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La Chronique Agora
Paris, France
Mardi 12 septembre 2006
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*** Le secret de l’après 11/09
Et s’il s’agissait du "put Greenspan" ?
*** Le dollar au banc des accusés
Et c’est l’or qui siège en tant que juge…
*** La nature a horreur du vide
Mais aussi des monopoles…
*** Une histoire d’orignal (1)
Après le déjeuner, rien de tel que les dernières aventures du Mogambo Guru…
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Bonjour,
*** LE SECRET DE L’APRES 11/09
** Difficile d’échapper aux commémorations du 11 septembre 2001. Cela fait cinq ans que les Etats-Unis ont découvert que leur territoire avait cessé d’être un sanctuaire inviolable. En plus de cela, le hasard du calendrier fait que les cérémonies organisées dans le périmètre du Ground Zero lundi apparaissent doublement symbolique : pour Wall Street, le lundi 10/09/2001 fut la dernière séance précédant l’avènement de l’ère de l’hyper-terrorisme.
Qui se souvient que ce jour-là, le Nasdaq avait clôturé à 1 695 points (il rouvrira en baisse de 7% six jours plus tard), tandis que le Dow Jones cotait 9 805 points (et 8 920 points le 17/09/2001) ? L’indice des technologiques a repris un peu moins de 30%, et l’indice historique à peine plus de 16%. Mais le Nasdaq cotait 2 180 points — tout comme ce 11/09/2006 — le 2 juillet 2001, et le Dow Jones 11 350 points le 21 mai de la même année : sur les huit dernières années, les marchés américains n’ont donc permis d’engranger des gains que pour des investisseurs ayant pris position entre août 2001 et novembre 2003.
** Avec un lissage des performances sur huit ans (supposons une épargne mensuelle de 200 $ par mois depuis octobre 1998, le précédent gros trou d’air sur les places boursières), il apparaît que le portefeuille moyen a au mieux stagné. Et pour ceux qui ont cru à l’avènement d’une nouvelle ère de prospérité avec le retour aux affaires d’une administration républicaine en décembre 2000, suite à l’imbroglio floridien, le choix des actions demeure le plus mauvais : -10%, en supposant une combinaison équilibrée de valeurs matures et de valeurs dites de croissance.
De toutes les possibilités d’investissement, ce sont les matières premières — et notamment le cuivre et le pétrole — qui remportent la palme des plus-values sur cinq ans et demi. Elles ont permis à leurs (rares) supporters de l’époque de quadrupler la mise. L’immobilier a permis de la doubler, tandis que les marchés obligataires aidaient à gagner 30% à 35% (coupons réinvestis, selon qu’il s’agisse de bons du Trésor ou d’emprunts plus volatils du secteur privé). Les actions ressortent comme les grandes perdantes, alors qu’elles ont bénéficié à la fois de conditions de taux uniques au cours des 50 dernières années, et, depuis quatre ans, d’une exonération d’imposition sur les dividendes.
Cela pourrait être interprété comme une plus grande vulnérabilité à un climat d’insécurité planétaire, l’or ou l’immobilier remplissant très classiquement leur rôle de valeurs refuge, tandis les matières premières et l’énergie rentreraient dans une nouvelle spirale haussière liée à l’instabilité des pays producteurs. Ces derniers ont comme trait commun d’être — et il suffit de dresser l’inventaire de ceux représentant plus de 3% de la production mondiale — potentiellement hostiles aux Etats-Unis, s’ils ne le sont pas déjà de façon ostensible comme l’Iran, l’Irak ou le Venezuela.
** Ce genre de constat géopolitique à l’emporte-pièce pourrait servir de prétexte à bien des polémiques stériles : il est impossible de revenir sur le passé, aussi cruel fut-il. Nous doutons fort qu’un revirement diplomatique radical — et ce n’est même pas une hypothèse défendable — des Etats-Unis après la défaite annoncée de nombreux candidats républicains lors des prochaines élections de novembre puisse changer quoi que ce soit aux principales "lignes de force" qui sous-tendent l’évolution des marchés.
Nous posons même abruptement la question : la menace terroriste ne constitue-t-elle pas une simple "écume des jours" depuis le 11 septembre 2001 ?
Les attentats de Madrid, puis de Londres — mais également ceux qui ont ensanglanté Bali, le Maroc, la Turquie, l’Egypte et l’Inde plus récemment — n’ont provoqué ni mini-krachs boursiers, ni flambée de l’or et du pétrole. Ces derniers ont même amorcé leur décrue en pleine guerre israélo-libanaise, avec un risque non nul d’extension du conflit vers la Syrie et l’Iran.
** Cette capacité de résilience des marchés financiers force l’admiration (où le dégoût, c’est selon, tant le sang versé par des innocents paraît quantité négligeable aux yeux des investisseurs majoritairement anglo-saxons qui font la tendance)… mais est-ce là bien la manifestation d’une force de caractère peu commune, caractérisant une forme de maturité, fruit d’une heureuse évolution historique ?
Ou bien s’agit-il de la conséquence mécanique d’une "nouvelle donne" qui remonterait à l’automne 1998, date où la Fed fera comprendre aux principaux établissements de crédit américains et banques d’affaire de dimension planétaire (puis à toutes les autres après le 11/09/2001) que plus jamais ils ne feraient face à une menace de pénurie de liquidités.
Une conviction qui autoriserait toutes les audaces — et qui est dénommé par les spécialistes le "put Greenspan", aujourd’hui devenu en quelque sorte "l’assurance tout-risque Bernanke". Le successeur de Sir Alan n’a pas fait mystère de sa préférence pour la préservation de la croissance plutôt que le musellement de l’inflation, la BCE ayant pris l’option inverse.
Deux visions du rôle de la Banque Centrale s’affrontent depuis 1987, mais la victoire apparente de la Fed en termes de leadership économique s’est imposée en 1997/1998. Les économistes envisagent difficilement que la BCE — et la "vieille Europe" — prennent leur revanche dans un avenir proche : les marchés européens se comportent mieux que Wall Street cette année, mais ils sont encore loin de combler leur handicap par rapport à l’année 2000.
** Et si vous êtes amateurs de dates symboliques, vous souvenez-vous que le CAC 40 a culminé un certain 4 septembre 2000 vers 6 940 points… c’est-à-dire six mois après le Nasdaq, lequel vient également de plafonner cette année à la mi-mars puis début avril ?
Et cette séance du 11 septembre en Europe ? Elle s’est soldée par une modeste perte de 0,3%, ce qui efface simplement les gains de la précédente ! Le CAC 40 s’était replié en fin de matinée de plus de 0,8%, manquant de peu la fermeture du gap des 5 015 points (5 018 au plus bas ce lundi)… mais il a repris plus de la moitié du terrain perdu au cours du dernier quart d’heure.
L’indice a été surtout plombé par le titre Total (-1,65%), alors que le baril chute sous les 65,5 $, au plus bas depuis la mi-mars 2006, entraînant dans son sillage l’once d’or, qui se rapproche du support des 570 $/once.
Philippe Béchade,
Paris
PS : CAC 40, Dow Jones, or, pétrole… Pour vous y retrouver dans la séance en cours, composez le 0899 707 009 : Philippe Béchade vous y livre toutes ses analyses, ses conseils et sa recommandation du jour.
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)
—————————– (publ.)
Avez-vous déjà pensé aux warrants ?
Bien choisis, ils vous auraient permis d’engranger 1 740,11% de gains cumulés au premier semestre 2006… avec des plus-values de +50%… +69,77%… +67,86… +88,10%… 106,90%… 100%… 104%… 91,80%… 117,10% et même 679%…
N’attendez plus pour en profiter : il suffit de suivre le guide…
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Eric Fry, en direct de Wall Street
*** LE DOLLAR AU BANC DES ACCUSES
** Ici, au siège californien de la Chronique Agora, nous n’avons pas idée si la valeur du dollar va décliner. Nous savons seulement qu’elle le devrait… ou au moins qu’elle le pourrait.
- Rien n’est autant synonyme de "dévaluation de la devise" que 76 000 milliards de dollars de dette. Les Etats-Unis doivent tant d’argent à tant de gens que la majeure partie du monde a simplement arrêté de compter.
- "Nous sommes le pays le plus riches au monde", continuons-nous de dire, nous les Américains, tandis que nous empruntons à des pays du Tiers-Monde pour financer notre consommation. Ce bizarre arrangement n’est pas nécessairement mauvais, mais il n’a rien non plus d’intuitivement bon.
- Bill Gates, par exemple, n’est jamais venu frapper à la porte de votre correspondant américain en lui demandant quelques dollars pour la semaine. Bill Gates dépense l’argent qu’il a gagné pour lui-même. N’est-ce pas ce que font les gens riches ? N’est-ce pas ce que les pays riches sont censés faire — gagner l’argent qu’ils dépensent… et ne dépenser que l’argent qu’ils gagnent ?
- Les gens pauvres empruntent de l’argent qu’ils n’ont pas pour acheter ce qu’ils ne peuvent pas se permettre. C’est ce que fait votre correspondant. Ce n’est pas ce que fait Bill Gates. Si M. Gates commençait à emprunter à votre correspondant, il n’apparaîtrait probablement pas au sommet de la liste des gens les plus riches de la planète. Mais… d’une manière ou d’une autre… l’économie américaine est encore en tête de la liste des "Pays les Plus Riches du Monde".
- Tant que tout le monde continue de jouer le jeu, personne, à la Chronique Agora, ne soufflera mot. Mais nous sommes simplement un peu inquiet quant au fait que tout le monde pourrait CESSER de jouer.
** Nous nous inquiétons, comme notre ami Justice Litle nous l’a récemment dit, du fait que le prix de l’or pourrait s’emparer d’un marteau et se diriger vers la barre pour entendre la plaidoirie du peuple contre le dollar. Et nous nous demandons aussi si ce juge ne finira pas par rendre un verdict défavorable.
- L’or ne joue pas au juge à tous les moments de la journée, bien entendu. De temps en temps, le métal jaune prend des vacances. En fait, il part même parfois en congé maladie prolongé — comme entre 1981 et 2000. Mais en fin de compte — et nous soulignons le EN FIN DE COMPTE — l’or rend son verdict. Et dans la majeure des cas, c’est "coupable ! Coupable de s’être fait passer pour un actif de valeur".
- A court terme, cependant, le jury est encore en train de délibérer. L’or est finalement passé sous les 600 $ l’once en cours de séance hier en Asie, après avoir lutté pour atteindre les 640 $ fin de la semaine dernière. Mais lorsque les jurés referont leur entrée au tribunal — et nous sommes sûr que cela finira par être le cas — le verdict de culpabilité est certain.
- Vous vous rappelez le cruzeiro, le cruzado, le cruzado novo et toutes les autres devises brésiliennes "condamnées" ? Bien sûr que non ! Le verdict de l’or n’est jamais très bon pour les devises siégeant sur le banc des accusés — ou pour les pays qui les émettent. Mais ce verdict peut être une très bonne nouvelle pour les détenteurs d’or et d’actions aurifères… en particulier si ces dernières ont été achetées à bas prix.
- Pour l’instant, le dollar américain reste libre. Mais les preuves contre la durabilité de sa valeur continuent de s’accumuler. Les complices du crime incluent la livre sterling — désormais accusée d’inflation monétaire indécente se montant à 13,1% par rapport à l’année dernière… et l’expérience d’union monétaire bi-métallique de l’Eurozone.
- Peut-être est-ce la raison pour laquelle les actions aurifères continuent de grimper. Quasiment tout ce qui est lié à l’or a récompensé les investisseurs à ce jour, en 2006. L’or a gagné 22% par rapport à la même époque l’année dernière, tandis que les actions aurifères, telles que mesurées par l’indice XAU, ont grimpé de 18%. Dans leur univers, les candidats à la reprise se comportent particulièrement bien. Tant que les grandes sociétés minières luttent pour découvrir de nouvelles réserves, de nombreuses actions aurifères moyennes profiteront d’une soudaine stimulation grâce aux offres de rachat.
- A suivre avec attention !
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** LA NATURE A HORREUR DU VIDE
** La Nature a horreur du vide…
* Ainsi, lorsque le goulag économique centralisé appelé Union Soviétique s’est effondré sous la pression des économies occidentales… les Etats-Unis sont montés au créneau en tant qu’unique grand empire au monde — avec des légions en garnison dans tous les endroits chauds, et des proconsuls s’abreuvant à tous les points d’eau diplomatiques. Pas un seul moineau ne pouvait remuer une plume dans un trou du Tiers-Monde sans que des détecteurs ne se déclenchent au Pentagone.
* Mais la Nature ne tolère pas non plus les monopoles bien longtemps.
* Les Etats-Unis, qui ont un monopole sur les forces militaires conventionnelles, se sont rebellés contre la Nature… et contre l’Histoire. Cela ne peut durer longtemps — à moins que tant l’Histoire que la Nature s’arrêtent complètement. Au lieu de cela, puisqu’aucune force conventionnelle n’est de taille à la défier de l’extérieur, l’Amérique est détruite de manière non-conventionnelle — de l’intérieur.
* Voyez-vous, mener un empire est une tâche sérieuse. On ne peut le faire avec de l’argent emprunté, en particulier s’il est emprunté à des rivaux naissants. Il suffit de regarder la Grande-Bretagne au début du 20ème siècle. Une fois Britannia épuisée, à la fin de la Première guerre mondiale, la main secourable des Etats-Unis s’est faite plus forte et plus hardie… et finalement, l’Oncle Sam a arraché le manteau impérial des épaules de la Reine.
* Non, un empire qui ne peut engranger de profits impériaux ferait mieux de se reconvertir. Il peut fournir toute la sécurité, la paix et l’ordre qu’il veut : s’il veut rester en affaires, il ferait mieux de ne pas fonctionner à perte.
* Ceci dit, les profits impériaux ne sont pas difficiles à obtenir. N’importe quel empire de base pourrait y parvenir. Il suffit d’imposer un impôt aux vassaux — ou, si l’on est pressé, de voler purement et simplement ce dont on a besoin. C’est ainsi qu’Auguste nourrissait les foules de Rome… après la défaite d’Antoine et Cléopâtre… après avoir taxé le grain des Egyptiens.
** Mais les Américains n’ont jamais vraiment compris l’empire. Depuis le début, leur esprit est embrouillé par les hallucinations de bonne volonté de l’espèce wilsonienne. Ils pensent rendre le monde plus sûr pour la démocratie et le capitalisme… pour l’adultère et les prêts aux taux du marché.
* Et la Pax Americana imposée par les troupes américaines au reste du monde s’est révélée coûteuse. Elle aurait pu en valoir la peine jusque dans les années 70… mais depuis, ni les entreprises américaines ni la main d’oeuvre américaine n’ont été réellement compétitives. Et donc plus l’armée a ouvert la porte à la mondialisation… plus l’économie perdait de parts de marché, les étrangers se ruant dans la place.
* Les travailleurs américains ne peuvent plus s’attendre à des gains salariaux — pas avec trois milliards d’Asiatiques qu’un dixième de la somme fait saliver. Ils peuvent continuer à croire au rêve américain… et aux escrocs fédéraux et arnaqueurs financiers qui les dirigent… mais la seule manière d’améliorer leur niveau de vie, à présent, est de travailler plus longtemps… de s’endetter plus… et d’acheter des produits fabriqués par leurs rivaux à l’étranger.
* L’empire — comme le font tous les empires — était condamné à trouver son chemin vers les poubelles, de toute façon. Mais George W. Bush, Alan Greenspan et toutes les grandes huiles, les pontes et les menteurs, les masses de séraphins et de chérubins sur les rives du Potomac et de l’Hudson… tous ont précipité le moment de sa chute.
* Et donc, aujourd’hui, tandis que d’autres publications râlent et se plaignent de l’incompétence et de la stupidité du président américain et de ses conseillers néo-conservateurs, nous ne nous joignons pas à eux — parce que nous pensons qu’il faut rabattre le caquet de l’empire américain… et que ses dirigeants ont simplement trouvé un moyen inédit de le faire, transformant une bande de terroristes hétéroclites en une marque mondialement reconnue… et le reste du monde en anti-Américains.
* C’est ainsi que les forces militaires les plus puissantes au monde ont été gaspillées dans une guerre qui ne peut être gagnée… et que le Trésor le plus riche de la planète a été vidé pour du pain qu’il ne cuit pas.
* Mais au moins, Washington fournit encore des cirques faits maison…
* De nombreux empires sont nés et sont morts depuis que l’homme se tient debout. Aucun, pour autant que nous en sachions, n’a disparu de manière aussi absurde, se débattant dans une guerre contre personne, financée par de l’argent qu’il n’a pas.
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Comment ça, vous ne connaissez pas encore notre Banquier Central ?
Une erreur à réparer rapidement… parce qu’il aurait pu vous permettre de cumuler 320% de gains en 2005 !
Pour savoir comment, c’est par ici…
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*** La Chronique Agora présente ***
Voilà de quoi vous faire digérer votre déjeuner : les dernières aventures du Grand Mogambo.
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UNE HISTOIRE D’ORIGNAL — 1ère PARTIE
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Par le Mogambo Guru (*)
Les choses n’ont plus aucun sens à mes yeux, et c’est cette ahurissante confusion — ainsi que la "crainte de l’inconnu" — qui font ressortir mon côté paniqué, contre lequel la science pharmaceutique moderne ne peut rien, les panacées hors de prix rebondissant sur ma paranoïa frénétique telles des balles sur les pectoraux d’acier de Superman.
Quel genre de confusion ? Eh bien, par exemple, le crédit total de la Fed a encore baissé de 4,2 milliards de dollars la semaine dernière, alors que le crédit des banques elles-mêmes ne fait que se développer ; cela signifie, par définition, que la dette continue d’augmenter, donc la masse monétaire devrait faire de même — et pourtant, je vois que cette dernière n’est guère robuste. On s’y perd.
Et la dette américaine augmente toujours de trois milliards de dollars par jour. Les choses empirent d’heure en heure, comme si quelqu’un était vraiment convaincu que la politique budgétaire "du pain et des jeux", qui a toujours échoué par le passé, n’est pas inflationniste et suicidaire ! On s’y perd, on s’y perd !
Mais toutes ces choses terrifiantes ne signifient apparemment rien pour personne — sinon pour les cinglés braillards, fanatiques de l’or, adeptes de l’école autrichienne d’économie et ayant peur de leur ombre comme moi. Et vraiment, la grande nouvelle, ces derniers jours, semble être que l’élite de la banque centrale américaine, les banquiers ordinaires, les sous-fifres, les assistants, les amis, les pique-assiettes et divers "autres" se sont réunis à Jackson Hole, dans le Wyoming. Ils se sont rencontrés pour leur conférence annuelle super-secrète, où je soupçonne qu’ils fument du crack et avalent des pilules d’ecstasy, ce qui expliquerait leur bizarre manière de penser — en particulier cette idée étrange selon laquelle "baisser les taux d’intérêt réglera n’importe quel problème".
La blague, cette année, était de savoir s’ils allaient croiser un orignal — apparemment, leur petite plaisanterie veut que cela annonce une économie en croissance. Ha. Ha. Ha. Et bien entendu, nous voilà avec quelques images d’un triste orignal efflanqué errant quelque part dans le paysage. Non mais franchement, l’endroit grouille de gens du FBI, de gens de la CIA, de gens de la NSA, de gens de la sécurité, de gens de la police, d’équipes de télévision et autres personnages bruyants : il y a de quoi se demander comment un vieil orignal malade et affamé pourrait s’aventurer accidentellement assez près pour qu’un caméraman puisse enregistrer la scène, à la grande joie de CNBC.
Et après ça, j’ai entendu dire que le discours de Bernanke ne concernait pas l’inflation ! Il ne parlait pas non plus de l’effondrement de la bulle immobilière. Pas plus qu’il n’abordait le problème de la dette, tant publique que privée. Ni la masse monétaire mondiale en hausse, ni la chute du dollar US, ni la dangereuse hausse des prix, pas plus que le fait que les autorités monétaires devront bientôt admettre qu’ils sont de sombres idiots pour croire que leur risible théorie économique sur la baisse des taux d’intérêt — encourageant à s’endetter plus encore — marchera éternellement comme par une incompréhensible magie, ou tous ces trucs importants !
Non, au lieu de cela, le discours était composé de bla-bla insipide sur la "mondialisation", et comment elle a progressé étonnamment vite — plus qu’à tout autre moment de l’histoire, et tous ont affirmé être plaisamment confus sur la raison pour laquelle tout cela s’est produit. Ils tombent tous d’accord pour dire que c’est une excellente chose, et qu’ils sont certains que tout sera simplement parfait, parfait, parfait à partir de maintenant — même s’ils se demandent, quand même, pourquoi ?
Devant cet outrage, je bondis de colère et cours vers l’écran de télévision — et mettant mon nez si près de l’écran que je suis certain qu’ils peuvent me voir, je me mets à crier : "Pourquoi ? Vous voulez savoir pourquoi la mondialisation a progressé si rapidement et si loin, bande de crétins ?" C’était censé être simplement une question rhétorique, mais tout à coup, ma famille entière s’est mise à gémir, les enfants pleurent et hurlent "Maman ! Maman ! Dis-lui d’arrêter ! Pour l’amour du Ciel, dis-lui d’arrêter !", tandis que mon aînée lève comiquement les yeux au ciel en se lamentant : "O Mort, où est ton aiguillon ?".
Et c’est là que ma femme s’y met en disant : "non mon chéri, nous ne voulons pas savoir pourquoi, parce que nous le savons déjà ! C’est à cause de la Réserve fédérale, pas vrai ?". Avant que j’aie pu tomber d’accord, elle grogne : "Pas vrai ? Admet-le, Espèce de Dur à Cuire Mogambo (EDCM) ! Admet que c’est à cause de la Fed ! Allez ! Admet-le !" A quoi je réponds, avec mon Humour Mogambo Habituel (HMH) : "Taisez-vous, taisez-vous, taisez-vous ! Taisez-vous, tous autant que vous êtes !" Et je sors en courant, mon petit coeur tout brisé et mes yeux pleins de larmes brûlantes et amères.
Ce n’était pas la fin de la conversation, comme nous le verrons demain…
Meilleures salutations,
Le Mogambo Guru
Pour la Chronique Agora
(*) Richard Daughty est associé gérant et directeur d’exploitation pour Smith Consultant Group, qui sert les secteurs financier et médical. Il est également l’auteur de la lettre d’information économique Mogambo Guru, un exercice visant à accumuler les sarcasmes sur ceux qui le méritent largement. Le Mogambo Guru est souvent cité dans le journal Barron’s ou dans le Daily Reckoning, l’équivalent américain de la Chronique Agora.
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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