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La Chronique Agora
Paris, France
Vendredi 16 février 2007
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*** Connaissez-vous la règle des 3,21 ?
Le DAX de Francfort fait balbutier l’Histoire…
*** Le regard de l’investisseur
En Bourse, la valeur, comme la beauté, est dans l’oeil de celui qui contemple…
*** Modération et Japon
Bill Bonner suggère un nouvel axe d’investissement pour l’année 2007…
*** Chine et Afrique : lune de miel
Et des impacts donc vous pourriez bien profiter…
—————————– (publ.)
Un principe d’investissement si simplissime…
… que vous l’avez probablement OUBLIE !
Pourtant, il vous aurait permis de doubler votre mise en six mois…
Pour savoir comment, continuez votre lecture…
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Bonjour,
*** CONNAISSEZ-VOUS LA REGLE DES 3,21 ?
** Nous ne savons plus trop s’il convient de céder à une légitime lassitude alors que Paris stationne depuis maintenant dix jours (à l’exception de la séance du 12 février) au-dessus des 5 650 points… ou s’il fait s’extasier du fait qu’aucune consolidation ne vient émailler la courbe ascendante de l’indice phare depuis le 26 janvier dernier — même si le CAC 40 semble se heurter à une forte résistance dans la zone des 5 725 points.
Cette séance de jeudi a de nouveau battu des records d’absence de volatilité, alors que 95% des échanges se sont effectués au sein de la fourchette 5 715/5 725 points — soit un "pas de variation" de 0,2% d’amplitude. Le CAC n’a finalement pas cédé grand’chose (-0,09%), malgré de très forts volumes d’échanges sur les valeurs financières, ce qui a fait bondir de 25% l’activité du marché parisien en 24 heures, de 40% en 48 heures et de 60% en 72 heures.
Il s’est traité la bagatelle de 7,6 milliards d’euros sur les seules valeurs vedettes du CAC 40. La contrepartie acheteuse semble pouvoir encaisser n’importe quelle contrariété — et notamment des ventes massives dans le secteur bancaire. L’indice a même inscrit un nouveau record annuel dès l’ouverture — par le plus petit écart mesurable et pour le symbole — à 5 729 points.
Le marché parisien s’en tire mieux que la majorité des places européennes : elles abandonnaient en moyenne 0,2%, sauf Francfort qui clôturait inchangé. Nous allons d’ailleurs consacrer une partie de cette chronique au parcours prodigieux de l’indice DAX depuis le 13 mars 2003 dans un des tous prochains chapitres.
** La tendance haussière devrait être soigneusement entretenue jusqu’à ce vendredi après-midi (et l’expiration des contrats sur options et sur indices qui interviendra à 16h) : depuis le précédent rendez-vous technique du 19 janvier, le CAC 40 gagne très précisément 110 points, soit +2% à peu de choses près.
Ceci porte le cumul de gain annuel à 3,25%, mais le bilan des quatre dernières séances écoulées s’élève à +0,50%, après +0,25% la semaine passée. Cela respecte effectivement le rythme de progression hebdomadaire métronomique de +0,36% depuis le 1er janvier.
Allons plus loin : la progression du CAC 40 est de très précisément 0,3% par semaine depuis le 26 octobre 2006 (+5% en 16 semaines et deux jours). Nous ne cessons de nous demander par quel prodigieux "hasard" une telle régularité est maintenue depuis près de quatre mois, à cinq séances près.
** En ce qui concerne la journée de vendredi, subodorons que "les jeux sont faits" — ce qui n’exclut pas l’hypothèse d’un coup de pouce des arbitragistes en début de matinée pour faire inscrire un nouveau zénith annuel vers les 5 730 points. Les opérateurs commenceront peut-être à faire preuve de prudence alors que l’Eurotop 100 a fêté mercredi son huitième mois de hausse consécutif.
La tendance haussière de la veille semblant devenir la meilleure garante d’un lendemain qui chante, les investisseurs américains continuent d’afficher un optimisme indéfectible… et le Dow Jones les records, à 12 770 points jeudi à la mi-séance.
La déconnexion avec la sphère du réel se manifeste chaque jour avec un peu plus de netteté puisque le flux quotidien, hebdomadaire ou mensuel des statistiques (puis des résultats trimestriels, qui se sont essoufflés au quatrième trimestre) ne semble plus avoir de prise sur l’évolution des indices américains depuis la mi-juillet 2006.
** Nouvel exemple frappant avec des chiffres US du jour complètement contradictoires : la production industrielle a chuté de 0,5% en janvier aux Etats-Unis (la faute au secteur automobile et à l’immobilier)… mais la Réserve fédérale de New York a dévoilé un indice d’activité industrielle Empire State qui bondit de 9,1 en janvier à 24,4 au mois de février.
Nous n’étions pas au bout de nos surprises, puisque nous découvrions trois heures plus tard que la croissance de l’activité manufacturière de la région de Philadelphie (qui jouxte géographiquement celle de New York) a nettement ralenti au mois de janvier : l’indice s’établit à +0,6, contre +8,3 en janvier. Comment un tel contraste industriel peut-il s’expliquer à quelques kilomètres de distance ? Quel crédit accorder aux statistiques ?
La forte hausse des demandes d’allocations chômage faisait cependant pencher la balance en faveur du scénario d’un ralentissement, avec des inscriptions hebdomadaires en hausse de 44 000 sur la semaine du 10 février aux Etats-Unis. Cela porte le nombre des allocataires potentiels à 357 000 — c’est le niveau le plus élevé depuis le mois de novembre.
Pour achever de semer la confusion, l’indice de confiance des constructeurs de maisons particulières (NAHB/Wells Fargo) rebondit de cinq points en février, pour atteindre 40 — son meilleur niveau depuis juin 2006, alors qu’un plancher de 30 avait été atteint en septembre. Pour mémoire, l’indice NAHB affichait un score de 56 en février 2006 et de 61 en octobre 2005.
Mais le chiffre le plus attendu concernant le secteur immobilier sera dévoilé ce vendredi après-midi : il s’agit des mises en chantier de logements neufs (un recul de 2,6% est anticipé), puis des dépôts de permis de construire (le consensus table sur -2%).
Il s’agit, nous l’avons déjà souligné, d’une des clés de la conjoncture économique et boursière au cours des six prochains mois, l’évolution du prix moyen des transactions aux Etats-Unis venant compléter le tableau.
** Cependant, cela ne nous a pas dissuadés de rechercher d’autres correspondances qui pourraient éclairer les potentialités (ou la vulnérabilité) des marchés financiers. Nous nous sommes intéressé à l’indice DAX (Xetra), qui mesure la santé de la bourse allemande et qui s’impose depuis quatre ans comme le baromètre le plus fiable de la croissance mondiale du point de vue de l’actionnaire — le moteur de la hausse de Francfort s’alimentant exclusivement des exportations alors que l’immobilier somnole, sans parler d’une consommation des ménages totalement anémique.
Le DAX caracole de record en record, et, avec un nouveau zénith inscrit à 6 972 points, il accumule désormais 32% de gain par rapport au 13 juin 2006.
Francfort n’a aligné que deux fois dans son histoire une vague de hausse d’une longueur supérieure à huit mois : en octobre 1997/août 1998… puis en juin 1996/août 1997.
Mais le fait technique le plus marquant, c’est qu’il avait vu, au mieux, sa valeur multipliée par un indice de 3,21 entre avril 1995 et juillet 1998 (40 mois de hausse). Cet exploit est en passe d’être réédité pour la deuxième fois de l’histoire : tel sera le cas si le DAX touche les 7 000 points… et ce sera le 47ème mois de hausse.
Si l’Histoire ne se répète pas… il lui arrive parfois de balbutier.
Philippe Béchade,
Paris
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Eric J. Fry nous donnent les dernières nouvelles de Wall Street
*** LE REGARD DE L’INVESTISSEUR
** La valeur, comme la beauté, est dans l’œil de celui qui contemple… et ces derniers temps, une population croissante de "contemplatifs" trouve de la valeur dans les perspectives de long terme pour les énergies alternatives — principalement les énergies éoliennes et solaires.
- Malheureusement, peu de ces sociétés "propres" sont statistiquement bon marché. Les actions du portefeuille de l’ETF PowerShares Cleantech, par exemple, se vendent en moyenne 100 fois les bénéfices — soit plus de cinq fois le PER du S&P 500 !
- Le secteur des énergies propres ne présente donc pas de "valeur" dans le sens classique du terme, tel que l’entendaient Graham et Dodd. Un investisseur ne peut acheter un dollar d’actifs pour 50 cents. La valeur, dans le cas présent, réside dans les perspectives et se base uniquement sur les attentes de croissance rapide.
- L’énergie solaire offre un exemple très alléchant. Le secteur mondial de l’énergie solaire a plus que triplé sa capacité installée de génération d’électricité ces trois dernières années. Malgré cette croissance ultra-rapide, le solaire ne fournit encore qu’un minuscule pourcentage des besoins énergétiques mondiaux.
- En fait, les sources d’énergies renouvelables — à part l’hydro-électricité — fournissent moins d’1% de l’électricité mondiale. Et même si l’on inclut toutes les centrales hydro-électriques de la planète, la contribution combinée de TOUTES les formes d’énergie renouvelables se monte à moins de 3% de la capacité installée mondiale.
- De toute évidence, les secteurs des énergies alternatives profitent d’impressionnantes perspectives de croissance. Clean Edge, un observateur du secteur basé aux Etats-Unis, pense que les marchés respectifs des énergies solaire et éolienne devraient passer de leurs niveaux actuels de 11 milliards de dollars par an à 50 milliards de dollars chacun d’ici 2015. Même ainsi, identifier les meilleures sociétés dans le secteur des énergies renouvelables n’est pas tâche facile.
- Bon nombre de sociétés énergétiques génèrent peu ou pas de revenus. Certaines d’entre elles n’en généreront jamais. Mais dans la mesure où il semble relativement évident que ces entreprises fourniront une part croissante des besoins mondiaux en électricité, les investisseurs devraient faire figurer dans leur portefeuille ce secteur diversifié et en rapide expansion.
** Nous devrions cependant rajouter quelques mots d’avertissement. En dépit des perspectives de croissance plus qu’intéressantes du secteur des énergies propres, les investisseurs ne peuvent se permettre d’ignorer quelques risques importants :
- Pour commencer, ce secteur est très volatil. Sur une période de 30 jours l’an dernier, le fonds américain New Alternatives a chuté de près de 15%, contre une chute de 5% sur le S&P 500 dans le même temps. Ensuite, ce secteur est très spéculatif. Le monde des valeurs "de croissance" richement valorisées est plein de risques… surtout si la croissance ne se matérialise pas.
- Enfin, les fonds et les valeurs du secteur des énergies alternatives tendent à suivre de près les hausses ou les baisses des prix du pétrole. Il n’y a aucun mystère là-dessous, bien entendu. La hausse des prix du pétrole rend les énergies alternatives plus attirantes en tant qu’investissements de long terme, tout en générant de la demande pour des choses comme les panneaux solaires et les turbines éoliennes.
- Dans le monde réel, les entreprises d’énergies renouvelables offrent une alternative valide aux sources traditionnelles basées sur le carbone. Mais dans le monde de la diversification boursière, les valeurs du secteur des énergies alternatives peuvent parfois ne fournir qu’une solution de rechange peu profitable par rapport aux valeurs énergétiques conventionnelles.
- Cependant, en dépit des risques, les gains potentiels pourraient être considérables pour les sociétés d’énergies propres. Et en général, l’œil de l’actionnaire est sensible à la beauté de la croissance des revenus…
[ NDLR : Solaire, éolien, hydro-électrique... A l'inventaire d'Eric Fry manque la géothermie -- qui a pourtant tous les atouts pour vous rapporter des gains qui pourraient se situer entre 100% et 700% dans les années qui viennent ! Notre spécialiste vous en dit plus ici même... ]
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** MODERATION ET JAPON
** "Continuons à vivre dangereusement", déclare un titre de The Economist. Le magazine parlait de la fièvre d’emprunt mondiale se basant sur la vente de yens japonais — également connue sous le nom de carry trade. Et là, nous prenons une position contrarienne :
* Vous voulez gagner de l’argent en 2007, cher lecteur ? Achetez des valeurs japonaises. Pour plus d’explications, nous commençons par les prêteurs américains.
* Ben Bernanke s’est assis devant le Congrès US cette semaine, et leur a annoncé que tout va bien. L’inflation, a-t-il déclaré, serait "modérée". La croissance serait "modérée". En fait, s’il y avait quoi que ce soit de non "modéré", Ben Bernanke ne le voyait pas.
* Toute cette modération est montée à la tête des investisseurs. Toutes les places mondiales ont semblé grimper.
* Il se peut que Ben Bernanke ait raison au sujet de la modération ; nous n’en savons rien. Mais si le monde profite d’une année supplémentaire de confort, le prix en sera élevé… tout comme les risques… et l’inconfort qui en résultera. Parce que derrières les chiffres de croissance modérée du PIB, on trouve d’autres chiffres proprement extravagants.
* Nous pourrions faire allusion aux prix de l’immobilier dans le centre de Londres… aux salaires du secteur financier… au marché boursier de Shanghai… ou à bon nombre d’autres choses… mais aujourd’hui, nous nous concentrons sur les symptômes, plutôt que sur la cause — ou du moins à l’un d’entre eux.
** Les spéculateurs empruntent des yens, les échangent contre des dollars, puis achètent des bons du Trésor US, de l’immobilier US ou des valeurs US. La Banque du Japon prête de l’argent à 0,25% seulement. Elle le fait depuis le milieu des années 90, époque où elle cherchait à tirer l’économie japonaise de la crise en rendant l’argent plus facile à obtenir. Un fonds de couverture, par exemple, peut tirer parti de ce taux d’intérêt bas en empruntant des yens à 1%, puis en achetant des obligations américaines avec un rendement de 5%. Ou bien il peut se montrer plus agressif, et viser 7% en achetant des obligations néo-zélandaises.
* Ce qui rend la transaction dangereuse pour le spéculateur, c’est que le yen pourrait grimper. Ce qui la rend dangereuse pour le reste du monde, c’est qu’il y a beaucoup de gens qui doivent beaucoup de yens. Et ce qui la rend si attirante pour les investisseurs contrariens, c’est qu’avec tant d’argent comptant sur une baisse du yen… on est quasiment certains de le voir grimper.
* Si le yen grimpait de 6%, les profits des spéculateurs seraient effacés. Et dans la mesure où ces transactions font quasiment toujours jouer un fort effet de levier, leurs capitaux pourraient eux aussi partir en fumée. C’est exactement ce qui s’est passé lorsque le fonds de couverture le plus célèbre de tous les temps s’est effondré à la fin des années 90. Le yen a grimpé. Les Russes se retrouvés en pleine crise financière. Les spéculateurs ont regardé leurs positions, et ont décidé de laisser filer un peu de l’effet de levier — ce qui revenait à vendre leurs actifs et à rembourser les yens. Bien entendu, pour rembourser des yens, vous devez avoir des yens. Vous devez donc vous placer sur le marché des devises et en acheter — ce qui fait grimper le cours du yen. En 1998, il a pris +25% environ par rapport au dollar en l’espace de quelques semaines, et Long Term Capital Management a fait faillite.
* Personne ne sait en quelle quantité ce carry trade a lieu… mais aujourd’hui, nous pouvons être quasi-certains qu’il y en a bien plus qu’il y a dix ans de ça. Actuellement, il y a des milliers de fonds de couverture en plus ; les spéculateurs se sont eux aussi multipliés — ainsi que les milliards de dollars avec lesquels ils travaillent — et tous parient que le yen ne bougera pas.
* Et, comme nous le savons, à présent même les propriétaires immobiliers se sont transformés en génies de la spéculation ; nous ne devrions donc pas nous étonner de constater qu’ils refinancent leurs maisons en yens. Oui, absolument. Selon le Financial Times, "les ménages de Lituanie et de Roumanie se montrent si enthousiastes dans leurs emprunts en yens que la tendance a généré surprise et malaise chez les banquiers centraux de l’autre côté de la planète, à Tokyo".
* Dans l’ensemble, certains experts estiment que le carry trade en yens se monte à 1 000 milliards de dollars — et tout ça à découvert. C’est-à-dire que le succès de tous ces trades dépend du fait que le yen ne grimpe PAS. C’est là ce qui les rend si dangereux pour le système financier mondial tout entier… et si attirants pour un investisseur prêt à jouer la position inverse.
* Nous sommes étonnés de voir que les prêteurs sub-prime américains ne se sont pas encore rendu compte des opportunités financières des prêts en yens.
* Mais c’est bien là que résident le risque et l’opportunité. Les yens, comme les dollars et les produits dérivés, sont soumis à des "taux ajustables". Certes, ces taux n’ont pas été augmentés depuis très longtemps. Et le yen a coopéré en baissant (puisque, naturellement, les gens doivent vendre les yens qu’ils empruntent afin d’acheter des investissements aux rendements plus élevés). Cela n’a fait qu’augmenter le risque. Plus le yen baisse, plus son rebond sera élevé lorsqu’il touchera enfin le fond. L’"indice Big Mac" élaboré par The Economist, qui compare le prix d’un sandwich Big Mac dans divers pays de la planète, trouve que le yen est déjà 40% trop bas. Il y a donc pas mal de marge de manoeuvre.
* "Aujourd’hui comme en 1997", explique Hans Redeker, chef de la stratégie de change chez BNP Paribas, "les devises aux rendements bas ont été utilisées comme des distributeurs de billets mondiaux, injectant des liquidités sur les marchés d’actifs. En 1997, la crise asiatique a marqué la fin de cette évolution. Cette année, nous suggérons que les marchés émergents et les marchés d’actifs pourraient voir leur point de rupture, déclenchant la liquidation du carry trade".
* Vous voulez faire un bon investissement, cher lecteur ? Achetez des valeurs japonaises. Soit les valeurs grimperont… soit la devise augmentera. Si l’économie continue de tenir son cap "modéré"… les valeurs japonaises devraient bien s’en tirer. Si la modération cède le pas à la panique, le yen devrait grimper.
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*** La Chronique Agora présente ***
Pour assurer sa croissance économique, la Chine a besoin de matières premières en quantité croissante — et pour verrouiller son approvisionnement, elle s’est tout naturellement tournée vers l’Afrique… Simone Wapler nous en dit plus sur ces échanges.
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CHINE ET AFRIQUE : LUNE DE MIEL
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Par Simone Wapler (*)
A lire la majorité des titres de la presse financière, on en oublierait presque que la Chine est un pays communiste. Si vous êtes comme moi de nature méfiante, il convient de se rappeler de temps en temps que communisme et capitalisme ne font pas bon ménage, et de mettre un bémol au ronronnement médiatique extatique.
Mon propos n’est pas de vous livrer un couplet "droits de l’homme", mais d’essayer de vous faire profiter des conséquences de la nouvelle forme de colonisation de l’Afrique par la Chine en repérant quelques bons investissements miniers.
La Chine a besoin de l’Afrique pour asseoir sa puissance économique
Pour commencer, il faut bien se souvenir qu’une nation se doit d’être indépendante. Les évidences sont parfois bonnes à dire. La Chine n’accepte de jouer le jeu de l’économie de marché que dans la mesure où cela lui permet d’accéder à son indépendance. Elle souhaite donc contrôler ses approvisionnements en énergie et en matières premières pour alimenter en toute indépendance (traduire : "en évitant à terme de subir les lois capitalistes du marché") ce qui va devenir la plus grande économie du monde. L’Afrique, traditionnel réservoir de matières premières, joue un rôle essentiel dans la réalisation de cette ambition d’indépendance économique.
Pour accompagner leurs développements industriels, les anciens empires européens ont eu recours à la colonisation. L’empire américain, riche lui-même de matières premières, ne s’est pas tellement impliqué en Afrique. L’URSS a essayé d’y instaurer un système d’échange de grands travaux contre adoption d’un régime communiste, mais son succès fut mitigé : trop d’idéologie et pas assez d’argent.
Le verrouillage de matières stratégiques
La Chine possède sur l’URSS deux avantages colossaux : des montagnes de dollars et aucune volonté d’exportation du bonheur marxiste. Elle a amélioré la manière soviétique. Grands travaux et pluies de subventions contre des engagements de vente à terme de certains produits stratégiques. Et croyez-moi, ces contrats à terme sont bien verrouillés. Bien entendu, les camarades communistes ne sont pas regardants sur les qualités "droits-de-l’hommistes" des régimes arrosés. Leur objectif n’est pas du tout l’avancée de la déesse Démocratie dans le monde et encore moins celle du dieu Marx. Business is business, même en chinois.
La liste des courses…
Comme les Chinois sont des gens organisés, ils ont fait leur liste de courses. Les communistes adorent les plans et on trouve cette liste dans le plan quinquennal chinois : charbon, gaz, pétrole, uranium, bauxite, cuivre, aluminium, manganèse et potassium. Je n’invente rien : ce plan est disponible en anglais sur de nombreux sites. A cette première liste s’ajoutent quelques petits ingrédients critiques : platine, rhodium, chrome…
De l’argent ? En veux-tu, en voilà…
L’évolution des échanges commerciaux entre l’Afrique sub-saharienne et la Chine parle d’elle-même : 6,5 milliards de dollars en 1999 contre 40 milliards en 2006. Le compte-rendu du dernier forum de coopération Chine-Afrique est également édifiant. D’ici 2009 vont être injectés : trois milliards de dollars en prêts préférentiels, deux milliards en crédit, cinq milliards dans un fonds de développement Chine-Afrique. A la construction de 30 hôpitaux et de 100 écoles, à l’accueil de 4 000 boursiers africains dans les universités chinoises se rajoutent quelques bricoles de travaux de génie civil : centrales électriques, barrages, infrastructures minières, usines de fonderie et raffinage.
Les investissements de la Chine se concentrent au Zimbabwe, en Afrique du Sud, en Tanzanie, au Mozambique. Robert Mugabe, en visite à Beijing lors du forum Chine-Afrique, fut salué par les Chinois avec les honneurs dus à son rang de grand chef d’Etat régnant sur… des gisements stratégiques de platine et du rhodium, chrome et nickel. Le personnage de Mugabe est unanimement dénoncé par les droits-de-l’hommistes occidentaux qui ne s’abaisseraient en aucun cas à commercer avec lui.
Des manques cruels se profilent
Pour le moment c’est une lune de miel sino-africaine : "notre principal défi n’est pas la lutte contre le colonialisme, mais la lutte contre la pauvreté, le sous-développement et pour l’indépendance économique", juge le premier ministre d’Ethiopie Meles Zenawi. "Sincérité, coopération et partenariat", s’enthousiasme l’ambassadeur de Chine en Afrique du Sud. Une lune de miel à laquelle les Etats-Unis et l’Europe assistent en tenant la chandelle et en souriant niaisement. Le réveil des champions des droits de l’homme risque d’être amer. Un seul exemple : le chrome.
Tirez profit du chrome
Ce métal est un indispensable aux aciers techniques et il n’existe aucun substitut. 95% des ressources mondiales de chrome se trouvent en Afrique du Sud et au Kazakhstan. La Chine est en train de verrouiller des accords avec l’Afrique du Sud.
Dans un avenir pas très lointain, les Occidentaux se trouveront devant un marché du chrome inexistant. Il leur faudra d’urgence ouvrir des mines en Amérique du Nord ou en Europe. Le chrome va devenir un métal critique, comme l’uranium ou le nickel le sont déjà. Les Etats-Unis importent les trois-quarts de leur chrome d’Afrique du Sud, principalement. "C’est l’un des matériaux les plus stratégiques et les plus critiques", mentionne laconiquement l’US Geological Survey.
Investir dans une mine ou un projet de prospection dans le chrome au Brésil, en Finlande ou en Turquie pourrait s’avérer extrêmement profitable. Il n’en existe pas pour le moment qui soit coté. Mais je signale le finlandais Outokumpu. Ce fabricant d’aciers spéciaux est l’un des rares à posséder sa propre mine de chrome. Le cours a été doublé en 2006. Ce n’est à mon avis qu’un début.
Meilleures salutations,
Simone Wapler
Pour la Chronique Agora
(*) Analyste, journaliste et ingénieur de formation, Simone Wapler a déjà contribué à des publications telles que Le Point, Enjeux les Echos, Chart’s… Spécialisée dans les valeurs technologiques et industrielles, et se penche aussi sur les ressources naturelles dans L’Edito Matières Premières.
[NDLR : Isabelle Mouilleseaux et toute son équipe vous communiquent quotidiennement les dernières nouvelles du marché des matières premières, et vous expliquent comment profiter de ce qui promet d'être le plus grand boom du 21ème siècle... Pour profiter de leurs conseils, rien de plus simple : il suffit de vous inscrire à L'Edito Matières Premières. Cliquez simplement ici, laissez-vous guider... et n'oubliez pas : c'est entièrement GRATUIT !]
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