Le verre à moitié plein

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La Chronique Agora
Paris, France
Mercredi 15 novembre 2006
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*** Pensée unique et réalité insaisissable
Jean-François Copé et Alain Minc au menu des BFM Awards

*** Où est le mur d’inquiétude ?
Normalement, les actions devraient être en train de l’escalader…

*** Le verre à moitié plein
Face au calme des marchés, restons flegmatiques…

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L’incertitude boursière n’est pas le seul facteur menaçant votre patrimoine

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Bonjour,

*** PENSEE UNIQUE ET REALITE INSAISISSABLE

** Le scénario auquel nous avons assisté hier sur les marchés financiers correspond à peu de choses près à celui que nous anticipions lundi matin : séance sans grand relief, volatilité réduite, absence d’enjeux macro-économiques majeurs, dollar entre deux eaux (fluctuant étroitement entre 1,28 et 1,2850/euro) et consolidation limitée des indices américains.

La consolidation s’est donc matérialisée avec 24 heures de retard, mais elle n’a jamais dépassé une intensité supérieure à -0,50% (une heure après la reprise des cotations à Wall Street). Le CAC 40 s’est redressé d’une dizaine de points une poignée de minutes avant le coup de cloche final, de telle sorte que le repli du jour se trouvait ramené à un modeste -0,26%.

La fin de l’après-midi fut marquée par un petit mouvement d’humeur en réaction au piètre niveau des ventes des entreprises aux Etats-Unis au mois de septembre. Elles accusent en effet une baisse de 2%, soit la plus forte chute depuis janvier 1996 — tandis que les stocks se gonflaient de 0,4% pour le deuxième mois consécutif, après +0,6% au mois d’août.

Mais le mois de septembre, c’est déjà du lointain passé ; les ventes au détail du mois d’octobre sont ressorties en très léger repli de 0,2% en octobre, alors que les économistes tablaient en moyenne sur une baisse plus importante, de 0,5%. Voilà de quoi tempérer les inquiétudes concernant la santé de l’économie américaine et apporter de l’eau au moulin des tenants de l’hypothèse de l’atterrissage en douceur, sur fond de réduction graduelle des pressions inflationnistes au fil des semaines.

Et l’indice des prix à la production a en effet fortement reculé de 1,6% le mois dernier aux Etats-Unis, en raison de la chute record de 5% des prix de l’énergie. Le niveau de contraction des prix hors alimentation et énergie s’établissait à -0,9% au mois d’octobre, effaçant jusqu’au souvenir des 0,6% de hausse en core rate observés au mois de septembre.

Les investisseurs ne semblaient en tirer aucune conclusion définitive. Wall Street, quasi-stable à l’heure du déjeuner, tentait de se dépêtrer de la contradiction résultant de l’annonce de résultats décevant chez Home Depot (bénéfices en recul de 3%) — tandis que Wal-Mart annonçait des profits supérieurs aux prévisions (+11%) et faisait état de perspectives plus favorables que le mois précédant concernant les ventes de fin d’année.

En Europe, la consommation des ménages marque le pas au troisième trimestre ; septembre fut carrément très décevant en France. Cependant, le PIB global aurait augmenté de 0,5 % selon les estimations préliminaires publiées par Eurostat, qui estime que la croissance devrait atteindre 2,6% d’ici fin 2006 (contre une prévision de 2,7% au début de l’été).

En Allemagne, le PIB a progressé de 2,3% en rythme annuel, selon les données préliminaires publiées ce matin par l’Office fédéral des statistiques — soit un avantage de 0,4% par rapport à l’Hexagone, en panne de croissance entre juin et septembre.

** Jean-François Copé, qui parrainait la remise du trophée du "plus grand chef d’entreprise français" lors de la cérémonie des BFM Awards, n’a pas manqué d’évoquer cette contre-performance inattendue, sans avancer d’explication.

Nous brûlions d’en connaître les raisons officielles… mais le ministre du Budget expliqua deux paragraphes plus loin que les Français étaient certes excellents en Histoire (avec un grand H) et en design — les BFM Awards venaient de distinguer quelques minutes auparavant le fabricant d’articles de sport basé Airness et le n°1 de la sellerie de luxe Hermès ; lors de l’édition 2005, c’est JC Decaux qui avait été primé — mais notoirement incompétents en géographie, et surtout en science économique.

Nous n’avons pas honte, à la Chronique Agora, d’être aussi nuls que nos compatriotes. Si l’économie est une "science", nous estimons alors que l’illusionnisme et la télékinésie relèvent de cette catégorie… et comme nous les jugeons beaucoup plus distrayantes, nous ne consacrerions que quelques moments perdus à l’étude de la quantification des retombées d’une création effrénée de monnaie de singe sur le niveau de vie de ceux qui en ont apparemment le plus besoin. Aucun mystère à ce sujet, d’ailleurs : dans un contexte de concurrence planétaire pour la captation de cette manne, plus une banque centrale imprime de billets de banque, plus les classes moyennes se paupérisent et plus les pauvres se précarisent — tout le contraire du projet républicain, en quelque sorte !

Jean-François Copé n’a pas relevé cette contradiction, et nous a asséné son habituel couplet sur les réalités incontournables de la mondialisation — une version à peine édulcorée de cet aphorisme qui devrait assurer une renommée éternelle de songe-creux à son auteur, le pseudo-intellectuel Alain Minc : "ce n’est pas la Pensée qui est Unique, c’est la Réalité".

Ayant survolé d’un regard plein d’humilité quelques commentaires de textes dédiés à la théorie de la relativité générale d’Albert Einstein — et nous avons choisi à dessein une sélection d’analyses à notre portée, destinée aux élèves de CM2 (et non d’E=MC2), écrits en gros caractères — nous en avons retiré l’impression que le réel, c’est parfois une question de point de vue… et le plus simpliste n’est souvent pas le plus pertinent !

Le point de vue d’Alain Minc, nous le connaissons bien : l’entreprise — enfin, la multinationale dont il se veut le plus éclairé des conseillers — est désormais la seule entité réellement compétente en matière économique, et les gouvernements se doivent de lui apporter leur concours (les banques centrales s’y sont d’ailleurs résolues depuis longtemps).

Déterminer quel type de société en découle, cela ne le soucie guère. Il applaudit la marchandisation de la planète, puisqu’il s’agit d’un processus naturel inéluctable (c’est économiquement le plus "efficace"), l’individu étant réduit au double statut de consommateur — éternellement insatisfait — puis d’agent de production isolé, en concurrence frontale et permanente avec tous les autres. De son côté, l’écrasante majorité des dividendes du système est confisquée par une micro-minorité de "producteurs actionnaires" dont l’horizon de pensée se réduit à la publication des prochains trimestriels, avec l’impératif d’en concevoir une présentation qui fera bondir le cours de bourse, afin de maximiser les gains sur leurs stock-options.

** Nous ne sommes pas surpris qu’il se soit trouvé quelques individus dans la salle (toujours lors de la remise des BFM Awards) pour applaudir Anne Lauvergeon, présidente d’Areva, lorsqu’elle rappellera en guise de conclusion que l’équilibre familial et la prise en compte de besoins humains plus profonds sont également la clé — sinon une condition première — d’un accomplissement personnel.

C’est toute la différence entre un projet de civilisation basée sur le concept de la richesse et un autre basé sur le principe du bien-être. Sauf que le bien-être ne pousse pas à consommer de façon compulsive une masse d’objets inutiles fabriqués par de simili-esclaves, et encore moins une pharmacopée d’antidépresseurs.

Philippe Béchade,
Paris

PS : Si la séance boursière du jour vous laisse perplexe… retrouvez Philippe Béchade au 0899 707 009* dès 15h45 cet après-midi : avec une analyse approfondie des derniers événements économiques, le suivi de notre portefeuille et la recommandation du jour, vous aurez tout ce qu’il faut pour garder le bon cap !
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** OU EST LE MUR D’INQUIETUDE ?

** Les actions ont grimpé "un mur d’inquiétude", nous informait le International Herald Tribune en confidence cette semaine.

* Bizarre.

Nous ne voyons pas de mur d’inquiétude. Pas même une haie d’hésitation… une digue de doute… ni même un précipice de problèmes.

* Lorsque les actions commencent un marché haussier majeur, les vétérans de la bourse aiment à dire qu’elles "grimpent un mur d’inquiétude". Pourquoi ? Parce que pour que des investissements soient prêts à grimper de manière significative, il faut d’abord qu’ils soient bon marché. Et lorsqu’ils sont bon marché, les investisseurs s’inquiètent du fait qu’ils puissent devenir meilleur marché encore.

* Passer de "bon marché" à "cher", c’est le trajet essentiel d’un marché haussier. Mais si les actifs ne sont pas bon marché… ils ne peuvent aller aussi loin… et on n’obtient pas autant de profits.

* Les actions ne sont une bonne affaire qu’après une baisse — en général de longue durée. Les investisseurs sont alors bien conscients que les cours peuvent chuter. En fait, au début des plus grands marchés haussiers — 1949 et 1982 — les investisseurs n’avaient rien connu d’autre que des prix en baisse durant deux décennies. Naturellement, ils s’inquiétaient.

* Sont-ils inquiets actuellement ? Pas au point qu’on le remarque. La volatilité frôle des plus bas records. Les options put (qui protègent les investisseurs de la baisse en leur permettant de vendre les titres à un prix fixé au préalable) sont extrêmement bon marché. Et les nouvelles sont quasiment toutes positives — inflation limitée, profits élevés, chiffres de l’emploi excellents. Le International Herald Tribune nous apprend même que les consommateurs américains continuent de déverser leur argent comme de l’eau — malgré le fait que le robinet de la bulle immobilière a été fermé. "Les ventes saisonnières sont marginalement plus élevées", ajoute Reuters.

* D’où obtiennent-ils cet argent ? Nous n’en savons rien. Mais les journaux nous disent que l’économie est vigoureuse, avec abondance de liquidités. Nous devrons attendre une analyse détaillée de la plomberie pour savoir avec certitude. Il y a trois possibilités : soit l’impact du ralentissement immobilier n’a pas encore atteint les ménages… ou bien ce n’est vraiment pas aussi grave que nous le pensions… ou encore l’économie fournit aux consommateurs de nouvelles sources d’argent à dépenser.

* Nous verrons bien — d’une manière ou d’une autre.

** Pendant ce temps, les nouvelles financières ont été rares ces derniers jours. L’or se maintient aux alentours de 625 $. Le Dow fait son temps à plus de 12 000 points. Les obligations se tiennent dans le haut du canal délimité par le rebond commencé en juillet.

* Les marchés semblent patienter… observer… et se demander quoi faire ensuite. Qu’attendent-ils ? Nous supposons qu’ils se tiennent là en attendant des nouvelles du marché immobilier. Ou peut-être qu’ils traînent, tout simplement.

* Il ne fait aucun doute que le déclin de l’immobilier a tout ce qu’il faut pour administrer une sévère raclée à l’économie toute entière. Mais pour l’instant, il n’y en a pas signe.

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*** La Chronique Agora présente ***

Jean Chabru nous livre ses réflexions sur les conditions de marché actuelles — et sur les facteurs qui en nourrissent la hausse.

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LE VERRE A MOITIE PLEIN
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Par Jean Chabru (*)

Dans ma note d’octobre, j’avais laissé transparaître un optimisme de bon aloi concernant les perspectives d’évolution des marchés actions et spécifiquement des valeurs moyennes. Il me semblait que la correction de mai et juin n’était pas une rupture mais ressemblait davantage à une respiration nécessaire après un premier semestre un peu trop bon. Le ralentissement de la croissance américaine et l’apaisement des risques inflationnistes ont d’abord permis d’envisager la fin du cycle de resserrement monétaire de la Fed.

L’appétit sans limite des fonds
Les marchés américains en ont profité pour pousser leur avance, ce qui a eu un effet d’entraînement sur les indices européens puisque les liquidités générées ont pu être réinvesties. Ce phénomène s’est accentué en septembre et en octobre avec le repli des cours du pétrole. Les performances toujours soutenues des entreprises y ont également contribué. Il est également possible que les marchés aient profité d’une baisse de la prime de risque, résultant du récent apaisement des tensions géopolitiques.

Les gestions plus prudentes prenant ensuite acte de la reprise, elles ont elles-mêmes repris position sur les marchés en fin d’été, ce qui s’est traduit par une augmentation des volumes d’échanges. Mais un nouvel élément a rendu plus confiants les investisseurs : la poursuite des opérations de fusions et acquisitions à un rythme record qui a probablement constitué le soutien de la seconde partie de l’année. Plus encore que leur multiplication, c’est l’entrée dans la danse des fonds d’investissements qui a changé la donne.

L’arrivée de ces nouveaux acteurs dotés d’une puissance de feu énorme a soutenu la spéculation. D’autant plus que leur appétit ne semble plus connaître de limites, que ce soit en termes sectoriels ou de capitalisation. L’entrée de Weinberg Capital dans le capital de Team Partners ou, à l’autre bout de la chaîne, les rumeurs de reprise de Vivendi par KKR sont de très belles illustrations de l’appétit des fonds de Private Equity sur tout ce qui peut être coté.

Le verre à moitié plein
Le fait est que le ralentissement américain est en cours, tandis que l’économie européenne fait encore preuve d’une bonne tenue. A moyen terme, ce ralentissement ne manquera pas d’avoir un impact sur les perspectives des entreprises. Mais les investisseurs favorisent aujourd’hui une approche de plus court terme : le ralentissement de la croissance a mis un coup d’arrêt à la hausse des taux et pourrait même entraîner leur prochaine baisse, ce qui est favorable aux actions.

En somme, les investisseurs préfèrent aujourd’hui considérer que le verre est à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Aujourd’hui en effet, en l’absence de suffisamment d’éléments pour parler d’un retournement de conjoncture, le scénario d’un atterrissage en douceur de l’économie américaine reste privilégié. Ce qui n’empêche pas les opérateurs de se montrer plus enclins à diversifier leurs portefeuilles, comme le montre la récente remontée des valeurs défensives.

Remontée des valeurs défensives
La tendance à un retour sur les valeurs plus défensives pour la visibilité qu’elles peuvent offrir s’est effectivement confirmée. Et dans ce contexte, certaines valeurs de l’agro-alimentaire pourraient retrouver grâce aux yeux des investisseurs. On a pu constater ce phénomène assez récemment avec une valeur comme Bonduelle qui a vu son cours progresser de près de 40% depuis le 1er septembre sans que l’on assiste réellement à un changement notable du profil de croissance bénéficiaire. Or de mon point de vue, le groupe manque cruellement de pricing power face à la grande distribution.

Ce qui me semble en revanche plus prometteur, et que j’estime porteur de solides plus-values, sont des sociétés technologiques décotées. A ce titre, Linedata Services constitue un très bon exemple, même si la valeur — que nous détenons dans le portefeuille SSC — tarde à être redécouverte par le marché !!

Même si les marchés évoluent de manière assez erratique, il est clair que la seule méthode pour réaliser des plus-values en Bourse est de maintenir le cap même dans des mers un peu plus houleuses.

Meilleures salutations,

Jean Chabru
Pour la Chronique Agora

(*) Depuis plusieurs années, Jean Chabru est à la tête de Stratégie Small Caps, une lettre d’information consacrée uniquement aux petites valeurs. S’appuyant sur l’une des plus grandes bases de données françaises sur les petites valeurs, Jean Chabru déniche les pépites cachées des marchés pour le plus grand profit de ses lecteurs. Sa dernière trouvaille pourrait d’ailleurs faire parler d’elle…

Pour en savoir plus…

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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