Le marigot a gagné

Rédigé le 23 octobre 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Le corps législatif américain est vermoulu. Les initiés du marigot de Washington ont pris le pouvoir et exploitent sans vergogne le système à leur profit.

L’automne s’est enfin imposé. Les feuilles jaunes et or tombent en voletant… le brouillard matinal se lève… et les soirées deviennent froides. A présent, un feu brûle dans la cheminée toute la journée.

Deux chênes ont dû être abattus. Ils étaient presque morts. Et un vieil araucaria menaçait de s’écrouler sur nos têtes.

Des arbres malades sont abattus chez Bill, dans le Poitou

Des arbres malades sont abattus chez Bill, dans le Poitou

« Lorsqu’ils vieillissent, les vers les envahissent », m’a expliqué l’homme, tronçonneuse en main.

« Ensuite, ils s’affaiblissent rapidement. Et le bois ne vaut plus rien. Il vaut mieux les abattre avant que les vers ne les aient totalement dévorés. »

Un Budget de 4 000 Mds$

Le temps est peut-être froid, mais les marchés, eux, sont en surchauffe.

L’Indice Dow dépasse les 23 000 points : un nouveau record. Et selon les articles parus dans la presse jeudi dernier, le marché de l’emploi n’a jamais été aussi « solide » depuis 1973.

Parallèlement, le Sénat vient d’approuver un budget de 4 000 Mds$. Selon le Washington Post :

« En acceptant une baisse d’impôt massive, les républicains du Sénat se sont considérablement éloignés, officiellement, de l’objectif promis, à savoir garantir que les mesures fiscales n’aggraveraient pas le déficit. La Maison Blanche et les républicains de la Chambre des Représentants avaient juré que les baisses d’impôts seraient compensées par de nouvelles recettes provenant de la suppression de certaines déductions, mais ce n’est plus l’objectif des conservateurs. Au contraire, ils ont abandonné l’ancien dogme du parti prônant la réduction des déficits, et sont en quête d’une victoire politique après des mois de frustration au Congrès.

Le Marigot a gagné, exactement comme nous l’avions prévu. Aucun parti n’a intérêt à l’assainir, désormais.

Les vers s’installent dans le corps législatif

Nous opérons un vaste mouvement de flanc, en nous efforçant de rassembler autant de « données » que possible pour obtenir une représentation plus complète et plus précise de ce qui se passe.

En particulier, nous tentons de comprendre pourquoi le gouvernement américain ne fonctionne pas comme il est censé le faire.

Le système américain, avec son « équilibre des pouvoirs » et son corps législatif à deux chambres, a été conçu pour un gouvernement réduit et limité. Le pays devait être une nation « fondée sur des lois, et non sur des hommes ».

Les lois doivent être simples. Et compréhensibles. Moïse n’en a eu que 10. Jésus, dans son Sermon sur la Montagne, les a réduites à deux seulement.

Aujourd’hui, aux Etats-Unis d’Amérique, nous en avons 10 000… voire plus. Qui peut rédiger et se rappeler autant de lois ? Pas le corps législatif.

Les membres du Congrès, représentant les intérêts de leurs électeurs, ne peuvent parvenir à un accord que sur des choses simples, qu’ils peuvent tous comprendre : à quel moment déclarer la guerre, par exemple.

Ou bien ils peuvent voter pour attribuer une pension à un héros de guerre, ou décréter une journée de deuil national si Kim Kardashian devait mourir subitement. Ou encore accepter d’élever le taux d’imposition de 10% à 11% pour gérer une situation d’urgence nationale.

Mais au fil du temps, le système devient plus complexe. Les vers s’y installent. Les lecteurs reconnaitront le phénomène décrit par l’anthropologue et historien Joseph Tainter, dans son livre intitulé L’Effondrement des Sociétés Complexes. A mesure que les sociétés évoluent, leur complexité s’accroît. La complexité consomme du temps, de l’argent et des ressources. Au bout du compte, les coûts de la complexité dépassent le rendement productif de la société. Elle s’effondre.

Progressivement, les initiés prennent de plus en plus le contrôle et créent des privilèges spéciaux et des émoluments qui leur sont destinés. Les représentants du peuple ne parviennent plus à suivre le rythme.

Les élus ne peuvent savoir quelles sont les arnaques enfouies à l’intérieur des 10 000 pages des lois sur l’Obamacare… ni quels cadeaux se nichent dans les 70 000 pages du code fiscal américain.

Le transfert du pouvoir vers les initiés

Traditionnellement, à mesure que le système dégénère, le corps législatif se réduit à un groupe d’espèces d’idiots fanfarons, tandis que le véritable pouvoir passe aux technocrates… aux initiés… aux lobbyistes… aux apparatchiks et à la nomenklatura du gouvernement.

Le corps législatif passe des lois de grande envergure, spectaculaires, extensibles, souvent sans les avoir lues. Les fonctionnaires du Deep State, qui savent où se trouve leur intérêt, s’occupent d’en rédiger les détails.

C’est ce qui vient tout juste de se produire. Le Sénat a voté un « budget ». Aucun membre du Sénat n’a idée de ce que le gouvernement va faire de ces 4 000 Mds$… ni même où il va trouver cet argent. Pas plus que la Maison Blanche. Les initiés vont s’en charger. Et leur objectif numéro un est de soigner leurs intérêts.

On peut voir comment cela fonctionne, également, pour les pouvoirs relatifs à la guerre (« War Powers »).

Seul le Congrès – et personne d’autre – est censé pouvoir déclarer la guerre. Au lieu de cela, il passe des lois générales, rassurantes – le Patriot Act, le War Powers Act (initialement destiné à limité la capacité du président à agir seul), et diverses AUMF (autorisations de de recourir à la force militaire) – puis laisse les compères de l’armée commettre librement leurs frasques et opérations d’ingérence.

Ni le public ni les membres du Congrès ne savent ce qu’ils mijotent. Sommes-nous avec Al-Qaïda contre DAESH… ou est-ce le contraire ? Qui sait ?

Lorsque les soldats des forces spéciales américaines sont tombés dans une embuscade au Niger, par exemple, il aurait été normal et sensé de réagir ainsi : « que faisions-nous au Niger ? » ou bien : « où est le Niger… est-ce le pays où vivent les Nigérians ? ».

Les Américains intelligents sont dégoûtés. Ils voient bien les contradictions, les illusions et le double-jeu. Ils éteignent la télévision, annulent leurs abonnements aux journaux, et jettent leur carte d’électeur… puis, sagement, consacrent leur attention à leurs jardins et à leurs petits-enfants.

Quant aux 98% de la population restante, elle est en transe. Hypnotisée. Exploitée. Comme du bois mort.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Le marigot a gagné”

  1. Bonjour,

    Le système US et, dans sa foulée, l’européen, tous deux ultra-libéraux sont fondés sur la nécessité d’organiser la corruption de tous contre tous.

    L’outil privilégié de ce pugilat s’appelle « lobby ». Groupe de pression au service d’intérêts particuliers et noyau initial de toutes les mafias.
    Dès lors, faut pas s’étonner qu’on en soit là, puisque c’est le projet fondateur.

    Désolé de paraitre simpliste, mais trop souvent le brouillard de la complexité n’est utile que pour s’y cacher.

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