Le plus grand mystère du XXIe siècle

Rédigé le 6 octobre 2017 par | Banques Centrales, Bill Bonner, Dette Imprimer

La monnaie en quantité illimitée telle que nous la connaissons aujourd’hui donne de fausses informations. Mais pourquoi n’y a-t-il pas d’inflation ?

A Paris, nous avons pris le train pour Londres… et de là, pour le village de Templecombe, dans le Somerset.

Nous rendons visite à un ami.

« C’était la résidence de Lord Uxbridge », nous a dit notre hôte sur la route, en désignant un domaine devant lequel nous passions.

Ce commandant de cavalerie était avec Wellington à Waterloo et, aujourd’hui, on le considère comme un modèle de sang-froid britannique.

A l’issue de plusieurs assauts menés contre l’infanterie française, la jambe de Lord Uxbridge fut brisée par un tir de mitraille.

On raconte qu’il se serait tourné alors vers Wellington qui était près de lui, et qu’il lui aurait dit : « mon Dieu, Monsieur, je viens de perdre ma jambe ».

Et le Duc de Fer lui aurait répondu : « par Dieu, Monsieur, c’est exact ».

Cette jambe amputée était une attraction touristique en Belgique, où elle avait été enterrée.

« Je dis à mes voisins que j’aime bien le président Trump », a poursuivi mon hôte.

« Alors on dirait que c’est Waterloo qui recommence. Ils deviennent fous. Ils n’arrivent pas à le croire.

« Je le dis pour les déstabiliser, simplement. Je ne sais pas du tout si j’apprécie Trump ou non en réalité. Il est très américain. On a du mal à comprendre.

« Mais j’en ai assez du gouvernement, ici. Ils sont tous socialistes, même les conservateurs. Tout ce qu’ils veulent, c’est mon argent. Ils agissent comme s’il leur appartenait. Et ils ne disent même pas merci. »

Notre ami possède une grande ferme. Mais pour la léguer intacte à ses enfants, il lui faut des liquidités pour payer les impôts.

Or les agriculteurs ont du mal à les trouver, ces liquidités. Il devra peut-être vendre une partie du domaine pour régler les droits de succession. [NDLR : vous préparez une transmission patrimoniale, vous souhaitez sortir d’une indivision… Comment estimer au mieux vos biens (foncier, immobilier, parts sociales) pour avoir le moins possible de droits à payer ? Quelles méthodes utiliser (y compris celles du fisc) ? Découvrez toutes les réponses ici.]

Cela fait quelques jours, déjà, que nous parlons des impôts. La Team Trump a présenté une proposition (probablement déjà morte) de baisse d’impôt.

C’est une étrange initiative, présentée comme un « miracle pour la classe-moyenne ». Elle n’apportera pourtant pas grand-chose au contribuable moyen. Un grand nombre d’entre eux pourraient voir leurs impôts augmenter, avec ce projet.

Nous nous souvenons de l’expansion Reagan telle qu’elle s’est passée. Elle a commencé avec une baisse d’impôt, largement financée par un surcroît d’endettement.

Au cours de ses deux mandats, le président Reagan a augmenté les dépenses publiques et gonflé la dette nationale.

Le déficit US représentait 1,6% du PIB en 1979. A l’issue du dernier mandat de Reagan, en 1989, il avait atteint près de 5% du PIB.

Comment est-il possible, nous sommes-nous demandé, hier, que cette explosion des dépenses n’ait pas fait grimper l’inflation ?

Du casse-tête de Greenspan au mystère de Yellen

Pour Alan Greenspan, ex-président de la Fed, c’était un casse-tête. Pour Janet Yellen, qui occupe les mêmes fonctions aujourd’hui, c’est un « mystère ».

Le casse-tête de Greenspan date de 2005, période à laquelle il a remarqué que les rendements des bons du Trésor à long terme chutaient lorsque la Fed relevait les taux (normalement, les rendements des bons du Trésor devraient suivre les taux d’intérêt à la hausse).

Le mystère de Mme Yellen est d’un cru plus récent.

Le mois dernier, elle se demandait pourquoi l’inflation n’augmentait pas, alors même que l’économie avait atteint le plein emploi… et qu’elle rendait toujours le crédit accessible à des taux inférieurs à ceux de l’inflation des prix à la consommation.

Autrefois, l’argent gratuit provoquait l’inflation. Pourquoi n’est-ce pas le cas aujourd’hui ?

Ces deux énigmes aboutissent à une même question : pourquoi l’économie ne réagit-elle pas à l’argent facile comme elle le faisait autrefois ?

Nous avons une hypothèse…

Une économie qui siphonne la valeur

L’argent n’a pas de valeur intrinsèque. Il est utile en tant qu’information uniquement.

Pour simplifier, l’argent est un système permettant de compter les points. Il nous indique la part que nous pouvons revendiquer sur les biens et services émis dans le monde

Plus important encore, il mesure les moyens et les rendements de la production : le temps, les ressources, les compétences, l’innovation, la productivité.

Nous comptons sur de l’argent honnête pour nous dire ce que valent les choses, si nous perdons de l’argent ou si nous en gagnons… à quel moment il vaut mieux acheter davantage… ou investir davantage… ou renoncer et rentrer chez soi.

Sans argent honnête, nous sommes perdus.

C’est l’une des raisons essentielles expliquant que l’économie de l’Union soviétique se soit écroulée. Les apparatchiks fixaient les prix de toutes choses. Sans marché libre, ils ne pouvaient compter sur la « découverte du prix » pour leur dire ce que valaient ces choses.

Au bout d’un certain temps, ils étaient totalement perdus.

Jusqu’à ce qu’ils renoncent, l’économie absorbait des matières premières, y ajoutait du travail, du temps, des compétences, du capital, ainsi que tous les autres éléments nécessaires à la fabrication d’un produit fini. Mais la valeur des choses produites ainsi était inférieure à celle des éléments utilisés dans la production.

Les Soviétiques avaient créé une économie qui siphonnait la valeur. Plus les gens travaillaient dur, plus ils devenaient pauvres.

L’argent falsifié donne de fausses informations

Les Etats-Unis n’ont pas atteint ce niveau. Mais ils en prennent le chemin.

Le taux de croissance de l’économie ne représente qu’entre la moitié et un tiers de celui des années 1960 et 1970.

Si l’inflation des prix à la consommation était calculée de la même façon qu’au cours des années Reagan, elle nous indiquerait que la croissance « réelle » (corrigée de l’inflation) du PIB, est d’environ zéro pour l’ensemble de l’économie.

Et selon nos estimations, plus de la moitié des Etats-Unis vit une dépression économique depuis le début du XXIe siècle.

Cela essentiellement pour la même raison qu’en Union soviétique : les informations liées aux prix sont devenues malhonnêtes et peu fiables.

Le nouveau système monétaire – instauré en 1971 – est fondamentalement malhonnête. Le nouveau dollar n’est pas rattaché à l’or, ni à aucune autre chose naturelle.

Il n’est pas connecté à la richesse réelle. Ou à une production réelle. Ou à du temps. Ou à toute autre chose ancrée dans le monde réel.

Quelque chose de détraqué

Au cours des 17 premières années du XXIe siècle, les banques centrales du monde ont injecté 20 000 Mds$ d’argent frais dans le système. Les déficits publics se sont emballés sur toute la planète.

Où sont passées les hausses de taux ? Où sont passées les hausses de prix ?

Où sont passés les signaux de prix – du crédit ou des biens de consommation – capables de nous indiquer que quelque chose était détraqué ?

Avant la fin des années 1970 – lorsque le dollar était encore rattaché à l’or – l’épargne était limitée. On ne pouvait économiser de l’argent que si on l’avait d’abord gagné. L’épargne reflétait la richesse que les épargnants avaient économisée.

Lorsque le gouvernement empruntait, il devait puiser dans le même bas de laine que tout le monde.

S’il empruntait trop, il « poussait dehors » les emprunteurs privés. Cela faisait grimper les taux d’intérêt et pouvait précipiter l’économie dans la récession, ce qui réduisait les recettes fiscales fédérales et augmentait le coût de la dette fédérale, tandis que les anciens prêts devaient être refinancés à des taux plus élevés.

Cette limite sur l’épargne disponible empêchait naturellement les emprunts fédéraux de s’emballer.

Puis l’équipe Reagan est arrivée et tout a changé. Les déficits n’importaient plus car le nouveau dollar était, essentiellement, illimité.

L’Etat pouvait emprunter autant qu’il le souhaitait sans faire augmenter les taux d’intérêt. Pas de hausse des taux, pas de récession. Pas de récession, nul besoin de serrer la vis ou de freiner.

Mais il n’y avait pas d’inflation, non plus.

Pourquoi ?

Mme Yellen dit que c’est un « mystère ».

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

3 commentaires pour “Le plus grand mystère du XXIe siècle”

  1. Bonjour,

    L’économie n’est plus qu’un conte de fée avec ses mystères, ses miracles, ses monstres, ses magiciens, … mais surtout ses ogres et ses vampires.
    Alors SVP!
    Arrêtez de faire semblant de croire au plein emploi.
    Arrêtez de faire semblant de chercher à savoir qui essore la valeur pour nous enterrer sous le fumier de la dette et de l’impôt. Ces gens, vous les connaissez bien car ils sont vos modèles. Ils sont les 1% qui auraient dû plonger en 2008 mais qui s’empiffrent, comme jamais, en accaparant toute la maigre croissance quand il y en a. En définitive, davantage d’argent dans le système n’a apporté que plus d’abus et de détournements de la part de la même clique.
    Arrêtez de jouer les innocents et reconnaissez que vous aussi êtes des victimes ou vous finirez complices, cocus et fauchés.
    Au revoir.

  2. M. Bonner:
    Je rejoins un peu le commentaire précédent et je pense que vous en êtes d’accord aussi.
    Sans avoir vos connaissances, j’ai quelques idées sur le problème de l’absence d’inflation. Notons qu’elle est jugulée depuis les 2 chocs pétroliers. La fed n’est pas la seule à surveiller l’inflation. Les pays pétroliers ont été clairs. L’occident ne doit plus jouer ce jeu là !
    D’autre part, le créditisme n’est pas seul en cause. Toute l’économie est falsifiée. Les importations massives depuis les pays à bas-coût de main-d’oeuvre font baisser les prix. Les accords internationaux, permettent de réguler aussi les importations et tout cela fait baisser les prix… au détriment des travailleurs occidentaux !
    Bref, mondialisation, financiarisation, créditisme et parasites se tiennent les coudes. Et tant pis pour les pauvres bougres qui sont victimes !

  3. Il n’a pas juste de dire qu’il n’y a pas d’inflation:
    -les prix de nombreux actifs ont considérablement augmenté depuis 20 ans (un petit appartement vaut 2 fois son prix initial, la terre, l’or, les actions ont progressé…)
    -les indices retenus par les états sont manipulés de manière grossière (prise en compte de dépenses exceptionnelles sur représentées, ou au contraire,non prise en compte de certaines dépenses évolutives et incontournables: santé, assurances, vieillesse, impôts nationaux et locaux,….)

    Pour autant, l’inflation au sens « indice officiel » des prix reste tout de même limitée car les salaires et autres revenus sont progressivement tirés vers le bas par la mondialisation et le « moins disant » permanent: les stocks de main d’oeuvre disponible sont tels que son prix ne peut augmenter…. et la robotisation à venir va encore plus la déprécier.

    Alors oui, certes, le crédit et la planche à billets tournent à fond, mais malgré l’ingéniosité des financiers occidentaux (sub-primes, revolving, loa,…) ils se heurtent à la réalité du sur endettement inévitable lorsque les salaires stagnent!

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