Pour les marchés boursiers et l’investissement, la « réalité » est subjective

Rédigé le 26 novembre 2015 par | Article, Bill Bonner, Indices, marches actions, strategies, Krach boursier imminent, Krach boursier imminent 2017, Krach boursier imminent 2018 Imprimer

▪ Aïe aïe aïe !

"Les Français… les catholiques… les musulmans… Il vous reste encore un auditoire ?" nous demande un lecteur inquiet.

Il semble que nous offensons notre lectorat à droite et à gauche. Quant au centre, il n’arrive pas à trancher. Sommes-nous une canaille ? Ou un idiot ? Nous n’en sommes nous-même pas certain.

Mais nous rappelons aux lecteurs — et à nous-même par la même occasion — que la Chronique Agora est une lettre commerciale. Ce n’est pas un passe-temps. Ce n’est pas un projet destiné à flatter notre ego. Elle est censée rapporter de l’argent. Comment ? En explorant et en confrontant — de manière rigoureuse, sérieuse et sans tourner autour du pot — des idées contrariennes, impopulaires, alternatives.

Bien entendu, il ne sert à rien de faire de la provocation gratuite. D’un autre côté, il est tout aussi improductif de vous dire ce que vous pouvez entendre partout ailleurs. Il n’y a pas grand’chose à apprendre des sottises apaisantes et flatteuses des principaux partis politiques, par exemple :

"Oui, nous sommes le meilleur pays sur terre. Tout ce que nous faisons est bien. Nos marchés ne font que grimper, parce que notre économie va de mieux en mieux, grâce aux sages conseils de notre banque centrale et des autorités économiques. Notre nation devient aussi de plus en plus forte sous l’oeil vigilant de nos gouvernants. Et nos enfants sont tous au-dessus de la moyenne".

Nous ne sommes pas assez rusé pour être politicien. Nous dirions à coup sûr ce qu’il ne faut pas

Nous ne sommes pas assez rusé pour être politicien. Nous dirions à coup sûr ce qu’il ne faut pas. Nous ne sommes pas non plus assez intelligent pour éviter d’irriter nos lecteurs. Par ailleurs, en écrivant au quotidien, nous manquons de temps. Alors, pour le meilleur ou pour le pire, nous continuons d’avancer. Parfois nous avons raison. Parfois nous avons tort. Toujours nous doutons.

▪ Objectivité, subjectivité… et irréalité
Bien entendu, certaines choses sont vraies, quoi qu’on en dise. La réalité objective, pourrait-on dire. Laissez une canette de bière ouverte sur la table, elle va s’éventer. Peu importe ce que vous ou quiconque d’autre pourrait en penser. C’est juste comme ça. Descendez du trottoir au moment M et un bus de ville vous écrasera. Inutile d’en discuter.

D’autres choses, en revanche, existent uniquement parce qu’on le pense. Il y a des choses — qu’on pourrait appeler "réalité subjective" — comme le gouvernement, la guerre et la religion. Dieu pourrait être une "réalité objective" — mais nos perceptions sur le sujet sont subjectives. Et les religions organisées sont des produits de nos perceptions — de nos propres cerveaux et imaginations — tentant de comprendre la réalité de Dieu.

Et puis il y a une autre sorte de réalité — qu’on pourrait définir comme une "irréalité subjective " — qui est encore plus difficile à cerner. Dans le monde de l’investissement, par exemple, il y a des choses que la grande majorité des gens croient et attendent de voir se produire — mais qui, précisément parce que les gens les prévoient, n’arrivent presque jamais. C’est la nature perverse des marchés. Les valeurs sont à leur sommet lorsque les investisseurs sont le plus optimistes — juste avant le krach. Elles sont au plus bas lorsque les gens ont abandonné tout espoir — juste avant le rebond.

Les marchés ne font pas ce qu’on attend d’eux. La réalité ne correspond pas à ce que nous pensons ou ce que nous voulons. Lorsque la majorité s’attend à une issue particulière — un marché baissier, par exemple –, elle n’aura pas lieu. Parce que les investisseurs vendront leurs actions (ils l’ont probablement déjà fait), compromettant ainsi les conditions qui rendent possible un marché baissier. Ou, si les prêteurs s’attendent à une augmentation des défauts de paiement, ils vont rechigner à prêter et vendront de la dette, évitant ainsi une crise de la dette.

Dans le monde de l’investissement, seules les idées alternatives et contrariennes rapportent

Dans le monde de l’investissement, seules les idées alternatives et contrariennes rapportent. Les idées grand public, le bon sens conventionnel, les sottises apaisantes que "tout le monde sait" et que "tout le monde veut entendre" sont des propositions perdantes. Parce qu’elles sont déjà prises en compte dans les cours. Tout le monde est déjà convaincu. A moins que tout le monde en ait sous-estimé le potentiel — ce qui est possible, mais peu probable –, il ne reste guère de marge à la hausse.

On n’a un krach majeur que lorsque les investisseurs sont assez optimistes pour faire grimper les prix. Et on ne peut avoir de grand marché haussier que lorsqu’ils sont si moroses qu’ils ont vendu leurs actions jusqu’à provoquer des planchers record.

Les gros profits proviennent de grosses surprises. L’opinion qui semble "tirée par les cheveux"… l’analyse qui arrive à la conclusion opposée de la plupart des autres — ce sont là les thèmes d’investissement qui rapportent de l’argent !

Faisons-nous fausse route en envisageant le reste du monde — pas seulement les marchés mais l’économie, la politique, et la guerre aussi — du même oeil méfiant ?

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

12 commentaires pour “Pour les marchés boursiers et l’investissement, la « réalité » est subjective”

  1. Cher Monsieur Bonner , je tiens à dire que quoique n’ayant pas un sou de coté à investir , j’adore lire votre chronique pour son mordant et sa poésie . Je crois pouvoir dire que vous etes mon idole et mon maitre penseur pour ce siècle . Non je n’éxagère pas… Je vous remercie infiniment de ne pas vous etre dédit pour les propos sur le réservoir de terroristes . Bien sur je partage l opinion que la plupart des musulmans français condamnent fermement les attentats , mais une vérité est une vérité et elle le reste meme quand elle est déplaisante , j’avais deja adoré votre article sur les français , tenez bon vous etes un precieux oxygene pour beaucoup de nos compatriotes .

  2. Ne vous inquiétez pas la masse silencieuse est toujours là à vous lire. Il faut faire fi des esprits manichéens. Ne changez rien. Merci.

  3. Oui, ne changez rien! Merci, merci beaucoup pour votre commentaires, pour moi votre voix c’est la voix d’un monde future..

  4. Vous ne faite pas partie de la « Pensée Unique », c’est extra non?

  5. Continuez à parler librement c’est précieux. Même si je ne suis pas toujours d’accord (rarement) j’estime que vos point de vues sont toujours éclairants pour une meilleure compréhension du monde . Il serait bien dommage pour eux que des lecteurs « susceptibles », se privent de points de vue « contrarien » sous prétexte d’offense à leur tribu ou leurs croyances, convictions ou valeurs. Juger radicalement et censurer des pensées ou des idées dans lesquelles on peut parfois tous s’égarer, n’est pas faire preuve de beaucoup d’ouverture d’esprit ni de tolérance. L’intégrisme dans la tête est très nuisible pour l’action et, si il mène à l’action, même portée par les plus hautes et belles valeurs « universelles » peut nous conduire à l’enfer, qui est souvent pavé de « bonnes intentions » (voir le dernier Woody Allen).
    Soyons simples humains et compassionnel , et agissons dans ce que nous croyons être bon pour nous même et les nôtres et aussi si possible dans la mesure de nos moyens pour les autres, et laissons au placard nos prétentions et egos parfois « stéroidés « .
    Merci de vos chroniques !
    Bien cordialement

    Bref restons tous simples et humains et compassionnels, surtout remettons nos egos à leur pace.

  6. Merci pour tout ce que vous écrivez Bill.
    C’est déjà beaucoup de vous justifier auprès de lecteurs qui :
    1 . font semblant de ne pas comprendre .
    2 . ne comprennent vraiment rien.

    Restez tel que vous êtes et vous conserverez au minimum un lecteur ….

  7. Merci de faire profiter vos lecteurs de votre intelligence; merci d’avoir le courage d’exprimer des pensees si honnetes, et si politiquement incorrectes dans un contexte qui vire au fascisme.
    Je suis de confession musulmane; j’ai ete bien ennuyee de lire les critiques a vous adressees par un coreligionnaire qui ne vous avait pas compris. Vos analyses politiques sont excellentes. Vous appellez a l’intelligence et l’esprit critique des lecteurs, vous les incitez a se poser des questions, voir au-dela de la manipulation, de la propagande et du matraquage mediatique. C’est la plus grande forme de respect que l’on puisse temoigner a son lectorat.
    Tres chaleureuses salutations.

  8. Je me dois de vous encourager face à la vague explicable du réflexe social du politiquement correct. En ce moment la masse dirigée ne peut entendre la réalité dispendieuse mais peu efficace de la guerre. Nous sommes dans la fuite en avant du constat d’échec de la décision précédente conduisant inéluctablement à une décision pire et futurement qualifiée de source d’échec.
    Cependant un des grands principes du monde est l’effet balancier, que l’on retrouve aussi dans les fluctuations des cours autour d’une réalité.
    Nous savons donc déjà qu’il y aura un retour de balancier vers la réalité. J’ose avancer que la grande inflexion s’observera à travers un basculement monétaire dont l’étincelle me reste indéfinissable.
    Je ne pense pas être en phase politique avec vous mais j’apprécie bien de vos points de vue réalistes et dans le contexte de maintenant, courageux.
    Si vous pouvez continuer, aidez nous à continuer l’exploration de la réalité du monde.

  9. P.s.: N’oubliez pas la fable de Lafontaine « le chène et le roseau » ou le roseau plie mais ne romp pas. Car votre bébé la chronique agora est maintenant très grand et très fort.
    Quand au lecteur investisseur qui paye, qu’il soit heureux de lire la route à la lumière des phares dans l’une des pires purée de plus qu’il ai était donné. Les pensées subversive lui permettrons de donner le coup de volant salutaire.

  10. Vos chroniques sont toujours très bien rédigées et très agréables à lire. L’argumentation est toujours sensée, quel que soit votre point de vue.

    Par exemple, dans cette article vous dites que : « Dans le monde de l’investissement, seules les idées alternatives et contrariennes rapportent »

    C’est vrai. C’est pour cette raison que Warren Buffet dit qu’il faut s’intéresser aux actions quand plus personne ne s’y intéresse, par exemple, juste après un mini krach :

    https://www.en-bourse.fr/pour-quelles-raisons-vous-devez-profiter-des-mini-krachs-boursiers/

  11. *censée, pardon. Je suis allé trop vite

  12. Merci Bill,
    pour nous faire partager le goût de la comédie humaine (le ranch ou le mariage) appréciée avec sympathie et votre lucidité féroce avec les financiers qui croient diriger le monde sans tenir compte de l’immense foule de ceux qui cherchent un job normalement rémunéré ; votre prudence sur la gestion du patrimoine nous fait réfléchir et nous éclaire
    Jacques

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