Les morts du capitalisme

Rédigé le 17 mai 2018 par | Bill Bonner, Liberalisme Imprimer

Le capitalisme aurait besoin d’être domestiqué pour être moins meurtrier selon les politiciens. Pourtant les désastres politiques font plus de morts que ceux du capitalisme.

Tout d’abord, nous notons que le rendement du T-Bond à 10 ans se maintient au-dessus des 3%. Il est en chemin vers 4%, selon nous, et vers la destruction finale du grand boom factice de 2009-2018.

En attendant…

« Vous dites que le capitalisme n’a jamais tué personne… Qui fabrique les armes et les bombes, d’après-vous ? »

Cette question nous est revenue la nuit dernière, comme la vague idée qu’on a oublié de couper le gaz.

Nous regardons en arrière, vers le capitalisme. Le monde a tant avancé, pendant si longtemps, que nous devons tourner la tête et plisser les yeux pour le voir. Tout le monde ou presque est désormais d’accord : on ne peut pas faire confiance au capitalisme.

On ne peut pas laisser les gens décider seul comment ils s’entendront les uns avec les autres. Ils ne peuvent pas, par exemple, choisir les conditions dans lesquelles ils travailleront ensemble… quand, comment, où… et combien ils seront payés pour cela.

A présent, toutes les entreprises de taille respectable doivent avoir un département RH – un groupe de personnes qui s’occupent des Ressources Humaines, comme si les gens étaient l’équivalent d’un wagon de charbon ou de sacs de ciment. Les RH s’assurent que les règles sont respectées.

Fouets et harnais pour améliorer le capitalisme

Depuis plus de 100 ans, aux Etats-Unis, les politiciens, les empêcheurs de tourner en rond et les bonnes âmes travaillent à améliorer le capitalisme.

Les capitalistes rechignent à accorder des prêts immobiliers au même taux partout, quel que soit le quartier ou la ville concernée ? Nous passerons une loi pour les y forcer !

Les capitalistes ne veulent pas financer les déficits du Deep State ? Nous les financerons nous-même avec de l’argent fabriqué par la Fed !

M. et Mme Tout-le-Monde ne se risquent pas sur les marchés boursiers parce qu’ils ont peur que les capitalistes les plument comme des pigeons ? Pas de problème : mettons en place la SEC pour les surveiller. Voilà qui devrait faire venir les pigeons !

Chaque défaut apparent… chaque erreur… chaque grief contre le grand cheval de labour du capitalisme a été traité à coups de fouets et de harnais. L’animal est désormais si encombré de réglementations… et si chargé par tous les compères qu’il a sur le dos – sans compter les zombies dans la carriole derrière lui –, qu’il peut à peine avancer.

Chameau

En dépit de toutes les avancées technologiques qui ont eu lieu de notre vivant, la croissance réelle du PIB a ralenti, atteignant à peine le taux des années 1960. Le travailleur moyen, qui était la colonne vertébrale de toute l’économie, a en réalité vu son statut et ses revenus reculer lors des quatre dernières décennies. [NDLR : Visez des plus-values de x10 en investissant dans des entreprises en croissance qui ne vivent pas de subventions mais ont des clients, du chiffre d’affaires et des marges robustes. Rejoignez Agora Business Angels et découvrez ces pépites ici.]

Les revenus des ménages ont continué d’augmenter – mais uniquement parce que plus de femmes ont rejoint la main-d’oeuvre. Quelles ont été les conséquences pour la cohésion familiale, la satisfaction et la qualité de vie d’une manière générale, nous n’en savons rien. Cela n’a pas nécessairement été un plus, toutefois.

Malgré tout, chaque fois qu’il y a un problème – réel ou imaginaire – les empêcheurs de tourner en rond accusent le libre-échange. Robert Kuttner, de la Brandeis University, par exemple, pense que le capitalisme est responsable de l’élection de Donald Trump.

Les morts des désastres politiques

Mais si la politique a engendré les grandes catastrophes du 20ème siècle – la Première Guerre mondiale, la Deuxième Guerre mondiale, l’Union soviétique, Mao –, le capitalisme a produit l’automobile, la climatisation, la télévision et la moquette synthétique.

Les désastres politique ont coûté des millions de vies et des milliards de dollars. Les avancées économiques ont créé de la richesse… et, vraisemblablement, de la satisfaction.

Mais Kuttner dit que le capitalisme est cruel ! Selon lui, cela provoque une telle douleur que les électeurs se tournent vers des « hommes forts » aux plans simplistes pour remédier aux échecs du capitalisme, tel le susmentionné M. Trump. « Construisons un mur », dit le président.

Les mouches du coche – qu’ils soient pour ou contre Trump – affirment qu’ils créent une race de capitalisme plus douce, plus apaisée, en l’accouplant avec l’Obamacare ou les barrières commerciales. Ce qu’ils font en réalité, c’est parasiter les accords gagnant-gagnant qui apportent aux gens ce qu’ils veulent vraiment.

On ne sait ce que les gens veulent que lorsqu’ils sont libres de vous le dire… et ils ne sont libres de le dire que lorsque les autorités n’insistent pas pour avoir autre chose.

Plus il y a d’interférences – comme l’illustrent magnifiquement les 70 années d’expérience russe avec une économie planifiée – moins les gens obtiennent ce qu’ils veulent réellement. A la place, on leur sert violence, sottises et misère.

Pour en revenir à notre question initiale, le charme principal du capitalisme, c’est son indifférence. Il ne se soucie pas que les habitants des bas quartiers obtiennent des prêts bon marché. Peu lui importe que quelqu’un trafique les cours boursiers… ou même ce qu’on fait des armes et des bombes qu’il produit.

Il est sourd à la fois aux gémissements de souffrance des humains… et à leurs murmures de félicité. Il ne fait que répondre à leurs désirs. Plus précisément, il répond à l’argent.

« On obtient ce qu’on a payé », a déclaré Milton Friedman. Et la clé pour obtenir ce qu’on veut, c’est de le payer soi-même.

Si l’on confie son argent aux autorités… on obtient ce qu’elles veulent – des accords marécageux, de la paperasserie, des guerres calamiteuses, des assassinats, de coûteuses gabegies et des fusils d’assaut.

Si l’on permet aux autorités de créer leur propre monnaie – à partir de rien – on obtient tout ça en grès grande quantité.

Le capitalisme ne se soucie pas de ce qui arrive aux bombes qu’il fabrique ; il se soucie uniquement de qui les paye.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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