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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Vendredi 9 juin 2006
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*** Logiques calamiteuses et printemps meurtrier
Fondamentaux positifs, BCE rassurante, situation géopolitique en bonne voie : mais pourquoi les marchés baissent-ils ?
*** Une paire d’échasses pour Ben Bernanke
Mais même ainsi, il n’arrive pas à la cheville de Paul Volcker…
*** Une plus grande dépression
Il suffirait de si peu de choses pour basculer…
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Bonjour,
*** LOGIQUES CALAMITEUSES ET PRINTEMPS MEURTRIER
** Nous n’avions pas rédigé noir sur blanc le scénario heure par heure de la correction/panique boursière qui s’est matérialisée hier… Mais nous l’avions par avance décrite dans ses grandes lignes, et avec un luxe de précisions sur les seuils techniques à ne pas enfoncer, tout au long des chroniques rédigées ou enregistrées sur notre ligne Audiotel, au 0899 707 009*, depuis lundi 5 juin — jour de la Pentecôte où les indices se sont effectivement engagés sur la mauvaise… pente !
Nous avons commis une petite imprécision dans le timing en situant le grand tournant baissier ce mercredi 7 juin. Il n’est survenu que le 8… mais ce ne fut que reculer pour mieux sauter dans le vide, puisque le CAC 40 a dévissé de 2,91%, dans un volume de 8,12 milliards d’euros (9,65 milliards sur l’ensemble des valeurs du SRD, tandis que 95% des valeurs du SBF 250 terminaient dans le rouge).
La purge est planétaire. Tokyo avait donné le coup d’envoi hier matin avec un plongeon de 3,08%, Paris, Francfort et Amsterdam suivent de près avec -2,9%. Londres a chuté de 2,4%, et cela ne va guère mieux de l’autre côté de l’Atlantique, puisque le Nasdaq dévissait hier à mi-séance de 2,4%… tutoyant les seuil des 2 100 points ; nous l’attendons tout prochainement entre 2 030 et 2 050 points. Le Nasdaq 100 cumule désormais une perte annuelle de 4%, et le "composite" accuse un repli de 6,5% relativement comparable à celui de l’indice Nikkei, qui s’effondre de 9%.
A l’exception de Madrid, toutes les places européennes affichent maintenant un score négatif (de -1% à -3%) et Paris limite la casse avec -0,66% depuis le 1er janvier.
Tous les gains annuels accumulés en quatre mois et dix jours ont donc été effacés en une vingtaine de séances seulement. Tout est allé très vite — trop vite ? — puisque la correction du CAC 40 atteint -12% par rapport au zénith du 11 mai… et -5,5% depuis lundi.
Le plus inquiétant, c’est la cassure brutale du plancher des 4 800 points alors que le gap des 4 906 points n’a pu être comblé. Le CAC 40 en a ensuite ouvert un second sous 4 770 points, pour une réouverture à 4 706 points. Une timide contre-attaque des amateurs de bargain hunting (chasse aux bonnes affaires) a été sévèrement repoussée en milieu d’après-midi, et Paris clôturait sous les 4 685 points, un score qui n’avait plus été approché depuis le 20 décembre 2005.
Pour ne rien arranger, toutes les places européennes se sont donné rendez-vous à 17h30 au plus bas du jour, du mois et de l’année. La fin de séance a été de nouveau marquée par le déclenchement de programmes de liquidation automatisée des positions dès l’enfoncement des planchers de la matinée (qui se situaient à -2,5% en moyenne).
** La journée d’hier s’est achevée sur un mélange d’effroi et de perplexité. En effet, au-delà de la lourdeur des scores, les opérateurs peuvent s’interroger sur les causes "tangibles" de ce vent de panique qui avait commencé à souffler dès le matin sur les places asiatiques, à Tokyo en particulier.
Cette journée constitue un véritable paradoxe car il n’y avait que des motifs de satisfaction dans l’actualité géopolitique du jour : Abou Moussab al Zarqaoui, chef d’Al-Qaïda en Irak, a été éliminé hier matin, et l’Iran accepte d’étudier les propositions occidentales sur son programme nucléaire…
Les nouvelles étaient également aussi rassurantes que possible sur le front macroéconomique. La BCE, qui a relevé comme prévu son taux directeur de 25 points, à 2,75%, se montrait moins intraitable que prévu au sujet de l’inflation — même si son rythme avoisine 2,2% et excède de 10% l’objectif fixé par les critères de Maastricht.
Jean-Claude Trichet a peut-être tenu compte du climat de nervosité actuel des marchés et s’est attaché à calmer les esprits. Le terme "vigilance", à propos de l’inflation, a été remplacé par "surveillance" (étroite, naturellement) de l’évolution des prix — ce qui présage d’un répit en matière de hausse des taux jusqu’au 31 août prochain, sauf été catastrophique en termes de dérive des pressions inflationnistes liées à une flambée du pétrole.
Pas de mauvaise surprise non plus avec les statistiques américaines — recul de 35 000 du nombre des demandeurs d’emplois fin mai/début juin… Nette détente sur les marchés de matières premières — le baril de pétrole rechute sous 69,5 $, contre 73,5 $ lundi, après l’annonce de l’élimination d’Al Zarqaoui.
Mais d’où provient donc l’accès de déprime des détenteurs de valeurs mobilières ? Le métal précieux, principal baromètre d’une défiance des investisseurs face au dollar, à l’excès de dette américain et aux incertitudes géopolitiques, a plongé de 2,5% à 609 $/once ; il accuse ainsi 110 $ de baisse en un mois, soit environ -15%.
Enfin, le dollar reprenait 1,4% face à l’euro (à 1,2625) après le communiqué "apaisant" de la BCE, ce qui conférait aux investisseurs américains un surcroît de pouvoir d’achat inversement proportionnel pour se positionner sur les "valeurs euro".
** Mais le CAC 40 ne progressait-il pas depuis six mois en contradiction avec la hausse de l’or et du pétrole, malgré la rechute du dollar sous les 1,18 (et jusque vers 1,28/euro), puis la tension des taux longs (5,1% aux USA, 4% en Europe) ?
Il ne faut donc pas s’étonner qu’une conjonction de facteurs fondamentaux aussi favorables ait débouché sur une séance boursière calamiteuse. Aussi calamiteuse que la logique tordue qui préside à l’évolution des bourses mondiales depuis 1998 ?
Alors nous n’avons pas encore tout vu… Le meilleur reste sans doute à venir, et le printemps s’annonce meurtrier. Nous vous en dirons plus dès que le CAC 40 flirtera avec les 4 550 points et l’Euro Stoxx avec les 3 300 points. Autrement dit, vous n’allez pas devoir patienter bien longtemps !
Philippe Béchade,
Paris
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)
—————————– (publ.)
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** UNE PAIRE D’ECHASSES POUR BEN BERNANKE
** Cette semaine, le Brésil a chuté de 3,5% en une journée. Le Mexique était en baisse de 2%. Idem — ou presque — pour le Japon. Et moins 5,3% pour la Chine.
* Même le Dow a chuté — sous les 11 000 points.
* Sur les marchés des matières premières, l’évolution était mitigée. Mais l’argent a déjà baissé de 20%. Le cuivre aussi. Et l’or, mercredi, se vendait environ 100 $ de moins que son sommet, atteint il y a quelques semaines de cela.
* C’est "une vague de ventes mondiale", déclare le International Herald Tribune, déclenchée par "une disparition de la liquidité".
* Et voilà que les journaux blâment le pauvre Ben Bernanke. Le petit nouveau à la tête de la Fed a fait savoir que l’inflation n’est "pas bienvenue". Ce terme est décrit partout comme étant "un langage de dur" ; en ce qui nous concerne, cela nous semble plutôt courtois. C’est aussi un énorme mensonge, bien entendu. Ce qui ne serait vraiment "pas bienvenu", c’est l’absence d’inflation, le manque d’augmentations dans les prix à la consommation, le durcissement soudain d’un dollar habituellement flexible. Les Japonais ont vécu une situation similaire ces dix dernières années — et Ben Bernanke observait le tout. Les chefs de la Fed préfèreraient se crever les yeux plutôt que de devoir assister à la même chose aux Etats-Unis. Parce qu’ils savent, comme tout un chacun, que les Japonais pouvaient se le permettre ; pas les Américains. Ils sont trop profondément endettés. Ils ont besoin de l’inflation. Cela permet de faire en sorte que le liquide continue d’affluer pour payer les intérêts tout en allégeant le fardeau de la dette, petit à petit, au fil du temps.
* Non, il n’y a pas vraiment de danger de voir Ben Bernanke se transformer soudain en Paul Volcker. Même monté sur des échasses, il n’en a pas la stature. Et il arrive 30 ans trop tard. Volcker pouvait fermer les robinets monétaires à la fin des années 70, parce que les Etats-Unis avaient encore une économie saine, à l’époque. Ils pouvaient se permettre une petite période de sécheresse. Trois décennies plus tard, son successeur, cueilli sous les tours de l’université de Princeton tel un rameau de lierre, fanera rapidement.
* Voilà pourquoi "la vague de ventes mondiale" risque d’avoir des résultats bien différents pour les obligations et le dollar d’un côté — et les matières premières, certains marchés émergents et l’or de l’autre. [NDLR : Elle pourrait aussi avoir des résultats bien différents pour certains investisseurs, selon qu'ils savent ou non comment jouer le marché actuel... Mais ne désespérez pas : nous avons trouvé une solution pour vous, cher lecteur. Restez à l'écoute...]
* Comme l’a déclaré Jim Rogers dans le journal Barron’s, "[Ben Bernanke] est un amateur n’ayant aucune connaissance des marchés, dont les travaux universitaires traitaient de la manière dont les pays pouvaient éviter les dépressions en imprimant plus d’argent".
* Mettez le grand homme sous pression, et ses échasses disparaîtront du jour au lendemain. Plutôt que d’imiter le géant à la parole claire, Volcker, il va se courber et marmonner. Oui, cher lecteur, Alan "Bulles" Greenspan sera de retour — mais, malheureusement, sans l’ancienne magie. Parce qu’à présent, toute les liquidités que le maestro a injectées dans les marchés mondiaux sont en train de fuir vers les prix à la consommation (c’est pourquoi les banquiers centraux sont si pressés d’éponger le tout).
** En tout cas, le marché haussier des matières premières sera probablement bien plus conséquent que le précédent, affirme Jim Rogers :
* "Ajoutez à [la consommation américaine] 1,3 milliards de Chinois et 1,1 milliards d’Indiens — tous exclus de l’économie mondiale au cours du dernier boom des matières premières — se joignant à la lutte mondiale pour les ressources naturelles. Dans ces conditions, il serait fou de nier que la concurrence pour les matières premières continuera à augmenter, conséquence logique de la course en avant désordonnée de la Chine, qui passe du statut d’économie paysanne à celui de géant économique".
* Nous avons le sentiment que la Chine, ne regardant pas où elle va, fonce droit dans le mur. Mais nous ne nions pas l’argument principal de Jim : il y a bien plus de gens cherchant à acquérir du cuivre, du coton et de l’or qu’il n’y en avait lorsque Paul Volcker menait la Fed. Et nous sommes également d’accord pour dire que bon nombre de ces gens ne sont pas particulièrement pressés de protéger le dollar.
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Les marchés décrochent…
… COMMENT REAGIR AUX NOUVELLES CONDITIONS BOURSIERES ?
Une forme d’investissement vous permettra de réagir rapidement et profitablement– en vous positionnant sur les meilleures tendances où qu’elles se trouvent !
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*** La Chronique Agora présente ***
"Le problème, avec la dette, c’est qu’elle augmente artificiellement le niveau de vie. Mais lorsqu’on la rembourse — surtout avec des intérêts — elle réduit le niveau de vie… de manière tout à fait réelle", affirmait hier Doug Casey. Et si l’on ajoute à cette constatation implacable les facteurs décrits ci-dessous, on en arrive à une situation bien morose…
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UNE PLUS GRANDE DEPRESSION, 2ème PARTIE
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Par Doug Casey (*)
En combinant l’environnement économique actuel avec la Guerre contre la Terreur, qui se transforme rapidement en Guerre contre l’Islam, qui pourrait facilement dégénérer en Troisième guerre mondiale, on se trouve face à "une tempête parfaite". Les probabilités d’un conflit majeur sont très élevées, et elles ne sont pas prises en compte correctement. Si Bush se lance dans une guerre contre l’Iran, ou si un autre incident du type du 11 septembre se produit — ou même si la tendance des cinq dernières années s’accélère simplement — les Etats-Unis seront aussi verrouillés que leurs nombreux pénitenciers flambant neufs. Et tout cela sera accompagné — et démultiplié — par l’hystérie de masse qui s’emparera de la population.
A ce moment-là, votre portefeuille d’investissement sera sans doute le moindre de vos soucis. Les gens oublient que, dans tous les pays et à toutes les époques, on trouve un nombre standard de sociopathes et d’égarés. En temps ordinaire, ils semblent normaux. Mais lorsque le moment est favorable, ils se montrent sous leur vrai jour — et rien ne leur plaît tant que de travailler pour le gouvernement, à des postes où ils peuvent se faire mousser et se mêler des affaires des autres.
Vous vous demandez peut-être si une nouvelle Grande dépression est vraiment inéluctable. Sera-t-elle grave ? A quel point ? Y a-t-il un autre côté à mes arguments ? Peut-elle être évitée ?
Je suppose qu’elle n’est pas complètement inévitable. Peut-être que d’aimables extra-terrestres atterriront sur le toit de la Maison-Blanche et offriront au gouvernement américain une technologie magique permettant de réparer tous les dommages qu’il a causés. Mais nous vivons dans un monde de cause à effet, où les actions ont des conséquences. Et les autorités aggraveront radicalement ces conséquence en essayant de "faire quelque chose" au lieu de reconnaître qu’elles en sont la cause et de se retirer. Je ne vois aucune porte de sortie.
Cette nouvelle Grande dépression sera-t-elle grave ? En termes historiques, la dernière récession a été relativement courte et bénigne. La plus longue jamais enregistrée s’est produite au Moyen-Age. Les habitants de l’ex-URSS et de la Chine maoïste ont vécu une dépression qui a duré des décennies. Je ne prédis pas que ce sera aussi grave, ne serait-ce que parce que les Etats-Unis ont des traditions et des institutions bien plus saines, et des capitaux considérables. Mais il est difficile de surestimer la gravité potentielle de la situation. Je plaisante parfois en affirmant qu’elle sera probablement pire même que je l’imagine.
Et pour en revenir à la question de savoir si elle est vraiment inévitable, c’est une question de degrés. La récession de la fin des années 70/début des années 80 a vu un marché boursier lamentable, une inflation à 15% avec les taux d’intérêt assortis, un chômage US à 10% et une quasi-guerre avec l’URSS. Cependant, les Etats-Unis ont tenu bon… et ont enchaîné avec un rebond extraordinaire. J’aurais malgré tout tendance à penser que les 20 dernières années ensoleillées seront bientôt considérées comme un été indien économique avant un hiver rude.
La suite dès lundi…
Meilleures salutations,
Doug Casey,
Pour la Chronique Agora
(*) Voilà 25 ans que Doug Casey, rédacteur de la lettre International Speculator, cherche — et trouve — d’incroyables opportunités d’investissement dans le monde entier. M. Casey est l’auteur des best-sellers Crisis Investing et Crisis Investing for the rest of the 90’. C’est également l’un des correspondants les plus fidèles du Daily Reckoning, l’équivalent américain de la Chronique Agora.
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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