Ce qui causera la mort de l’empire américain

Rédigé le 11 juin 2018 par | Desinformation Imprimer

Les Etats-Unis d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec les Etats-Unis tels qu’ils ont été conçus à leur naissance. Ils ont eu la grandeur… l’heure est à la décadence.

Nous nous approchons furtivement de notre proie… dissimulé dans les hautes herbes… jusqu’à ce que nous puissions avoir une ligne de tir nette et claire.

Notre cible : le gouvernement américain et en quoi il a changé. Depuis quand, nous demandons-nous, se soucie-t-il de quelle façon les autres pays maltraitent leurs citoyens ou gâchent leur économie ?

Depuis quand le président américain – juste parce qu’il l’a décidé – a son mot à dire sur ce que nous payons pour nos voitures et nos spaghettis ?

Nous essayons de comprendre comment le gouvernement fédéral peut être une chose sur le papier… et une chose entièrement différente dans la réalité.

Non que nous soyons particulièrement fasciné par le gouvernement… mais les autorités US ont désormais des pouvoirs immenses que la Constitution ne leur a jamais accordé… et qu’elles les utilisent pour détruire l’économie… et mettre les Etats-Unis dans un cauchemar de dette, d’inflation, de dépression, de répression, de guerre et de révolution.

C’est le genre de choses qu’on obtient quand un empire meurt.

Sur le papier, un tel cycle de grandeur et décadence devrait être aisément évitable. Un vote à main levée au Congrès, et on peut rééquilibrer le budget et ramener les troupes à la maison.

Mais les choses ne sont pas nécessairement ce qu’elles semblent être. Ce qui est écrit sur le papier n’est pas nécessairement ce qui est vraiment.

Et parfois les gens – individuellement et collectivement – se font exploser… allumant la mèche avec leurs propres allumettes.

Alors… jetons un coup d’oeil.

Emprunts et bombes

Nous ne nous rappelons pas quand la Constitution américaine a été annulée. Nous ne nous rappelons pas avoir vu la moindre révolution ou coup d’Etat à la télévision. Le Congrès n’a jamais voté pour un nouveau système gouvernemental. Et pour autant que nous en sachions, aucun troisième parti avec un nouveau programme radical ne s’est emparé du pouvoir aux Etats-Unis.

Pourtant, il n’y a plus de garde-fous. Les élections ont perdu quasiment tout leur sens.

Les nouvelles sont aussi fausses que la devise. Les tribunaux sont impuissants. Le président et quasiment tous les membres du Congrès ont été capturés par le Deep State. Les emprunts et les bombes continuent d’augmenter… sans rien pour les arrêter.

Des emprunts et des bombes, ce n’est pas ce que les fondateurs des Etats-Unis avaient en tête. Ils ont conçu un gouvernement aux pouvoirs limités (les pouvoirs qui n’étaient pas expressément confiés aux autorités étaient réservés aux différents Etats et au peuple) qui s’auto-financerait et se mêlerait de ses propres affaires.

Leur gouvernement était censé, comme l’avait formulé Washington, « éviter les imbroglios à l’étranger ». Ou, comme le décrivait John Quincy Adams en 1821, « [l’Amérique] ne se rend pas à l’étranger en quête de monstres à détruire ».

Les Etats-Unis n’avaient pas de banque centrale ; leur devise était elle aussi limitée. Ils insistaient pour n’avoir que « de l’or et de l’argent » de la part des différents Etats.

Et la dette ? 150 ans après leur fondation, les Etats-Unis avaient une dette nationale de 19 milliards de dollars seulement. Jeff Bezos aurait pu la rembourser – il lui serait quand même resté 107 milliards de dollars d’argent de poche.

Aujourd’hui, les Etats-Unis ont plus de 1 000 fois autant de dette gouvernementale que sous Calvin Coolidge, dans les années 1920. Par comparaison, le PIB n’a été multiplié que par 190.

Lorsque Coolidge a pris son poste, lui aussi était pour « l’Amérique d’abord » ; il n’avait aucune intention d’envoyer des troupes US à l’étranger. Mais même lui n’a pas tardé à se retrouver attiré dans un programme impérial embryonnaire – il a envoyé des troupes au Nicaragua pour aider à réprimer une rébellion locale.

Aujourd’hui, les forces armées américaines cherchent des monstres dans des centaines de pays différents ; et là où aucun ne peut être trouvé, ils en créent.

Pour autant que nous puissions en juger, les autorités américaines peuvent désormais faire à peu près tout ce qu’elles veulent, aussi idiot que ce soit. Les limites ont été abolies depuis longtemps.

Un seul mot

Comment est-ce arrivé ? La réponse, pensons-nous, tient en un mot : vernaculaire.

Comme nous l’avons expliqué la semaine dernière, il y a des structures formelles – ordonnées par la loi, la législation et les proclamations officielles. Et il y a d’autres choses… qui décrivent mieux notre manière réelle de parler, travailler et nous entendre entre nous.

L’accord gagnant-gagnant classique, promu par Jésus de Nazareth il y a deux millénaires, n’est nulle part inscrit dans les lois officielles ; c’est le vernaculaire.

Il n’a jamais été inventé par quiconque… personne n’a jamais eu le Prix Nobel pour l’avoir découvert… et il n’y a pas de pénalités légales si on ne l’applique pas.

Tout de même, la plupart des gens sur la planète en suivent généralement la règle au quotidien. S’ils veulent un sandwich, ils donnent de l’argent au vendeur de sandwich. S’ils veulent de l’argent, ils offrent leur temps à un employeur. Si Ford veut vendre des voitures, elle fait de son mieux pour que les gens en veuillent.

C’est le moyen communément accepté d’obtenir ce qu’on veut et ce dont on a besoin dans la vie. Si vous voulez vous marier, mieux vaut offrir à votre partenaire quelque chose qui en vaille la peine.

Si vous voulez une miche de pain, vous devez donner quelque chose de valeur égale au boulanger. Quoi que vous vouliez – qu’il s’agisse de l’amour, du respect, de la fortune ou d’un sachet de chips saveur moutarde – nous vous conseillons de le gagner.

Seuls les escrocs, les canailles et les gouvernements opèrent suivant un modèle différent. Et à mesure que la République évoluait en Empire, ils ont proliféré.

Ils obtiennent, mais ils ne veulent pas donner. Ils prennent, mais ils ne veulent pas fabriquer. Ils font aux autres… mais ils s’assurent que les autres ne leur fassent rien.

Ce modèle – gagnant-perdant, avec des guerres commerciales, de vraies guerres, des drones, de la fausse monnaie et de la dette – emporte l’empire américain vers son inévitable destruction. [NDLR : Avez-vous lu ce livre de Jim Rickards En route vers la faillite ? Procurez-vous le ici, il changera votre vision de vos investissements.]

Les seuls qui pourraient l’arrêter sont les initiés du Deep State. Et ils ne le feront pas, parce qu’ils sont du côté gagnant de l’accord.

C’est le reste d’entre nous qui est du côté perdant.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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