L’économie réelle expliquée à mon petit-fils

Rédigé le 3 septembre 2016 par | Banques Centrales, Bill Bonner Imprimer

L’économie américaine aurait progressé au rythme d’1% environ, au cours des trois premiers trimestres 2016.

Nous avons expliqué à notre petit-fils James que les calculs relatifs à la croissance économique dépendent de quelque chose que l’on nomme « déflateur de PIB » : il traque les changements intervenant sur les prix à la consommation, et fait l’objet de devinettes et de manipulations.

Considérant la marge d’erreur et la tendance de l’Etat à « surévaluer » la croissance, l’économie pourrait bien se trouver en dépression depuis ces quelques dernières années.

C’est ce que l’ex-secrétaire du Trésor américain, Larry Summers, appelle « stagnation séculaire ». Mais c’est simplement une excuse, destinée à dissimuler la cause réelle du déclin que lui et ses confrères initiés ont provoqué.

Ils pensaient pouvoir améliorer le système en gérant sa masse monétaire, ses taux d’intérêt, et ses politiques en matière de crédit bancaire. A présent, ils en ont fait un beau gâchis.

Le visage de James a grimacé lorsque j’ai évoqué Summers. Peut-être a-t-il hérité de son grand-père ce scepticisme instinctif à l’égard de Summers, Bernanke, Krugman, Reich, Rubin, Yellen, Draghi… et tous les autres je-sais-tout qui prétendent améliorer le monde.

En fait, il dormait profondément, apparemment. Mais j’ai tout de même poursuivi. (Je conseille à nos chers lecteurs d’éteindre la lumière et de s’installer confortablement en position horizontale).

Le saut « d’obstacle »

Dans un contexte économique sain, les taux d’intérêt suivent (à peu près) naturellement la croissance économique.

Une faible croissance signifie une faible demande en faveur de l’épargne. Les sociétés ne se développent pas. Les consommateurs n’achètent pas. Les investisseurs ne spéculent pas. Les taux d’intérêt chutent en réaction à la baisse de la demande.

Et lorsque l’économie s’emballe, les taux d’intérêt devraient augmenter, reflétant ainsi la hausse de la demande en faveur de capitaux.

Vous remarquerez qu’il s’agit d’un système cyclique qui s’auto-corrige. Les taux d’intérêt élevés amplifient les « obstacles » auxquels les nouvelles entreprises doivent faire face. Elles doivent être plus rentables afin de les franchir.

Donc, les dirigeants d’entreprises et les investisseurs doivent se montrer plus prudents. Si leurs projets ne parviennent pas à produire suffisamment de nouveaux revenus (richesses) pour couvrir le coût des ressources utilisées, ils perdent de l’argent.

La voilà, la vérité cruciale au sein d’une économie réelle. Les capitaux y sont toujours rares. Il faut donc s’en servir avec sagesse. Les taux d’intérêt révèlent simplement le degré de rareté de ces capitaux.

Normalement, les taux d’intérêt en hausse taillent dans les nouveaux projets, ralentissent l’économie, puis baissent d’eux-mêmes. Alors, à mesure que les obstacles se réduisent, les entrepreneurs se lancent dans de nouveaux projets. Et l’économie se relance.

A partir de cette simple description, les docteurs en économie tels que Summers ont sombré dans l’absurdité.

Si des taux d’intérêt élevés ralentissent une économie… et que des taux d’intérêt bas la relancent… tout ce que nous avons à faire, se sont-ils dit, c’est de baisser les taux. Et alors, l’économie fonctionnera tout le temps à fond !

Quelle reprise ?

Il y a huit ans, la Fed – ce n’était pas la première fois – a mis ce plan en oeuvre.

Elle a baissé les taux d’intérêt à un niveau très proche de zéro, le « zero bound« , pour essayer de stimuler la reprise.

La Fed a signalé ainsi aux entrepreneurs que des volumes de capitaux étaient disponibles dans des proportions proches de l’infini, et ce à un coût négligeable.

Inutile d’être prudent. Inutile d’utiliser cet argent avec sagesse. Allez-y et achetez… investissez… spéculez !

Mais attendez… C’est quoi, ça ?

Elle est où, la reprise ?

David Stockman, ex-directeur du budget du président Ronald Reagan, a calculé qu’un Américain moyen gagne désormais 40% de moins – ajustés comme il se doit à l’augmentation du coût de la vie – qu’au début de ce siècle.

Que s’est-il produit ?

L’Etat a donné à l’économie suffisamment de « stimulus » pour réveiller les morts. Mais au lieu d’enregistrer une croissance du PIB, l’économie semble avoir suivi la même direction que les taux d’intérêt bidons de la Fed : vers le bas, donc.

Pour les esprits puérils à la Fed, cela doit sembler impossible. Mais il semblerait que la baisse des taux d’intérêt ait également fait ralentir l’économie.

Comment cela a-t-il pu se produire ?

James a légèrement bougé. Nous avons pensé qu’il allait peut-être se réveiller. Alors nous avons poursuivi…

Un dangereux brouhaha

Dans le contexte d’une économie saine, les taux d’intérêt sanctionnent l’équilibre entre l’excédent de capital disponible et la demande correspondante.

Ils contiennent des informations précieuses, telles que le laps de temps en secondes pendant lequel vous pouvez tenir une grenade avant qu’elle n’explose.

C’est pareil avec l’argent. L’argent, ce n’est pas la même chose que la richesse, et le ticket de la voiture que l’on a garé dans un parking, ce n’est pas la même chose que la voiture. Le ticket de parking constitue une information, pas de la richesse.

C’est pourquoi une économie ne produit pas par magie davantage de richesse sous prétexte que vous falsifiez les taux d’intérêt afin de distribuer davantage de faux dollars.

Autant imprimer davantage de tickets de parking ! Le nombre de voitures garées dans le parking ne va pas augmenter.

Les vrais tickets de parking constituent une information précieuse. Les tickets de parking bidons produisent un dangereux tumulte… trompeur et malhonnête.

Ils ne font rien pour que l’économie fonctionne mieux, de façon plus efficace et productive. Ils en font juste un gâchis… comme Summers et al l’ont fait… et ils appauvrissent les gens.
[NDLR : Il existe un remède simple — et extrêmement concret — au gâchis économique ambiant et à ses répercussions sur votre épargne. Pour le découvrir, cliquez ici.]

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “L’économie réelle expliquée à mon petit-fils”

  1. Et si c’était fait exprès justement d’appauvrir les gens ? Des hommes qui ont de bons boulots et de bons salaires ne consentent pas à la guerre ! Les rendre pauvres, permet de les faire consentir à la guerre !

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