Le trésor englouti des Etats-Unis

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Lundi 10 avril 2006
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*** Attention au (re)démarrage
L’Histoire recommencerait-elle à bouger ?

*** Le trésor englouti des Etats-Unis
Pour trouver du pétrole, il suffit parfois de s’éloigner des côtes…

*** Le fleuve et l’or
Héraclite… des flux et des reflux… et de l’or, de l’or, de l’or…

*** La nouvelle vie d’Erin (1)
Bill Bonner se penche sur l’Irlande et ses nombreux changements…

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Bonjour,

*** ATTENTION AU (RE)DEMARRAGE

** Eh bien, on dirait que l’Histoire, sur la voie de garage où on l’avait si commodément rangée, commence à faire lentement chauffer ses circuits et dérouiller ses rouages… La vapeur s’accumule, et le démarrage pourrait s’avérer violent…

Le département du Commerce US a en effet annoncé vendredi — horreur ! — que les chiffres de l’emploi américain étaient solides : 211 000 emplois créés au mois de mars (contre 187 000 attendus par les économistes), et un recul du taux de chômage à 4,7% contre 4,8% le mois précédent.

La panique a été générale sur les marchés : une telle solidité va sûrement pousser la Fed à augmenter ses taux… et les menaces de krach obligataire sont soudain repassées au premier plan. Du coup, l’ambiance était sous tension — dans tous les sens du terme — sur les marchés obligations. Le rendement du bon du Trésor US à 10 ans s’est tendu de six points de base, à 4,96%, son plus haut niveau depuis 2002. Quant au taux à 30 ans, il a atteint la barre des 5% pour la première fois depuis deux ans…

Sur les marchés actions, on n’était pas en reste. Branle-bas de combat sur toutes les places mondiales, baisse unilatérale et prises de bénéfices conséquentes : la semaine s’est terminée sur une note de déroute généralisée. Le CAC 40 est ainsi repassé sous la barre des 5 200, perdant 0,91% à 5 174 points, pendant que le Dax et le Footsie abandonnaient respectivement 1,22% et 0,32%.

Même sauve-qui-peut aux Etats-Unis, où le Dow Jones a dégringolé de 0,86%, à 11 120,04 points. Le Nasdaq, de son côté, a pris un bon coup dans la nuque avec une chute de 0,94%, à 2 339,02% — tandis que le S&P 500 lâchait prise à 1 295,5 points, terminant la semaine sur une baisse de 1,03%.

Nous verrons bien ce que nous réservent les jours qui viennent…

** D’autres chiffres ont été publiés vendredi, mais n’ont guère eu d’impact après la hausse des emplois américains. Citons tout de même une hausse du stock des grossistes américains : +0,8% en février, selon le département du Commerce, alors que les économistes tablaient sur une hausse de 0,5% seulement.

Du côté européen, l’Allemagne annonçait un excédent commercial de 13,1 milliards d’euros pour février (contre 12,6 milliards en janvier, et bien au-delà de ce qu’attendaient les économistes).

La France, pendant ce temps, nous livre une interprétation toute personnelle de la valse économique : trois pas en arrière pour un pas en avant. L’Insee annonçait ce matin que la production industrielle française avait reculé de 0,9% en février (après une hausse de 0,3% en janvier).

Selon le journal La Tribune : on a là "un chiffre nettement inférieur aux attentes des économistes, qui tablaient sur une augmentation de 0,2%. ‘Les industriels eux-mêmes sont pris à contre-pied par une conjoncture qui ne répond pas à leurs anticipations (l’indice de moral des industriels n’est pas mal orienté, et laissait attendre des chiffres de production tout de même meilleurs)’, souligne Nicolas Bouzou, économiste chez Xerfi".

"’La production des biens de consommation a reculé pour le troisième mois consécutif ; ce qui est étonnant compte tenu de la bonne santé de la consommation des Français’, souligne Laure Maillard, chez Ixis. De fait, les biens de consommation sont en baisse (-0,4%) : la production diminue notamment dans l’habillement (-1,5%) ou les équipements du foyer (-0,7%)", toujours selon La Tribune.

Voilà qui n’augure rien de bon pour la balance commerciale française dans les prochains temps…

** Enfin, le seul ayant réagi de manière à peu près rationnelle vendredi, c’est le dollar. Partant du principe qu’une baisse du chômage démontrait la solidité de l’économie américaine, le billet vert a grimpé, passant à 1,2104 pour un euro. Parallèlement, l’or chutait de 7,25 $ au second fixing de Londres, suite à des prises de bénéfices qui ont mis l’once à 589,75 $.

** Du côté du pétrole, le baril de WTI New York a baissé lui aussi — restant toutefois au-delà des 67 $, à 67,39 $. Tout ça serait très bien si la référence de l’Opep — un "panier" composé de onze bruts mondiaux — n’avait pas battu un record historique vendredi à 62,13 $…

Tendez l’oreille, cher lecteur : vous entendez, au loin, ces grincements, ces sifflements et ces chuintements ? C’est l’Histoire qui se remet en marche… si tant est qu’elle se soit jamais arrêtée.

Françoise Garteiser,
Paris

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Dan Denning, en direct de Wall Street

*** LE TRESOR ENGLOUTI DES ETATS-UNIS

** Les sociétés de forage pétrolier ne chôment pas, ces derniers temps — et ce n’est pas près de se calmer. Un vaste territoire américain offshore — jusqu’à présent inaccessible aux sociétés énergétiques américaines — pourrait bientôt s’ouvrir à l’exploration pétrolière.

- Un récent article du Washington Post déclare : "Le Service américain de gestion des minéraux (MMS) a publié une ébauche de plan indiquant que de vastes portions de la zone externe du plateau continental [américaine] (OCS) seraient à l’étude pour des forages de pétrole et de gaz naturel. Le plan prévoit de forer dans une portion de l’est du Golfe du Mexique et dans d’autres régions au large de la Virginie et de l’Alaska. Environ deux millions d’acres dans le Golfe pourraient ainsi être ouvertes sans nécessiter l’approbation du président ou du Congrès, ce qui n’est pas le cas d’autres régions".

- Qu’est-ce que le Service américain de gestion des minéraux dans le Golfe du Mexique, et qu’est-ce qu’il a à voir avec l’exploration énergétique offshore ? Son site internet nous fournit une explication rapide : "la zone externe du plateau continental de la région du Golfe du Mexique (GOMR) relève de l’un des trois bureaux régionaux du Service de gestion des minéraux, une agence gérant plus d’un milliard d’acres offshore et engrangeant environ 10 milliards de dollars de revenus par an. Depuis les agences qui l’ont précédé et la création du MMS en 1982, le programme a rapporté plus de 10,9 milliards de barils de pétrole et plus de 3 000 milliards de mètres cube de gaz de sous l’océan, dont 97% proviennent du Golfe du Mexique. Les concessions de l’OCS fournissent actuellement un quart de la production américaine de gaz naturel et de pétrole"…

- Le MMS vient de soumettre au Congrès US un plan sur cinq ans qui permettrait d’étendre largement les forages dans le Golfe. Mais la plupart des membres du Congrès pensent que la proposition du MMS ne va pas assez loin. Actuellement, deux lois sont en cours au Congrès qui permettraient des forages supplémentaires. Les deux versions fourniraient une augmentation substantielle de la surface d’exploration offshore. En d’autres termes, la question du développement de l’exploration pétrolière dans l’est du Golfe du Mexique ne concerne pas tant le "si" que le "quand". Il y a tout simplement trop de pétrole pour l’ignorer. Le MMS estime qu’il y a 95,9 milliards de barils de pétrole et plus de 12 000 milliards de mètres cube de gaz représentant des ressources non-découvertes mais techniquement récupérables dans toutes les régions fédérales de l’OCS.

** Le monde utilise environ 30 milliards de barils de pétrole par an. Les Etats-Unis représentent environ un tiers de cette consommation. En faisant des calculs à main levée, et en voyant large, il pourrait y avoir assez de pétrole offshore pour répondre à la demande américaine quotidienne d’énergie durant… environ huit ou neuf ans.

- Il est peu probable que les Etats-Unis cessent entièrement d’importer du pétrole brut en provenance du Nigeria ou du Golfe Persique — à moins bien entendu que l’or noir ne cesse de couler pour des raisons géopolitiques. Mais si les Etats-Unis passaient peu à peu de sources étrangères à des sources internes de carburant fossile, alors, selon le département du Commerce américain, le pétrole et le gaz de la zone externe du plateau continental américain pourraient répondre aux besoins industriels et commerciaux du pays durant 30 ans environ. Mais il faut d’abord forer pour les obtenir. Cela signifie que les prochaines années pourraient voir une débauche d’exploration et de production autour des côtes américaines.

- C’est peut-être pour cela que le sénateur républicain du Nouveau-Mexique, Pete Domenici, président du Comité sénatorial américain de l’énergie et des ressources naturelles, veut étendre le forage offshore des deux millions d’acres proposées dans le plan du MMS à quatre millions d’acres au total. Le Oil & Gas Journal cite Domenici, parlant du fait que si la loi proposée passe, "ce sera la chose la plus significative que nous puissions faire pour apporter une quantité substantielle de gaz naturel sur le marché… Cela se produira sans aucun doute, et au bon moment ; de plus, cette production peut être disponible en deux ans. Cela communiquera au marché le fait que nous voulons sérieusement aider le peuple américain".

- D’une manière ou d’une autre, des forages vont avoir lieu dans le Golfe du Mexique. Et les entreprises offrant des services pétroliers profiteront de cette aubaine.

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** LE FLEUVE ET L’OR

** "Aucun homme ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve", déclarait Héraclite environ 500 ans av. J.C.

* Nous soupçonnons qu’Héraclite aurait été stupéfait par le spectacle des Etats-Unis en 2006 après J.C.. Dans toute la nation impériale, les gens affirment qu’ils peuvent se baigner dans la même eau fluviale non seulement cette année — mais l’année prochaine et toutes les années qui suivront. Ils persistent à croire que rien ne peut changer… et surtout pas en pire. Après tout, les emplois américains ont toujours rapporté plus que les autres, la science et l’industrie américaine ont toujours mené le monde ; le dollar américain a toujours été la devise de réserve mondiale. Ca a toujours été comme ça — est-ce que ça ne continuera pas ?

* Mais notre thème, cette semaine — comme cela l’a été à de nombreuses reprises — concerne l’illusion de penser que le changement, ou l’Histoire, s’arrête simplement parce que nous le voulons. Avec deux milliards de travailleurs affamés cherchant un emploi en Asie, les Européens et les Américains doivent savoir à présent que de nouveaux flots arrivent dans le fleuve à chaque seconde.

* Mais les emplois ne sont pas les seuls à fluctuer en ce moment. D’autres choses changent rapidement elles aussi — les retraites, l’épargne… et même l’espérance de vie. Nous imaginons que le paysage sera radicalement différent à bien des égards dans quelques décennies de cela, que nous voulions le croire ou non.

** En tout cas, il semblerait que l’or en soit persuadé. Il nous prévient de quelque chose. Mais de quoi ?

* Selon un expert cité dans le il y a une dizaine de jours de cela, l’offre d’or pourrait avoir dépassé son sommet… comme le pétrole.

* Oui, la production minière commence à se stabiliser et à décliner, explique l’expert. Il n’y a qu’une quantité limitée d’or près de la surface. La majeure partie du monde a déjà été bien explorée ; on n’a pas découvert de gisement aurifère majeur depuis des années. Les fruits les plus faciles à récolter ont déjà été cueillis. En plus, lancer une mine coûte une fortune. Résultat ? L’offre d’or nouvellement extrait pourrait commencer à décliner — alors même que l’offre de crédit, de liquide et de capitaux basés sur le papier explose. Peut-être est-ce là ce que nous dit le marché de l’or ? Ou peut-être nous prévient-il de l’inflation… ou de la récession et des faillites ? A moins qu’il ne s’agisse du fait que le dollar est vraiment au bord de l’effondrement.

* Nous ne savons pas exactement ce qu’il dit — nous ne parlons pas sa langue. Une chose est certaine, il essaie désespérément de nous dire quelque chose. La semaine dernière, il hurlait littéralement ; le prix des contrats juin a dépassé les 600 $.

* Nous avons acheté l’or sous les 300 $ et jusqu’à 500 $. Chaque fois, nous avons fixé une cible… et attendu que le prix retombe sous ce seuil pour acheter. Nous nous sentions intelligent. Puis le prix a pulvérisé les 500 $ et nous n’avons pas pu suivre. Nous avons attendu que la correction se produise. Le prix aurait dû repasser sous les 500 $. Lorsqu’il ne l’a pas fait, nous avons finalement fait passer notre cible à 550 $… et même ça, c’était trop bas. L’or ne voulait simplement pas baisser. A présent, nous nous sentons idiot. Cent dollars ont été ajoutés au prix de l’or tandis que nous sirotions notre thé en regardant la première économie au monde se dégrader, dégénérer et décliner. Ne savions-nous pas que le dollar était maudit ? Ne savions-nous pas que l’or devrait grimper ? Ne l’avions-nous pas dit et répété ?

* Certes, mais nous ne savons toujours pas exactement ce que nous dit l’or. Nous savons qu’il bouge, mais nous ne savons pas où il ira, et à quelle vitesse. Nous ne pouvons que deviner.

* Nous imaginons que l’or regarde plus loin que le bout de son nez et aperçoit quelques petites choses qu’il n’aime pas : une récession aux Etats-Unis et un ralentissement de l’économie mondiale. Normalement, ces choses ne feraient pas grimper le prix de l’or… mais nous sommes vraiment dans une nouvelle ère, par de nombreux aspects. Jamais encore auparavant tant de gens aux Etats-Unis ont été si vulnérables à une correction économique. Et jamais auparavant tant d’étrangers ont détenu tant de dette américaine. Nous imaginons que le dollar et l’économie américaine baisseront de concert, comme les coins d’une bouche passant du sourire à la moue…

* Mais que faire au sujet de l’or en ce moment ? Pourrait-il encore corriger à 500 $ ? Ou bien passera-t-il d’abord à 1 000 $, ou même 2 000 $ ?

* Oh, cher lecteur, posez-nous une question plus simple ! Nous ne savons pas où le prix ira dans les semaines et les mois qui viennent. Mais nous sommes prêts à deviner où il sera d’ici un an ou deux : plus haut. Vous pouvez donc essayer d’acheter de l’or intelligemment — lors des replis — et prendre le risque de vous sentir idiot lorsque le marché ne coopère pas. Ou vous pouvez juste en acheter. Quoi qu’il en soit, plus vous en accumulez, plus vous avez de chance de vous sentir plus heureux d’ici quelques années.
[NDLR : Et si vous vous demandez quand, comment et quoi acheter, notre spécialiste de l'or, Simone Wapler, vous donne tous les conseils nécessaires dans la lettre Vos Finances - La Lettre du Patrimoine. Pour en savoir plus...]

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*** La Chronique Agora présente ***

Même si la rivière Liffey coule à Dublin comme elle l’a toujours fait, quelque chose est différent en Irlande — pour le meilleur. Qu’est-ce qui a provoqué ce changement radical ? Bill Bonner mène l’enquête…

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LA NOUVELLE VIE D’ERIN — 1ère PARTIE
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Par Bill Bonner (*)

"L’Irlande est arrivée", écrit David McWilliams dans le magazine de la compagnie aérienne Aer Arann, la petite ligne que nous avons prise de Londres à Waterford.

Nous en avons vu les preuves de nos propres yeux. Tandis que la voiture parcourait la campagne, nous avons vu de nombreuses maisons en construction… des immeubles résidentiels… et des centres commerciaux entourés de grosses voitures. Sans les haies, et si l’on oublie le fait que les gens conduisaient du mauvais côté de la route, on aurait pu se croire dans une banlieue d’Atlanta ou de Cincinnati.

"Nous sommes plus riches que nous l’imaginions possible il y a dix ans de cela", continue M. McWilliams. "Aucun Irlandais n’est contraint d’émigrer, personne ne doit payer son éducation, et même notre université est gratuite. Le chômage est au niveau le plus bas de notre histoire. Nous avons plus de choix que jamais, l’endroit est plus tolérant et personne ne peut être légalement victime de discrimination. Nous avons plus d’argent dans notre porte-monnaie que quiconque en Europe. Nous nous en sortons mieux que 99% de l’humanité. Nous sommes en première place des endroits où les étrangers aimeraient vivre ; sondage après sondage, nous affirmons être très heureux. Nous n’avons plus besoin de mendier auprès de l’Union européenne ; en fait, nous lui donnons de l’argent. Nous sommes un succès. Nous avons du temps et de l’argent."

"Oui, ce n’est plus comme avant", a déclaré notre chauffeur de taxi. "On ne voit plus de maisons avec un toit de chaume, par exemple. Personne ne sait plus comment monter ce genre de toit. Et on ne peut plus les assurer. Dommage, j’aimais bien un joli toit de chaume… et c’était vraiment chaud et confortable en hiver. Mais rien n’est plus comme avant."

La rivière Liffey traverse Dublin comme toujours. Mais ce n’est plus la même eau… ni la même ville. Aujourd’hui, lorsque vous entrez dans un pub, vous ne serez probablement pas servi par un tenancier souriant au visage rond et au nez retroussé, à l’accent irlandais chantant — il s’agira plus probablement d’un immigrant en provenance de Slovaquie ou de Serbie.

Nous avons assisté à une conférence se déroulant dans un vieux château construit sur une île privée de 121 hectares, près de Waterford. L’endroit a été transformé en complexe touristique, avec des cours de tennis et de golf. Les promoteurs ont l’intention d’y construire des maisons de luxe. Notre chauffeur nous en a dit plus :

"Enfin, ça c’est s’ils obtiennent le permis de construire. Je me rappelle quand l’endroit était à vendre, il y a 20 ans de ça. Quelqu’un est arrivé et l’a acheté 300 000 livres irlandaises. Les gens l’ont traité d’idiot pour avoir dépensé autant d’argent. Et voilà qu’ils veulent vendre chaque lot — sans maisons… juste un lot à construire — un million d’euros. Inutile de vous dire que j’aimerais bien être l’idiot en question."

Au déjeuner, nous avons remarqué que les deux serveurs étaient étrangers. Le premier devait être polonais, l’autre grec, ou peut-être bulgare. Durant 500 ans, sur la Liffey, les bateaux transportaient les exportations les plus importantes et les plus réussies d’Irlande — les Irlandais eux-mêmes. Aujourd’hui, ce sont eux qui importent des gens.

Les Irlandais partaient pour trouver du travail… pour échapper aux révolutions, soulèvements, massacres et oppressions… pour se libérer de leurs maîtres anglais… pour faire fortune… ou pour éviter de mourir de faim. Ils sont partis pour Baltimore, New York, Boston… Sydney et Buenos Aires — une vaste diaspora qui a contribué à remplir le Nouveau monde. Mais même là, ils n’étaient pas particulièrement bienvenus. "Si vous êtes Irlandais, inutile de répondre à cette annonce", disaient les panonceaux dans les vitrines américaines. Les Irlandais, c’était la racaille. Ils buvaient trop et faisaient trop d’enfants. Les ghettos irlandais étaient dangereux, sales et sans espoir. Sans parler du fait qu’ils étaient papistes !

A la Nouvelle-Orléans, lorsqu’on a commencé à construire le canal Pontchartrain, au début du 19ème siècle, les ouvriers ont été fauchés par la fièvre. Les esclaves avaient commencé les travaux, mais la fièvre les emportait si rapidement que leurs propriétaires refusèrent de les laisser continuer. Ce furent donc des travailleurs irlandais qui creusèrent le canal. Ils pouvaient mourir comme ils le voulaient — qui s’en souciait ?

De même, sur les quais du Vieux Sud américain, des travailleurs noirs jetaient des balles de coton dans les navires. Ce sont des travailleurs irlandais qui devaient les rattraper — cette activité était considérée comme trop dangereuse pour les esclaves.

Mais sur la Liffey, ils n’avaient pas le choix. Ils devaient quitter leur glorieuse île couleur d’émeraude ; la grande rivière de l’Histoire les emportait.

Vers où exactement ? C’est ce que nous verrons dès demain…

Meilleures salutations,

Bill Bonner
Pour la Chronique Agora

(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (290 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur du livre "L’inéluctable faillite de l’économie américaine", disponible en librairie ou en cliquant ici.

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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