« Soldats, hâtez-vous et tirez là »

Rédigé le 22 août 2018 par | Politique et vie quotidienne Imprimer

Le maréchal Ney était un combattant d’une époque où les officiers jouaient leur peau et n’étaient pas récompensés par des sinécures.

Nous sommes à Paris pour accompagner l’une de nos filles, qui retourne aux Etats-Unis. Elle a choisi la Closerie des Lilas pour dîner – un restaurant rendu célèbre par Hemingway.

Devant le restaurant, au croisement des boulevards Montparnasse et St. Michel, se trouve la statue du plus grand soldat qui ait jamais vécu, Michel Ney – érigée tout près de l’endroit où il a été exécuté.

Ney

La statue du maréchal Ney à Paris

Ney

Le socle de la statue

Pourquoi soudain tout tourne-t-il mal ?

C’est quand les choses vont mal qu’on ouvre les yeux. Le krach du marché boursier, en 1929, a poussé les gens à regarder Herbert Hoover d’un oeil neuf. Même ce grand ingénieur des mines n’a pas pu remettre l’économie US d’aplomb.

Donald Trump affirme qu’il a déjà, à lui tout seul, rendu sa grandeur à l’Amérique. Qu’est-ce que le prochain krach apportera pour le grand amuseur et sa réputation ? Nous verrons bien, supposons-nous.

Et Ney ? Tout a mal tourné… mais sa statue montre encore l’énergie pure d’un vrai soldat.

Lorsque nous lisons les exploits de Ney – bataille après bataille… de folles charges de cavalerie… sabre au clair et canon tonnant… blessé à maintes reprises lors de combats quasi-constants sur une période de 20 ans… dans les steppes arides de l’Eurasie… les montagnes d’Espagne… les déserts, les friches et les forteresses de Suisse, Italie, Allemagne, Pologne… et en France elle-même – nous retenons notre souffle… comme s’il était impossible qu’un seul homme en ait fait autant.

Quel genre d’homme était-ce ? Quelle viande mangeait-il ? Quel vin buvait-il ? Ney était quasi-surhumain… peut-être un demi-dieu de la guerre créé par Mars lui-même.

De rudes batailles sur les moquettes de l’état-major

A l’époque, les batailles étaient une question de vie ou de mort ; les officiers étaient souvent directement sur le front. Ney, à cheval, sabre tiré, fonçait directement sur les mousquets ennemis.

Les guerriers du Deep State actuel – comme les généraux David Petraeus et Keith Alexander – devraient mépriser leur virilité, en comparaison !

Ils ne sont jamais vraiment en danger. Ils n’ont jamais eu à se passer d’air climatisé ou de soda. Leurs plus rudes batailles ont été menées sur les moquettes du Pentagone.

Puis, après une longue carrière remplie de grands mots vides, la patrie reconnaissante a envoyé ces deux imposteurs profiter des riches récompenses de Wall Street.

Ce n’est pas le cas de Ney. Lors de ses missions, son confort ne passait pas avant tout. Et la patrie reconnaissante ne lui a pas accordé de sinécure : elle l’a fusillé.

Il est incroyable que Ney ait pu survivre aussi longtemps.

Il a été fait prisonnier à Neuwied. Il a dormi en plein air en Russie par des températures de -30°C. Il a été blessé à maintes reprises – chute de cheval… coup de sabre… coup de fusil… à la cuisse, au poignet, au cou… Tout cela aurait dû l’envoyer fumer les mauves par la racine. Rien qu’à la bataille de Waterloo, cinq chevaux furent abattus sous lui.

Il parvint même à sortir de Russie… commandant l’arrière-garde lors d’une campagne catastrophique où 90% des troupes succombèrent.

Selon la légende, il est le dernier soldat à avoir traversé indemne la Berezina, faisant feu de son mousquet tandis qu’il battait en retraite, avant que le pont ne soit pris par les Cosaques, qui massacrèrent ensuite jusqu’à 10 000 soldats français et suisses restés en arrière.

Un désastre complet

La Bérézina aurait dû être entièrement gelée à cette époque de l’année. C’est en tout cas ce sur quoi les Français comptaient… mais le dégel était passé par là. Impossible de traverser ; ils étaient pris au piège, et trois armées russes convergeaient vers eux.

Les hommes du Génie sautèrent immédiatement dans l’eau pour construire un pont. Mais on ne pouvait survivre que 30 minutes environ dans les flots glacés. La plupart d’entre eux moururent rapidement.

Ils parvinrent quand même à construire une passerelle qui permit à l’empereur et à une bonne partie de son armée de passer. Les Français perdirent toutefois jusqu’à 40 000 soldats et retardataires dans la bataille.

Aujourd’hui encore, « Bérézina » est synonyme de « désastre » en France.

La plupart des maréchaux de Napoléon, perspicaces, le trahirent par la suite.

Ils avaient ouvert les yeux et vu qu’il était temps de changer de camp.

Ce n’était pas le cas de Ney. Napoléon avait été expédié sur l’île d’Elbe, laissant les Français reconstruire leur nation sous un nouveau Louis. Mais le Corse s’échappa d’Elbe et fit son retour sur le sol français à la tête d’une nouvelle armée.

Aveuglé par la loyauté ou victime d’une simple erreur de calcul, Ney – qui avait juré obéissance au roi entre temps – rallia la cause de l’empereur et rejoignit la dernière campagne des « Cent jours ».

C’est bien entendu Michel Ney, le prince de Moscou, qui se trouvait en première ligne des magnifiques charges de cavalerie de Waterloo, agitant son sabre et poussant ses hommes face aux canons du duc de Wellington, qu’il réussit brièvement à capturer.

Hélas, le Prussien Blücher arrivait de l’est comme un marteau s’abattant sur l’enclume britannique : Napoléon réalisa que la situation était sans espoir et donna l’ordre de battre en retraite.

C’était la fin. Napoléon ne tarda pas à être capturé… et Ney aussi.

Jugé coupable

L’empereur fut envoyé à Ste Hélène, une île si lointaine et si inaccessible qu’on ne pouvait espérer s’en échapper, et Ney fut jugé pour trahison.

Déclaré coupable en 1815, la seule concession que le nouveau gouvernement accorda au plus grand héros de la France fut de lui laisser commander son propre peloton d’exécution.

Ce furent ses dernières paroles :

« Français, je proteste devant Dieu et la patrie contre le jugement qui me condamne. J’eusse mieux aimé mourir pour mon pays, mais c’est encore ici le champ d’honneur ; vive la France ! »

« Soldats, hâtez-vous et tirez là », ajouta-t-il en désignant son coeur.

Les soldats, dont certains étaient en larmes, appuyèrent sur la détente comme on le leur avait ordonné.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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2 commentaires pour “« Soldats, hâtez-vous et tirez là »”

  1. Précisions:
    « …avant que le pont ne soit pris par les Cosaques, qui massacrèrent ensuite jusqu’à 10 000 soldats français et suisses restés en arrière. »

    Rien que pour les Helvètes, une estimation à plus de 7’000 pertes, 400 survivants, seul ce dernier chiffre étant certain. [selon les ouvrages de 5’000 à… 10’000 morts suisses] Le chiffre global du retour dans l’Empire français fut de 5 %.

    A fin 1811, il manquait 5’153 hommes. L’empereur se plaignait de la qualité des recrues: on envoyait des jeunes gens de 17 et même de 16 ans, et beaucoup d’étrangers, alors même que Napoléon ne voulait voir que des «Suisses authentiques» sous l’uniforme rouge. Sa colère éclatait quand il découvrait de la «contrefaçon». Il menaça même de s’en prendre directement à la Confédération: «J’ai écrasé les Russes, je viendrai à bout de la Suisse. Un beau jour, à minuit, je signerai la réunion de votre pays à la France,» dira-t-il à la députation helvétique venue le féliciter de la naissance du roi de Rome.

    La menace de la conscription, l’annexion brutale du Valais et l’occupation du Tessin par des troupes françaises firent comprendre aux gouvernements cantonaux qu’il fallait obéir, s’ils voulaient sauver l’indépendance du pays. Les primes d’engagement furent augmentées. On enrôla de forces de mauvais sujets, «condamnés pour tapage nocturne, rixes dans les auberges ou mendiants» et des fils de famille pauvres poussés par la misère et le désir de venir en aide à leurs parents. En mars 1812, l’Empereur consentit à abaisser le chiffre de chaque régiment à trois bataillons de mille hommes, ce qui donnait un total de 12’000 hommes au lieu de 16’000. Mais le chiffre ne sera jamais atteint.

    Au total, 32’000 officiers et soldats ont servi dans les quatre régiments suisses de Napoléon, dont 8’200 enrôlés au début de 1812 dans les troupes françaises. Leurs familles ont attendu en vain de leurs nouvelles durant des années. Et pour cause. Après avoir essayé de brûler ces montagnes de cadavres, les Russes les ont enfouis dans des fosses communes et dépouillés de leurs derniers effets.

    De source lituanienne, il devrait y avoir encore 25’000 à 40’000 corps enfouis dans les charniers de Vilnius et environs. Les os n’ont pas de passeport et il faudrait une étude d’ADN pour identifier les cadavres et les comparer aux traces de leurs descendants. Une aiguille dans une botte de foin.

    Remarque: Le Maréchal Ney, on peut le dire, n’a pas eu le nez pour sa fin de carrière. 😉

  2. Selon certains, Ney serait mort aux Etats Unis :

    « Peter Stuart Ney est, en outre, un cavalier émérite, connaissant particulièrement bien les chevaux. Quant au maniement du sabre, celui-ci n’a plus de secret pour lui, comme un professeur d’escrime en fera amèrement l’expérience. Ce dernier, venu enseigner son art aux élèves de Ney, propose à leur enseignant un combat amical dont il sort vaincu. Humilié, mais rempli d’admiration pour son valeureux adversaire, le maître d’armes déclare aux élèves : « Vous avez là un maître, vous n’avez pas besoin de moi ». La réputation d’escrimeur de Peter Stuart Ney s’étant répandue, un officier vient lui présenter son sabre dont il est particulièrement fier. A la vue de l’arme blanche, Peter Ney s’en saisit tout en disant à l’officier : « Jadis, j’avais une lame de Damas tellement souple qu’on pouvait la plier en deux ! » Mais comme il veut joindre le geste à la parole, la lame se brise, au grand dam de son propriétaire.

    En l’année 1822, Peter Stuart Ney gagne la Caroline du Nord, où un autre poste de professeur lui est offert dans le petit bourg de Mocksville. Désormais fidèle à cet Etat, il y finira ses jours. Son existence sera néanmoins ponctuée par plusieurs mystérieux voyages dont les destinations demeurent inconnues. Non moins énigmatiques sont les nombreuses lettres reçues et aussitôt dissimulées par Peter Ney. Son comportement intrigue au plus haut point, incitant à l’indiscrétion. Aussi, de temps à autre, quelques curieux viennent à l’interroger sur ses origines, questions auxquelles il répond non sans malice (« L’obscurité est ma gloire », « Je ne suis pas inscrit sur le registre commun des hommes »), laissant ainsi ses interlocuteurs dans la même perplexité que celle où ils étaient auparavant. »

    http://www.napoleonicsociety.com/french/neycazottes.htm

    Hypothèse à prendre avec des pincettes, bien sûr…

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