Une victoire fiscale… mais pour qui ?

Rédigé le 21 décembre 2017 par | Bill Bonner, Deep State, Richesse Imprimer

Tant que le gouvernement ne réduit pas ses dépenses, les économies d’impôts sont illusoires et ce sont toujours les mêmes qui payent.

Après une année de défaites et de désordres, on dirait que les républicains ont enfin conquis une victoire législative aux Etats-Unis.

Les marchés boursiers ont fêté ça lundi avec un nouveau sommet record pour le Dow Jones.

« Achetez la rumeur, vendez la nouvelle », disent les vétérans des marchés.

Selon la rumeur, la Loi sur la fiscalité allait mettre le feu aux entreprises américaines… et l’économie toute entière ne tarderait pas à se réchauffer.

Quant à la nouvelle, elle est en train d’arriver : en fait, le bois est probablement mouillé.

Le gouverneur du Tennessee, Bill Haslam, a félicité son propre parti avec ces mots : « il est facile de rester dehors et de jeter des bombes. Il est bien plus difficile d’accomplir des choses lorsqu’on est au gouvernement dans un pays très divisé ».

Aujourd’hui, nous nous rangeons du côté jeteurs de bombes, comme toujours. Ce n’est pas que nous n’aimons pas la Loi sur la fiscalité — au contraire, elle nous permettra d’économiser des millions.

Comme nous l’a écrit l’un de nos gentils lecteurs : « votre entreprise n’est qu’un ramassis de crétins finis. Si vous n’aimez pas la Loi sur la fiscalité, renvoyez au gouvernement les 14% d’économie d’impôts que vous recevrez en tant que société ».

Notre gratitude s’accompagne de curiosité. Si nous payons 14% de moins, qui paiera 14% de plus ?

Commençons notre bombardement avec le gouverneur Haslam, sous la forme d’une nuance enveloppée dans une circonstance atténuante : il est particulièrement difficile de mettre en place un changement important, quel qu’il soit, quand on essaie désespérément d’éviter de le faire.

Ce sont toujours les mêmes qui payent

Un autre de nos lecteurs nous a choqué.

Il écrivait que selon lui, M. Trump est « le meilleur président de tous les temps ».

Peut-être qu’il plaisantait. Ou peut-être qu’il le comparait seulement à Lincoln, Teddy Roosevelt et Wilson.

Tout de même, nous en avons eu le souffle coupé. M. Trump est de loin l’un des présidents les plus pittoresques et les plus controversés.

Il a raison sur un certain nombre de choses : la plupart des membres du Congrès américain sont des idiots. La plupart des lois et réglementations devraient être abolies sur-le-champ. La plupart des guerres américaines sont des propositions perdantes.

Plus important, il a raison sur ce point : le système est truqué en défaveur de M. Tout-le-Monde. Les politiciens exploitent l’électeur moyen pour faire avancer leur carrière… et enrichir leurs compères.

Le gouvernement est contrôlé par les initiés. Trump, de son côté, pouvait suivre les règles du jeu… ou se prendre un coup de batte.

Les initiés profitent d’un système qui crée de la fausse monnaie… de fausses guerres… et du système fiscal. Une réelle réforme est hors de question. La dernière chose qu’ils veulent, c’est un changement en profondeur.

L’argent ne sera pas rapatrié

La Loi sur la fiscalité ne fait pas exception.

Sans réduction des dépenses, il faudra tout de même quelqu’un pour payer les coûts de fonctionnement du gouvernement. Ce ne sera pas les initiés.

Lesdits coûts augmentent rapidement. Ils étaient de 4 000 Mds$ cette année et devraient atteindre environ 4 500 Mds$ en 2018.

Plus tôt dans la semaine, le Wall Street Journal révélait que le plan permettrait aux entreprises américaines de rapatrier l’argent gagné dans le reste du monde.

Environ 250 Mds$ de ce butin devraient apparaître l’an prochain. Cet argent ira dans les poches des actionnaires, bien entendu, ce qui ne nous pose pas de problème.

Mais on dit qu’il stimulera aussi l’économie, et aidera le citoyen moyen aussi bien que les plus riches.

Il se trouve que nous avons une connaissance directe de la question.

Notre société fait affaire un peu partout dans le monde, et engrange des profits hors Etats-Unis aussi.

L’entreprise va-t-elle rapatrier l’argent, maintenant que le taux d’imposition est plus bas ? Et si oui, que va-t-elle en faire ?

En ce qui concerne la première question, « je ne sais pas » est la bonne réponse. Tout dépend des endroits où l’argent est nécessaire, et où nous pensons pouvoir en faire le meilleur usage. [NDLR : Propriétaire immobilier, voici comment vous pourriez économiser 41 000 € en 48 heures. La fiscalité personnelle, comme celle des entreprises, se complique tous les jours. Notre Rapport Spécial vous explique comment gérer et transmettre votre patrimoine immobilier, quel est le meilleur régime fiscal, et que faire (ou ne pas faire) avec une société civile immobilière. Pour le recevoir, cliquez ici.]

D’une manière générale, nous jugeons que le sol est plus fertile en dehors des Etats-Unis. Nous sommes d’avis que d’autres entreprises américaines partagent notre opinion.

En ce qui concerne la deuxième question, il n’y a guère de doute. Avec des taux d’intérêt aussi bas, ce n’est pas par manque de capital que les entreprises US n’investissent pas plus dans leur mère-patrie.

Ce n’est pas parce qu’elles ont accès à plus d’argent qu’elles vont soudain vouloir construire de nouvelles usines et embaucher de nouveaux salariés.

Au contraire : la possibilité de rapatrier des revenus en étant moins imposé pourrait les encourager à investir plus à l’étranger.

Les bénéficiaires les plus probables seront l’une de ces catégories bien connues : les riches actionnaires américains qui paieront moins d’impôts sur les profits de leurs entreprises aux Etats-Unis et dans le reste du monde… et les travailleurs étrangers de la classe moyenne employés par des entreprises américaines.

Quant au contribuable américain moyen… il sera jeté par-dessus bord, pour la plus grande joie de la faune du marigot de Washington.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

2 commentaires pour “Une victoire fiscale… mais pour qui ?”

  1.  » Notre gratitude s’accompagne de curiosité. Si nous payons 14% de moins, qui paiera 14% de plus ?  »

    Personne, c’est un accord gagnant-gagnant, cf la courbe de Laffer.

     » Lesdits coûts augmentent rapidement. Ils étaient de 4 000 Mds$ cette année et devraient atteindre environ 4 500 Mds$ en 2018. »

    Le budget 2018 soumit par le président en attente d’être voté prévoie 4100 Mds (en baisse par rapport à 2017) :
    https://en.wikipedia.org/wiki/2018_United_States_federal_budget

  2. Bonjour,

    « Avec des taux d’intérêt aussi bas, ce n’est pas par manque de capital que les entreprises US n’investissent pas plus dans leur mère-patrie. »

    Simple bon sens de l’observation.

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