow) ?
Et si la remontée des prix du pétrole (au-delà des 63 $/baril) a plombé la tendance en fin de journée, comment le Dow Jones, toujours lui, a-t-il pu poursuivre comme si de rien n’était ?
La séance de mercredi pourrait mettre tout le monde d’accord, puisque le Dow Jones s’est adjugé 0,35% d’entrée de jeu, le Nasdaq 100 et le S&P 100 étant à égalité avec +0,5%.
Nous ne sommes pas convaincu de la capacité de Wall Street à maintenir un tel avantage : les demandes de permis de construire ont plongé de 8,9% au mois d’avril (chutant à leur plus bas niveau depuis 10 ans), ce qui augure mal de la fin du premier semestre dans le compartiment immobilier.
Les économistes tentent de se consoler avec un rebond inattendu de 2,5% des mises en chantier le mois dernier. Tiens, tiens… les conditions météo ne semblent pas avoir affecté tant que cela l’avancement des travaux, alors que cette excuse avait été invoquée pas plus tard que lundi pour justifier le net recul du chiffre d’affaire des géants de la grande distribution en général et de Home Depot en particulier.
** Prises au beau milieu d’une querelle d’interprétations divergentes, les places européennes ne savent plus quel camp choisir : il en résulte une quasi-stagnation des indices depuis vendredi dernier (perte de 0,4% lundi, rebond de 0,4% mardi… et score nul ce mercredi).
Les gérants n’ont pas lieu de s’en plaindre puisqu’une nouvelle expiration de contrats et options sur indice (échéance mai) largement positive se profile pour vendredi. Les marchés ne vont tout de même pas craquer et tout gâcher à quelques heures d’un heureux dénouement !
De toute façon, l’optimisme des gérants constitue en quelque sorte le reflet du sentiment de richesse qui règne au sein des sociétés de services financiers. Nous ne résistons pas au plaisir de vous faire toucher du doigt ce qui peut motiver un sentiment de plénitude de la part d’une bonne fraction des professionnels exerçant leur talent à la City de Londres.
Selon les chiffres communiqués par le CEBR basé à Londres (il s’agit de l’acronyme du Centre for Economics and Business Research), pas moins de 4 200 salariés ont touché un bonus supérieur à un million de livres sterling (approximativement deux millions de dollars). Une quinzaine de milliers d’entre eux ont bénéficié de primes s’étageant entre 100 000 et 950 000 livres — tandis que la hausse moyenne des salaires atteignait 5,2% en mars dernier à la City… ce qui ne suffit pas à empêcher les professionnels les plus aventureux de filer exercer leur talent à Moscou, moyennant un doublement de leurs vertigineux émoluments.
Cela fait à coup sur beaucoup d’argent (pas loin de 30 milliards d’euros selon certaines estimations) distribué à un tout petit nombre de personnes : un effectif d’une vingtaine de milliers qui se ventile entre traders, gérants de fonds, raiders et autres spécialistes des fusions-acquisitions… Ils ont en commun de ne guère avoir d’autre choix que de placer leurs excès de liquidités dans des supports tels que les actions, les warrants ou les junk bonds.
Comment pourraient-ils émettre une opinion autre que positive au sujet des indices boursiers ? Le sentiment de richesse entretient la bulle spéculative, l’opinion de ceux qui font la tendance — avec une bonne partie de leur propre argent — ne fait pas de mystère… Par contre, ceux qui prennent le risque de les suivre aveuglément peuvent rarement compter sur une pluie de centaines de milliers de livres de bonus au cas où les choses tourneraient mal.
Le sentiment de richesse est un luxe que peuvent difficilement se permettre la plupart des épargnants américains, dont les revenus ont fondu de 0,5% le mois dernier. Certes, leur opinion compte bien peu… mais ils votent avec leurs caddies, et à la sortie, cela représente aussi pas mal d’argent.
Il suffit que les sommes soient assez importantes pour que les économistes et les traders commencent à s’en préoccuper…
Philippe Béchade,
Paris
PS : Retrouvez Philippe Béchade tous les jours au 0899 707 009* pour une analyse de la séance en cours — et les recommandations qui vont avec : tous les outils pour adapter votre portefeuille aux conditions du moment !
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)
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OUBLIEZ LES CLICHES !
La majorité des investisseurs ignore totalement ce marché pourtant gigantesque et ultra-profitable… et se prive ainsi de gains de l’ordre de 24,93%, 24,50%, 12,50%, 19,03%, 21,60%, pour une performance globale de 148,80% en huit mois !
Ne commettez pas la même erreur…
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** DES MOTS, DES MOTS, DES MOTS
** "C’est incroyable, tout ce qu’on construit là-bas", déclarait notre ami Patrick, de retour de Chine. Patrick est le réalisateur du documentaire que nous sommes en train de tourner ; il était parti au Moyen-Orient afin d’y trouver quelques éléments pour le film.
[NDLR : oui, oui, cher lecteur, vous avez bien lu : un documentaire contrarien est en cours d'élaboration chez nos collègues américains ! Nous ne manquerons pas de vous tenir au courant du résultat...]
* L’an dernier, les sidérurgistes chinois ont enregistré le rythme de croissance le plus élevé parmi tous leurs homologues asiatiques — produisant près de 20% d’acier en plus que l’année précédente.
* "Partout où l’on regarde, il y a des grues de chantier — il y en a littéralement à tous les coins de rue", continue Patrick.
* Qu’est-ce qu’elles construisent ? Des gratte-ciels. Christopher Hancock surveille de près le marché chinois depuis près de dix ans, et selon lui, le boom de la construction chinois est loin d’être terminé. D’ici 2011, affirme Christopher, la Chine ajoutera pas moins de 1 000 gratte-ciels au paysage de Shanghai — et doublera sa demande d’acier d’ici 2031.
* Pensez-y en ces termes : 60 000 tonnes d’acier ont été utilisées pour construire l’Empire State Building — imaginez la quantité qui sera utilisée pour ces nouveaux gratte-ciel, plus hauts et plus élaborés. En fait, sept sur dix des immeubles les plus élevés au monde se trouvent en Asie… et les Asiatiques continuent de construire à tour de bras… exigeant des quantités astronomiques d’acier pour y parvenir.
* L’histoire d’amour entre l’Asie et les gratte-ciels — sans parler de l’acier — est sur le point de commencer vraiment, ce qui signifie des profits énormes pour toute l’industrie sidérurgique.
** Nous assistons ces jours-ci à un séminaire concernant notre petit morceau du secteur de l’édition, et nous sommes intervenu dans les débats :
* "Des mots… des mots… des mots", avons-nous dit à nos auditeurs. "C’est tout ce que nous avons. Chaque mot est une idée précieuse… ou idiote. Choisissez-les soigneusement. Respectez-les".
* "Il n’est pas donné à l’homme de connaître son destin. Nous ne pouvons jamais savoir ce qui va se passer ; nous ne pouvons pas connaître l’avenir. C’est pourtant ce que veulent savoir les investisseurs. Ils veulent les mots qui leur diront à quoi s’attendre — et pas seulement des mots… ils veulent aussi des chiffres. ‘Cette action va grimper de 50%’, veulent-ils entendre. ‘L’immobilier va chuter de 10%’. ‘L’or sera à 800 $ d’ici le 30 décembre 2007′."
* Nous aimons les mots. Nous aimons leur son. "Banqueroute", par exemple. Quel mot merveilleux — ban-que-route ; il suffit de le dire pour savoir ce qu’il signifie. Trois petites syllabes… les deux dernières tombant comme des sacs de briques. Des sons durs, aux arrêtes aiguës. On sait tout de suite que c’est là une chose à éviter.
* Ou "altercation" — un mot bien compliqué. Vous voyez combien il est difficile à prononcer de manière délicate et gracieuse ? Les consonnes se bousculent dans votre bouche… pour finir tout en mollesse. C’est tout juste si le mot ne se dispute pas avec votre langue.
* Ou "ravissant" — n’est-ce pas là un terme qu’on voudrait s’approprier ? Lisse. Beau. Doux.
* Nous aimons les mots. Mais les chiffres ? Ce sont des menteurs. Ils prétendent être si honnêtes… si définis… si droits.
* "Les économistes prévoient une croissance de 3,5% du PIB cette année". "Les analystes de Wall Street voient le Dow à 14 000 d’ici la fin de l’année". "Achetez cette valeur… elle ne s’échange qu’à 18 fois les bénéfices estimés".
* Des nombres, on en a 13 à la douzaine. Et pour tous les construire, 10 chiffre suffisent – huit… six… deux : choisissez ceux que vous préférez. Mettez-les ensemble. Mélangez-les. Prenez-les, et faites-en ce que vous voulez.
* Les autorités politiques et monétaires considèrent les chiffres comme de la pâte à modeler — ils peuvent plier, tordre et déformer les données selon leurs besoins… tout pour que les consommateurs restent prêts à dégainer leur portefeuille.
* Oubliez les chiffres. Donnez-nous des mots. Donnez-nous des idées.
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Le CAC 40 à 6 000 points… ou à 4 600 ?
Le pétrole à 45 $… ou à 80 $ ?
Economie mondiale en plein boom… ou krach globalisé ?
2007 pourrait être une année agitée : vos investissements sont-ils prêts à tout ?
Avec une performance moyenne de 92,34% depuis 1992… et des gains de 69,77%, 35,52%, 29,56%, 42,90% (entre autres) en 2006… voici le moyen d’affronter tout ce que l’avenir boursier peut nous réserver !
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*** La Chronique Agora présente ***
La météo boursière commence à se faire de plus en plus agitée et incertaine. Les signaux contradictoires se multiplient — et bon nombre d’investisseurs se demandent ce que les mois prochains nous réservent. Jean Chabru mène l’enquête…
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NOUS ENTRONS DANS UNE ZONE DE TURBULENCES
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Par Jean Chabru (*)
Si l’histoire ne se répète pas forcément, certaines habitudes ont la vie dure. Et les marchés financiers risquent bien de reprendre leur souffle en mai… comme chaque année à cette période. Ce mouvement, qui apparaît très probable au vu de la progression de l’ensemble des indices depuis le début de l’année, va être alimenté par un phénomène saisonnier lié à la fin des publications de résultats des sociétés après ceux du premier trimestre.
D’autant que sur le front de l’économie, les signaux apparaissent pour le moins contrastés à tel point que j’ai désormais beaucoup de mal à me faire une idée de la robustesse ou non de l’économie américaine et, par ricochet, de la politique monétaire que la Fed va jouer.
L’élément principal de ce premier trimestre est le phénomène de désynchronisation de l’activité mondiale, le ralentissement de l’économie américaine s’étant accompagné d’un dynamisme persistant en Europe et en Asie. L’attention a été essentiellement tournée vers les Etats-Unis, où les dernières statistiques publiées ont été décevantes et, d’une manière générale, moroses. La crise du marché des crédits immobiliers à risque (subprime) a accentué les craintes d’une récession économique avant la fin de l’année. Les propos pessimistes d’Alan Greenspan, ancien président de la Fed, sont venus renforcer ces inquiétudes.
Une activité mondiale malgré tout vigoureuse
Dans l’ensemble, l’économie américaine paraît avoir progressé à un rythme inférieur à 2% au premier trimestre 2007, car les réductions des investissements résidentiels et des dépenses d’investissement des entreprises ont été pénalisantes. Je vous rappelle que, conjugués au nouvel ajustement des stocks, ces facteurs ont neutralisé les effets de la croissance relativement saine de la consommation et de la solidité persistante du secteur des exportations. Cette période va apparemment constituer le quatrième trimestre consécutif où la croissance se situera à un taux inférieur à la tendance aux Etats-Unis, portant la durée actuelle du ralentissement à un an.
Malgré cela, le contexte global reste marqué par la vigueur de l’activité mondiale, la croissance, hors Etats-Unis, ayant poursuivi son expansion à un rythme soutenu. La croissance réelle de la zone euro s’est établie à un taux annualisé de 3,6% au quatrième trimestre 2006 ; au Japon, ce chiffre s’est élevé à 5,3%. Cette situation provoque notamment un recul de la contribution des Etats-Unis à l’activité économique mondiale. Au sein du G7, les Etats-Unis ne représentaient qu’un peu moins de la moitié de la progression du PIB l’année dernière, soit leur plus faible contribution totale depuis 2002. En revanche, la part des quatre grandes économies européennes s’est élevée à un tiers.
Attention à la zone de turbulence !
Je pense que les marchés vont entrer dans une zone de turbulence autour du 9 mai, date à laquelle la Fed doit donner le "la" sur ses intentions futures quelques heures après que nous ayons bouclé ce numéro. Pour le moment, il semble que le consensus aille vers un assouplissement de sa politique monétaire, bien que la Fed considère toujours le risque d’augmentation de l’inflation comme supérieur à celui de l’affaiblissement de la croissance. Si les déclarations faites à cette occasion vont en sens inverse de ce que les investisseurs attendent (des taux inchangés donc), il s’agira pour moi d’un signe clair de prises de bénéfices pour les marchés actions, jusqu’au 28 juin au moins, date de la nouvelle réunion d’orientation de la politique monétaire américaine.
Bien évidemment, je vous fais part ici de mes analyses et réflexions, et à ce stade il faudrait être devin pour vous livrer un scénario définitif. Cela étant dit, et pour reprendre un proverbe américain qui me semble à propos, "mieux vaut être en sécurité que désolé" (better safe than sorry) et c’est pour cette raison que nous allons opter pour une stratégie plus défensive en attendant d’y voir un peu plus clair. Je reste à vos côtés pour vous aider à constituer un portefeuille solide, propre à braver les tempêtes et surperformer les indices.
Meilleures salutations,
Jean Chabru
Pour la Chronique Agora
(*) Depuis plusieurs années, Jean Chabru est à la tête de Small Caps Profits, une lettre d’information consacrée uniquement aux petites valeurs. S’appuyant sur l’une des plus grandes bases de données françaises sur les petites valeurs, Jean Chabru déniche les pépites cachées des marchés pour le plus grand profit de ses lecteurs. Pour plus de détails sur ses conseils, continuez votre lecture…
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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