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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Lundi 3 avril 2006
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*** Facéties et statistiques
L’économie aime à rire, elle aussi…
*** Les ETF sont là
Justice Litle se penche sur cette forme d’investissement et ce qu’elle signifie pour les marchés
*** Matière noire
Où l’astronomie ne se trouve pas uniquement dans les astres…
*** Good morning Vietnam
Le Vietnam change rapidement, oeuvrant pour guérir les vieilles blessures et apporter une croissance nouvelle
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Bonjour,
*** FACETIES ET STATISTIQUES
** Oui, vous l’aurez deviné, perspicace lecteur : votre correspondante était d’humeur facétieuse samedi matin… et, la date s’y prêtant, c’est Alan Greenspan qui en a fait les frais. Aucun parchemin vert n’est tombé dans la boîte aux lettres de la Chronique Agora, donc — même si, après tout, rien ne nous empêche, en notre for intérieur, d’imaginer que le Maestro brûle d’envie de nous envoyer toute son admiration…
** Je n’étais d’ailleurs pas la seule à faire preuve de fantaisie la semaine dernière ; une véritable avalanche de statistiques s’est abattue sur nos têtes vendredi — et certaines avaient de quoi faire rire le plus endurci des contrariens… à commencer par les dépenses des ménages américains, qui ont augmenté de 0,1% en février ; on note par ailleurs que la confiance des consommateurs telle que mesurée par l’Université du Michigan est en hausse elle aussi, à 88,9 pour mars (contre 86,9 attendus). Visiblement, le jour où les Américains cesseront d’acheter des choses dont ils n’ont pas besoin avec de l’argent qu’ils n’ont pas n’est pas encore arrivé…
Signalons aussi que le département du Commerce a annoncé une hausse de 0,2% des commandes à l’industrie. Pas mal, sauf que le consensus tablait sur une hausse de… 1,4% ! Par ailleurs, l’indice des directeurs d’achats de la région de Chicago est en hausse, à 60,4 pour mars (contre 54,9 en février).
** Questions chiffres et statistiques, on n’était pas en reste dans la zone euro : Eurostat a ainsi indiqué que les prix à la consommation avaient pris le chemin de la baisse (un peu), l’inflation annuelle ressortant à 2,2% contre 2,3% en février… tandis que la confiance va en s’améliorant : l’indice du sentiment économique général est à 103,5 (102,7 en février) selon la Commission Européenne — son meilleur niveau depuis juin 2001.
En France aussi, on sait faire des calculs : l’Insee a ainsi déterminé, après avoir pris en compte les variations saisonnières et les jours ouvrables, que le PIB français avait en fait grimpé de 0,4% au quatrième trimestre 2005 (et non 0,2% comme précédemment calculé).
On a également compté une baisse de 0,4% dans les rangs des demandeurs d’emploi hexagonaux le mois dernier — soit 10 100 demandeurs d’emploi en moins, selon le ministère du Travail. Sans doute les a-t-on mis à la surveillance de divers carrefours, places et entrées d’universités du pays…
** Mais trêve d’ironie facile — d’autant que tous ces chiffres n’ont pas empêché les marchés de baisser unilatéralement au terme des séances de vendredi. En France, le CAC 40 a abandonné 0,37%, à 5 220,85 points, tandis que dans le reste de l’Europe, le FTSE britannique perdait 0,9%, le Dax allemand lui emboîtant le pas avec une glissade de 0,39%.
Idem aux Etats-Unis : le Dow Jones a reculé vendredi de 0,37%, à 11 109,40 ; le Nasdaq a tenté de tenir bon, ne perdant au final que 0,04%, à 2 339,79 points ; le S&P 500, quant à lui, chutait de 0,42% à 1 294,85 points.
** Du côté du dollar, par contre, la hausse était un rendez-vous : le billet vert a terminé la semaine en hausse, à 1,2116 pour un euro. Les taux, quant à eux, se sont légèrement détendus : le rendement du bon du Trésor à 10 ans s’est ainsi détendu d’un point de base, à 4,85%.
Pas de repos pour l’or, par contre… le métal jaune a connu une belle envolée qu’il l’a propulsé près de sommets de 25 ans — vendredi au second fixing de Londres, l’once était à 582 $… et ce n’était pas un poisson d’avril.
Un dernier mot de l’or noir, qui, lui, était en baisse — le baril de WTI New York est ainsi repassé vendredi sous les 67 $, à 66,63 $.
Françoise Garteiser
Paris
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Il y a quelques mois de cela, la donne financière a radicalement changé… et les conséquences commencent seulement à se faire sentir.
Cinq en particulier représentent un danger immédiat pour votre portefeuille… tandis qu’une autre pourrait vous rapporter des profits à trois, voire quatre chiffres.
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*** LES ETF SONT LA
** De nombreux ETF (fonds indiciels échangeables en bourse) sont déjà sur le marché, mais une vague de nouveaux arrivants se profile.
- L’ETF sur l’argent-métal parrainé par Barclay’s Global Investors n’est pas encore un fait accompli, mais chaque jour qui passe le rapproche de la courte liste des ETF basés sur les matières premières. Les anticipations concernant ce nouvel ETF ont fait grimper les prix de l’argent à des sommets de plusieurs décennies.
- La situation offre/demande pour l’argent-métal est potentiellement explosive, comme nous l’avons déjà abordé dans ces lignes. Mais il faut ajouter que tous les haussiers de l’argent ne sont pas aussi confiants quant à la situation des ETF. Certains se méfient du "trop beau pour être vrai". En d’autres termes, si la demande des investisseurs est trop forte par rapport à l’offre limitée d’argent, nous pourrions voir la structure des ETF poussée à son maximum — voire jusqu’à son point de rupture. La Barclay’s et les teneurs de marchés vont-ils pouvoir garder des marchés en ordre en cas de ruée haussière sur l’argent-métal ? Nous pourrions bien voir ça en direct.
** Le deuxième ETF — attendu depuis longtemps et retardé pendant longtemps — permet aux investisseurs de s’exposer directement à ce qui est indiscutablement la matière première la plus importante au monde : le pétrole brut. La Bourse américaine prévoit de lancer le nouvel ETF sur le pétrole brut (USO) la semaine prochaine — à condition d’obtenir une approbation de principe de la part de la SEC [équivalent américain de l'AMF, ndlr.].
- Qu’est-ce que cela signifie ? Pour commencer, certains investisseurs chercheront bientôt à se positionner sur le pétrole brut directement, plutôt que d’échanger des actions "par procuration" dans le secteur. Est-ce que cela rend l’investissement en valeurs énergétiques obsolète ? Pas du tout. Cela permettra simplement aux investisseurs d’aller directement à la source, s’ils le souhaitent. Les valeurs énergétiques étant étroitement corrélées au prix du brut, USO pourrait également démontrer sa valeur en tant qu’outil de couverture pour un portefeuille consacré aux matières premières.
- Petit aparté : je suis entré dans le monde de la finance en tant que courtier en matières premières, et j’ai passé les trois premières années de ma carrière à travailler avec des fonds de couverture et des spéculateurs en ressources naturelles. Il m’a donc semblé naturel, lorsque j’ai entendu parler des ETF sur les matières premières, de me demander : "pourquoi les investisseurs ne vont-ils pas directement sur les marchés à terme, qui existent depuis toujours ? Il y a plus d’effet de levier — pourquoi se soucier d’un ETF qui n’est qu’un remplaçant, un future par procuration ?"
- La réponse à cette question est banale mais efficace.
- La partie banale, la voici : les ETF de matières premières augmentent radicalement la participation des investisseurs aux matières premières parce qu’ils sont perçus comme étant "plus sûrs" que le marché à terme sous-jacent qu’ils reflètent ; les ETF sont également parfaitement accessibles pour des comptes boursiers lambda. Les futures sur l’or ont toujours été disponibles — mais les marchés à terme ne sont pas accessibles à l’investisseur moyen. En général, les futures sont considérés comme étant trop "exotiques" — et souvent trop rigides en termes de taille des contrats –, tandis que les ETF sont plus "granulaires" (on peut n’en acheter que quelques parts à la fois) et plus familiers.
- Il faut également voir que de nombreuses institutions sont plus à l’aise avec les ETF. Certains gestionnaires de fonds de pension hésitent autant à échanger des futures qu’à emmener leur grand’mère à un concert de Marilyn Manson. Mais un ETF leur permettant une exposition à une importante classe d’actifs (les matières premières) sans la "souillure" de la spéculation ? Eh bien, voilà un concept qui ne leur pose pas de problèmes. Une telle proposition est plus respectable, et n’apparaît pas sous le terme de "spéculation inacceptable" dont on qualifie les futures. Le résultat, c’est que de nombreuses institutions monolithiques — gérant des dizaines, voir des centaines de milliards de dollars — voient s’ouvrir une nouvelle voie vers les marchés de matières premières.
** Le dernier ETF notable, que nous n’aborderons que brièvement, est l’Euro Currency Trust. Comme son nom l’indique, il permet de jouer l’euro contre le dollar. Cela me fascine, parce que l’introduction même d’un ETF de devises représente un changement radical. En termes de valeurs, et en termes de trading et d’investissement en général, nous nous éloignons clairement d’un monde centré sur les Etats-Unis pour aborder un monde plus globalisé. Les occasions ne sont plus limitées à un seul pays, et elles ne sont plus "à long terme seulement". Nous assistons à une lente évolution de la sophistication des investisseurs ; ils comprennent peu à peu que les classes d’actifs qui ne concernent pas forcément les actions sont importantes elles aussi.
- Quoiqu’il en soit, les haussiers de matières premières n’ont encore jamais eu à leur disposition tant de moyens différents d’exprimer leur optimisme… ou de parier contre lui.
[NDLR : Le saviez-vous, cher lecteur ? Les ETF ont un autre nom : trackers — et si vous souhaitez exploiter leurs étonnantes possibilités de profit, nous avons un moyen tout trouvé. Pour en savoir plus…
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Paris
*** MATIERE NOIRE
** Aujourd’hui, nous avons un conseil à donner. Il n’est guère différent des conseils que nous avons déjà distribués à de nombreuses reprises — mais aujourd’hui, nous lui donnons une importance tout particulière.
* Nous lisons des articles sur la "Matière Noire" présente dans l’économie mondiale. Nous les ignorons ; la Matière Noire nous semble n’être qu’un effort farfelu pour déguiser les faits — comme de venir au bureau sans se raser pour que le patron croie qu’on a travaillé toute la nuit. Voilà ce qui arrive quand les gens sont désespérés ; ils inventent des histoires fantastiques et des explications tirées par les cheveux.
* La "Matière Noire" provient d’une hypothèse émise par l’astronome Kristian Birkeland qui, en 1913, a remarqué qu’il semblait y avoir une force gravitationnelle émise par des objets qu’il ne pouvait détecter. Il a appelé cela la "matière noire". A présent, cette expression est utilisée pour qualifier divers actifs intangibles — l’inventivité yankee, les marques américaines, leur talent de gestionnaire — dont on dit qu’ils rapportent aux Etats-Unis des revenus en provenance de l’étranger, et ce alors même que les actifs détenus par des Américains à l’étranger, comparés à ceux détenus par des étrangers aux Etats-Unis, continuent de baisser.
* En d’autres termes, alors que la position d’investissement international nette des Etats-Unis a chuté à 2 500 milliards de dollars, pour un temps au moins, les revenus provenant des investissements étrangers ont été plus importants que l’argent versé aux étrangers par les Etats-Unis. Cela ne semblait avoir aucun sens. Les revenus des investissements auraient dû eux aussi baisser. Les économistes ont scruté les cieux pour essayer d’en trouver la raison, mais ils n’y ont rien vu pouvant expliquer clairement cet afflux d’investissements. Même dans les domaines où les Etats-Unis auraient pu avoir un avantage intangible considérable — la technologie, par exemple –, les preuves démontraient le contraire. Les Etats-Unis étaient n°1 dans l’accès internet à bande large en 2000 ; ils sont désormais 16ème. En 2000, les Etats-Unis constituaient 40% de l’équipement télécom de la planète — ils n’en font plus que 21%. Et les Etats-Unis comptent moins de personnes équipées de téléphones portables — en termes de pourcentage — que 41 autres pays.
* Néanmoins, en 2004, en ce qui concerne les revenus des investissements internationaux, les Etats-Unis ont enregistré un surplus de 30,4 milliards de dollars. Le Wall Street Journal, parmi d’autres, s’est emparé de la "Matière Noire" comme explication ; le pays gagnait de l’argent grâce à des choses ayant une valeur immatérielle et n’apparaissant pas sur la liste des actifs détenus à l’extérieur.
* Puisqu’il en est ainsi, a déduit le Wall Street Journal, lorsqu’on tient compte de la matière noire, "les Etats-Unis sont un créditeur net, et non un débiteur net".
** Bon sang mais c’est bien sûr ! Sauf que le calcul pour 2005 est arrivé… et toute cette matière noire est soudain devenue bien sombre ! Terminé, la force gravitationnelle du surplus de 30,4 milliards de dollars — à la place, on ne trouve plus qu’un petit aimant à coller sur son réfrigérateur : 1,6 milliards de dollars.
* Willem Buiter, astronome monétaire chez Goldman Sachs, commente :
* "Je pense que dans les années à venir, ce paradoxe — les Etats-Unis étant à la fois débiteurs nets et récipiendaires de revenus d’investissements étrangers positifs — sera résolu par le fait que les revenus nets des investissements étrangers deviendront négatifs".
* "Avec un déficit commercial américain qui va s’aggravant, pour atteindre le chiffre record de 68,9 milliards de dollars en octobre 2005, le déficit courant actuel est insoutenable. Sa correction nécessitera une dépréciation conséquente du taux de change réel et effectif du dollar américain, de pas moins de 30% selon les estimations raisonnables, voire plus, très probablement".
* La Banque du développement asiatique a prévenu ses adhérents la semaine dernière de se "préparer à un effondrement du dollar".
* La semaine dernière, le dollar a chuté. Nous soupçonnons que ce n’est pas la dernière fois. Vendez le dollar ; achetez de l’or.
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*** La Chronique Agora présente ***
Le Vietnam reste associé à l’idée de guerre pour beaucoup d’investisseurs. Cependant, Chris Mayer souligne que le pays change rapidement, le temps et les forces du marché oeuvrant pour guérir les vieilles blessures et apporter une croissance nouvelle.
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GOOD MORNING, VIETNAM
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Par Chris Mayer
Le Vietnam — un pays de 83 millions de personnes, sur une mince bande de terre fertile coincée contre le Golfe du Tonkin et la Mer de Chine. A l’ouest, le Laos et le Cambodge. Si l’on exclut diverses îles, la superficie du Vietnam n’est guère plus étendue que celle du Nouveau-Mexique — même s’il compte 40 fois plus d’habitants.
Au sud se trouve Ho Chi Minh Ville (localement, on l’appelle encore souvent Saigon, même si le nom a été officiellement changé en 1976). Et tout le long de la côte, vers le nord, on trouve de nombreux villages de pêcheurs baignés de soleil et des plages immaculées — comme à Nha Trang, par exemple. A l’intérieur du pays, les montagnes escarpées, couvertes de jungles denses et humides, fournissent un paysage étonnant. La plupart des gens que l’on trouve sur les plages sont des étrangers aventureux — des Américains, des Allemands, des Australiens et des Français. La plupart du temps, ils séjournent dans les complexes de construction étrangère qui émaillent la baie. Il fait en général chaud, souvent humide, et parfois plus humide encore.
Les fruits de mer sont toujours frais — en général, ils vivaient encore quelques instants avant d’être mangés. Jusqu’au bord de l’eau, des femmes hissent des filets pleins à bord de leurs bateaux colorés. On peut également les voir habilement manœuvrer des thung chais, de petites embarcations rondes faites de bambou.
Les femmes vident des poissons, émincent des calamars, bataillent avec des crustacés et préparent d’intéressantes marmites de poissons, nouilles, piments et autres bonnes choses. C’est l’un des endroits dans le monde où un dollar vous mènera très très loin. Une famille entière peut faire un festin de roi pour 7 $ ou moins. La soupe aux nids d’hirondelles est le délice local — agrémentée de gingembre, d’échalotes, de morceaux de pigeon et de lait de coco.
A Hanoi, la capitale, dans le nord, on peut voir des rues animées, bordées d’arbres et pleines de voitures, bicyclettes, scooters et — comme pour rappeler un passé enfui — des pousse-pousse. De vieilles villas françaises évoquent l’histoire coloniale du Vietnam. Des vendeurs de rues vous offriront des brochettes de crevettes, du pho (soupe aux nouilles et au bœuf), des fruits, des crabes à la vapeur et autres aliments. Un tourbillon de sons et de parfums assaille vos sens.
Voilà le Vietnam. Le pays évoque immanquablement la guerre. Les gens et les paysages vietnamiens portent les traces physiques et psychologiques de ce conflit pas si éloigné. Pourtant, le Vietnam change rapidement, le temps et les forces du marché oeuvrant pour guérir les vieilles blessures et apporter une croissance nouvelle. Même ici, les vents mordants de la mondialisation ouvrent de nouveaux sentiers dans le paysage économique du pays.
Le Vietnam produit encore des biens agricoles "à l’ancienne" — des choses comme le riz, le café, le coton, le thé, le piment, le soja, la canne à sucre, les arachides et les bananes. Plus de 60% de la main d’œuvre travaille dans une forme ou une autre d’agriculture. Cependant, l’industrie et les services sont en pleine croissance, et leur part s’accroît d’année en année. Les Vietnamiens fabriquent des vêtements et des chaussures, ainsi que du verre, des pneus et de l’acier. Ils produisent du ciment et du papier, et extraient du charbon. Mais il y a plus encore.
L’économie vietnamienne est tranquillement devenue l’une des plus rapides au monde, approchant du rythme foudroyant de l’Inde et de la Chine. Le pays est également devenu un aimant à capitaux étrangers. Rien qu’en 2005, l’investissement au Vietnam a dépassé les cinq milliards de dollars. Déjà 260 entreprises américaines ont investi directement au Vietnam. En 2006, on attend six milliards de dollars supplémentaires — dont font partie des projets majeurs d’infrastructures et de technologies.
La dernière semaine de février a vu l’annonce la plus significative à ce jour. Le gouvernement vietnamien a approuvé les plans d’Intel visant à construire le plus grand projet technologique de l’histoire du Vietnam — une usine d’assemblage de puces à Ho Chi Minh Ville, un investissement qui pourrait coûter jusqu’à 605 millions de dollars.
C’est à peine si ce tournant majeur a été mentionné dans la presse grand public. Même si le pays a attiré des investissements provenant d’une gamme d’entreprises variées — dont le Japonais Sony et le Sud-Coréen Samsung –, cela n’arrivait pas à la cheville des plans d’Intel.
L’usine Intel effectuera les dernières étapes du processus de fabrication des puces — lorsqu’elles sont enveloppées d’un revêtement en céramique et testées. Ce travail est intensif, et demande une main d’œuvre sophistiquée — ce qui explique pourquoi les initiés sont si impressionnés par cet accord. Il signifie qu’Intel pense que les Vietnamiens peuvent faire mieux que les emplois peu qualifiés qu’on attend d’eux en général. D’autres investissements étrangers suivront sûrement l’exemple d’Intel.
Le point fort ? Les Vietnamiens travaillent très dur pour très peu selon les standards occidentaux. Les entreprises étrangères privées paient le mieux — en général, environ 60 $ par mois. Les entreprises de l’Etat ne payaient que 19 $.
Ce sont des prix bas, même selon les critères chinois. Et il ne faut pas longtemps pour que les choses se fassent, au Vietnam.
Durant un séjour en Chine, j’ai entendu des hommes d’affaires chinois parler du Vietnam comme les Américains parlent du Mexique. En fait, les Chinois perdent certains de leurs emplois industriels au profit du Vietnam. Le développement de la Chine est la meilleure chose qui soit arrivée aux économies de l’Asie du sud-est — en particulier au Vietnam, dont la Chine est le plus grand partenaire commercial.
Une bonne partie de ce qui se passe en Chine ne fait que commencer au Vietnam. Récemment, la Vietcombank, propriété de l’Etat, a déclaré agir pour être cotée à Hong Kong ou à Singapour. Ce serait la première introduction en bourse étrangère du Vietnam. Et plusieurs banques occidentales prennent des positions minoritaires dans les banques vietnamiennes, anticipant les futures introductions et la croissance à venir.
Le marché a encore du chemin à faire avant d’approcher ne serait-ce que de la Chine en termes de marchés actions et obligations développés, présentant un semblant de transparence. Néanmoins, tous les voyages commencent par un humble premier pas. Le Vietnam a fait le sien.
Meilleures salutations,
Christopher Mayer
Pour la Chronique Agora
(*) Christopher W. Mayer est un vétéran du secteur bancaire, et plus particulièrement du domaine des prêts aux entreprises. Auteur financier depuis 1998, les essais de Christopher ont été publiés dans une large gamme de publications, de l’article quotidien de Mises.org à la version américaine de la Chronique Agora. Il est également le rédacteur de "Capital and Crisis", un service de conseil en investissements récemment lancé à l’intention des observateurs financiers d’opinion contrarienne.
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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