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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Mercredi 26 juillet 2006
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*** L’enfant-roi…
… et l’importance de l’heure du goûter
*** Le retour des cinq E
Bill renoue avec les 5 E… et commence aujourd’hui par l’Energie
*** L’histoire est excellente enseignante
Je vais vous dire un secret — un secret essentiel à votre réussite en tant qu’investisseur
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Bonjour,
*** L’ENFANT-ROI…
** Nous avions pratiquement conclu nos notes de mardi par le paragraphe suivant : "L’analyse technique nous enseigne que la poursuite du rally haussier de la fin de séance de lundi a de fortes chances de se prolonger à Paris jusque vers 4 933 points. Le débordement des 4 865 points, puis des 4 895 points, a fait table rase des obstacles qui semblaient encore insurmontables lors de l’ouverture des marchés américains"… lesquels s’envoleront à leur tour de 1,7% à 2%.
Et le CAC 40 a clôturé hier à 4 933 points, après avoir fait à trois reprises la navette entre 4 920/4 930 et 4 950 entre 10h et 16h30. Nous avons été incapable d’identifier les causes des deux premiers accès de fièvre haussière de la matinée — et nous restons perplexe face à la surperformance de Paris par rapport à Milan ou Francfort (-0,25%) puis Amsterdam (-0,4%).
En revanche, le dernier rallye indiciel entre 4 922 et 4 958 points — le plus haut du jour –, survenu entre 16h et 16h05, fut déclenché par la publication d’un indice de confiance des consommateurs américains bien plus vigoureux que prévu. Le baromètre grimpe de 105,4 vers 106,5, alors que les reventes de logements se tassent symétriquement de -1,3%. La principale référence hypothécaire à 30 ans dépasse maintenant les 6,80%, ce qui asphyxie la plupart des emprunteurs à taux variable et désolvabilise les primo-accédants.
Ainsi donc, ni le rebond du baril au-delà des 75 $ (et un gallon de sans-plomb à 3 $)… ni le déclenchement d’un conflit au Proche-Orient… ni la multiplication des faillites personnelles pour cause de surendettement… ni le faible niveau des créations d’emplois en juin… ni le ralentissement de la croissance dans le secteur de pointe des semi-conducteurs n’entament le moral des ménages américains.
Un stratège de l’un des principaux réassureurs basés aux Etats-Unis, dont une partie de l’activité englobe la couverture du risque lié au crédit, s’empressait de justifier mardi cet optimisme inoxydable par ce verdict définitif : "il ne faut jamais sous-estimer les ressources du consommateur américain".
** Cela semble résumer à merveille le sentiment général des opérateurs anglo-saxons, alors que la guerre au Proche-Orient franchit chaque jour un nouveau cran. La tournée de Condoleezza Rice n’a débouché sur aucune perspective d’interruption des opérations militaires : elle s’est contentée de souhaiter "l’établissement des conditions d’une trêve durable" — notez qu’elle évite soigneusement d’employer le vocable "cessez-le-feu".
Tous les observateurs et les connaisseurs des conflits qui embrasent régulièrement la région depuis 60 ans savent que ces "conditions" supposent l’éradication du Hezbollah et un changement de stratégie radical de la part de ses commanditaires. Le Premier ministre iranien, Mahmoud Amadinejad, qui se prononçait pour la première fois à ce sujet, s’est fendu d’un "qui sème le vent récolte la tempête" ; l’état-major israélien tient exactement le même discours depuis 15 jours pour justifier le déclenchement des opérations en cours.
Mais le marché a décrété que rien dans les derniers développements de l’actualité géopolitique ne justifiait que les cours de bourse prennent en compte une aggravation des risques de déstabilisation — ou d’embrasement — de la région proche-orientale. S’il voit les choses ainsi, c’est que son jugement a valeur d’axiome, et peu importe que les prémices soient fausses.
Le rebond de 4,5% du CAC 40 en une semaine est de ce fait pleinement justifié : pourquoi chercher plus loin des raisons de se faire peur ?
** Nous avons beaucoup de mal à démêler ce qui relève d’une possible "conviction profonde" du marché et ce qui relève peut-être de calculs plus alambiqués. Comme nous l’avons déjà maintes fois souligné, ce n’est plus la somme des innombrables opinions concernant la marche du monde qui induit sa tendance dominante ; c’est la propre tendance du marché qui conditionne l’émergence d’une opinion dominante. Voilà la clé de la prophétie auto-réalisatrice.
Aussi stupide que soit l’opinion (et la plupart des opinions le sont) du marché, les évènements doivent s’y plier, quitte à travestir allègrement la réalité.
Si nous devions brosser un portrait psychologique du marché, il serait proche de celui d’un enfant capricieux aspirant à la toute-puissance.
Souvent, au cours des 30 dernières années, l’enfant capricieux mais impressionnable a dû faire machine arrière et revenir à la raison lors de l’intervention — parfois musclée — de grandes institutions publiques ou parapubliques, lorsqu’un climat d’exubérance irrationnelle (qu’il s’agisse d’accès de déprime ou bouffées d’euphorie) menaçait d’engendrer une situation incontrôlable. La dernière cartouche fut peut-être tirée par la Fed en octobre 1998, avec l’éclatement de la fameuse affaire LTCM, qui fit vaciller le système économique planétaire.
Mais le vent avait commencé à tourner avec la nomination d’Alan Greenspan à la tête de la Fed en août 1987, puis avec l’ébauche du projet de création d’une grande banque centrale européenne "indépendante". Exit l’interventionnisme des Etats à partir du milieu des années 90, avec, en France, la privatisation des dernières banques et compagnies d’assurance… puis la concrétisation de la BCE, qui n’a effectivement de comptes à rendre auprès d’aucune autorité politique : une référence absolue pour les principales institutions financières qui gèrent l’essentiel des liquidités investies en actions.
L’enfant timoré du siècle dernier, affranchi de la tutelle des "zinzins", de la Banque de France ou du ministère des Finances, est devenu "l’enfant-roi". Il se voit confier les pleins pouvoirs pour fixer le prix de toute entreprise cotée — et donc sa valeur boursière, son taux de croissance, la rémunération de ses dirigeants –, et, par extension, pour régenter les flux économiques qui conditionnent le mode vie quotidien de milliards d’individus.
** La majorité des habitants de la planète ignore l’existence des hedge funds, de la théorie de Dow, de la formule Black & Scholes, des swaps de taux, des trackers et des warrants. Seule une toute petite minorité d’individus peut revendiquer le statut d’actionnaire — et une fraction encore plus infime celui de gérant actif, c’est-à-dire basant l’essentiel de ses prises de positions en temps réel sur des algorithmes et des système de reconnaissance de figures graphiques.
Est également baptisé investisseur actif — et vous appartenez à cette catégorie, cher lecteur — celui qui ne délègue pas la gestion de son portefeuille à des anonymes sortis du même moule, parfaitement interchangeables, et dont l’ambition se résume le plus souvent à faire "un tout petit peu mieux" que l’indice de référence, c’est-à-dire l’incontournable benchmark — celui qui délimite la frontière entre le médiocre et le passable.
L’enfant-roi auquel nous faisions allusion aurait-il par miracle reçu le supplément d’âme que requiert sa fonction ? Le pouvoir absolu dont jouit le marché depuis sa totale émancipation des influences politiques s’accompagne-t-il d’un niveau de sagesse et de pondération proportionnel aux implications décisives liées à sa charge ?
Rien n’est moins sûr. La longue succession d’excès en tous sens depuis sa globalisation, qui remonte aux années 94/95, semble montrer que le marché subit une volatilité grandissante et une versatilité dont il y a tout à redouter.
L’enfant-roi, livré à lui-même, encensé par ses thuriféraires cousus d’or, redouté jusqu’à la servilité par le plus grand nombre, exerce sa tyrannie sans retenue.
Le marché tout-puissant a instauré le règne de l’immaturité. Son jugement fait force de loi, et peu importe qu’il soit fondé sur des raisonnements erronés ou à l’emporte-pièce… Peu importe que le regard qu’il porte sur les entreprises soit d’une consternante myopie, et qu’il se laisse séduire par des escrocs beaux parleurs et truqueurs de bilans ayant endossé le costume de la nouvelle économie : n’est-ce pas lui qui a porté au pinacle les dirigeants véreux d’Enron, de Worldcom ou d’Adelphia ?
Peu importe aussi que sa vision du long terme n’aille pas au-delà de l’heure du goûter ou que ses erreurs passées ne lui servent jamais de leçon. Il est commode d’oublier qu’il est faillible au nom du principe dévastateur selon lequel il a toujours raison.
Avec la démission de ses derniers tuteurs — banques centrales, parrains de la finance institutionnelle –, le marché instaure le triomphe de l’arbitraire et celui de son bon vouloir, celui du juge-arbitre à irresponsabilité illimitée.
** Cependant, le marché est également capable d’intuitions prodigieuses, même si ce n’est pas systématique. C’est incontestablement le système de fixation des prix le plus efficace, celui qui garantit le maximum d’égalité des chances, en théorie, à l’ensemble des agents économiques.
Mais comme tout système, il ne peut fonctionner sans un minimum de garde-fous. Sans cela, il est voué à devenir auto-référent, puis à se détacher progressivement de la réalité et à instaurer une autre forme de tyrannie. Peut être faudra-t-il que l’enfant-roi se prenne une bonne bûche pour qu’il prenne de lui-même conscience de ses propres limites.
En attendant, notre tâche s’avère bien compliquée… car il faut composer avec la personnalité très singulière, et souvent puérile, du marché pour parvenir à une analyse que nous espérons plus mature, et que nous passons notre temps à remettre en cause.
C’est bien ce dernier trait de caractère qui nous rend si différent de l’enfant-roi. Il a pour nom "le doute"… que l’on qualifie souvent d’incoercible scepticisme à l’égard de tous les consensus.
Philippe Béchade,
Paris
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OU SONT LES PETITES VALEURS QUI GRIMPENT ?
Avec des gains de 74%, 53,8%, 43,17%, 60%… 24,9% de gain moyen en 2004… et 24% de performance moyenne en 2005…
… nous avons sans doute la réponse !
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Vancouver
*** LE RETOUR DES CINQ E
** Les Cinq E.
* Il y a quelques mois de cela, nous avions identifié cinq tendances majeures en train de transformer le monde. Puis nous avons arrêté de vous en parler, parce que nous n’arrivions pas à nous rappeler de toutes les cinq. Mais ces jours-ci, il est difficile d’oublier ne serait-ce que l’une d’entre elles. Au cours des prochains jours, nous vous fournirons donc quelques mises à jour.
* L’Energie — le premier E. Cette semaine, l’Associated Press a rapporté que le carburant était "à un sommet record" aux Etats-Unis. Pendant ce temps, notre vieil ami Jim Rogers affirme au monde "qu’on n’a encore rien vu". Selon lui, le baril à 100 $ est "un pari sûr".
* Que se passe-t-il ? Le monde se retrouve-t-il à court de pétrole ? Non. Pour autant que nous puissions en juger, il en reste encore pas mal. Aux prix actuels, tous les producteurs ajoutent de la capacité aussi vite qu’ils le peuvent. De nouveaux puits sont forés. D’anciens puits sont rouverts. On s’emploie également à essayer d’extraire du pétrole à partir de sable, de goudron, de rochers, de navets… ou au moins de lui trouver des substituts.
* Il y a donc plein d’E — simplement, ce n’est pas de l’E bon marché, et l’économie américaine dépend de l’E bon marché. Une famille américaine moyenne dépense tout ce qu’elle gagne grâce à son travail — et un peu plus — dans des maisons nécessitant un généreux apport d’E. Mais à mesure que les prix de l’immobilier américains grimpaient au cours des 10 dernières années, les gens ont commencé à chercher des maisons bon marché de plus en plus loin des villes, et les banlieues se sont étendues dans la cambrousse. Pendant ce temps, la consommation moyenne des automobiles américaines — 21 miles le gallon — est restée la même qu’en 1982. A présent, avec de l’essence à 3 $ le gallon, beaucoup de gens doivent se demander si déménager si loin était une bonne idée. Tandis que le prix de l’E grimpe, la somme qui reste à la famille baisse. Elle doit soit dépenser moins — ce qui causerait immédiatement une récession –, soit s’endetter plus — ce qui finirait par provoquer une récession pire encore.
* Il ne fait aucun doute que le pétrole devient plus cher. Il ne fait pas plus de doute que sans valeur immobilière supplémentaire sur laquelle emprunter, les consommateurs américains commencent à réduire leurs dépenses discrétionnaires. Wal-Mart, où les lumpen-ménages vont faire leurs courses, a vu le cours de son titre boursier s’effondrer à son plus bas niveau en cinq ans. Les restaurants favoris de l’Amérique moyenne ont vécu la pire chute des ventes de l’histoire du secteur. Les titres des vendeurs au détail baissent dans leur ensemble. Les constructeurs immobiliers ont été atteints, la confiance dans le secteur étant à son plus bas en 14 ans. Les transports glissent. Tout cela nous semble être le début d’une crise économique menée par la consommation.
* Mais revenons-en à notre E. L’Energie. Selon nous, l’Energie va devenir de plus en plus chère, et cela mettra en danger le niveau de vie des gens qui en dépendent le plus — les Américains. La raison en est évidente. Tandis que les utilisateurs prolifèrent comme des lapins, l’offre de carburant disponible — qui a pris des millions d’années pour se constituer — ne va nulle part. En fait, elle s’épuise rapidement. D’un côté, l’Inde et la Chine dévorent de l’énergie pour leur développement. De l’autre, les Etats-Unis en ont besoin pour leur consommation. Mais tandis que les Asiatiques gagnent l’argent pour payer leur énergie, l’Américain moyen doit affronter la hausse des coûts énergétiques les poches vides. Pas étonnant que son niveau de vie baisse.
* Nous continuerons d’examiner les cinq E au long de cette semaine…
** "Papa, j’ai besoin de 100 euros", a déclaré Jules hier. "Tu sais, je t’en avais parlé ; l’université effectue des tests sanguins. J’ai dû les faire faire à Paris".
* "Pourquoi ne leur as-tu pas dit de s’occuper de leurs affaires ?"
* "Merci, Papa, je suis sûr que ça va bien avancer ma carrière universitaire".
* "Non mais sérieusement, Jules, pour qui se prennent-ils ? Pourquoi veulent-ils ton sang ? Et si tu ne croyais pas aux tests sanguins, ou si tu ne voulais pas faire connaître ton bilan de santé à tout un chacun ?"
* "Mais dans quel monde vivons-nous ?", avons-nous continué, nous échauffant devant notre public invisible. "Toute notion de vie privée et de liberté a purement et simplement disparu. Chaque fois qu’on ouvre un compte en banque, c’est tout juste si le FBI ne vérifie pas vos empreintes. Pourquoi ne peut-on pas simplement déposer de l’argent, prendre un reçu et partir ? Et quand on voyage, il faut montrer ses papiers encore, et encore, et encore, et répondre à tout un tas de questions idiotes. ‘Vous avez fait vos bagages vous-même ?’. Ca ne regarde personne, qui a fait mes bagages, bon sang ! C’est stupéfiant, le nombre de gens qui pensent avoir le droit de dire aux autres ce qu’ils doivent faire. Faites ci, faites ça ; allez ici, allez là. Et il y a plus étonnant encore : les gens se laissent dicter leurs actes ! Des adultes ! Il y a de quoi se sentir désolé pour les fumeurs"…
* "Papa, c’est parfait que tu te lances dans une campagne pour la liberté et le rêve américain, mais tu peux me donner ces 100 euros ?"
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Comment le marché actuel peut faire de vous un investisseur heureux…
… tout en faisant passer votre portefeuille à la vitesse supérieure !
C’est plus simple qu’il n’y paraît… il suffit de suivre les bons indicateurs : continuez votre lecture pour tout savoir
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*** La Chronique Agora présente ***
Nous vivons actuellement un cycle de guerre inflationniste. Au cours de la prochaine décennie, Puru Saxena s’attend à une inflation massive (croissance de la masse monétaire) et à des conflits géopolitiques qui iront en s’aggravant. Dans un environnement si hostile, les matières premières (en particulier l’or et l’argent) feront probablement mieux que toutes les autres classes d’actifs.
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L’HISTOIRE EST EXCELLENTE ENSEIGNANTE
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Par Puru Saxena (*)
Actuellement, on entend beaucoup parler de la "bulle des matières premières". La majorité des "experts" sont convaincus que les cours des ressources naturelles ont grimpé trop haut, et qu’ils vont s’effondrer. Pendant ce temps, on claironne que les actions et les obligations sont bon marché — et qu’elles représentent la voie assurée vers la richesse et la liberté financière ! Ces derniers jours, les médias grand public regorgent d’analystes affirmant que les matières premières seront mises à mal par la hausse des taux d’intérêt. Franchement, je trouve leurs arguments complètement absurdes.
L’Histoire a montré que les prix des matières premières sont positivement corrélés à la direction des taux d’intérêt. D’un autre côté, les actifs financiers comme les actions et les obligations sont négativement corrélés aux taux d’intérêt.
Durant les années 70, les taux d’intérêt ont grimpé en flèche, et cette période a coïncidé avec un gigantesque marché haussier des matières premières. Et malgré des taux d’intérêt vertigineux, toutes les matières ont vu leurs cours multipliés plusieurs fois ! Il est intéressant de noter que durant les années 70, il s’est également produit un marché baissier sévère pour les actions et les obligations. A l’époque, les Etats-Unis subissaient une lourde récession, tandis que la Grande-Bretagne demandait de l’aide au FMI. Les taux d’intérêt ont atteint leur sommet au début des années 80 — en même temps que le boom des matières premières prenait fin. Au cours des deux décennies qui ont suivi, tant les taux d’intérêt que les matières premières ont décliné, tandis que les actions et les obligations ont connu un boom retentissant.
Il ne fait aucun doute que le précédent boom des matières premières s’est produit alors que les taux d’intérêt grimpaient et qu’une sévère récession se produisait. Alors la prochaine fois que des "experts" affirment que les matières premières sont sur le point de s’effondrer à cause de la hausse des taux d’intérêt et du ralentissement économique, vous pourrez peut-être leur indiquer le numéro d’un bon professeur d’histoire !
Je vais vous dire un secret — un secret essentiel à votre réussite en tant qu’investisseur. Vous devez comprendre que les banques centrales ne font pas grimper les taux pour lutter contre l’inflation. Après tout, le système moderne de la banque centrale est l’inflation ! Les banques centrales augmentent ou baissent les taux d’intérêt afin de gérer les craintes ou les attentes d’inflation du grand public. Lorsque les populations se réveillent, se rendent compte du problème d’inflation et commencent à perdre confiance dans les devises papier du monde entier (le présent scénario), les banques centrales augmentent les taux d’intérêt pour démontrer qu’elles luttent contre l’inflation. Les taux sont tirés à la hausse afin de restaurer la confiance dans les devises mondiales — puisqu’un rendement plus élevé rend les devises plus attractives. D’un autre côté, lorsque les craintes d’inflation du public sont sous contrôle et que la confiance dans le système monétaire est élevée, les banques centrales baissent les taux d’intérêt pour créer encore plus d’inflation !
Durant les cycles d’assouplissement monétaire, le taux d’inflation (croissance de la masse monétaire et du crédit) s’accélère, créant ainsi un boom économique. Durant les périodes de resserrement monétaire (comme en ce moment), le taux d’inflation ralentit temporairement, causant des accidents financiers dans une économie mondiale très endettée. Ne vous y trompez pas, cependant : la réponse ou le remède proposé par les banques centrales à chaque accident financier, c’est toujours plus d’inflation et de crédit.
En ce moment, toutes les banques centrales ont endossé le rôle de "guerrier de l’inflation" ! Les taux d’intérêt sont augmentés dans la majeure partie des pays, sous le prétexte de contrôler l’inflation. Cependant, il vaut la peine de noter qu’en dépit de la hausse des taux d’intérêt, notre planète est toujours inondée de liquidités. Récemment, les réserves de changes étrangères (sauf or) détenues par les banques centrales ont grimpé jusqu’au record de 4 400 milliards de dollars US, soit une hausse de près de 10% par rapport à l’année dernière ! Les pays émergents détiennent le record de 3,07 milliers de milliards de dollars, tandis que les pays développés atteignent 1,33 milliers de milliards de dollars.
L’opinion est divisée en ce qui concerne la poursuite de la hausse des taux d’intérêt. La majorité semble penser que la Réserve fédérale ne fera pas grimper les taux d’intérêt beaucoup plus haut, par crainte d’endommager sérieusement le boom de l’immobilier. Cependant, je pense que les taux devront continuer à grimper, sans quoi le dollar américain pourrait vivre un déclin sévère. Si elle devait choisir entre protéger le boom de l’immobilier et voir le dollar s’effondrer purement et simplement, je peux vous assurer que la Réserve fédérale prendrait la deuxième option. En réalité, la Réserve fédérale exporte des dollars américains dans le monde entier, et elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour retarder la destruction de sa marchandise. En bref, j’admets que la Fed pourrait faire une pause durant le second semestre de cette année afin d’offrir un petit répit avant les élections américaines en novembre. Cependant, la tendance majeure est désormais à la hausse, et lest taux d’intérêt pourraient atteindre les deux chiffres d’ici cinq ans.
Si le raisonnement ci-dessus est correct, vous pouvez parier que les actions, les obligations et l’immobilier seront mis sous pression sévère. Déjà, le marché de l’immobilier américain montre des signes de ralentissement, tandis que les autorités tentent d’organiser un atterrissage en douceur. Selon moi, nous sommes désormais dans une bulle mondiale de l’immobilier, qui finira par se dégonfler suite à la hausse du coût de l’emprunt. Il est intéressant de noter que les rendements obligataires ont chuté entre 1981 et 2003. Tandis que le coût de l’emprunt déclinait, l’immobilier ainsi que les prix obligataires ont grimpé en flèche ! Cependant, en juin 2003, les rendements obligataires ont atteint un plancher, et grimpent depuis. Au cours des trois dernières années, le coût de l’emprunt est devenu plus cher, et nous commençons à voir son impact sur le ralentissement des marchés immobiliers dans le monde entier. Le bon du Trésor US à 10 ans a désormais brisé sa tendance baissière de 20 ans — un événement inquiétant. Cela indique des taux d’intérêt bien plus élevés à l’avenir.
Par le passé, j’ai déclaré que dans un environnement hautement inflationniste, les actions, les matières premières et l’immobilier peuvent tous augmenter en même temps. En fait, une surenchère de papier monnaie peut provoquer la baisse de son pouvoir d’achat. Je maintiens que durant la décennie qui s’annonce, même si tous les actifs (à l’exception des obligations) continuent de grimper, je pense que les matières premières surperformeront toutes les autres classes d’actifs sur une base relative.
[NDLR : Et pour profiter de cette hausse, il pourrait suffire de suivre les conseils de nos experts... Pour tout savoir, continuez votre lecture.]
Meilleures salutations,
Puru Saxena
Pour la Chronique Agora
(*) Puru Saxena est le rédacteur de Money Matters, une publication économique et financière. Conseiller d’investissement basé à Hong Kong, il participe régulièrement à des émissions sur CNBC, BBC World, Bloomberg TV & radio, NDTV, RTHK Radio 3, et écrit pour plusieurs journaux et publications financiers.
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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