Chasse à l’immobilier en Irlande

Rédigé le 2 février 2018 par | Bill Bonner, Indices, marches actions, strategies Imprimer

La météo des marchés est aussi imprévisible que celle de l’Irlande. Mais une certitude subsiste : après le beau temps vient la pluie.

« Le marché haussier des actions est-il enfin terminé ? » demande un gros titre de Bloomberg.

Nous ne connaissons pas la réponse à cette question. Personne ne connaît l’avenir.

Tout de même, les gens achètent des parapluies même quand il ne pleut pas.

Et si nous étions vous – pour parvenir à une conclusion désormais familière –, nous nous assurerions d’en avoir un sous la main.

Mais nous allons momentanément suspendre notre couverture de la météo financière pour vous dire ce que nous mijotons en Irlande.

Les périls de la chasse immobilière

Hier, nous avons commencé la journée dans le blizzard. Les flocons étaient si gros et si lourds qu’il y avait quasiment de quoi assommer un homme.

Nous étions partis jeter un oeil à une maison de campagne négligée, et la voiture avançait sur une étroite route de campagne tandis que la neige tombait en abondance.

« Tu es du mauvais côté de la route ». Elizabeth ne nous accusait pas de mal conduire, elle craignait simplement pour sa vie.

C’était la deuxième fois en moins d’une heure qu’elle devait nous le rappeler.

« Reste à gauche. »

Un camion nous arrivait dessus. Pendant une fraction de seconde, nous nous sommes demandé pourquoi il ne retournait pas dans sa voie.

Heureusement, Elizabeth nous a remis les idées en place.

Nous avons passé ces derniers jours à chercher une maison. Nous allons être en Irlande, par intermittences, durant les cinq prochaines années. Autant nous installer un minimum… trouver un endroit que nous apprécions… et en profiter.

Pour l’instant, nous avons envisagé :

  1. Une vaste propriété désorganisée, sans intégrité architecturale (les propriétaires ont collé deux maisons ensemble ; incapables de décider dans laquelle vivre, ils ont désormais deux cuisines séparées)…
  2. Une ferme sur une colline battue par les vents et donnant sur la mer Celtique, mais entourée de voisins…
  3. Une ferme de l’époque géorgienne qui n’était en fait pas à vendre…
  4. Un petit bijou dans un magnifique parc nécessitant deux jardiniers à plein temps…
  5. Une maison vieille de 100 ans transformée en bed & breakfast… pleine de coins et de recoins… froide… avec d’énormes granges, étables et autres bâtiments secondaires pour lesquels nous n’imaginions aucune utilité…

Et enfin 6) un petit presbytère à l’abandon au bout d’une route minuscule, caché par les arbres… sans chauffage, sans eau chaude, sans aménagements, sans lumière, sans même un endroit où garer sa voiture sans qu’elle s’enlise immédiatement.

« Nous le prenons », avons-nous immédiatement dit. [NDLR : Comment évaluer au plus juste ? Notre Rapport Spécial vous dévoile les propres méthodes du fisc pour estimer vos biens et vous révèle comment les retourner à votre avantage. Que vous soyez soumis à l’IFI, que vous ayez à sortir d’une indivision ou que vous prépariez une donation, découvrez ici ce document indispensable.]

Où l’on traverse le plancher

La propriété n’a pas bougé depuis 50 ans. Des statues de la Sainte Vierge sont encore dans leurs niches. Des tapis élimés sont sur le sol, et des couvertures mitées sur les lits de métal.

Des certificats de baptême sont suspendus au-dessus des lits des enfants. Des verres et des assiettes sont rangés dans les placards.

C’était comme si la famille était partie en week-end, pour ensuite ne plus jamais revenir.

« Que s’est-il passé ? » avons-nous demandé au gardien, Declan, un homme dégingandé d’une soixantaine d’années, au long visage souriant.

« Oh… Attention ! »

Elizabeth venait de poser le pied sur le plancher de l’une des chambres. Son talon s’était enfoncé dans le bois tendre.

« Des vers… enfin, ce sont des mouches, en fait. Elles s’enfoncent dans le bois. On ne peut pas les voir. Et puis le bois se transforme en poussière.

Si ça ne tenait qu’à moi, j’arracherais tous les planchers, sans quoi on risquerait en permanence de passer par le plafond de la pièce au-dessous ».

Declan souriait largement ; l’idée de nous voir disparaître à travers le plancher semblait le remplir d’aise.

Adossé à un arbre une balle dans la tête

« Oh, quant à ce qui s’est passé. Il y avait quatre filles. La maison leur est restée quand les parents sont morts. Trois d’entre elles se sont mariées et ont déménagé… y compris en Amérique. »

Il parlait avec un lourd accent de Cork, toujours souriant, prononçant soigneusement chaque syllabe du mot « Amérique ».

« La dernière fille ne s’est pas mariée. Elle était censée épouser le monsieur d’à côté, qui était plus âgé… Il avait une grande maison et beaucoup d’argent.

Mais il est parti se promener avec son chien. Quand son chien est revenu sans lui, nous avons su que quelque chose n’allait pas. Nous l’avons retrouvé adossé à un arbre. Il s’était tiré une balle dans la tête.

C’était probablement la meilleure chose à faire à ce stade. Je connaissais la femme.

Je me serais enfui, à sa place : ça aurait été une honte, mais parfois, c’est le mieux qu’on puisse faire.

En plus, vous savez, le temps est tellement affreux, ici… Je me serais installé en Floride. Il ne pleut pas, en Floride, si ? »

Nous avons voulu rétablir la vérité.

« Si, il pleut en Floride. Et on y trouve aussi des mégères mal lunées. »

La vérité ou le rêve

Mais il le savait déjà. Ce n’était pas la vérité qui intéressait Declan.

Pendant quatre décennies, il avait rêvé de la Floride ensoleillée… loin de la pluie, de la neige, de la boue et du froid de l’Irlande.

Peut-être s’apercevra-t-il un jour qu’il pleut aussi en Floride. Ou peut-être pas.

Par ailleurs, la désinformation sur le temps qu’il fait à 4 500 km de là ne fait pas de mal.

Les fantasmes sur la météo à domicile, en revanche, peuvent être mortels.

C’est ainsi que nous en revenons à notre sujet.

Le fait indiscutable, cher lecteur, est qu’il y a des marchés haussiers et des marchés baissiers ; et à moins que les autorités n’aient trouvé le moyen d’empêcher les marchés de fonctionner (ce qui est peu probable), à un moment ou à un autre – peut-être maintenant… peut-être plus tard – les actions vont baisser.

Elles perdront probablement entre la moitié et les trois quarts de leur valeur. Il pourrait leur falloir 10 à 20 ans pour se remettre – si elles se remettent un jour.

Oui : parfois, il pleut.

Nous ne vous le disons pas de gaité de coeur, cher lecteur ; mais il nous semblait important que vous soyez au courant.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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