Moustiques et marchés boursiers

Rédigé le 14 juin 2016 par | Article, Bill Bonner, Indices, marchés actions, stratégies Imprimer

Il ne s’est pas passé grand’chose sur les marchés boursiers ces derniers jours. La présidente de la Fed, Janet Yellen, a fait clairement comprendre qu’elle ne ferait rien qui puisse déranger le sommeil des investisseurs…

… Ce qui ne signifie pas pour autant qu’ils ne feront pas de cauchemars.

Risques de baisse sur les marchés boursiers

Notre département de recherches américain — dirigé par Nick Rokke et Chad Champion — rapporte qu’on en a moins pour son argent sur les marchés de capitaux US aujourd’hui qu’à tout autre moment de l’histoire.

Ce ne sont pas de bonnes nouvelles. Cela nous dit qu’il y a bien plus de risques de baisse que de possibilités de hausse. Parallèlement, l’économie américaine continue de ralentir.

Par rapport à la belle performance de 3,9% de croissance annuelle du PIB au deuxième trimestre 2015, les derniers chiffres (pour le premier trimestre de cette année) montrent que l’économie se développe au taux annuel de 0,8% seulement.

Par ailleurs, on a appris la semaine dernière que l’emploi US avait trébuché en mai… avec seulement 38 000 créations — contre les 162 000 postes attendus par l’industrie financière.

Ce sont les pires chiffres en six ans. Ils ont fait retomber le taux de participation — le pourcentage de la population en âge de travailler qui a un emploi ou en cherche un — à un niveau qu’on n’avait plus vu depuis 1976.

De tels éléments ne justifient pas le cours élevé des actions. Ils zonzonnent plutôt à votre oreille comme des moustiques lors d’un pique-nique vespéral. Le virus Zika ne peut pas être bien loin.

La récession commencera probablement au cours des 12 prochains mois

Très probablement, l’économie commence déjà à se sentir fiévreuse. Si ce n’est pas le cas, la récession commencera probablement au cours des 12 prochains mois.

Nick vérifie la moustiquaire :

Tel que mesuré par l’EV/EBITDA, l’indice Russell 2000 — qui suit les valeurs des petites entreprises US — est le plus cher de son histoire.

EV signifie enterprise value (valeur d’entreprise). Ce chiffre suit la valeur de toutes les actions d’une entreprise, plus toutes ses dettes. L’EBITDA, l’excédent brut d’exploitation, recouvre les revenus avant intérêts, impôts, dépréciation et amortissements. Ce chiffre est considéré comme la plus pure mesure des revenus d’une entreprise.

Le ratio EV/EBITDA est communément utilisé pour évaluer des cibles de rachat. Si ce chiffre est bas, l’entreprise devient une cible de rachat. Cela crée un plancher et empêche les prix de chuter. Lorsqu’il atteint des sommets historiques, le plancher est loin au-dessous des cours actuels.

Motifs passés

Le ratio EV/EBITDA du Russell 2000 est d’environ 19. Ce n’est que légèrement inférieur à son sommet historique de 21, atteint au début de l’année.

En moyenne, le ratio de l’indice est de 12 environ. Ce qui suggère une chute potentielle de 38% pour les small caps US… un plongeon équivalent au cinquième pire marché baissier des 90 dernières années.

Bien entendu, nous nous sommes déjà trompé par le passé. Et quel qu’ait été le courage juvénile qui accompagnait nos premières suppositions… il nous a quitté à mesure que l’arthrite s’installait.

En se basant sur les valorisations actuelles, le moment n’est pas bien choisi pour augmenter votre exposition aux actions US

Aujourd’hui, nous ne faisons pas de prédictions et n’offrons aucune prévision. Nous remarquons simplement que, en se basant sur les valorisations actuelles, le moment n’est pas bien choisi pour augmenter votre exposition aux actions US.

Rappelez-vous que notre stratégie d’investissement est basée sur l’ignorance, non la connaissance. Nous n’avons aucune connaissance de l’avenir. Tout ce que nous avons, c’est une vague conscience du passé.

Ce que nous voyons dans le passé, ce sont des motifs. Et puisque ces motifs peuvent être constatés sur de nombreux marchés… sur de nombreuses années… nous partons du principe qu’ils sont relativement fiables.

Si bien que, même si nous ne pouvons pas prédire si le marché va baisser… quand il le fera… ou les niveaux qu’il atteindra… nous pouvons toujours noter qu’il l’a toujours fait par le passé, quand bien même il ne suivait pas toujours un planning fiable.

Peut-être que cette fois-ci, c’est différent. Mais probablement pas.

Les valeurs US sont chères. Il y a fort à parier qu’elles seront moins chères dans le futur. Après quoi elles seront à nouveau chères.

Notez que ces cycles sont extrêmement longs. Le marché boursier US a atteint un sommet en 1929. Le suivant a eu lieu en 1954. Il y a eu quelques pics en 2000 et 2007… mais on est désormais plus haut encore.

Eh oui. Cette fois-ci pourrait être la bonne !

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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