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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Lundi 31 juillet 2006
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*** PIB et brioche
L’économie américaine ralentit et les marchés accélèrent…
***Des valeurs "étonnamment" solides
Les marchés continuent de sous-estimer les pétrolières…
*** Mieux vaut trop tôt que trop tard
… en matière d’investissement, en tout cas…
*** Le dernier "E"
Les Etats-Unis ont commencé comme Rome — humblement
—————————– (publ.)
Un principe d’investissement si simplissime…
… que vous l’avez probablement OUBLIE !
Pourtant, il vous aurait permis de doubler votre mise en six mois…
Pour savoir comment, continuez votre lecture…
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Bonjour,
*** PIB ET BRIOCHE
** L’économie américaine ralentit et les marchés accélèrent.
Je pourrais quasiment poser ma plume — pardon, éteindre mon ordinateur — ici et vaquer à d’autres occupations, tant cette petite phrase résume parfaitement la dernière séance de la semaine. Mais c’est un peu lapidaire, comme résumé, et vous méritez mieux, cher lecteur… alors penchons-nous plus en détails sur la journée de vendredi.
Un chiffre a donc dominé l’actualité économique : le département du Commerce US a annoncé que le PIB américain n’avait progressé que de 2,5% annualisés au second trimestre 2006, contre 3,1% anticipés par le consensus. C’est là le score le plus faible depuis la fin 2005, et il forme en plus un contraste frappant avec les 5,6% de croissance du premier trimestre 2006.
Quoiqu’il en soit, cela a provoqué une hausse unanime sur les principales places mondiales.
Après une séance laborieuse, le CAC 40 s’est lancé dans un sprint spectaculaire lors de la dernière demi-heure, et a terminé dans le vert — contrairement à ce que j’avais annoncé dans la Chronique du week-end. L’indice français a donc clôturé vendredi au-dessus des 5 000, à 5 028,51 points, soit une hausse de 0,55% sur la journée et de 4,3% pour la semaine. A Londres et Francfort, même tableau. Le Footsie a grimpé de 0,77%, tandis que le Dax montait de 0,82%.
De l’autre côté de l’Atlantique, la hausse a été plus prononcée encore. Le Dow Jones a pris +1,07%, terminant à 11 219,70 points, tandis que le Nasdaq grimpait les marches quatre à quatre : +1,93% en une séance, le menant à 2 094,14 points. Et enfin, le S&P 500 a engrangé le joli score de 1 278,55 points, soit une hausse de 1,22%.
** Bien entendu, plus que le chiffre du PIB, c’est ce qu’il implique qui a généré une telle euphorie chez les lumpeninvestisseurs : après un tel ralentissement, c’est sûr, l’atterrissage en douceur est garanti… ainsi qu’une pause dans le resserrement des taux de la Fed ! Il n’en fallait pas plus pour motiver un rebond de la part des marchés, qui ont déjà amplement "digéré", apparemment, les risques du conflit au Moyen-Orient.
En ce qui nous concerne, à la Chronique Agora, nous avons renoncé à comprendre ce qui motive les hausses et les baisses d’un marché qui semble totalement déconnecté de la réalité économique… et préfère se focaliser sur les circonvolutions sémantiques de Ben Bernanke.
Nous craignons cependant que la réalité économique précitée n’ait commencé à rappeler tout ce petit monde à l’ordre, en particulier le consommateur américain (dont les dépenses n’ont augmenté que de 2,5% ce dernier trimestre, contre 4,8% sur les trois premiers mois de 2006). Et pour une fois, nous ne sommes pas les seuls à le penser :
"Gavé de produits en tous genres, et certainement de plus en plus soucieux quant à la valeur de son bien immobilier, le consommateur américain a préféré, ce trimestre, acheter moins de biens durables (- 0,5%)", lisait-on ce matin dans La Tribune. "Il faut dire que les nouvelles en provenance du secteur immobilier ne sont guère bonnes avec un effet richesse qui tend à devenir négatif. Au deuxième trimestre, pour la troisième fois consécutive, l’investissement dans l’immobilier a en effet reculé (- 6,3%) ; il s’agit de la baisse la plus marquée depuis le troisième trimestre 2000. ‘Les prix des logements aux Etats-Unis semblent désormais surévalués’, note d’ailleurs le FMI dans son ‘article IV’ sur l’économie américaine, publié ce week-end. Et d’ajouter que le secteur ‘n’est plus à même de fournir un soutien important aux dépenses des ménages’. Et comme le consommateur, les entreprises semblent elles aussi avoir opté pour la prudence en réduisant leurs dépenses d’investissement (+2,7% de hausse contre 13,7% au premier trimestre) y compris dans l’informatique".
Voilà qui ressemble plus à un atterrissage forcé en pleine jungle qu’à une descente harmonieuse sur le tarmac bien lisse d’un aéroport civilisé. Mais une fois encore, l’avenir se chargera de nous le confirmer…
** En attendant, le dollar, l’or et les taux pourraient nous donner quelques indices sur l’opportunité de sortir — ou non — le parachute dès maintenant. Le billet vert, pour commencer, a vu son attractivité diminuer avec les perspectives d’une pause dans le resserrement monétaire de la Fed : il a terminé vendredi en baisse, à 1,2757 par euro.
Les taux se détendent eux aussi — le rendement du bon du Trésor US à 10 ans est ainsi passé sous les 5% pour la première fois en cinq semaines, à 4,99%. Et l’or, bien entendu, voit sa cote remonter : il pris plus de 5 $ au second fixing de Londres vendredi, pour finir la semaine à 637,10 $ l’once.
Quant au pétrole, malgré les tensions géopolitiques, le ralentissement du PIB américain a pesé sur les cours : le baril de WTI New York a clôturé la semaine sur une baisse, à 73,24 $.
** Pour terminer, un des épisodes légendaires de la Révolution française serait-il basé sur du vent ?
Un de nos lecteurs s’indigne du traitement que Bill a réservé à la pauvre Marie-Antoinette dans la Chronique du week-end : "Lisant avec beaucoup d’assiduité votre remarquable chronique", nous dit-il, "je me permets de vous solliciter pour connaître la source de cette affirmation : ‘Marie-Antoinette voulut savoir de quoi ils se plaignaient. ‘Ils n’ont pas de pain’, expliqua un courtisan. ‘Eh bien, qu’ils mangent de la brioche’, déclara-t-elle avec insouciance’. Selon vous, cette affirmation serait-elle historiquement exacte ? Comme vous vous en doutez, j’ai de sérieux doutes sur l’authenticité de cette déclaration".
Notre aimable lecteur nous indique ensuite un échange épistolaire entre un certain Vicomte de Roubiac et l’infortunée reine de France. Voilà ce que le vicomte aurait écrit à Marie-Antoinette concernant la fameuse petite phrase :
"Il faut savoir que les misérables qui colportent cette infamie n’ont même pas le mérite de l’avoir inventée : ils l’ont prise mot pour mot chez Jean-Jacques Rousseau, au Livre VI des ‘Confessions’ ; voici en effet ce qu’on peut y lire : ‘Enfin je me rappelai le pis-aller d’une grande princesse à qui l’on disait que les paysans n’avaient pas de pain, et qui répondit : Qu’ils mangent de la brioche. J’achetai de la brioche’. C’était donc un lieu commun qui circulait avant même votre naissance et que des misérables ont ramassé dans la boue où il était né".
On nous a traité de beaucoup de choses, depuis les débuts de la Chronique Agora… mais qu’un aristocrate nous accuse, depuis la tombe, de "colporter des infamies", voilà qui est une première !
En ce qui me concerne, j’avoue n’avoir jamais lu les Confessions de Rousseau — et j’ignorais tout du Vicomte de Roubiac jusqu’à ce matin. Mais enfin, le point de vue méritait d’être connu, et si d’autres ardents partisans de la cause de la brioche veulent se manifester, qu’ils n’hésitent pas : la-chronique@publications-agora.fr est à leur disposition. Par contre, soyez prévenu : nous ne répondrons à aucune provocation en duel — que ce soit à l’épée ou au mousquet…
Françoise Garteiser,
Paris
PS : Pour commencer la semaine boursière du bon pied, n’oubliez pas de retrouver les conseils et analyses de Philippe Béchade au 0899 707 009 dès 15h45 cet après-midi.
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)
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Eric Fry nous donne les dernières nouvelles de Wall Street
*** DES VALEURS "ETONNAMMENT" SOLIDES
** Le trading actif de court terme est le domaine — et souvent le piège fatal — des gestionnaires de fonds de couverture. Les investisseurs de long terme, qui profitent des avantages jumeaux de la durée et de l’anonymat peuvent se permettre d’ignorer les baisses de court terme… ou, mieux encore, d’en profiter pour se positionner.
Pour lire la suite de la démonstration d’Eric, cliquez ici…
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Vancouver
*** MIEUX VAUT TROP TOT QUE TROP TARD
** "Vancouver est une ville géniale — en majeure partie parce qu’on y trouve peu de Canadiens d’origine".
* Nous dînions dans un restaurant japonais appelé Tojo, avec vue sur toute la ville, lorsque nous avons fait cette observation. Le ciel était si clair qu’on pouvait presque lire les plaques d’immatriculation des voitures dans les montagnes lointaines. Une fois le soleil couché, la ville se mit à étinceler, comme Hong Kong.
* Puis le feu d’artifice commença. Des fusées, des explosions, des scintillements…
* Nous nous sommes demandé pourquoi tout cet étalage.
* "Lien de spéshal", déclara notre charmante serveuse. Vêtue selon la tradition japonaise, elle aurait pu jouer comme extra dans un film de la Seconde guerre mondiale.
* Notre chauffeur de taxi était Indien ; dans le restaurant, le personnel était japonais. Ils géraient un restaurant de sushi haut-de-gamme, avec une grande terrasse extérieure.
* "Excusez-moi", déclara notre compagnon de table au serveur, "j’avais demandé du thon jaune".
* "Ca, thon jaune", répondit le samouraï.
* "Non, c’est du thon rouge", persista notre ami.
* "Louge… jaune… tous onsomble. Bon à manger", nous répondit-on.
* Doug Casey et votre correspondant, tous deux des produits de la diaspora irlandaise, étaient entourés d’étrangers. Un de nos compagnons venait d’Italie. Un autre du Pakistan. Le garçon de salle était originaire du Sri Lanka.
* "Oui, c’est une ville géniale… je vais ré-emménager ici", annonça Doug. "Pas pour y rester toute l’année, j’aime trop l’Asie pour ça. Mais c’est presque comme d’être en Asie, avec en plus des montagnes enneigées tout autour".
* "Tu sais, on a vraiment de la chance. On peut vivre où on veut. J’ai de la peine pour l’Américain moyen. Il est coincé. Comme toi, plus je vieillis, moins je suis certain de quoi que ce soit, mais j’ai honnêtement l’impression que nous sommes au début d’un grand marché haussier des matières premières. Et ça me convient parfaitement. Mais d’un autre côté, je ne vis pas en banlieue, je n’ai pas à conduire un monstre dévoreur d’essence pour aller travailler… et je n’ai pas un prêt hypothécaire revu à la hausse".
* Les Etats-Unis des monstres dévoreurs d’essence, c’est un endroit où, en théorie, tous les hommes naissent égaux. Mais chaque homme égal a des cartes inégales à la naissance. Il les joue du mieux qu’il peut. Ces deux derniers siècles, les Américains ont ramassé leurs jeux et y ont vu beaucoup d’as. En 1990, ils étaient à la tête de la plus grande économie au monde. Ils étaient du côté vainqueur des deux plus grandes guerres de l’histoire. Et ils sont sortis de chaque conflit avec une plus grande part du commerce mondial.
* Tout de même, toutes les institutions vieillissent et se corrompent. Dans les années 50, les Etats-Unis étaient déjà au sommet du monde. A la fin des années 80, leur seul concurrent militaire avait jeté l’éponge. Mais l’amidon du début des années 1900 était lentement remplacé par l’élastique de la fin 1900. Tout a commencé à s’étirer et à se gondoler — la Constitution, le dollar, les finances privées et publiques… tout, depuis le comportement des adolescents jusqu’au tour de taille de leurs parents.
* Puis on a mélangé le jeu et on a redistribué les cartes. Ils ne le réalisent pas encore, mais on dirait que cette fois, les Américains se trouveront du côté perdant de l’histoire.
* "Le monde entier ne peut pas vivre au niveau que les Américains ont fini par tenir pour acquis", a expliqué Byron King la semaine dernière. "Il n’y a pas assez d’énergie bon marché".
* Les Américains ont un style de vie que bon nombre de gens envient dans le monde, et que peu peuvent se permettre — pas même les Américains eux-mêmes. Confronté à la hausse du prix du pétrole, l’augmentation des taux hypothécaires et une rude concurrence de la part de l’Asie, le niveau de vie des deux tiers inférieurs de la société américaine va probablement baisser.
** Vous pouvez imaginer ce qui est arrivé aux prix de l’immobilier ici", a continué Doug lors du dîner. "Autrefois, j’avais une très belle maison sur l’eau, à l’ouest de Vancouver. Je l’ai vendue bien trop tôt. Elle vaut probablement 15 millions de dollars, aujourd’hui. Je vends toujours trop tôt. J’avais aussi un ranch près d’Aspen. J’ai fait un joli profit, mais j’aurais pu gagner plus".
* "Mieux vaut trop tôt que trop tard", a déclaré l’un de nos compagnons.
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Consterné par les manœuvres en tous genres qui faussent les marchés ?
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Effaré par le manque d’indépendance de certains conseillers financiers ?
Eh bien… voici votre antidote personnel à l’industrie financière !
Un antidote qui aurait pu vous rapporter des gains cumulés de 165% en 2005… Pour en savoir plus…
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*** La Chronique Agora présente ***
La série des "5 E" de Bill Bonner touche à sa fin… Et pour examiner le dernier E — l’Empire — il fallait bien un essai tout entier…
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LE DERNIER "E"
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Par Bill Bonner (*)
Nous les Américains, nous n’aimons pas considérer notre pays comme un empire. Nous l’envisageons plutôt comme une sorte de proto-démocratie ; nous l’imaginons tel que Norman Rockwell l’a peint, avec des gens honnêtes et raisonnables se réunissant dans l’école du village pour discuter des sujets important. Nous sommes trop modestes pour un empire, nous disons-nous. En plus, les empires ont besoin d’empereurs. Nous n’avons pas d’empereur ; nous avons un président élu censé accomplir la volonté du peuple. Et nous avons une société qui croit à la liberté individuelle plutôt qu’à la gloire collective.
Et pour un empire, ne faut-il pas également des gens portant des chapeaux bizarres ? Nous les Américains, nous ne mettons pas de chapeaux… sauf peut-être des casquettes de base-ball faisant de la publicité pour notre dernière destination de vacances. De plus, les Etats-Unis sont une démocratie… de, par et pour le peuple. Nous ne nous rappelons personne qui ait fait campagne avec un programme impérial — par conséquent, nous ne pouvons avoir un empire. Nous n’avons jamais voté pour.
Mais nous vivons dans un monde étrange et merveilleux. Parfois, on obtient ce qu’on n’avait pas l’intention d’avoir, et que personne ne voulait particulièrement. Si vous regardez la prochaine conférence de presse présidentielle, vous verrez l’aigle américain sur le pupitre. Symbole impérial, il nous provient de l’ère romaine, où l’aigle était sur tous les étendards de Rome. Et si vous écoutez les remarques du président US, vous réaliserez qu’il passe beaucoup de temps à parler d’une guerre se déroulant exactement au même endroit que celui où les Romains ont livré bataille — à l’orée de l’empire, en Mésopotamie, où les soldats romains sont morts par milliers en prenant et en reprenant l’antique Babylone. Et c’est en Mésopotamie aussi que les soldats de l’empire britannique se sont une fois encore retrouvés sur les mêmes rivages… épuisés par les mêmes tribus du désert.
Puis, à la fin de la conférence de presse, surtout si une nouvelle offensive a été annoncée, vous verrez comment meurent la liberté et la modestie — au son d’applaudissements bruyants.
Les Etats-Unis ont commencé comme Rome — humblement. Ils ont commencé comme une idée — quiconque le voulait pouvait venir dans ce Nouveau Monde et se débrouiller comme il le pouvait. Pas besoin de passeport, de visa, de test sanguin, de casier judiciaire. Vous vous présentiez et à vous de vous en sortir.
La gangrène s’installa presque aussitôt. Avant longtemps, elle mena à une guerre entre les états afin de déterminer qui dirait quoi faire à qui. Puis le pays tenta de se transformer en état-nation du genre de ceux qui avait si bien fonctionné en France et en Allemagne. Un serment d’allégeance au drapeau fut composé. Le régime de retraite et d’autres programmes collectivistes furent mis en place. Ils n’étaient pas différents des programmes d’assistance de Bismarck en Allemagne. Pourtant, alors même qu’ils imitaient bêtement le Vieux Monde, les habitants des plaines essayaient de se convaincre qu’ils étaient une race à part — 100% Nouveau Monde. Ils fronçaient les sourcils d’un air soupçonneux devant les noms et les coutumes semblant provenir de l’étranger. Un candidat au Congrès essaya même de discréditer son opposant en lisant le menu de l’élégant restaurant où ce dernier dînait. "Cuisses de grenouilles" dit-il à voix haute et en français, étirant bien les mots pour que ses auditeurs aient le temps de se scandaliser. "Mon adversaire mange les cuisses des grenouilles !" Il n’avait rien d’autre à dire, dans un pays où la seule langue étrangère enseignée en classe était l’anglais.
Mais à côté des Etats-Unis-nation, les Etats-Unis-empire se développaient rapidement eux aussi. Alors que la Première guerre mondiale progressait et que les Britanniques se trouvaient épuisés par la dépense, ils se tournèrent de l’autre côté de l’Atlantique pour obtenir de l’aide. Woodrow Wilson mordit sottement à l’hameçon — un premier rôle dans le théâtre impérial, en échange de son aide. Naturellement, les Européens désillusionnés poignardèrent le naïf professeur de Princeton dans le dos dès qu’il atterrit au Havre. Et le décor fut planté en toute hâte — pour une guerre encore plus calamiteuse. Dans celle-ci, puis durant la Guerre froide, les Etats-Unis jouèrent un rôle plus grand et plus spectaculaire sur le théâtre mondial — jusqu’à ce que, avec la chute de l’Union soviétique, plus personne ne puisse leur voler la vedette. Les Etats-Unis étaient désormais la seule hégémonie ; la seule superpuissance au monde, un pays ayant un avantage militaire si écrasant par rapport au reste de la planète qu’il était forcé de prendre un rôle impérial, qu’il le veuille ou non.
Avant longtemps, le pays sembla apprécier cela. Mais le goût de l’empire, par nécessité, est transitoire ; nous devons nous demander ce qui arrive ensuite. La liste des empires défunts est à peu près aussi longue que la liste des devises défuntes. Tout passe, tout casse. Tous disparaissent, en d’autres termes — tous tombent en panne.
L’Empire romain lui-même dura près d’un millénaire, c’est vrai. Mais il n’y est parvenu qu’en se réinventant… en devenant de temps à autre un empire entièrement nouveau ou presque. Il avait des guerres civiles, des meurtres en série, des coups d’état, des rébellions, des insurrections, des révolutions. Le sang coulait souvent dans les rues de Rome — bien avant qu’elle ne soit mise à sac par des barbares.
Lorsqu’Octavien prit la relève de son illustre oncle Jules César en 43 av. J.C., par exemple, il fit exécuter 130 sénateurs. L’idée semble attirante à bon nombre de personnes aujourd’hui encore. Dans la Rome antique, c’était presque de rigueur. Octavien fit mettre à mort jusqu’à 3 000 citoyens éminents. Le vieux Cicéron, qui s’était autrefois moqué de lui, tenta de s’échapper en litière. Il fut rattrapé par un centurion le 7 décembre en 43 av. J.C. Il lisait "Médée", d’Euripide. Il posa le livre, dit-on, passa la tête par les rideaux, et déclara : "Tiens, vétéran, frappe si tu pense que cela est juste". Le centurion le décapita.
Mais en fin de compte, c’est l’empire lui-même qui perd la tête. Il pourrit, comme tout le reste, et meurt. Il meurt de manière tout à fait prévisible, devenant trop cher pour fonctionner… ou attirant trop de parasites, de pique-assiette et d’arnaqueurs. Les coûts grimpent, tandis que ce que vous obtenez pour votre argent diminue. L’empire s’affaiblit et s’effondre de l’intérieur… s’il n’est pas d’abord défait depuis l’extérieur.
Pour ce qui est des Etats-Unis, nous ne voyons pas d’ennemis externes suffisant à abattre notre empire. Mais en interne… Chaque année, la pourriture intérieure semble empirer. Rome a peut-être duré près d’un millier d’années, mais elle n’était pas affligée du triple fléau de la Réserve fédérale, du dollar et du Congrès. Entre les trois, le pays est déjà probablement ruiné. La mesure de notre endettement — 65,9 milliers de milliards de dollars — surpasse de loin toutes nos capacités de paiement. Elle se monte à plus de 200 000 $ pour chaque homme, femme et enfant dans le pays. Cela signifie une révolution, ou, plus probablement, l’inflation. La dette et le niveau de vie — tous deux s’effriteront simultanément tandis que des millions de ménages finiront sur la paille.
Bien entendu, nous pouvons également imaginer bien pire, parce qu’en général, les superpuissances ne rendent pas l’âme avec grâce.
Que ce soit gracieusement ou maladroitement — d’une manière où d’une autre, la tendance doit arriver à son terme. Vous voyez bien, cher lecteur, que tout est prévisible. Nous ne savons simplement pas quelle tournure cela prendra.
Meilleures salutations,
Bill Bonner
Pour la Chronique Agora
(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (350 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres "L’inéluctable faillite de l’économie américaine" et "L’Empire des Dettes"
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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