Monnaie factice et monnaie réelle : quelques principes de base

Rédigé le 19 décembre 2017 par | Bill Bonner, Deep State, Dette, Guerre des monnaies, Richesse Imprimer

Comptée avec de la monnaie réelle et non de la monnaie factice, la richesse des ménages américains serait amputée d’un tiers et 33 000 Mds$ d’obligations seraient détruites.

Qu’avons-nous appris jusqu’à présent ?

Résumons en une série de principes.

  1. Une monnaie réelle doit être reliée à l’économie réelle — avec des choses réelles et de la richesse réelle —, généralement par l’or… ou, dans le cas du bitcoin, par l’électricité.
  2. Dans le monde réel, la richesse est limitée… donc la monnaie doit être limitée aussi. Les autorités ne peuvent pas commander la croissance de la richesse réelle, si bien qu’elles ne peuvent pas non plus augmenter la masse de monnaie réelle. Elles ne peuvent augmenter que l’offre de fausse monnaie — dans le cas du dollar, la nouvelle devise « élastique » mise en place en 1971 et sans lien avec le monde réel.
  3. Le monde financier est cyclique et gouverné par les marchés. Le monde économique est incrémentiel et constitué de choses réelles. Les marchés peuvent se retourner soudainement. Les prix peuvent s’effondrer. Mais la richesse réelle ne disparaît pas rapidement.
  4. De tous temps, le gouvernement a été une manière pour quelques-uns d’exploiter la masse. Alors que le reste de la société se livre (principalement) à des accords gagnant-gagnant, les autorités dépendent d’accords gagnant-perdant. Contrôler la monnaie est une manière d’imposer des accords gagnant-perdant aux gens (généralement sans qu’ils s’aperçoivent qu’ils sont en train de se faire escroquer).
  5. Les choses n’ont pas de valeur inhérente : les marchés découvrent ladite valeur à mesure qu’elles se vendent au plus offrant. Si on ne permet pas aux marchés de fonctionner librement, la découverte honnête des prix n’a pas lieu ; les économies ne peuvent donc pas tourner correctement parce que personne ne sait ce que valent vraiment les choses.
  6. Les taux d’intérêt sont le prix que vous payez pour l’épargne de quelqu’un d’autre. Eux aussi devraient être découverts honnêtement… dans un marché libre. Depuis 1987, cependant, les autorités ont bidouillé les taux… les embourbant dans un pays de fantaisie où le temps recule et où le risque diminue à mesure qu’il passe.
  7. Les taux d’intérêt bidon affectent tous les autres prix, particulièrement ceux des actions et des obligations. En mettant les taux à des niveaux ultra-bas, les autorités ont falsifié les prix des actifs, qui sont tous probablement bien plus élevés qu’ils ne le seraient autrement.
  8. A présent, les autorités US annoncent qu’elles vont inverser la politique de ces trois dernières décennies. Au lieu d’augmenter le niveau de liquidités, la Fed dit qu’elle va le réduire… au lieu de baisser les taux d’intérêt, elle les augmentera… au lieu de soutenir les marchés actions et obligations en tant que principal acheteur au monde, elle deviendra le principal vendeur au monde. D’ici la fin 2018, la Fed a annoncé qu’elle purgerait environ 600 Mds$ par an de la masse monétaire américaine.

Et ensuite ? C’est la question du jour : quoi… et comment. (Nous évitons la question « quand »… nous ne sommes pas très doué en la matière — ce n’est pourtant pas faute de nous être entraîné.)

Qui glissera le premier ?

Oui, cher lecteur, la Fed jette à présent des peaux de bananes — sous la forme d’augmentations de 25 points de base du taux directeur de la Fed. Ce n’est qu’une question de temps avant que quelqu’un glisse.

Pour comprendre pleinement ce qui se passe, nous revenons au rôle réel des autorités et à leur contrôle de la monnaie. Rappelez-vous que quelques-uns — les initiés qui contrôlent le gouvernement (le Deep State, en d’autres termes) — veulent extraire de la richesse, de la puissance et du statut auprès des masses.

Dans la Rome antique, par exemple, les autorités rognaient les pièces — éliminant une partie des métaux précieux. Ensuite, elles ont entièrement remplacé l’or et l’argent par des métaux de base… et finalement par du cuir. Evidemment, ce n’était plus de la vraie monnaie. Les gens refusaient de l’utiliser comme devise. Le gouvernement lui-même refusa de l’accepter en paiement des impôts.

Cette technique de dévaluation a continué jusqu’au règne d’Henry VIII, en Angleterre, qui a remplacé les pièces d’argent avec du cuivre pour financer ses guerres contre l’Ecosse et la France.

Une arnaque plus récente consiste à simplement imprimer de la monnaie papier supplémentaire. Cette technique a été utilisée par quasiment tous les gouvernements modernes, le Zimbabwe, Weimar et le Venezuela fournissant les exemples les plus baroques. Le gouvernement utilise cette fausse monnaie pour payer ses factures… et récompenser ses compères.

Ensuite, tandis que la nouvelle devise se diffuse au reste de l’économie, les prix grimpent. Le public paie plus cher son pain et ses bières ; généralement, il ne sait absolument pas pourquoi. Le gouvernement accuse ensuite les « profiteurs », les « spéculateurs », ou les capitalistes à cornes et à queue fourchue.

Un dollar élastique

L’escroquerie du « dollar élastique » est plus subtile. Plutôt que de l’utiliser pour payer directement ses factures, le gouvernement prête l’argent — à des taux ultra-concurrentiels — à de grandes banques, qui le re-prêtent à leur tour au gouvernement.

Ensuite, pour que l’arnaque puisse se poursuivre, la banque centrale achète les obligations gouvernementales auprès des banques, garantissant que les compères gagnent de l’argent… et que le flux de cash continue d’affluer vers les autorités.

Toutes les arnaques du genre « argent factice » partagent les mêmes caractéristiques : on crée de la fausse monnaie. Elle ressemble à la monnaie « réelle » préexistante. Les élites mettent la main dessus en premier et l’utilisent pour prendre la richesse existante à ses propriétaires légitimes. C’est pour cela que les 1% — et l’industrie financière en particulier — sont bien plus riches aujourd’hui qu’en 1971.

Pour l’instant, les Américains — et le reste du monde — n’ont pas encore pigé. Ils ne réalisent pas de quelle manière on les dépouille. Ils croient plutôt nager dans l’abondance, avec 97 000 Mds$ de richesse. Mais une bonne partie de cette somme n’est que du papier… dans des actions, des obligations et de l’immobilier surévalués. C’est de la richesse financière, non de la richesse économique, et les prix peuvent en être retoqués en un clin d’oeil.

Traditionnellement, la richesse réelle représente environ trois fois le PIB du pays… et la dette totale représente environ 1,5 fois le PIB. Si l’on ajustait les chiffres actuels à ces anciennes proportions, la richesse des ménages devrait décliner de 37 000 Mds$… et la dette devrait baisser de 33 000 Mds$.

Ce ne sont que des chiffres mais ils montrent, en gros, ce à quoi s’attendre lorsque le système actuel de fausse monnaie explosera.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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