Mythe ou mensonge ? Comment faire la différence

Rédigé le 9 mai 2018 par | A la une, Bill Bonner, Dette Imprimer

Suite et fin de nos réflexions sur les mythes – ce qui les rend utiles et ce qui les distingue des mensonges purs et simples.

Nous sommes de retour aux Etats-Unis pour un mariage. C’est la saison, à cette époque de l’année. Les gens se passent la bague au doigt, espérant conclure ainsi l’accord le plus gagnant-gagnant de toute leur existence – pour tous les deux.

Pour bon nombre d’entre eux, c’est effectivement le cas.

La plupart des gens, tôt ou tard, pensent qu’ils « devraient » se marier. Ils l’anticipent avec plaisir, comme on attend un remboursement d’impôts.

A la Chronique, nous votons pour. Le mariage rend plus sage. La plupart des hommes sont des idiots… mais au moins les hommes mariés le savent-ils.

Des mythes commodes et pernicieux

Nous avons eu le temps de réfléchir pendant le vol long-courrier. Plus précisément, nous avons cogité sur la question qui a empêché Nietzsche de dormir, a poussé Kant à l’isolement et a causé la mort de Socrate :

Comment différencier les mythes commodes et pernicieux… de ceux qui sont utiles et vrais ?

Nous vous proposons quatre critères pour y parvenir.

Le temps. Depuis combien de temps le mythe survit-il ? Généralement, plus il est vieux, mieux c’est. Cela prouve qu’il est utile.

Les mythes survivent lorsqu’ils nous disent quelque chose d’important que nous n’avons pas besoin d’apprendre par nous-même – souvent, une vérité durable qu’il serait difficile ou impossible d’apprendre seul.

L’idée d’épargner, par exemple, est omniprésente et vieille comme le monde. « Si tu n’économises pas pour ta retraite, tu finiras tes jours dans la misère », disent les anciens.

Mais on ne vit qu’une fois. Si vous atteignez l’âge de la retraite sans avoir rien épargné, il est trop tard pour dire : « eh bien… ça, je ne le referai plus ».

C’est une leçon qu’il vaut mieux apprendre des autres… en suivant les mythes, les contes de bonne femme et les leçons morales du passé.

Créer de nouveaux mythes

Les économistes s’appelaient autrefois des « philosophes moraux ». Ils avaient réalisé que les actions ont des conséquences… et que ce qu’ils recherchaient, c’était « la morale de l’histoire » – éternelle et inéluctable.

Mais ces économistes sont morts. Les leçons morales sont désormais considérées comme de « simples mythes » par les charlatans modernes. Pour eux, les anciennes règles n’étaient qu’un couvre-feu, ou un col trop raide limitant leurs mouvements. Ils ont donc inventé de nouveaux mythes.

L’idée que « les déficits n’ont pas d’importance » ne remonte qu’à 1998, lorsque Dick Cheney a utilisé cette expression pour excuser les déficits galopants de l’ère Reagan.

Qu’est-ce qui a le plus de chances d’être utile ? L’idée qu’il faut économiser son argent… ou que les déficits n’ont pas d’importance ? Qu’est-ce qui a le plus de chances d’être vrai ?

Qu’est-ce qui a le plus de chances de vous aider à gérer votre vie financière… et qu’est-ce qui a le plus de chance de vous faire atterrir dans le pétrin ?

L’échelle. Généralement, plus le mythe est personnel… individuel… et terre-à-terre, plus il est utile et fiable. « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » nous apprend quelque chose d’important : méfiez-vous des promesses.

Parier sur un « tiens » aujourd’hui contre deux « tu l’auras » demain implique un taux d’intérêt de 100% – au quotidien. Un investisseur pourrait être prêt à prendre ce pari… ou pas.

Maintenant, imaginez 10 000 milliards de dollars de dette souveraines s’échangeant à des taux négatifs. Voilà qui dépend d’un nouveau mythe… d’une ampleur considérable : le « tiens » d’aujourd’hui vaut moins qu’un seul « tu l’auras » demain. Aucun prêteur privé, à petite échelle – dans un marché honnête – ne tenterait un tel pari.

De même, « les déficits n’ont pas d’importance » est gigantesque, impersonnel et abstrait. N’importe quel idiot sait que cela ne fonctionnera pas sur une base individuelle. Mais on s’imagine que cela pourrait être différent à grande échelle.

Bien entendu, les autorités peuvent faire plus d’idioties pendant plus longtemps – et à bien plus grande échelle – que vous. Mais la nature ne change pas simplement parce que vous grandissez. Les principes fondamentaux continuent de s’appliquer.

Le monopole de la violence

La violence. Le test le plus fiable est le suivant : les autorités soutiennent-elles ce mythe ?

Rappelez-vous que tout le monde peut faire des erreurs. Mais si on veut un vrai gâchis, il faut un gouvernement.

Seules les autorités affirment avoir le monopole de la violence… et elles seules peuvent utiliser la violence pour appliquer un mythe à grande échelle sans y apporter de corrections.

Les mythes privés, à petite échelle, sont corrigés en permanence. Vous pensez être un génie ; votre femme vous détrompe. Vous pensez que vous pouvez boire et conduire ; un pylône se charge de décider de la question. Vous pensez que les déficits n’ont pas d’importance… jusqu’à ce qu’un huissier emporte votre téléviseur.

Mais les autorités ? Aucun mythe n’est trop insensé, trop meurtrier ou trop contreproductif pour être bichonné pendant des siècles.

Elles brûlent des sorcières sur le bûcher… rompent leurs ennemis sur la roue… pendent les Irlandais, les catholiques et les Noirs… envoient les juifs et les gitans à la chambre à gaz… guillotinent les aristocrates à Paris… et fusillent les contre-révolutionnaires à Saint-Pétersbourg.

Taxer, réglementer, trafiquer les prix, payer les compères… et tout cela s’appuyant sur une violence à grande échelle et des mythes si absurdes que les dieux ne peuvent qu’en rire. Plus tard, même les humains les méprisent.

Un raccourci utile pour mettre un mythe à l’épreuve : s’il est soutenu par les autorités, c’est presque à coup sûr un mensonge commode et non un mythe utile.

Notre critère favori

Est-il gagnant-gagnant ? Ah… notre critère favori.

Les mythes utiles profitent à quiconque les prend au sérieux. L’épargnant. Le travailleur assidu. L’esprit généreux. Le parent attentionné. Le bon voisin.

Et ils le font sans faire de mal à d’autres : l’épargnant se trouve mieux… mais l’emprunteur aussi : il a plus de fonds à sa disposition.

Le travailleur assidu ajoute à la richesse du monde, pas à la sienne seule. L’esprit généreux aide les autres… et lui-même.

Le parent attentionné évite de ruiner ses enfants avec trop d’argent et pas assez d’affection. Le bon voisin ne fait pas de tapage nocturne.

Le mensonge commode, en revanche, relève de l’accord gagnant-perdant. Il ne bénéficie qu’à certaines personnes – aux dépens des autres.

Les Mexicains, les terroristes, les musulmans, les catholiques, les revendeurs de drogue – choisissez n’importe quelle catégorie d' »eux ». Quelqu’un trouvera le moyen de les faire payer.

Tous les autres perdent.

Imaginez que votre voisin annonce qu’il aime la couleur bleue… et il pense avoir le droit de vous dire de repeindre votre maison de manière à ce qu’elle soit plus agréable à regarder pour lui. A cette échelle, le mythe/l’illusion est aisément écarté. Vous lui dites d’aller se faire voir.

Mais voilà que votre voisin rallie à sa cause tous les niais et les empêcheurs de tourner en rond du royaume. Ils affirment que les gens dont la maison n’est pas bleue sont des traîtres. Ils passent une loi : tout le monde doit peindre sa maison en bleu !

A présent, le mythe – votre voisin a le droit de vous dire de quelle couleur peindre votre maison – est devenu une loi à part entière. C’est le même… mais sa taille a été multipliée. Inoffensif à petite échelle. A grande échelle ? Génial pour les fabricants de peinture bleue.

Le mythe selon lequel les déficits n’ont pas d’importance rapporte aussi pour certaines personnes. Les banquiers, les compères, les spéculateurs, les zombies… et, bien entendu, les millions d’autres personnes qui récupèrent les miettes tombant de la table.

Mais tout cela a un coût. Chaque centime emprunté doit tôt ou tard être remboursé. Personne ne sait comment, quand, ou par qui.

Les accords gagnant-perdant imposés par les autorités, appliqués par la violence et justifiés par des mensonges extravagants, sont toujours coûteux. Généralement, plus le mythe est énorme, plus il est cher.

On estime que la guerre contre la drogue aurait coûté aux autorités américaines 1 500 milliards de dollars à ce jour. La guerre contre la terreur est pour sa part estimée à 7 000 milliards de dollars. Et une somme plus considérable encore a été dépensé dans la guerre contre la pauvreté – 22 000 milliards de dollars.

Quant au système d’argent factice… combien, en termes de croissance réelle, d’épargne réelle, de capitaux réels et de ressources réelles, a-t-il gaspillé ?

Nous n’en savons rien…

… Mais lorsqu’il explosera, l’addition sera dantesque. [NDLR : Mieux vaut vous préparer dès maintenant pour éviter de passer à la caisse – et, au contraire, faire des gains alors même que la crise se développe : cliquez ici pour en savoir plus.]

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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