Maman a perdu l'esprit

Rédigé le 1 janvier 1970 par | Epargne Imprimer

** La semaine dernière, l’or a chuté à un plancher de deux mois.

* Nous ne savons pas qui remercier — des manipulateurs calculateurs ou des spéculateurs en pleine panique. Mais nous avons deux pressentiments. Pour commencer, le prix de l’or chutera probablement sous les 600 $ avant que cette correction ne prenne fin. Et deuxièmement, que quiconque vend maintenant se sentira génial la semaine prochaine — et complètement idiot l’année prochaine.

* Il ne s’agissait pas uniquement de l’or. Les investisseurs se sont débarrassés d’investissements qu’ils considéraient trop spéculatifs en faveur d’autres investissements censés être plus sûrs. Une "fuite loin du risque" mondiale est en train de se produire.

* Le problème, avec ce genre de "fuite", c’est qu’elle se dirige souvent vers le mauvais aéroport. Tandis que les marchés émergents, les matières premières et l’or sont vendus, le Dow se stabilise, et le dollar et les bons du Trésor US grimpent. C’est un peu comme des promeneurs fuyant les pentes du Vésuve. Entendant les grondements, ils se ruent dans un avion, font le tour du monde, et posent leur nappe sur le côté du Mont St. Helens. Ah, enfin de retour ! Là où on n’entend jamais un mot décourageant, et où les cieux ne sont pas couverts tous les jours.

* Pour l’instant, la "fuite loin du risque" semble être pleine de spéculateurs ; elle les emporte des marchés "risqués" — comme la Bourse de Bombay — vers la place new-yorkaise, qui a modestement grimpé.

** La Fed a resserré jusqu’à un taux directeur de 5%. Pendant ce temps, le robinet à liquidités du Japon a commencé à hoqueter et avoir des ratés. Puis le chef de la Fed s’est levé et a déclaré à haute voix qu’il s’inquiétait au sujet de l’inflation. La course s’est accélérée la semaine dernière : les banques centrales asiatiques — de la Corée à l’Inde — ont annoncé des mesures de resserrement. Même les Européens ont déclaré qu’ils commençaient à s’armer pour lutter contre l’inflation. La BCE a augmenté son taux d’un quart de point, à 2,75%.

* Confrontés à cette soudaine attaque de sobriété, les spéculateurs ont évidemment pris la fuite. Ils ont tiqué. Leurs genoux ont tremblé. Ils ont eu les paumes moites. Que pouvait-on attendre d’autre ? Ils ont pris place à bord de la "fuite loin du risque" — tournant le dos aux investissements exotiques, étrangers et mystérieux avec lesquels ils ne faisaient que flirter, et sont revenus entre les bras du bon vieux dollar. Ils sont retournés dans les jupes de leur mère.

* Hélas, la vieille n’est plus ce qu’elle était. Trop de folles soirées. Trop de liquidités jusqu’aux petites heures du jour. Trop d’écrans de fumée et de miroirs aux alouettes. Les années et les abus ont fait leur effet. Dans la sombre nuit de la panique, les spéculateurs ne s’aperçoivent peut-être pas des profondes rides de la dette sur son visage, du maquillage bon marché avec lequel elle couvre ses déficits, ni des gaines et rembourrages cachés qui améliorent sa posture avachie… et trompent ses admirateurs. Attendez qu’ils puissent la regarder de plus près !

* Les spéculateurs — des gens dont l’inconstance est célèbre — sont tout à fait capables de changer d’avis, même au milieu de leur fuite. Pour l’instant, ils voient du risque dans l’or, et de la sécurité dans le papier. Leur vision va s’améliorer : telle est notre profession de foi, à la Chronique Agora. C’est ce qui nous fait continuer.

* Et lorsque leur vision ira mieux, les spéculateurs verront les choses comme leurs ancêtres avant eux. Ils en viendront à voir le dollar comme un morceau de papier risqué et l’or comme une réserve de richesse sûre. Ils en viendront à voir ce que les gouvernements du reste du monde savent déjà. Nous avons appris la semaine dernière que les Russes ont fait passer jusqu’à la moitié des réserves de change de leur banque centrale en euros et en livres sterling.

* Le fait que les spéculateurs fuient malgré tout loin de l’or, plutôt que vers lui, nous prouve que le marché haussier sur le métal jaune a tout juste commencé. Lorsqu’il fera vraiment rage, les spéculateurs s’enfuiront loin du dollar — et non vers lui — et verront chaque nouvelle goutte de liquidités comme une preuve supplémentaire du fait que maman a perdu l’esprit.

 

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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