Le salut économique à l’état pur

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Mardi 02 mai 2006
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*** De l’espérance de vie des économistes…
… mais où l’on parle aussi des dernières aventures des marchés.

*** Une république bananière — sans bananes
Bill Bonner jette un coup d’oeil aux finances américaines…

*** Le salut économique à l’état pur (1)
Le Mogambo Guru a une bonne nouvelle à nous annoncer…

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Bonjour,

*** DE L’ESPERANCE DE VIE DES ECONOMISTES…

** John Kenneth Galbraith, distingué représentant de l’école keynésienne, est mort ce week-end à l’âge respectable de 97 ans.

Cette nouvelle m’a poussée à faire une petite enquête… et visiblement, travailler dans le domaine de l’économie, ça conserve. Tirons par exemple notre chapeau à l’économiste préféré de Bill Bonner, Friedrich Hayek : il nous a quittés en 1992, après 93 ans de réflexions sur les mérites de l’école autrichienne. Ladite école semble d’ailleurs bien profiter à ses fondateurs puisque Ludwig von Mises, lui, est mort à 92 ans.

Keynes a eu moins de chance, puisqu’il est mort à 63 ans seulement ; Adam Smith, en ce qui le concerne, est allé fumer les mauves par la racine à 67 ans — ce qui n’est pas trop mal, imaginons-nous, pour un homme du 18ème siècle.

Quant à ceux qui sont encore parmi nous, le sieur Alan Greenspan est un admirable témoin de la longévité financière, puisqu’il travaillait encore avec compétence (et quelle compétence !) à 80 ans.

Et que dire du petit jeunot Warren Buffett, qui, à 76 ans, a encore toute la vie devant lui pour engranger bénéfices et plus-values ?

** Peut-être est-ce la disparition de Galbraith, peut-être était-ce la perspective du mois de mai, traditionnellement assez maigre (comme le veut le proverbe, "en mai, vendez et partez")… En tout cas, les marchés ont terminé avril sur une note quasi-unanimement négative.

Le CAC 40 a ainsi perdu 0,48% vendredi, clôturant à 5 188 points. De leur côté, nos voisins allemands et anglais perdaient eux aussi du terrain, avec une chute de 0,61% pour le Footsie et de 0,95% pour le Dax.

De l’autre côté de l’Atlantique, le Dow Jones cédait 0,14%, à 11 367,14. A 2 322,57 points, le Nasdaq enregistrait lui aussi une jolie dégringolade de 0,95%. Quant au S&P, c’est le seul à avoir sauvé la face : il a terminé la semaine sur une petite hausse de 0,07% qui l’a mené à 1 310,62 points.

** Il faut ajouter tout de même que les statistiques américaines n’étaient guère encourageantes la semaine dernière. Le département du Commerce a ouvert le bal en annonçant que le PIB des Etats-Unis avait progressé de 4,8%. Pas mal… mais les marchés en attendaient 4,9%, et vous connaissez les marchés quand ils sont déçus…

Pour continuer, l’indice de l’université du Michigan mesurant la confiance du consommateur n’avait pas non plus de nouvelles très encourageantes à nous faire parvenir : on dirait que les Américains n’ont pas eu le moral le mois dernier, avec 87,4 pour avril contre 88,9 en mars. Et pour terminer, l’indice des directeurs d’achat de Chicago est lui aussi en baisse : 57,2 pour avril contre 60,4 en mars.

** Et la semaine ne s’est pas mieux finie pour les autres marchés : baisse pour le dollar (à 1,2614 pour un euro — un niveau qu’on n’avait plus vu depuis septembre dernier) et hausse pour le pétrole, avec un baril de WTI New York à 71,88 $.

Une hausse du pétrole qui commence d’ailleurs à se faire sentir à tous les niveaux dans la société française. Vous grincez peut-être des dents en allant à la pompe, cher lecteur, mais consolez-vous : l’Etat aussi souffre. "La hausse des cours du pétrole a entraîné en 2005 une diminution de 212 millions d’euros des recettes de l’Etat par comparaison aux prévisions de la loi de finances, a annoncé hier Bercy", nous dit La Tribune.

"Telle est l’évaluation de la commission Durieux, mise en place en septembre 2005 pour évaluer l’impact de la hausse des prix du pétrole sur les finances de l’Etat. En effet, si une augmentation des recettes de TVA liées à l’accroissement du prix a pu être constatée, elle était moins importante que la baisse des recettes de TIPP entraînée par la diminution de la consommation d’hydrocarbures observée à cause de l’augmentation des cours du pétrole".

Et voilà comment chaque hausse de 5 $ du baril entraîne entre 0,2% et 0,5% de perte de croissance pour le PIB national. Maintenant, entrez dans l’équation que l’Iran ne cède pas d’un pouce sur son programme nucléaire, et faites quelques calculs vous-mêmes pour un baril de pétrole à 100 $…

Décidément, en ce début mai sans muguet, l’or est le seul à briller : il a terminé la semaine dernière sur une hausse de 5,75 $, à 644 $ l’once au second fixing de Londres.

Françoise Garteiser,
Paris

PS : N’oubliez pas de retrouver Philippe Béchade en direct des marchés au 0899 707 009* dès 15h45 cet après-midi. Il ne manquera certainement pas de vous donner des nouvelles de la stratégie à découvert conseillée vendredi dernier…
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

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Quelles sont les entreprises qui changent la donne sur les marchés ?

Ces sociétés bien particulières grimpent quoi que fasse la conjoncture… et ont déjà permis d’engranger des gains de 74%, 53,8%, 43,17%, 60%.

Pour en savoir plus sur ces pépites boursières, continuez votre lecture…

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, de retour à Londres

*** UNE REPUBLIQUE BANANIERE — SANS BANANES

** Nous voilà revenu d’Argentine, pile à temps pour jeter un coup d’oeil au Financial Times, qui nous présente un article sur le triste état des finances fédérales américaines. Le "Budget du Président" révèle un déficit de 319 milliards de dollars pour le présent exercice fiscal. Mais l’information financière du président est sujette aux mêmes penchants que ses informations stratégiques : son budget ne montre pas ce qui est, mais ce qu’il souhaiterait qu’il soit.

* Le département du Trésor américain produit lui aussi son propre budget, appelé le "Rapport Financier des Etats-Unis". Il montre un déficit atteignant le double : 760 milliards de dollars. La différence, c’est que le département du Trésor prépare le budget à peu près comme doit le faire toute entreprise — sur la base des produits à recevoir. Il prend en compte non seulement les dépenses en liquide mais aussi les contrats et les obligations. Le Budget du Président n’est qu’une déclaration des recettes et des dépenses. Si General Motors et Ford faisaient leur comptabilité de la même manière, eux aussi se noieraient sous les profits !

* Le département du Trésor fournit également un chiffre concernant la somme due par les Américains par le biais des déficits fédéraux. Vous êtes bien assis ? C’est un chiffre conséquent : 750 000 $ par ménage. On l’obtient en prenant les engagements fédéraux — 49 000 milliards de dollars — et en les divisant par le nombre de familles américaines.

* Le Financial Times continue en notant qu’il a fallu 204 ans pour que le gouvernement américain accumule son premier millier de milliards de dollars de dette. A présent, il en rajoute autant tous les 18 mois. George W. Bush a ajouté plus de dette que tout président ayant jamais vécu. En fait, il en a amassé plus que tous les présidents ayant jamais vécu… pris ensemble.

** Mais comme nous le disons souvent, la nature a horreur du vide et hait les monopoles. Lorsque l’Union soviétique s’est effondrée, les Etats-Unis se sont retrouvés dans un vide. Ils sont devenus la seule super-puissance au monde, avec un quasi-monopole sur l’utilisation de la violence parrainée par l’Etat. La nature a dû trouver que les USA se haussaient un peu du col, et a décidé de trouver un moyen de leur rabattre un peu le caquet. Elle a déniché George W. Bush.

* Pendant combien de temps le monde peut-il ne pas s’en apercevoir ? Les Etats-Unis accumulent de la dette comme une république bananière — mais sans les bananes –, même si, ces 18 derniers mois environ, le dollar a en fait grimpé. Combien de temps cette tendance pouvait-elle durer ? Pas très longtemps, selon nous. En regardant les chiffres hier, il nous semble qu’elle a pris fin en décembre. Depuis, le dollar est à la baisse.

* Et la semaine dernière, Ben Bernanke a émis un avertissement : la Fed ne continuerait peut-être pas à augmenter les taux, en fin de compte. Les marchés de devises se sont mis à l’abri. Le dollar a chuté, mais qu’allaient faire les spéculateurs ? Ils ont cherché l’anti-dollar. La seule chose qui grimpe sans relâche tous les ans depuis que dure l’administration Bush : l’or. Le métal jaune a bondi ; les contrats juin sont passés au-dessus des 638 $.

* Que pouvons-nous dire ? Il y a un marché haussier sur l’or, et un marché baissier sur le papier. Jusqu’à présent, seul le dollar en a été notablement affecté, mais ce n’est qu’une question de temps avant que d’autres "papiers" ne soient atteints — les obligations, les actions, les prêts hypothécaires et les dérivés.

* Restez à l’écoute.

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*** La Chronique Agora présente ***

Bonne nouvelle — notre économiste masqué préféré a trouvé le moyen de gagner "toute une gigantesque énorme tonne de profits grâce à l’or". Continuez votre lecture…

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LE SALUT ECONOMIQUE A L’ETAT PUR — 1ère PARTIE
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Par le Mogambo Guru (*)

Plusieurs lecteurs m’ont déjà défié d’expliquer de quelle manière le lease rate aurifère (le taux d’emprunt de l’or, dont le niveau quotidien reflète l’offre et la demande de métal sur les marchés de prêt) peut manipuler le prix de l’or à la hausse ou à la baisse. Je souris, car rien ne pourrait être plus facile, mes précieux petits scarabées Mogambo ! Et je n’aime rien tant que ce qui est "facile" — sinon ce qui est bon. Si bien que les pizzas livrées à domicile obtiennent une très très bonne note, dans la mesure où elles sont à la fois faciles et bonnes.

J’affiche donc un air béat en frottant mon petit bidon tout gras avec satisfaction — en fait, alors même que nous conversons, il grogne pour avoir plus de pizza ou moins de beignets.

Quoi qu’il en soit, je déclare : "écoutez-moi, à présent, ô vous mes interrogateurs ! Pour commencer, citez-moi tous les moyens — les moyens louches, vaseux et dégoûtants — de manipuler les marchés lorsque vous contrôlez tout et que vous avez la Réserve fédérale, qui fournit ce qui semble être des quantités illimitées d’or à des taux très bas, de votre côté. Il doit y avoir un zillion de méthodes ! Hahaha !".

Mon rire résonnant à leurs oreilles, je continue implacablement : "en plus de tout ça, donnez-moi d’autres moyens de faire des profits d’initiés en manipulant le marché de l’or si vous êtes, en plus, libre d’utiliser toute combinaison d’or-métal emprunté, de métal fourni par le marché, d’or en dépôt, d’or en certificats, d’actions aurifères, de parts d’or dans des fonds d’investissement, de warrants, de contrats à terme, d’options, de contrats privés, de billets à ordre, de jetons de pokers et de paris hippiques ! Hahaha ! Voilà qui nous fait quelques gazillions de méthodes en plus pour faire des profits !".

"Ensuite, citez-moi tous les autres moyens de profiter d’une manipulation du marché de l’or si vous pouvez aussi prendre une position à découvert sur une ou l’ensemble des choses citées ci-dessus ! Hahaha ! Et, si ça ne suffisait pas, expliquez-moi toutes les autres manières de faire des profits en manipulant un marché où tout l’argent nécessaire pour financer ces folies est fourni par le Japon et sa politique d’intérêts à taux zéro !"

Je fais une pause dramatique, histoire de laisser mes paroles faire leur effet — effet ruiné par un gros rot arrivant par inadvertance. Vite, je m’exclame un peu trop fort : "dites-moi tout cela, mes Jeunes Larves Mogambo (JLM), et je vous dirai exactement comment ça marche !"

Je regarde la foule assemblée à mes pieds — et foudroie du regard ceux qui sont le plus près et ruinent mes efforts en se plaignant amèrement de l’odeur. Je souris ensuite et dit : "tout ce qu’il vous faut vraiment savoir, Mes Petits Voraces (MPV), pour amasser toute une gigantesque énorme tonne de profits grâce à l’or, c’est qu’il faut acheter lorsque vous constatez que le prix est maintenu bas par ces manipulations ! D’immenses multiples de la masse d’or existante ne sont désormais plus que du papier, échangé comme s’il s’agissait d’or, ce qu’il n’est pas, et n’a probablement jamais été. A présent, la seule chose qui relie un billet à ordre à l’or-métal, ce sont quelques mots sur du papier ou une disquette d’ordinateur quelque part. Tout cela finira mal pour eux. Et ça ne va pas tarder à arriver".

Entendant les cris de "prouvez-le, puissant Mogambo", et "montrez-nous la preuve, puissant Mogambo !", je m’empare du micro et parle de ma Voix Mogambo la Plus Profonde (VMPP) : "pour le prouver, mes Précieux Petits Scarabées (PPP), il faudrait prouver que tous les as de Wall Street, as du Nymex, as du Comex, as des banques de métaux, as des banques centrales étrangères, as du trading — et tous leurs secrétaires et laquais et amis — sont simplement Beaucoup Trop Stupides (BTS) pour trouver un moyen de gagner de l’argent grâce à une chose certaine".

Puis je ricane : "et ça fonctionne jusqu’à ce que tout s’effondre sous la simple demande physique de millions, voire de milliards, de gens qui reprennent tous en même temps leurs esprits économiques et se précipitent pour acheter de l’or et de l’argent-métal en prévision des temps difficiles qui s’annoncent, et qui feront grimper les prix sans arrêt, tandis que l’or sera, comme il l’a toujours été, le Salut Economique à l’Etat Pur (SEEP) et la protection contre la dépréciation inéluctable du pouvoir d’achat causée par un gouvernement omniprésent, qui accumule les dépenses déficitaires et augmente radicalement l’offre de devise papier basée sur la dette ! Hahaha ! Voilà, vous savez pourquoi je ris, maintenant !".

Puis, dédaigneusement, je désigne la porte, et m’exclame : "Allez, partez ! Allez-y ! Rendez-vous aux endroits proches de chez vous vendant de l’or et de l’argent-métal, et achetez, achetez, achetez !"

La suite dès demain…

Meilleures salutations,

Le Mogambo Guru
Pour la Chronique Agora

(*) Richard Daughty est associé gérant et directeur d’exploitation pour Smith Consultant Group, qui sert les secteurs financier et médical. Il est également l’auteur de la lettre d’information économique Mogambo Guru, un exercice visant à accumuler les sarcasmes sur ceux qui le méritent largement. Le Mogambo Guru est souvent cité dans le journal Barron’s ou dans le Daily Reckoning, l’équivalent américain de la Chronique Agora.

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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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