Les profits d’abord, l’ego ensuite

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La Chronique Agora
Paris, France
Vendredi 16 mars 2007
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*** Quand Greenspan rime avec pyromane !
L’incendie continue de faire rage sur les marchés

*** Les profits d’abord, l’ego ensuite
Le Credo du Trader selon Kevin Kerr : in-dis-pen-sable dans les conditions actuelles !

*** Giboulées de mars
Bill Bonner trouve le spectacle de plus en plus intéressant

*** Alphas, betas, fripouilles et chenapans (2)
Bill Bonner épingle aujourd’hui les gestionnaires de fonds de couverture et les prêteurs « subprime »

—————————– (publ.)

Dans les temps d’incertitude boursière…
mieux vaut revenir aux sources !

Un principe d’investissement aussi simple que profitable vous aurait permis de doubler votre mise en six mois

Pour savoir comment, continuez votre lecture…

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Bonjour,

*** QUAND GREENSPAN RIME AVEC PYROMANE !

** Les pompiers de Wall Street n’ont pas fait le voyage pour rien mercredi soir ! Comme les déclarations apaisantes des sherpas de Wall Street ne suffisaient pas à endiguer un début de panique boursière mercredi soir, les "mains fortes" sont venues contenir les velléités de fuite vers la sortie des investisseurs aux mains fragiles.

Comme souvent en cas d’incendie, il vaut mieux fermer toutes les portes et demeurer sagement à l’abri dans la pièce la plus fraîche en attendant les secours, plutôt que de tenter de traverser le brasier en courant — avec le double risque d’une asphyxie ou d’un retour de flamme comparable à une explosion.

Très concrètement, mercredi midi (heure locale), il était devenu évident que la chute des places asiatiques puis européennes risquait de contaminer dangereusement les indices américains. Ces derniers ne tardèrent pas à flirter avec des supports graphiques aussi décisifs que 12 000 points sur le Dow Jones, 1 380 sur le S&P 500 ou 2 340 points sur le Nasdaq Composite.

La cassure en cascade de ces seuils facilement identifiables déclencha effectivement une avalanche d’ordres de type stop vente. Rapidement, plus de 95% des valeurs phare du S&P ou du Dow Jones qui se retrouvèrent (en moins d’une heure) en territoire négatif : les baissiers crurent alors qu’ils s’en allaient au devant d’une victoire facile sur les bulls, d’autant que leurs rangs grossissaient à vue d’oeil au fil des minutes.

Mais il fallait une fois encore se méfier des consensus devenus trop univoques : quand tous les opérateurs jouent simultanément le même scénario, c’est qu’il n’y généralement plus beaucoup d’argent à prendre. Les premiers qui jugent prudent de prendre leurs bénéfices, quel que soit le sens du marché, ne tardent pas à entraîner dans leur sillage tous ceux qui ne voudraient pas qu’une bonne inspiration initiale se solde par une perte.

Pour ceux qui ont joué les pompiers de service mercredi soir, la partie devient chaque jour un peu plus difficile. Les liquidités, très abondantes en début d’année, ont commencé à se tarir le 27 février dernier, et ils vont devoir se limiter à quelques interventions ciblées.

En bons professionnels, les traders les plus solides (nerveusement et financièrement) savent que pour rester efficaces, ils doivent agir rapidement et concentrer massivement le tir vers la base des flammes. Cela permet d’éteindre localement une partie du brasier et favoriser l’évacuation des personnes en danger… mais il n’est plus question de déverser des hectolitres de neige carbonique sur l’ensemble du bâtiment dès lors que les réserves contenues dans les camions s’épuisent.

Le seuil des 12 000 points sur le Dow a ainsi pu être préservé ; nous ne doutons pas que de nombreux opérateurs — qui ont pris la mesure de volatilité de la situation créée par la crise des prêteurs subprime — ont profité de l’occasion qui leur était offerte pour sortir du marché en limitant la casse.

S’agissant de venir à bout de la totalité d’un incendie qui couvait depuis trop longtemps et n’attendait qu’un appel d’air pour bondir d’étages en étages, c’est une toute autre histoire… mais tant que les lances d’incendies sont en action, le public considère qu’il subsiste un espoir de sauver l’immeuble et de s’en tirer avec des sols inondés et quelques traînées noirâtres sur la façade.

** Ceci dit, les efforts des pompiers risquent de s’avérer totalement vains si Alan Greenspan vient déverser de l’huile sur le feu en déclarant devant la Futures Industry Association que la crise des "crédits exotiques" (dont il a supervisé et même favorisé l’expansion en abreuvant le système financier de liquidités gratuites) menace de contaminer d’autres secteurs de l’économie.

Selon le Maestro, le principal danger ne semble pas résider dans les conséquences mécaniquement limitées de la faillite de quelques opérateurs qui ont pris trop de risques, car ils ne représentent qu’un pourcentage limité du secteur du crédit hypothécaire. Il ajoute néanmoins qu’"il convient de ne pas sous-estimer ce problème".

Non, le danger qu’il pointe du doigt se situe au niveau de la décrue des prix de l’immobilier, ce qui pourrait mettre en difficulté le vaste contingent des derniers acheteurs. Ces derniers ont réalisé des acquisitions au sommet de la bulle ; ils seront mis en grande difficulté si les taux variables continuaient de se tendre — ceci concerne environ un quart des encours globaux… mais 80% des crédits exotiques souscrit ces 18 derniers mois !

Et nous supposons qu’ils vont effectivement se tendre, non pas parce que la Fed menace de relever davantage son taux directeur, mais bien parce que la prise de conscience du risque systémique va amener les prêteurs à exiger une "prime" plus importante, le dépôt de solides garanties financières (résultant de la vente d’un autre bien) puis le paiement immédiat des intérêts en retard — alors que les défauts de remboursement se multiplient à une vitesse exponentielle.

Dans ce cas, les vrais ennuis ne font certainement que commencer. Alan Greenspan, qui joue depuis une quinzaine de jours les pompiers pyromanes, sait exactement quoi faire pour activer le brasier : il vient à nouveau de brosser en creux le scénario d’une récession économique découlant très précisément du dégonflement de la bulle immobilière.

** Le ralentissement qu’il envisage ne se matérialiserait-il pas déjà dans les chiffres publiés ce jeudi ? L’indice d’activité industriel de la Fed de New York (surnommé Empire State) s’est effondré, passant d’un niveau de 24,4 au seuil plancher de 1,9 au lieu des 19 attendus au mois de mars. L’indice d’activité de la Fed de Philadelphie s’est également contracté comme une peau de chagrin pour afficher un score de 0,2 contre 3,5 anticipé.

Comme dans le même temps l’indice des prix à la production aux Etats-Unis a fait un bond inattendu à +1,3% (contre +0,6% anticipé) au mois de février, les investisseurs pourraient légitimement s’alarmer de ce que les USA sont victimes de la plus mauvaise combinaison possible : un net ralentissement de l’activité sur la côte Est, sur fond de hausse des prix liée au rebond de 3,5% des coûts énergétiques le mois dernier.

Compte tenu de ce qui précède, le CAC 40 ne s’en tirerait pas si mal cette semaine s’il limitait son repli à 2,5%, et le Dow Jones accomplirait un petit miracle en ne cédant que 1% d’un vendredi sur l’autre ! Mais ce vendredi 16 mars est bien particulier : il s’agit de la fameuse "Journée des trois sorcières", qui va clôturer le 1er trimestre 2007 pour les gestionnaires et les traders qui font un usage quotidien des marchés dérivés.

La proximité immédiate de cet événement très technique — mais également très stratégique — pourrait expliquer le comportement particulièrement favorable des indices boursiers (la multiplication des OPA en Europe, sur Altadis mais également anticipée sur Atos ou Casino, ayant fait office de bonus), qui ont totalement négligé les mauvaises statistiques du jour et la rechute du dollar sous les 1,3250/euro.

Nous saluons le courage des pompiers de Wall Street… mais nous redoutons que l’autonomie de leurs extincteurs ne dépasse pas les 48 heures !

Philippe Béchade,
Paris

PS : Pour éviter que le brasier ne gagne votre portefeuille, retrouvez Philippe Béchade au 0899 707 009* dès 15h45 : avec une analyse approfondie de la séance en cours, un suivi de nos position et la recommandation du jour, vous aurez tout les atouts pour garder la tête… froide !
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

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Kevin Kerr vous donne les dernières nouvelles de Wall Street

*** LES PROFITS D’ABORD, L’EGO ENSUITE

** Etant donné l’extrême volatilité qui agite les marchés financiers planétaires en ce moment, j’ai pensé qu’il serait utile de vous livrer quelques remarques et réflexions sur le trading… et les moyens d’en profiter quelles que soient les circonstances.

- Dans le trading, les plus grands obstacles sont la négativité et le doute. En tant que trader, vous vous poserez parfois des questions sur vos compétences, votre capacité à prendre des décisions, et ainsi de suite. Cela est particulièrement vrai lorsque les pertes s’accumulent, et que vous passez de "héros" à "zéro". Il est important de mettre la situation — et votre ego ! — en perspective. Ne vous flagellez pas quand vous enregistrez des pertes, et ne vous félicitez pas à chaque fois que vous engrangez un gain.

- Je suis sincèrement persuadé que les bons traders surmontent les obstacles psychologiques (et ils sont nombreux) qui empêchent les gens de réussir. Pour y parvenir vous-même, il est important de comprendre les bases de la psychologie, et ce qui a aidé les meilleurs traders à réussir.

- On peut trouver quelques éléments de réponse dans les écrits de Jack Schwager, auteur du célèbre livre Les secrets des grands traders. Schwager parle de l’investissement dans les futures, mais ses théories n’en sont pas moins vraies pour les investisseurs individuels. Il écrit :

- "D’après notre expérience, les investisseurs sont bel et biens leur propres ennemis. L’instinct naturel de bon nombre d’entre eux les mène à faire précisément ce qu’il ne faut pas au mauvais moment — avec une persévérance surprenante ! Au cœur de bon nombre des erreurs d’un investisseur typique, on trouve sa tendance à s’attacher à un investissement juste après que ce dernier ait fait une belle performance, ou à le liquider juste après qu’il ait enregistré une baisse. Le problème, c’est que beaucoup d’investisseurs attendent que [le gestionnaire de fonds] auquel ils s’intéressent fasse ses preuves avant de prendre le train en marche. Et pour ajouter à cette erreur, ils quittent le navire au premier coup de vent, même si leur portefeuille n’a pas encore atteint le seuil de sécurité fixé à l’origine".

- Plus de 17 années passées à observer et travailler avec des investisseurs m’ont mené à voir toute la sagesse contenue dans les idées de Jack Schwager. Il est important de vous préparer psychologiquement avant de faire du trading sur des marchés agités ou spéculatifs. Ca peut sembler un peu bizarre, mais prêter serment est une bonne idée.

- En fait, il y a quelques années de cela, j’ai emprunté quelques passages du Credo de l’Investisseur, j’y ai ajouté mes propres idées, et cela a donné le Credo de Kerr :

** "Le risque et la volatilité sont le prix à payer pour les profits et les opportunités. Je ne veux pas perdre mon investissement, mais le capital que j’ai investi est du capital-risque dont je n’ai pas besoin pour vivre, et mon style de vie ne serait pas affecté si je devais le perdre. J’aurai des attentes réalistes. Même les meilleurs traders sont humains, et ne sont pas à leur avantage quand ils perdent. Je ne m’attends pas à avoir uniquement des trades gagnants, et je suis conscient que les transactions perdantes font partie intégrante de ma performance — au même titre que les gagnantes".

** "Je réalise que les émotions d’un investisseur peuvent être son plus grand ennemi durant les périodes de tension. Je ne me laisserai pas être la victime de mes émotions comme tant d’autres investisseurs. Je refuse de faire partie du troupeau !"

** "Je penserai avec ma tête et non avec mon cœur ! Je me tiendrai au plan d’investissement que j’ai élaboré lorsque j’ai commencé les opérations. Je serai patient, je réfléchirai à long terme, et je resterai ferme ! Je ne suis pas un investisseur uniquement quand la situation est au beau fixe".

- La différence très nette entre les traders professionnels et les autres, c’est la discipline et la constance. Les traders qui réussissent développent ces deux qualités… ou ils échouent. Ils savent toujours exactement pourquoi ils établissent une position dans un marché donné. Ils savent également quoi attendre de chaque transaction — et, plus important, comment ils réagiront si le trade ne se déroule pas comme prévu. De plus, ils appliquent la même méthodologie à toutes leurs transactions.

- De toute évidence, il n’y a pas qu’une seule manière de développer votre discipline et votre constance. L’expérience est probablement le meilleur professeur… mais c’est aussi le plus cher, je suis bien placé pour le savoir ! Permettez-moi d’essayer de vous épargner quelques coups du sort en vous confiant les deux principes les plus essentiels d’un trading réussi :

1) Sachez pourquoi vous vous positionnez.
2) Sachez quand vous sortirez, pour le meilleur ou pour le pire.

- Le meilleur moyen de savoir pourquoi vous vous positionnez sur une valeur plutôt que sur une autre est d’étudier les marchés sur lesquels vous investissez. Intéressez-vous à eux. Sinon, le trading devient une corvée. Personnellement, par exemple, je ne fais pas de trading dans l’obligataire. Pourquoi ? Non pas parce que ces marchés ne présentent pas de potentiel, mais parce qu’ils ne me passionnent pas vraiment. D’autres personnes se fichent complètement de jouer sur le cours du sucre ; moi, par contre, ça me fascine. Voilà la clé : soyez passionné par le marché que vous choisissez de suivre, mais ne laissez pas vos émotions obscurcir votre jugement.

- Et maintenant… bonne chance !

[NDLR : Revigoré par ces remarques simples... mais trop souvent oubliées par une bonne partie des investisseurs ? Intéressé par la perspective de faire du trading en suivant exactement ces principes pleins de bon sens ? Alors suivez le guide... des gains à trois chiffres sont peut-être à la clé !]

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** GIBOULEES DE MARS

** Les giboulées de mars ont à nouveau arrosé les marchés mondiaux cette semaine.

* En séance, le Dow est descendu sous les 12 000 points avant de se remettre ; le CAC 40 a lui aussi été malmené.

* Les investisseurs sont "nerveux", déclare le Financial Times, au sujet de la crise du subprime aux Etats-Unis. Les bourses européennes et asiatiques ont enregistré leurs deuxièmes plus grosses pertes de l’année mercredi.

* Une chose en tout cas est claire — la volatilité est de retour. La longue période de paresse, d’assurance et de complaisance qui nous a ennuyés pendant si longtemps semble terminée. Bon débarras.

* Nous sommes des économistes littéraires et des voyeurs boursiers, à la Chronique Agora. Nous aimons l’action… des choses à regarder… des gens dont se moquer. Il y a par exemple un restaurant new-yorkais se vantant de servir une "pizza de luxe" comportant (entre autres) de la crème fraîche, 225 grammes de caviar et 100 grammes de homard. Le prix de cette extravagance comestible ? 1 000 $. Nous ne sommes sûr de rien, mais voilà qui nous semble un peu trop cher… et un peu trop tard.

* Nous apprécions une bonne comédie autant qu’une bonne tragédie… une histoire comportant des rebondissements et des drames… quelque chose qui fasse palpiter notre cœur, avec des personnages obtenant ce qu’ils méritent. Et il semble bien que nous assistons à un tel spectacle — enfin !

* Depuis des mois… non, des années… nous observons… nous attendons… nous espérons. "Quelque chose doit céder", disions-nous sans arrêt. "Lorsque la fin arrivera…", avertissions-nous sombrement. "Cela ne peut pas durer éternellement", avons-nous écrit tant de fois que nous commencions à nous demander si c’était vrai.

* Eh bien, la fin est peut-être encore loin — mais au moins, quelques personnes de plus la voient venir. Ces gens ont vu les prix grimper et chuter sévèrement. Il ne faut guère d’imagination pour les voir chuter encore plus sévèrement.

* Ce qui signifie que le prix de l’assurance est en hausse.

** "Les banques confrontées à une hausse du coût de la protection contre les défauts de paiement", déclare le Financial Times. Les credit default swaps sont en augmentation. Idem pour la protection accessible à l’investisseur moyen. Cette semaine, l’indice VIX, qui mesure la volatilité, a atteint son plus haut niveau depuis juin dernier.

* Ce qu’il y a de gratifiant, avec de tels événements, c’est qu’ils présentent de véritables héros et escrocs… des gens que les dieux récompensent de leur vertu ou punissent pour leurs vices. Prenez New Century Financial, par exemple. L’entreprise vacille, au bord de la faillite, et nous regrettons de ne pouvoir lui administrer une petite poussée. Mais jeudi, la banque Barclays est arrivée pour se charger de ce que nous ne pouvions faire. La banque britannique a exigé 900 millions de dollars — tout de suite.

* Mais nous vous inquiétez pas pour Barclays : "toutes nos positions exposées aux prêts subprime US sont pleinement garanties", a-t-elle déclaré à la presse. "Nous n’envisageons aucune perte matérielle due à l’exposition au secteur".

* Nous ne sommes pas au courant des détails. Mais nous pouvons également parfaitement imaginer que la Barclays est mal informée. Toutes les dettes subprime étaient pleinement garanties. Ce n’était pas le problème ; le problème, c’est que les nantissements en question sont frauduleux.

* Enhardis par la hausse de l’immobilier, aidés et encouragés par les organismes de prêt et les agents immobiliers, poussés par des procédures de prêt simplifiées — ni les nantissements subprime, ni la dette subprime titrisée, ni les emprunteurs subprime ne valent ce qu’ils disaient valoir. Maintenant que les prix de l’immobilier chutent dans de nombreuses parties des Etats-Unis, il pourrait se révéler impossible de se débarrasser des maisons saisies pour un prix approchant ne serait-ce que de loin ce qu’attendaient les prêteurs — en particulier si les problèmes du subprime s’étendent au reste du marché des prêts.

** "La confiance que l’on accordait au discernement et à la raison sera écartée", a déclaré l’économiste octogénaire Henry Kaufman mardi soir à New York. Nous avons trouvé intéressante son utilisation du futur, en référence à la tendance croissante à remplacer la sagesse et l’expérience, sur les marchés financiers, par des calculs pointus. S’il y a un demi-point de rendement à gagner en échangeant des yens contre des ringgits… puis en achetant des obligations de marchés émergents… on ferait ensuite jouer l’effet de levier avec des zlotys… en se couvrant avec des euros… même si les vieux trognons trouvent cela trop risqué ou trop compliqué, les mathématiciens sont incapables de résister.

* En ce qui nous concerne, nous les économistes littéraires vieux jeu, nous ne faisons pas partie de ceux qui ont gagné de l’argent dans cette bulle de liquidités. Nous ne nous plaignons pas. Notre or est passé d’un plancher de 252 $ en 1999 à environ 645 $ aux dernières nouvelles. Non, les véritables profits ont été engrangés par ceux qui ont cherché le rendement, ont fait jouer l’effet de levier et l’ont revendu à d’autres.

* Nous avons appris cette semaine que Goldman Sachs avait en fait dépassé les attentes des analystes. Oui, les maîtres des maîtres de l’univers ont magistralement démontré leur maîtrise du coup de maître grâce à… enfin bref.

* L’article parlait des bénéfices "au premier trimestre" — trimestre qui se terminait le 23 février… quatre jours seulement avant que les marchés ne dégringolent, en pleine panique suite à une chute de 9% de l’indice de Shanghai. Et que voyons-nous ? Le 27 février, Goldman avait perdu 12% par rapport à son sommet historique de 222,75 $, atteint le 22 février.

* En voilà, un sens du timing !

* Il y a quelque chose de tordu dans tout cela. Les chiffres — malgré toute leur soi-disant précision — ne semblent jamais correspondre. Comment peut-on avoir un "trimestre" se terminant en février ? Comment les magiciens de Wall Street ont-ils pu faire de telles erreurs sur la valeur de leur dette subprime ?

* Mais bon, qui dit que le sommet a été atteint ? Qui dit que les Etats-Unis sont en déclin ? Qui dit que la bulle de liquidités a pris fin ? Qui dit qu’il n’y a plus d’argent à gagner ?

En tant qu’économistes littéraires, nous n’avons pas la prétention de le savoir… ni la force de faire semblant de nous en soucier. Mais le spectacle devient décidément plus intéressant.

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La baisse des marchés est-elle le seul danger menaçant votre patrimoine ?

Pour en savoir plus — et découvrir comment réagir aux principales tendances qui nous attendent dans les mois qui viennent, continuez votre lecture…

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*** La Chronique Agora présente ***

Bill Bonner continue son examen détaillé du secteur des prêts subprime… et pousse l’exploration jusqu’aux fonds de couverture. Le résultat est édifiant…

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ALPHAS, BETAS, FRIPOUILLES ET CHENAPANS — 2ème PARTIE
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Par Bill Bonner (*)

Les génies de la finance ont remanié, acheté et vendu la dette subprime jusqu’à entendre les premiers craquements signalant l’effondrement. Ils pensaient que le crédit étant bon tant que les propriétaires pouvaient payer leurs traites. Et ils ne voyaient aucune raison que les propriétaires ne puissent PAS payer leurs traites, tant qu’ils avaient un emploi. C’était là leur couleuvre — et ils l’ont avalée. Dans un monde de plein emploi, il n’y avait aucun motif de voir les prêts mal tourner — en théorie. Mais les théories apparaissent selon les besoins, lorsqu’il y a une vente à conclure.

Selon la théorie en question, les taux d’intérêt bas permettaient à tout un nouveau groupe d’emprunteurs d’accéder au crédit. La réalité, c’est que ce qui rendait le crédit accessible à des emprunteurs indignes de confiance, c’était le genre de corruption qui est dissimulée lorsqu’on prend ses désirs pour des réalités, mais que les miroirs… et l’histoire… révèlent.

"Ce qui a nourri le cycle mené par l’immobilier n’était pas le coût du crédit ", note David Rosenberg, de Merrill Lynch, "mais plutôt sa large accessibilité, quelle que soit [la capacité à rembourser]… seul un tiers de la hausse exponentielle du ratio prix/loyer immobiliers était dû aux taux d’intérêt bas. Les deux autres tiers reflétaient d’autres influences n’ayant pas de lien avec le prix, comme les politiques de crédit laxistes des banques et des organismes de prêt".

A présent, malgré un taux de chômage à 4,6% aux Etats-Unis, et un rendement de 4,7% sur les bons du Trésor US à 10 ans… le secteur des prêts à risque chute en piqué. Nous apprenons du comté d’Orange, en Californie, que New Century Financial s’échange pour moins de 5 $ l’action… une chute vertigineuse depuis son sommet de 66 $ en décembre 2004. Au prix actuel, en théorie, le prêteur est vraiment l’affaire du siècle, avec un rendement en dividende de 167%. Mais, à nouveau, la réalité est différente. Les journaux nous apprennent également que la société sera sans doute contrainte de se mettre en faillite.

Alors que les prêteurs subprime tentent de s’extraire des décombres, les emprunteurs subprime, eux, sont encore en plein vol. En théorie, les fonds de couverture demandent des commissions extraordinaires pour des performances extraordinaires — 2% du capital et 20% de la performance. Pour quoi ? Pour en revenir à l’alphabet grec, ils aident les investisseurs à obtenir de "l’alpha" — un rendement qui dépasse le "beta", produit par le marché dans son ensemble.

Warren Buffett, qui est probablement le plus grand investisseur de l’histoire à ce jour, déclare que toute cette idée est "grotesque". Dans la lettre qu’il a adressée à ses actionnaires il y a quelques jours de ça, il explique qu’on peut investir dans son "hedge fund" — alias Berkshire Hathaway — sans payer un seul frais de gestion.

Le gain moyen annuel composé de Berkshire Hathaway entre 1965 et 2006 est de 21,4%. Que fait le hedge fund moyen ? En 2006, les fonds de couverture ont produit un rendement de 14%, doublant quasiment leur moyenne de 2005, qui était de 7,6%, et dépassant les 10% qu’ils avaient engrangés en 2004. Sur le long terme, les hedge funds montrent un rendement annuel de 7% environ.

Mark Gilbert, qui résume la situation pour Bloomberg News, conclut que les hedge funds "prélèvent des frais démesurés en prétendant générer des tonnes d’alpha — alors qu’ils ne font que s’emparer du beta accessible à tous".

En d’autres termes, en pratique, les gestionnaires de fonds de couverture — comme les entrepreneurs dot.com et les prêteurs subprime — ne sont pas du tout des génies. Ils gagnent leur argent simplement en se montrant au bureau… comme tout le monde. Et ils obtiennent le même rendement. Ou pire.

De nombreux fonds et hedge funds se sont rués sur le Japon après que ce marché a grimpé de 40% en 2005. L’année suivante, 2006, a été décevante. C’est à peine si le Nikkei Dow a grimpé de 4%. Comment s’en sont sortis les fonds de couverture ? Comme le déclarait Merryn Somerset Webb il y a quelques jours, "loin de prouver leur capacité à engranger des rendements quelles que soient les conditions de marché, [les hedge funds] ont enregistré des performances particulièrement mauvaises ; ils ont tous perdu entre 5% et 20% sur l’année".

Les prêteurs subprime n’ont pas couvert le risque inhérent aux prêts accordés à des emprunteurs défaillants. Au lieu de cela, ils ont recherché le risque, et l’ont utilisé pour faire jouer l’effet de levier. Les fonds de couverture semblent avoir fait la même chose — allant un soupçon trop loin pour grappiller quelques points de rendement supplémentaires. A présent, nous nous demandons qui possède les 23 milliards de dollars de dette de New Century Financial… et à qui appartient le reste de la dette dans le secteur subprime ? Nous nous demandons également qui possédait les 2 500 milliards de dollars de valeurs boursières qui ont disparu ces derniers jours. A coup sûr, un "gros impact" guette quelque part là-dehors… attendant encore de bondir sur quelqu’un.

Nous regardons le miroir, en espérant que ce ne sera pas nous.

Meilleures salutations,

Bill Bonner
Pour la Chronique Agora

(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (450 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres "L’inéluctable faillite de l’économie américaine" et "L’Empire des Dettes".

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