La source des maux économiques des Etats-Unis

Rédigé le 5 avril 2018 par | Bill Bonner, Dette Imprimer

L’économie américaine est loin d’être « forte comme un boeuf » comme le pense Peter Navarro. Le boeuf souffre en fait d’une anémie bien précise.

Hausse, baisse, hausse, baisse…

Que faut-il en déduire ?

Les marchés boursiers sont dans le déni, luttent, ne sont pas tout à fait prêts à céder… pas tout à fait prêts à admettre que le marché haussier de 2009-2018 est terminé.

Bien entendu, il se peut que nous ayons tort. C’est souvent le cas. Mais vous êtes confronté à un gros risque : nous pourrions avoir raison.

Forte comme un boeuf…

Nous avons d’ailleurs connu un pic de confiance hier lorsque nous avons vu qui se trouvait de l’autre côté de la table : l’un des plus grands crétins du monde financier.

Oui, nous parlons du conseiller au Commerce de la Maison Blanche, Peter Navarro. Voici ce qu’en disait le WonkBlog Analysis :

« Selon l’un des principaux conseillers de la Maison Blanche, Peter Navarro, le moment est bien choisi pour acheter des actions américaines. Lundi soir, après que le Dow a clôturé sur une baisse de plus de 450 points et un plongeon des technos, Navarro a encouragé les Américains à ‘acheter pendant les creux’.

‘L’argent intelligent va certainement profiter du creux actuel pour acheter parce que l’économie est forte comme un boeuf’, a dit Navarro sur CNBC.

‘Le marché réagit d’une manière qui ne correspond pas à la vigueur, l’incroyable vigueur de l’économie du président Trump’, a déclaré Navarro ».

« Forte comme un boeuf », voilà qui semble positif. Mais cela ne décrit pas réellement l’économie américaine que nous voyons.

Une économie forte, c’est une économie où les gens gagnent plus d’argent, l’épargnent et l’investissent dans de nouvelles entreprises et de nouvelles activités, de manière à gagner encore plus.

Il ne se passe rien de tout ça actuellement.

Le taux d’épargne américain a récemment chuté à 2,5% – un de ses plus bas niveaux. Les dépenses de consommation sont étonnamment basses pour le troisième mois consécutif, les ménages ne pouvant plus ni emprunter ni gagner plus.

Les ventes finales – une jauge sans complaisance de la santé des consommateurs – ne croissent qu’au tiers de leur rythme durant les années 90.

Enfin, l’investissement réel dans de nouvelles usines et de nouveaux équipements est sur une pente baissière depuis 18 ans ; il est encore 28% inférieur à ce qu’il était à la fin du siècle dernier.

… Mais un boeuf malade

De nombreuses personnes, dont le président, semblent penser que nous vivons une sorte de boom. Sauf qu’il n’y en a pas la moindre preuve.

Le taux de croissance du PIB US continue de ralentir et risque de passer en territoire négatif à tout moment.

En d’autres termes, en dépit de notre sentimentalisme à l’égard des animaux, nous commençons à avoir pitié du boeuf.

Il a un sérieux problème de santé sur le long terme… et vous savez déjà ce que c’est, n’est-ce pas, cher lecteur ?

La pauvre bête doit perdre quelques kilos. Elle transporte 68 000 milliards de dollars de dettes. Elle lutte pour supporter tout ce poids supplémentaire alors que les autorités y ajoutent 100 milliards de dollars de plus chaque mois.

Le principal problème, avec cette hypothèse d’une économie « forte comme un boeuf », c’est que si elle était vraie, le conseil de M. Navarro – acheter durant les creux – pourrait être pire encore.

Le véritable danger, pour une économie aussi endettée, c’est la hausse des taux d’intérêt réels. Si (quand) les taux augmenteront, le malheureux boeuf verra son fardeau s’alourdir. Une simple augmentation d’1%, par exemple, ajoute 680 milliards de dollars aux frais annuels.

Si l’économie était vigoureuse, cela signifierait que les entreprises et les particuliers emprunteraient pour se développer, pour nourrir la croissance… et en profiter.

Mais la Fed a désormais changé de cap – le resserrement quantitatif plutôt que l’assouplissement quantitatif – et le crédit disponible pour le secteur privé se fait rare. C’est comme s’ils ne nourrissaient pas le boeuf tout en augmentant sa charge !

Sans la Fed pour ajouter des liquidités supplémentaires, les emprunteurs privés devront se battre avec les autorités pour mettre la main sur ce qu’ils trouvent. Naturellement, les taux d’intérêt vont grimper. Les actions vont chuter. Suite à quoi Navarro & co. pourront bien fouetter à tour de bras – le boeuf s’effondrera sur place.

Comme le résume l’économiste Richard Duncan :

« La combinaison entre des déficits budgétaires de milliers de milliards de dollars par an et un resserrement quantitatif mettra la jauge de liquidités en territoire négatif record cette année. Cette année et l’année qui suit, la fuite de liquidités deviendra pire encore. Cela crée un environnement toxique pour les investisseurs. Seule une guerre commerciale pourrait empirer les choses ».

Tiens, une guerre commerciale ? De qui est venue cette idée ? Du susmentionné Peter Navarro, bien entendu. Il faudrait vraiment que quelqu’un appelle la SPA. [NDLR : La guerre commerciale Etats-Unis/Chine est en train de s’envenimer… mais le vainqueur, ce pourrait être vous, grâce à un seul trade : cliquez ici pour en savoir plus.]

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “La source des maux économiques des Etats-Unis”

  1. Vos articles sont intéressant.
    Vous nous présenter assez bien la fin d’ un monde.
    Mais la chute de vos articles et ditons le désastreuse: « cliquez ici pour vous préserver de la fin d’un monde. »
    C’st pas sérieux Mr Bonner…

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