Mario Draghi et le mirage de la reprise mondiale

Rédigé le 14 juin 2018 par | Desinformation, Guerre Commerciale Imprimer

Les bulles financières ne résisteront pas longtemps à la normalisation monétaire qui commence.

Est-ce qu’on ne s’amuse pas comme des petits fous, depuis quelques jours ? Le G7… le sommet avec la Corée du Nord… le Canada et son fourbe Premier Ministre… les guerres commerciales…

Aucune génération précédente a-t-elle profité d’autant de distractions bas de gamme ?

Nous avons probablement atteint un sommet avec le commentaire de Peter Navarro, selon qui « l’enfer réserve un endroit tout spécialement pour les dirigeants étrangers qui se risqueraient à faire de la diplomatie de mauvaise foi avec Donald J. Trump ».

Une toute nouvelle dimension du pouvoir…

Voilà qui semble représenter une nouvelle extension du pouvoir exécutif. La Maison Blanche avait déjà pris sur elle de décider quand les Etats-Unis entraient en guerre, et avec qui.

Elle s’est également emparée du pouvoir de déterminer les termes du commerce avec d’autres pays… et même de déterminer le destin d’une seule entreprise étrangère, comme elle l’a fait avec la société chinoise ZTE.

A présent, elle a fait un pas sans précédent vers le pouvoir total et illimité. Jusqu’à présent, c’est Dieu qui décidait qui allait au paradis ou en enfer. Désormais, visiblement, c’est le président américain.

Plus tard, Navarro a même réussi à cafouiller en faisant ses excuses, déclarant que sa « mission était d’envoyer un signal fort ».

Ensuite, juste après ce charabia, au lieu d’admettre qu’il avait raconté n’importe quoi, il a déclaré que ses « mots n’étaient pas appropriés ».

Quoi ? Y aurait-il eu la moindre différence s’il s’était exprimé en mandarin ? C’était l’idée qui était crétine, pas le langage.

Tant de délicieux boucan… qui n’est que bruit et fureur… et ne signifie rien, bien entendu.

Mais qui est extrêmement distrayant.

Voter pour le changement des autres

Avec une telle cacophonie dans les oreilles, les investisseurs n’entendent pas sonner le glas et son avertissement… pas plus qu’ils ne sentent la marée se retirer sous leurs pieds.

En première page du Financial Times de lundi, par exemple, on trouvait le gros titre de rigueur pour détourner l’attention des masses :

« Les rebuffades de Trump lors du G7 laissent les alliés les plus proches [des Etats-Unis] dans la tourmente.

Le Financial Times est tout bonnement horrifié. Le journal est la voix de l’élite internationale du Deep State, les gens qui gèrent les banques et les grandes entreprises, qui travaillent pour les ministères des Finances ou siègent au département d’économie des plus grandes universités.

Ils savent que Navarro est un crétin. Ils savent aussi d’où provient leur salaire.

Ces gens envoient leurs enfants en école de commerce. Ils participent à des conférences sur le changement climatique ou l’égalité sur le lieu de travail. Ils parlent le langage des élites mondiales et craignent les barbares à leurs portes.

Ils ne voient pas le besoin de satisfaire un client… de fournir un véritable service à un acheteur qui le demande… ou de fabriquer un vrai produit. Ils pensent plutôt qu’ils peuvent construire un monde meilleur en disant quoi faire aux autres. Ils votent, bien entendu, pour « le changement » – c’est-à-dire qu’ils veulent que les autres changent.

Et voilà qu’arrive le Grand Barnum en personne, Donald J. Trump, et les voilà sans voix, au bord de l’apoplexie. Lui aussi insiste pour que les autres changent… mais pas les mêmes. Et pas de la même manière.

L’élite mondiale voit son confortable univers mis sens dessus-dessous. Tous leurs acronymes favoris – TAFTA, OMC, FMI… même l’UE elle-même – sont attaqués. Le G7 devient le G6, les Etats-Unis claquant la porte. Mais attendez… sans le malabar du groupe, cela devient le G0, comme l’a bien vite souligné la Team Donald.

La marée descendante couche tous les bateaux

Pendant ce temps, en page 12, le Financial Times propose une conférence sur la gestion d’investissements intitulée « Rééquilibrer le risque et le rendement durant la reprise mondiale ».

Nous conseillons aux lecteurs potentiellement intéressés de tourner la page sans attendre : ils verront pourquoi les gros titres ne sont que des distractions… et pourquoi la « reprise mondiale » – qu’elle soit annoncée par le Financial Times ou par Donald Trump – est un mirage.

Car là, en page 13, se trouve une photo de « Super Mario » Draghi, ancien de Goldman Sachs et désormais à la tête de la Banque centrale européenne. C’est bien entendu Draghi qui a prononcé la célèbre phrase annonçant qu’il ferait « tout ce qu’il faudra » pour sauver le système financier créé par les élites.

« La marée montante soulève tous les bateaux », dit une vieille expression.

Suite à la crise de 2008-2009, Draghi, Yellen et quasiment tous les banquiers centraux de la planète se sont mis au travail et ont inondé les marchés de cash et de crédit. Draghi a injecté environ 2 700 milliards de dollars au cours des 43 derniers mois. La Fed en est à 4 000 milliards de dollars.

Mais la marée a soulevé certains navires plus que d’autres. Les yachts appartenant aux banquiers, aux spéculateurs boursiers, aux gestionnaires de hedge funds et aux lecteurs du Financial Times d’une manière générale n’avaient jamais vu le niveau de l’eau si élevé.

En revanche, les vaisseaux commerciaux, les pétroliers, les chalutiers – les barges, les péniches et les lents remorqueurs de l’économie réelle – ont tout juste décollé du fond.

Le PIB US frôlait les 15 000 milliards de dollars en 2008. Il est désormais à 19 000 milliards de dollars – il a augmenté de près d’un tiers.

Les actions, en revanche, sont passées d’un plancher de moins de 8 000 points en 2008 à plus de 25 000 actuellement. Elles ont plus que triplé… c’est-à-dire qu’elles ont augmenté neuf fois plus rapidement que la croissance de l’économie réelle. [NDLR : Evitez les marchés boursiers surchauffés… et investissez plutôt dans des entreprises solides, fermement enracinées dans l’économie réelle et aux perspectives profitables. Tout est expliqué ici.]

Evolution de la capitalisation des 5 000 entreprises américaines rapportée au PIB des Etats-Unis

A présent, Mario Draghi, suivant l’exemple de la Fed de Jerome Powell, ferme les vannes. L’Union européenne veut revenir à « des conditions financières plus normales », annonce le Financial Times. Nous verrons ce que donne la réunion de la BCE aujourd’hui : d’autres nouvelles devraient arriver.

Tant l’élite du Deep State… que les initiés du nouveau Deep State du gouvernement Trump… pensent que l’économie est en plein boom.

Ils pensent que le cuir de la bulle est assez robuste pour résister aux épingles des politiques monétaires « normalisées », des guerres commerciales, des guerres ouvertes, des déficits à plusieurs milliers de milliards de dollars, des besoins croissants de populations vieillissantes en termes d’Etat-providence… et du carnaval de sottises qui se déroule désormais 24h/24, sept jours sur sept.

Pour l’instant, ils ont raison.

Mais lorsque les bulles éclateront, ils se rendront peut-être compte qu’un endroit leur est tout spécialement réservé en enfer, à eux aussi.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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