Paris, France
Mardi 12 juin 2007
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*** Ces excès d’excédents qui excédent les USA
Chine, taux d’intérêt, protectionnisme, politique intérieure… et poker menteur
*** Leçon d’humilité
Bill Bonner se demande quel genre d’argent on obtient sans travailler ni épargner
*** Le Koweït brise ses liens (1)
Le billet vert en mauvaise posture au Moyen-Orient…
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Bonjour,
*** CES EXCES D’EXCENDENTS QUI EXCEDENT LES USA
** La tension retombe un peu sur le front des taux d’intérêt aux Etats-Unis : le rendement du 2017 se contractait de 5,25% vers 5,10% au cours du seul après-midi de la séance de vendredi mais il flirtait de nouveau avec les 5,15% lundi soir. Nous profitons de la hausse de 2% de la bourse de Shanghai, qui retrace le seuil des 4 000 points, pour faire un petit focus sur les excédents commerciaux chinois.
Leur progression — en dépit d’un yuan qui s’est apprécié de 5% en un an — est vertigineuse. Elle atteignait 73% en glissement annuel au mois de mai, pour un total mensuel de 22,45 milliards de dollars, selon les statistiques officielles de l’agence Chine Nouvelle, qui s’appuie sur les données transmises par les Douanes — cela après une envolée de 74% entre 2005 et 2006.
Le surplus chinois dépasserait les 85,7 milliards de dollars depuis début janvier, soit un montant qui représente déjà plus de la moitié des 177,5 milliards de dollars engrangés en 2006. Des organismes officiels estiment que nous sommes partis en 2007 sur des bases supérieures à 250 milliards de dollars, et que la barre des 300 milliards de dollars pourrait être allègrement franchie avec le pic des ventes de fin d’année à destination des Etats-Unis (Wal-Mart étant de très loin le premier client à capitaux privés de l’Empire du Milieu).
** Nos lecteurs savent que la Chine excelle dans l’art de camoufler le montant réel de ses exportations en utilisant des intermédiaires basés à Hong Kong ou dans les Antilles néerlandaises ; ceci afin de ne pas s’attirer les foudres des membres du Congrès US qui dénoncent par ailleurs les pratiques fiscales anti-concurrentielles (à l’encontre des produits importés des Etats-Unis ou de l’Union européenne) maintenues par Pékin en violation des règles de l’OMC.
En ce qui concerne les conditions de travail en vigueur dans les entreprises sous-traitantes de groupes qui exportent officiellement vers l’Occident (ceux-là cultivent une façade de respectabilité), Pékin — ou plutôt les inspecteurs chargés de réprimer le recours à la main d’oeuvre enfantine sous payée ou d’"intérimaires" corvéables à merci– ferment les yeux sur des pratiques assimilées à de l’esclavage moderne. Par ailleurs, la police ne se prive pas d’intervenir pour mettre au pas les grévistes, sur requête d’entreprises privées.
Et que dire de la complicité active des autorités chinoises dans le cadre du dumping commercial — lequel repose sur des subventions directes accordées (cette liste est non-exhaustive) au secteur de l’acier, de l’édition, de l’industrie papetière, des semi-conducteurs ou des composants aéronautiques ?
Si nous prenons la peine de revenir sur ces réalités chinoises peu reluisantes, ce n’est pas en premier lieu à cause d’un nouveau scandale (exploitation d’enfants, graves violations des droits des ouvriers) entourant la fabrication des articles sous licence destinés au juteux marché des produits dérivés des Jeux Olympiques. Non, il s’agit plutôt de la montée des rancoeurs chez les parlementaires en Amérique du Nord, aussi bien au Canada qu’aux Etats-Unis.
Le sujet devient en effet un enjeu de politique intérieure en vue des présidentielles de novembre 2008. La Maison-Blanche commence à s’émouvoir des livraisons d’armes chinoises au régime soudanais en contrepartie du droit d’exploiter les champs pétrolifères. La Chine est devenue le premier client — ainsi que le premier fournisseur — de ce pays en pleine guerre civile, désormais sous étroite surveillance de l’ONU pour cause de conflit au Darfour.
Nous restons convaincu qu’une tension des relations sino-américaines peut se traduire par de sévères désordres sur les marchés obligataires. Le Chine est désormais la première détentrice au monde de T-Bonds US : elle détient en quelque sorte l’arme de dissuasion absolue au cas où les Etats-Unis feraient pression sur l’OMC pour lui imposer des sanctions pécuniaires.
En ce qui concerne les mesures protectionnistes réclamées par ceux (de plus en plus nombreux) qui voient dans la Chine le prochain rival planétaire de l’Amérique — et la notion d”ennemi" n’est jamais très loin lorsque des néo-conservateurs sont au pouvoir –, il ne faut même pas y songer : ce sont les Etats-Unis qui auraient le plus à y perdre, au moment où la croissance apparaît dopée par les exportations tandis que les résultats des entreprises cotées à Wall Street sont sauvés par les activités à forte marge basées en Asie du sud-est.
** La Chine se sent plus sûre d’elle que jamais ; la bourse de Shanghai s’est offert ce lundi un rebond de plus de 2%, ce qui propulse l’indice SSE au contact du seuil psychologique des 4 000 points. Au lendemain d’un rebond de 1,3% des indices américains, avec une timide poursuite des rachats "à bon compte" (si l’on peut dire, vu les multiples qui se pratiquent outre-Atlantique !), les places européennes n’ont eu aucune peine à matérialiser une reprise de +0,9%.
A Paris, les jeux étaient fait dès l’ouverture (+0,95%) : le CAC 40 a évolué durant huit heures au sein d’un étroit corridor délimité par 5 925/5 939 points, avant d’en terminer sur une hausse de 0,97%, à 5 940 points. Cela s’inscrit dans la bonne moyenne, mais les volumes (5,6 milliards d’euros) ne traduisent pas un retour en force des acheteurs.
Les taux longs américains, qui s’étaient contractés de façon spectaculaire vendredi soir (le 10 ans, qui affichait 5,25% en matinée, terminait la semaine au contact des 5,10%) se sont retendus jusque vers 5,15% ce lundi. Vu le climat actuel, nul doute que le Livre Beige de la Fed — la feuille de route monétaire publiée ce mercredi vers 20h — sera disséqué avec une attention toute particulière.
Nous sommes convaincu que Ben Bernanke profitera de l’occasion pour ajuster le tir. Soit il confirme que le biais monétaire demeure restrictif — et Wall Street recommencera à s’angoisser à propos du coût de l’argent… soit il estime que le ralentissement économique pourrait s’accompagner d’une réduction graduelle des risques d’instabilité des prix. Dans ce cas, le scénario d’une détente du prime rate pourrait de nouveau être privilégié : cela signifie que les marchés auraient joué à se faire peur, et trouvé ainsi un bon prétexte pour souffler un peu, alors que toute tentative de consolidation des cours se brisait depuis deux mois sur la multiplication des rumeurs d’OPA.
** Nous sommes sceptiques au sujet de nombreux bruits invérifiables qui circulent depuis quelques semaines à Paris — en particulier à propos d’un rapprochement entre BNP Paribas et Société Générale : la première n’en veut pas et la seconde déclare soudain "qu’il n’y a pas urgence" après avoir mandaté deux banques conseil pour évaluer la faisabilité de l’opération.
Notre expérience nous enseigne que le tapage orchestré autour d’un tel rapprochement est le meilleur moyen de le rendre irréalisable. En revanche, les actionnaires — les petits comme les gros, et surtout les gros — ne peuvent que se féliciter du climat spéculatif qui pousse les cours vers de nouveaux records.
Reste à déterminer — s’il ne s’agit là que d’un artifice — dans quelle mesure ce genre de poker menteur (une pure hypothèse, naturellement !) ne serait pas le précurseur de l’avènement d’un marché baissier… qui aurait pour origine un "excès d’excédent" de liquidités !
Philippe Béchade,
Paris
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Mettez une valeur "sarkozyste" dans votre portefeuille !
Notre nouveau président a décidé de "faire de la France un pays de propriétaires" ; Jean Chabru, spécialistes en petites valeurs, a détecté ce mois-ci une pépite particulièrement bien placée pour profiter d’une telle ambition.
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** LECON D’HUMILITE
** La Grande Bulle Mondiale continue-t-elle de se développer ?
* Nous avons vérifié auprès de nos sources habituelles ce matin.
* Et oui… après quelques jours d’incertitude la semaine dernière… la fuite a été rapidement réparée et la bulle continue d’enfler.
* Nous sommes désormais au sixième mois de la 25ème année de cette expansion historique… et tout va pour le mieux.
* Hier, un vieil ami nous a parlé d’une autre vieille amie :
* "Tu te souviens de Catherine ?" a-t-il demandé. "Tu sais, elle collectionne les photographies — des photographies de gens célèbres. Devine quoi ? Le marché des photos a perdu la tête. En fait, toutes les sortes de collections ont perdu la tête. Il y a tellement d’argent que tout en profite. Catherine a des photos qu’elle avait achetées 4 000 $ il y a quelques années de ça. Elles seront mises en vente chez Christie’s cette semaine. Tu veux connaître le prix de départ ? Un demi-million. C’est vraiment incroyable".
* Vous voyez combien il est facile de s’enrichir, cher lecteur ? Il suffit d’acheter quelque chose. Ensuite, laissez passer un laps de temps respectable, et revendez-le à quelqu’un. C’est si facile que même un idiot pourrait le faire. En fait, bon nombre des gens qui le font sont des idiots. Ils pensent que les prix des actifs ne font que grimper. Et ils s’enrichissent parce qu’ils ne savent rien de plus. Oh, la félicité de l’idiotie…
* Mais quel genre d’argent obtient-on sans travailler ou épargner ? "Le meilleur genre", disent la plupart des gens. A nos yeux, cependant, ce n’est qu’un faux-semblant. C’est comme un homme ayant épousé une riche veuve… pour découvrir qu’elle est aussi fauchée que lui. Peut-être que ça marchera… ou peut-être pas.
* Nous confessons être trop riche pour voler… trop bête pour mentir… et trop humble pour profiter d’une bulle de crédit. Pour s’enrichir dans ces marchés insensés, aujourd’hui, il faut croire en des choses insensées. En soi, cela ne nous dérange pas — le problème, c’est que les choses insensées dont il faut se persuader en ce moment vont à rebrousse-poil de notre sens de l’humilité.
* Aujourd’hui, il faut croire non seulement que les actifs financiers surévalués grimpent, mais que vous êtes le seul à savoir lesquels vont grimper le plus. Il faut également être convaincu d’en savoir plus long que M. le Marché. Parce que lorsqu’on achète au prix du marché, on parie que M. le Marché a fait une erreur et manqué quelque chose. Ensuite, il faut croire que lorsqu’il se rendra compte de ce qu’il a manqué, les actifs que vous venez d’acheter grimperont.
* La vertigineuse arrogance de tout cela nous dépasse. Nous n’achetons pas des choses parce que nous pensons que M. le Marché s’est planté. Nous n’achetons que les actifs dont nous pensons qu’ils ont une vraie valeur. Mais pour l’instant, où pouvons-nous trouver de la valeur réelle ? En bourse ? Sur le marché de l’immobilier ?
** Pourquoi pas au Paraguay ? Peut-être. C’est là que le clan Bush a acheté un ranch. Nous pensons qu’ils anticipent le moment où ils devront fuir les foules américaines en colère. Ils ont probablement passé un accord pour que le gouvernement paraguayen les laisse venir bouder là-bas une fois que les gens auront découvert le pot aux roses aux Etats-Unis. Ou peut-être qu’ils prenaient simplement la valeur en considération. Selon International Living, on ne peut pas en avoir plus pour son argent qu’au Paraguay.
* Qui veut vivre au Paraguay, demandez-vous ? Nous n’en savons rien ; nous allons enquêter.
* Mais revenons à la première Bulle Mondiale de l’histoire. Nous notons qu’une chose — outre l’or — n’a pas rebondi la semaine dernière : les bons du Trésor US à 10 ans. Ils baissent. Cela signifie que le prix du crédit grimpe — en dépit du glorieux afflux de cash et de crédit provenant des banques centrales, des spéculateurs et des autres. A présent, si le coût de la dette grimpe assez, la bulle de crédit va bien entendu éclater.
* Selon la théorie économique classique, une bulle de crédit en pleine expansion a besoin de plus en plus de crédit pour se développer et continuer d’augmenter son rendement. C’est ce que nous avons vu ces dernières années — une dette plus élevée/PIB. Les économistes préviennent à présent que le ralentissement de l’immobilier pourrait avoir un effet plus durable que prévu sur la croissance du PIB US ; selon les chiffres les plus récents, la croissance réelle du PIB est passée sous le taux de croissance démographique. A mesure qu’une bulle de crédit suit son cours, elle devient moins efficace dans la production de richesse… et plus efficace dans la production de ce qui manquait le plus en premier lieu — l’humilité.
* Cela signifie que si les choses continuent à ce rythme, les Américains finiront par traverser le Rio Grande pour chercher du travail de l’autre côté de la frontière.
* Peut-être que les Mexicains construiront le mur avant les Américains.
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*** La Chronique Agora présente ***
Il y a des moments où, comme aujourd’hui, n’importe quel observateur raisonnablement astucieux peut regarder à l’horizon et voir ce qui arrive. Une crise monétaire se dirige vers nous — de plus en plus vite, selon nous. David Galland, de Casey Research, nous en dit plus…
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LE KOWEIT BRISE SES LIENS — 1ère PARTIE
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Par David Galland (*)
Il y a des années de cela, je me rappelle avoir entendu un trader en devises déclarer que pour savoir ce qu’un gouvernement va faire avec sa monnaie, il faut écouter ce qu’il dit qu’il ne fera pas… et s’attendre au contraire.
Le 3 mars 2007, par exemple, Bloomberg nous annonçait la nouvelle suivante :
"L’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis et quatre autres pays du Golfe Persique discuteront de la possibilité de réévaluer le lien de leurs devises avec le dollar avant la proposition d’une union monétaire dans la région en 2010".
"Les états ne changeront pas le lien avec le dollar simultanément, a déclaré aux journalistes Sultan Ben Nasser al-Suwaidi, gouverneur de la Banque centrale des Emirats Arabes Unis. Six pays constituent le Conseil de Coopération du Golfe, et les officiels de leurs banques centrales se rencontreront en avril prochain. Les autres pays sont le Bahreïn, le Qatar, Oman et le Koweït".
"’Nous n’agirons pas unilatéralement’, a déclaré al-Suwaidi à Dubaï, dans les Emirats Arabes Unis".
Le 15 mars, Bloomberg continuait en disant…
"Le dollar pourrait se trouver revigoré après que les six membres du Conseil de Coopération du Golfe, qui comprennent l’Arabie Saoudite et le Koweït, ont décidé de ne pas réévaluer leurs devises par rapport à la devise américaine".
"’Nous ne prévoyons pas de réévaluer’, a déclaré Hamad Saud al-Sayari, gouverneur de l’Agence monétaire d’Arabie Saoudite, aux journalistes aujourd’hui. ‘Le dollar américain est toujours très important pour nous’."
Apparemment, quelqu’un a oublié de mettre les Koweïtiens au courant, parce que le 20 mars dernier, le Koweït a annoncé qu’il abandonnait son lien avec le dollar, pour le remplacer par un panier de devises.
Cela provoquera certainement un effet domino au Moyen-Orient — une manœuvre qui serait probablement accueillie chaleureusement par les habitants de la région… et avec plus de froideur par les membres du gouvernement américain chargés de maintenir l’hégémonie du billet vert.
Et puis il y a le cas de la Chine, que nous aborderons dès demain…
Meilleures salutations,
David Galland
Pour la Chronique Agora
(*) David Galland est rédacteur en chef de Big Gold, une nouvelle publication de Casey Research dont l’objectif est d’aider les investisseurs à profiter du marché haussier des métaux précieux — grâce entre autres choses à un portefeuille de petites et grandes valeurs dans le secteur aurifère.
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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