Le vent d’est perturbe les cours du rhodium

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La Chronique Agora
Paris, France
Lundi 21 mai 2007
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*** Une configuration inédite
Le pétrole grimpe, le moral des consommateurs aussi…

*** L’investissement Dhando
Un nouveau mot qui pourrait rapporter gros…

*** La valeur compte
Des actions… des dieux… des héros grecs… et le prince Harry

*** Le vent d’est perturbe les cours du rhodium
Ornithologie, quotas et kazaktchok…

—————————– (publ.)

Ne faites pas de trading…
FAITES DES PROFITS !

Une forme d’investissement bien spécifique permet d’accumuler rapidement et simplement les plus-values.

Elle a déjà permis d’engranger 155% de gains cumulés en à peine deux mois… n’attendez plus pour en profiter ?

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Bonjour,

*** UNE CONFIGURATION INEDITE

** Le pétrole grimpe, le moral des consommateurs aussi. Voilà une configuration inédite — surtout pour les Etats-Unis, où un nouveau chaînon de l’évolution est en train d’être forgé, avec la lente apparition d’une sorte d’hybride, un centaure mi-humain mi-automobile (merci à Robert Merle, à qui je me suis permis d’emprunter cette jolie image).

Quoi qu’il en soit, même si l’addition est de plus en plus salée à la pompe (à New York, le baril de WTI vaut désormais 64,94 $, avec une hausse de 8 cents vendredi), les ménages américains ont le moral — comme le démontre l’Université du Michigan : son indice de confiance est ressorti en hausse, à 88,7 en mai contre 87,1 le mois dernier… et attendu à 86,5. "L’embellie sur le marché du travail et la hausse de Wall Street ont occulté le rebond des cours de l’essence, a révélé l’enquête", nous dit-on sur le site Investir.fr.

Ce ne sont là que des données préliminaires, donc potentiellement sujettes à révision… mais les investisseurs ne sont pas du genre à se faire du souci par anticipation ; ils ont donc fait — encore — grimper les marchés suite à ces bonnes nouvelles.

** Après une semaine hésitante, le CAC 40 a vigoureusement franchi les 6 100 points, clôturant la semaine à 6 101,14 points, soit une hausse de 1,23% sur la journée. Notre indice national s’est même offert une pointe à 6 111,04 points en cours de séance. A Londres, le Footsie n’était pas vraiment en reste, grâce à une grimpette de 0,94%, pendant qu’à Francfort, le DAX s’envolait littéralement, avec +1,44%.

Côté américain aussi, on avait hissé le drapeau vert — quoique de manière moins ostentatoire que sur les rivages européens. Le Dow Jones a grimpé de 0,59%, pour rejoindre les 13 556,53 points vendredi soir. Parallèlement, le Nasdaq s’adjugeait 0,75%, à 2 558,45 points. Enfin, le S&P 500 a grimpé de 0,66%, pour terminer la semaine à 1 522,75 points.

Du côté du dollar, le billet vert est toujours aux alentours des 1,35, à 1,3509 $ pour un euro en fin de semaine. L’or, par contre, est en petite forme : il a perdu 3,75 $ entre le premier et le second fixing de Londres vendredi, ce qui met l’once de métal jaune à 657 $.

** Afin de nous distraire de cet océan haussier, faisons un petit tour en Chine : l’Empire du Milieu vient en effet d’annoncer trois mesures qui pourraient bouleverser la donne boursière mondiale… ou pas.

La Tribune nous apprend en effet que Pékin a augmenté ses taux d’intérêt de 18 points de base… décidé de corser un peu l’accès aux prêts en relevant le taux des réserves obligatoires imposées aux banques chinoises… et même élargi le canal de fluctuation du yuan, de 0,3% à 0,5%. Quelques gestes de bonne volonté à l’égard de l’Occident, destinés à refroidir — vaguement — une économie chauffée à blanc.

Je ne suis pas certaine que la gigantesque locomotive chinoise sera ralentie par ces quelques brindilles posées sur ces rails. Les marchés boursiers, par contre, risquent de se montrer moins tolérants : "ce genre d’exercice rend toujours les marchés extrêmement nerveux, les investisseurs redoutant en permanence que ces expériences d’apprenti sorcier ne viennent ‘casser’ l’expansion d’une économie restant le moteur de la croissance mondiale".

"[...] Ces trois mesures, annoncées quasi-simultanément — et après la clôture des places de Shanghai, Shenzhen et Hong Kong — auront certainement un impact profond sur le sentiment des marchés… et augmente la probabilité d’une forte correction boursière à Shanghai, dont le marché a déjà été fortement ébranlé en février dernier. Une secousse qui avait déclenché un bref vent de panique sur l’ensemble des marchés du globe".

Voire… Ce matin, les marchés chinois ne donnaient pas vraiment l’impression d’être inquiets — mais ça peut toujours venir !

Une bonne correction, en tout cas, remettrait les pendules à l’heure… et permettrait à des investisseurs plus intéressés par la croissance de long terme que par la spéculation aveugle de se positionner en Chine à des niveaux intéressants.

Françoise Garteiser,
Paris

PS : Retrouvez Philippe Béchade dès cet après-midi au 0899 707 009* pour une analyse de l’actualité boursière : événements et humeur du jour, rumeurs, suivi de nos positions, nouvelle recommandation…
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

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Nos spécialistes vous donnent les dernières nouvelles de Wall Street

*** L’INVESTISSEMENT DHANDO

** Mohnish Pabrai, intervenant durant le Value Investing Congress ["Congrès sur l'investissement par la valeur", ndlr.] et gestionnaire de portefeuille du Fonds Pabrai, me rappelle Warren Buffett jeune. Il a rapporté environ 30% de rendement annualisé à ses investisseurs depuis les débuts de son fonds, en 1999 — la même performance que Buffett durant les premières années de sa carrière.

- Pabrai a fait une excellente présentation sur les dilemmes auxquels sont souvent confrontés les investisseurs par la valeur. Je viens de lire son livre, The Dhando Investor — et je le recommande à quiconque veut apprendre la manière dont les meilleurs investisseurs par la valeur envisagent le risque. Traduit littéralement, Dhando signifie "effort créant de la richesse". Mais pour Pabrai, ce mot signifie quelque chose comme "face, je gagne ; pile, je ne perds pas grand’chose". Les investisseurs Dhando cherchent à minimiser la taille des pertes qu’ils peuvent subir. Et le meilleur moyen d’y parvenir, c’est de réduire le prix que vous êtes prêt à payer pour acquérir les actions d’une entreprise.

** Produire à bas coût : les "remparts" des sociétés de matières premières
- Pabrai écrit sur Lakshmi Mittal, l’un des hommes les plus riches au monde — et qui a remarquablement réussi dans le secteur de la sidérurgie, un secteur que la plupart des gens ignorent, pour nombre de bonnes raisons. Arcelor Mittal est désormais l’un des plus gros producteurs d’acier cotés au NYSE. Grâce à une approche "face, je gagne ; pile, je ne perds pas grand’chose", la stratégie de Mittal est basée sur l’achat à bas prix d’aciéries dépréciées, puis la mise en place de contrôles de coûts disciplinés, et d’extension des opportunités de marché.

- "Lorsque Mittal s’empare d’actifs pour une poignée de dollars puis améliore leurs opérations, cela lui donne un avantage incomparable en matière de production à bas coût. Au cours des ans, il a développé un deuxième avantage durable — un arbitrage global sur la main d’œuvre, les matières premières, les coûts énergétiques et le meilleur prix de vente. A présent, sa taille colossale et son image de marque lui donnent un troisième avantage considérable : ses volumes et sa capacité lui permettent de négocier de meilleurs prix que ses concurrents avec les acheteurs comme avec les fournisseurs — ce qui fait baisser ses prix plus encore".

- Mittal a définitivement établi un "rempart" extrêmement précieux de production d’acier à bas prix qui peut continuer à croître tant que la discipline, en matière de coûts, reste l’objectif principal.

** Différents types de remparts
- Quels autres types de remparts les entreprises utilisent-elles pour défendre leur activité ?

- Suite à l’euphorie provoquée par la fusion proposée entre Alcoa et Alcan, l’un des intervenants du Congrès a prévenu le public que "les sociétés de matières premières n’ont pas de rempart".

- Pabrai n’est pas d’accord.

- En réalité, les sociétés de matières premières ont de solides remparts. Si vous n’êtes pas de cet avis, essayez de lancer votre propre entreprise minière… ou de faire concurrence à BHP Billiton en matière de prix ! Leur expertise, leur talent de gestionnaire — et, plus important encore, le gigantesque cumul d’investissements miniers qu’elles ont fait par le passé rendent ces sociétés irremplaçables. Et les aciéries doivent désormais payer à ces producteurs dominants une véritable fortune pour tout ce dont elles ont besoin — des ingrédients essentiels pour l’acier comme le minerai de fer ou le nickel.

- L’expression "sans rempart" s’applique peut-être à de petites sociétés de matières premières, mais pas à des entreprises comme BHP Billiton, dont les gestionnaires partent encore sur des prix très bas pour les métaux de base avant de décider si investir ou non dans une nouvelle mine. BHP a appris à survivre dans un environnement où les prix des matières premières sont bas, et devrait continuer à prospérer tant que les dirigeants restent disciplinés dans leurs décisions.

** Les remparts technologiques peuvent diminuer
- En s’appuyant sur l’exemple de Google, Pabrai illustre parfaitement comment le concept ancienne économie/nouvelle économie peut être appliqué à l’analyse fondamentale pour les actions :

- "Si on examine une entreprise comme Google, les choses commencent à se compliquer nettement. Google a connu une croissance spectaculaire de ses revenus et de son cash flow ces dernières années".

- Si on extrapole tout cela à l’avenir, l’entreprise semble s’échanger bien au-dessous de sa valeur intrinsèque sous-jacente. Si nous supposons que non seulement sa croissance risque de freiner, mais que le monopole que l’entreprise détient risque d’être remis en cause — par Microsoft, Yahoo ou tout autre nouvel arrivant — le tableau est bien différent. Selon ce scénario, la valorisation actuelle de Google pourrait bien représenter plusieurs fois sa valeur intrinsèque sous-jacente.

- "La méthode Dhando pour gérer ce dilemme est élémentaire : investissez uniquement dans des entreprises simples — où les estimations conservatrices quant au futur cash flow sont faciles à effectuer".

- Voilà pourquoi je tends à éviter les sociétés technologiques. Ce n’est pas qu’on ne puisse pas faire de profits, dans la technologie ; simplement, il faut être extrêmement confiant dans le fait que la technologie dans laquelle vous investissez ne sera pas obsolète dans quelques années. Qui sait si Google ou Yahoo — ou Baidu — domineront le marché des moteurs de recherche durant le 21ème siècle ?

- Qu’est-ce qui sépare les investisseurs prospères des investisseurs médiocres ? C’est l’exactitude des estimations faites grâce à leurs modèles de valorisation. Les économies émergentes se développent. Elles ont besoin de cuivre, de minerai de fer, de nickel, de pétrole, de gaz, de charbon et de tous les autres composants nécessaires au niveau de vie occidental. Inutile de faire des suppositions héroïques sur ce que seront les technologies dans 10 ans pour faire des profits dans les principales sociétés de matières premières — des entreprises qui ont des remparts élevés. Pour diminuer votre risque en investissant dans les matières premières, suivez le principe Dhando — et payez le prix le moins élevé possible.

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** LA VALEUR COMPTE

** Traite les autres… tu ne tueras point… acheter bas, vendre haut…

* La valeur compte. En fin de compte, c’est tout ce qui reste.

* A présent, cher lecteur, permettez-nous de vous poser une question. Si vous saviez ce que l’avenir vous réserve, pourquoi vous soucieriez-vous de la valeur ?

* Imaginons que vous ayez détecté une action magnifique dont le cours est bas ; les dirigeants de la société sont ultra-doués ; les marges sont excellentes ; elle n’est pas endettée — et ses produits se vendent comme des petits pains. Vous voudriez l’acheter, pas vrai ? Parce que pour vous, elle aurait vraiment de la valeur.

* Mais si vous pouviez lire les journaux de l’an prochain, vous ne vous donneriez pas autant de peine. Vous regarderiez simplement les entreprises qui ont le plus grimpé au cours des douze mois précédents. Vous ne perdriez pas de temps avec la valeur.

* Et dans votre état quasi-divin, vous n’auriez pas non plus à vous donner la peine de traiter les autres comme vous voudriez qu’ils vous traitent, parce que vous sauriez comment tout se termine.

* Rappelez-vous, c’est ce que faisaient les dieux eux-mêmes. Ils faisaient les 400 coups — transformant les gens en animaux pour les punir, se transformant eux-mêmes en animaux pour pouvoir culbuter quelques nymphes…bref, se comportant n’importe comment — et semblaient prendre du bon temps par la même occasion. Ils le faisaient parce qu’ils étaient des dieux ; ils pouvaient s’en tirer sans casse.

* Tu ne tueras point ? Bah, qu’est-ce que ça peut me faire ? Je suis un dieu… je peux tuer qui ça me chante.

* Acheter bas, vendre haut ? Bof, non… je vais juste acheter ce qui me rend le plus riche.

* Les dieux peuvent commettre des meurtres impunis. Mais les humains ne peuvent pas vraiment savoir ce qui va se passer. Et même si nous pouvions le deviner, nous ne saurions pas quoi en penser. Est-ce bien ? Est-ce mal ? Qui peut connaître les Voies du Seigneur… sinon le Seigneur lui-même ?

* Voilà pourquoi, à la Chronique Agora, nous nous en tenons à la valeur. Nous pouvons faire des suppositions quant à la direction que vont prendre les choses. Nous pouvons nous amuser avec nos théories… rabattre le caquet de nos adversaires avec nos arguments… et nous impressionner mutuellement par notre logique. Mais en fin de compte, nous devons nous en tenir à la valeur… sans quoi nous sommes perdus.

** Le Prince Harry n’ira pas en Irak, finalement. Ses responsables, dans l’armée britannique, déclarent que ce serait trop dangereux ; il serait une cible. Et cela les forcerait à se concentrer sur sa sécurité, les détournant de leurs propres objectifs militaires.

* Dommage. Nous attendions cela avec un peu d’impatience, en fait. Et nous savons que les néo-conservateurs doivent être déçus aussi.

* Nous aimions l’idée parce qu’elle nous rappelle les beaux jours des empires gréco-romains, lorsque les jeunes hommes issus de familles nobles étaient envoyés au front… et gagnaient leur place dans la société en défendant activement l’empire et en repoussant ses ennemis.

* Dans la Grèce antique, les hommes les plus âgés et les plus expérimentés étaient en première ligne. Ils rencontraient l’ennemi en face, jouant de taille et d’estoc jusqu’à ce qu’ils tuent ou soient tués.

* Rome envoyait ses jeunes aristocrates aux confins de l’empire, où ils gagnaient leurs lauriers dans des régions glacées, luttant contre de féroces barbares qui ne faisaient pas de quartier — et à qui on n’en faisait pas. S’ils avaient de la chance et de l’habileté, ils revenaient triomphants à Rome, tels César, traînant Vercingétorix enchaîné. S’ils étaient malchanceux ou indignes de confiance, ils tombaient dans un trou quelconque et on n’entendait plus jamais parler d’eux.

* Les néo-conservateurs aimaient l’idée de voir le prince Harry en Irak parce que, pour commencer, ils n’étaient pas à sa place. Ensuite, parce que cela flattait leurs illusions. Ils voient la guerre en Irak comme une partie du grand Choc des Civilisations, selon l’expression de Samuel Huntington. Ils la considèrent comme une suite des Croisades, lorsque les princes et rois d’Europe levèrent des armées et partirent se battre contre les infidèles. Richard Cœur-de-Lion l’a fait. L’empereur allemand Frédéric Barbarossa, l’a fait. Pourquoi pas Harry ?

* Nous devons être à la fin du cycle impérial. Nous ne trouvons le nom d’aucun néo-conservateur d’importance s’étant porté volontaire pour partir en Irak. Pas même le fils ou la fille de l’un d’entre eux. Au lieu de cela, ils travaillent pour des fonds de couverture… des organisations gouvernementales… et des sociétés d’armement.

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Le CAC 40 à 6 000 points… ou à 4 600 ?
Le pétrole à 45 $… ou à 80 $ ?
Economie mondiale en plein boom… ou krach globalisé ?

2007 pourrait être une année agitée : vos investissements sont-ils prêts à tout ?

Avec une performance moyenne de 92,34% depuis 1992… et des gains de 69,77%, 35,52%, 29,56%, 42,90% (entre autres) en 2006… voici le moyen d’affronter tout ce que l’avenir boursier peut nous réserver !

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*** La Chronique Agora présente ***

Un drôle d’oiseau parmi les métaux… dont la demande a grimpé de 80% ces 10 dernières années — et qui est aussi le plus cher des marchés. Ajoutez à ça une pincée de mystère russe… et on obtient un cocktail explosif !

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LE VENT D’EST PERTURBE LES COURS DU RHODIUM
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Par Emmanuel Gentilhomme (*)

Connaissez-vous notre ami le rhodium ? Non ? C’est un drôle d’oiseau de la grande famille des métaux platinoïdes (Platinum grade metals, ou PGMs), comme ses grands frères platine et palladium, et d’obscurs cousins comme l’iridium, le ruthénium et l’osmium.

Un bien bel oiseau : chaque once troy de rhodium (31,10 grammes, le poids de quatre pièces d’un euro) se négocie environ 6 000 $ l’once ($/oz). Environ, car il vient juste de décrocher 600 $ en quelques jours…

Le road movie du rhodium
Terminons d’abord son CV. Le rhodium est un oiseau rare : en 2006, on en a extrait seulement 800 000 onces, soit moins de 25 tonnes. Pourtant, c’est bien plus que par le passé : le rhodium est si prisé qu’entre 1997 et 2006, la demande a augmenté de 80%.

Qui consomme si frénétiquement un produit si coûteux ? Ceux qui ne peuvent s’en passer. Parmi ses particularités les plus prisées : son haut pouvoir réfléchissant, sa dureté et sa conductivité électrique. Allié avec ses aînés, et comme eux, le rhodium est essentiellement utilisé comme régulateur des émissions polluantes dans les pots d’échappements : pas de PGMs, pas de pots catalytiques. L’industrie automobile absorbe ainsi la quasi-totalité de la production. Entraînée par une vive croissance mondiale, l’industrie automobile a consommé en 2006 deux fois plus de rhodium qu’en 1997.

L’industrie chimique, celle du verre ainsi que la joaillerie utilisent elles aussi un peu de ce métal. En joaillerie, on dit d’un bijou qu’il est "rhodié" lorsqu’on le recouvre par électrolyse d’une fine couche de rhodium, qui rend l’or blanc plus éclatant. L’importance de ces demandes reste stable, à la différence de la précédente.

Le plus cher des métaux précieux en quête de record
Pour parfaire ce tableau, il manque encore le prix et la géographie du rhodium. Cela tombe bien : c’est là qu’est toute l’actualité de ce métal. Commençons par le prix : en juillet 1991, l’once de rhodium atteint brièvement le sommet toujours inégalé des 7 000 $/oz. Difficultés des minières et rumeurs de reconstitution du stock stratégique US n’y sont pas pour rien.

Illico, un tel prix a suscité l’appétit des minières sud-africaines comme AngloPlat, Implats et Lonmin, qui recherchent activement de nouvelles mines. Et voilà que la Russie d’Eltsine se met à liquider les stocks stratégiques de l’ex-URSS, dont ceux d’uranium, de diamants et de PGMs. Rapidement, le cours du rhodium s’effondre jusqu’à… 215 $/l’once en 1996.

Malgré quelques soubresauts "cappés" à 2 500 $/oz, il ne renouera avec la hausse que début 2004 : parti de 800 $, sa progression sera presque linéaire jusqu’aux 6 000 $ franchis brièvement fin mai 2006. S’ensuit une phase de consolidation sur les 4 500 $ qui durera quelques mois, puis la hausse reprend.

Et elle dure. En avril 2007, le rhodium s’installe au-dessus des 6 000 $. Grâce à une demande industrielle vigoureuse — et quelques fonds spéculatifs –, les 6 500 $/oz sont touchés le 13 avril dernier : un record de seize ans ! Mais à partir du 25 avril, la tendance haussière faiblit brutalement et le métal retombe, début mai, aux environs de 5 900 $/oz. Une baisse de 600 $ en quelques jours !

La fin du Cirque de Moscou ?
Que s’est-il passé fin avril ? La réponse est à chercher du côté du Kremlin. La Russie est le deuxième producteur mondial de rhodium, loin derrière l’Afrique du Sud, qui pèse de 60 à 95% de la production annuelle. En outre, la production sud-africaine croît constamment.

Tout l’inverse de l’offre russe, et c’est ce qui lui donne tant de pouvoir. En effet, les consommateurs de rhodium savent qu’ils peuvent compter sur l’offre "Sud-Af’". Pas sur celle des mineurs ex-soviétiques, dont le tout premier est Norilsk Nickel, contrôlé par les oligarques Vladimir Potanine et Mikhaïl Prokhorov.

De 1997 à fin 2006, l’Etat russe édictait des quotas d’exportation pluriannuels pour les PGMs par l’intermédiaire d’Almazjuvelirexport (ouf !), ou Almaz, qui disposait aussi du monopole des transactions afférentes. Les derniers quotas sur le diamant et le palladium couvrent la période 2003-2008, et ceux des autres PGMs — dont le rhodium — 2001-2006.

Les quotas de palladium et de diamants ne posaient pas — trop — de problèmes. Mais chaque année ou presque, la gestion des quotas des autres PGMs donnait invariablement lieu au même cirque : Almaz "tardait" à se décider, attendant des mois que les vendeurs viennent à manquer sur le marché, histoire de vendre à la faveur d’une hausse… Ainsi l’Etat russe contrôlait-il les revenus du géant Norilsk, tout en faisant tâter au monde extérieur de sa puissance.

La Russie danse le kazaktchok devant l’OMC
En novembre dernier, Russie et Etats-Unis ont signé un accord levant le dernier obstacle à l’entrée de la Fédération russe dans l’OMC. Les quotas sur les PGMs faisaient partie du lot. Effectivement, aucun quota ne peut plus être créé depuis le 31 décembre 2006. Serait-ce le début d’une nouvelle ère ?

Certes, les quotas seront remplacés par des licences délivrées par le Ministère fédéral du Développement économique et du Commerce. Voilà qui semble régulier. Mais devinez qui se charge de la procédure administrative : Almaz, dirigé par l’indéboulonnable Sergei Gorny ! Voire…

Et encore faut-il que lesdites licences soient accordées. Pas de problème pour le palladium jusqu’en 2008. Mais depuis l’expiration des quotas 2001-2006 le 31 décembre dernier, plus aucun gramme de platine, de rhodium et consorts ne pouvait plus sortir de Russie ! Voilà qui explique les records du premier semestre 2007.

Tout d’un coup, sans prévenir mais à la faveur de cours records, Almaz a pris une décision : platine et rhodium russes seront bientôt de retour sur les marchés. C’était le 25 avril dernier : voilà donc l’explication de la chute de ces derniers jours. Jusqu’au bout, le secret sera bien gardé : une rumeur, finalement confirmée par Norilsk.

Aux dernières nouvelles, il est question d’une reprise des exportations russes de platine et de rhodium courant mai. Le cours du métal dérape, mais il ne plonge pas de 2 000 $ en une séance comme en 1991, en dépit de la fin annoncée des ruptures d’approvisionnement liées aux quotas. Pas de doute : le marché est aujourd’hui plus profond, et la demande industrielle autrement plus vorace…

Meilleures salutations,

Emmanuel Gentilhomme
Pour la Chronique Agora

(*) Journaliste et rédacteur financier, Emmanuel Gentilhomme a déjà collaboré à plusieurs reprises avec le Journal des Finances et la Société Générale. Il suit de près les marchés boursiers européens et étrangers, mais s’intéresse également à la macro-économie et à tous les domaines de l’investissement — et notamment aux ressources naturelles. Il intervient régulièrement dans la lettre e-mail L’Edito Matières Premières,

[NDLR : Pour profiter de la future hausse du rhodium et du platine -- mais aussi de quatre autres métaux brûlants -- continuez votre lecture...]

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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