Le problème de tous

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La Chronique Agora
Paris, France
Mardi 03 juillet 2007
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*** "Buffett" et portefeuille bien garnis
Le célèbre investisseur d’Omaha œuvre pour la bonne cause…

*** Le problème de tous
Ou pourquoi il y a certains phénomènes qu’on ne peut pas contenir…

*** Une question de statut (2)
Ceci n’est pas une bulle…

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Bonjour,

*** "BUFFETT" ET PORTEFEUILLE BIEN GARNIS

** Nous vous avions promis la semaine dernière avec une once de malice que vous alliez passer "un excellent week-end". Notre forfanterie s’est retournée contre nous dès vendredi soir, puisque la garden party que nous avions organisée en proche banlieue parisienne avec une douzaine d’amis adeptes des bons vins et des spécialités régionales (provençales et valaisannes, nos hôtes étant respectivement originaires des bords de la Grande Bleue et des contreforts du Grand Combin) s’est transformée en débandade.

A peine venions-nous d’accueillir les derniers invités, coupe en main, qu’une puissante bourrasque arracha soudain les parasols de leurs supports… soulevant les nappes et les assiettes, renversant les gobelets et dispersant le contenu des corbeilles de snacks à travers le jardin — tandis que s’abattait une "drache" capable de remplir un seau à champagne en moins d’un quart d’heure.

Une fois réfugiés dans le salon-cheminée de la maison, les convives à moitié trempés et grelottants, coude à coude autour d’une nouvelle table dressée à la hâte, ne manquèrent pas d’adresser leurs compliments aux cumulo-nimbus. A cette époque, ces derniers sont censés circuler entre le nord de l’Ecosse et le Spitzberg, où les températures du mois de juillet sont comparables à celles d’une fin octobre ; le thermomètre de la maison, quant à lui, indiquait vendredi frileusement 13°C au lieu des 24 ou 25°C traditionnellement relevés en début de soirée à cette période de l’année.

** Nous avons bénéficié d’un printemps caniculaire mais l’été, depuis une dizaine de jours, s’annonce plutôt frisquet et turbulent. Vous nous pardonnerez d’établir une analogie facile avec l’évolution des marchés financiers, mais l’essentiel des la performance du premier semestre 2007 s’est matérialisée du 15 mars au 15 juin, à l’issue d’une hausse continue de 850 points recoupant — à une semaine de décalage près — le calendrier solsticial.

Le déclin du CAC 40 sous les 6 130 points s’est bel et amorcé sous forme d’une franche cassure (ou gap baissier) sous les 6 090 points survenant le 21 juin dernier (le premier jour de l’été). Le rebond technique des 28 et 29 juin n’a même pas permis aux valeurs françaises d’afficher un score global symbolique de +10% sur les six premiers mois écoulés : elles doivent se contenter de +9,3%. Ceci dit, compte tenu d’une hausse de 65 points de base du rendement des Bunds et des OAT (passé de 3,95% à 4,60% dans l’intervalle), il n’y a franchement pas lieu de se plaindre.

Il est beaucoup plus fréquent de voir les indices boursiers perdre 8% à 10% lorsque les taux longs enregistrent une remontée aussi sensible que celle survenue depuis le 15 mars 2007. Nous voulons bien admettre qu’un phénomène d’arbitrage au profit des actions (maintes fois évoqué au long de nos précédentes chroniques) explique la divergence printanière au détriment des supports obligataires… mais il n’en reste pas moins que la prime de risque sur les placements à taux variables s’est singulièrement dégradée — d’une bonne vingtaine de pour-cent selon nos calculs — dans l’insouciance générale.

Les bourses occidentales se sont enivrées d’un cocktail euphorisant composé d’un tiers de carry trade (surabondance de liquidités), d’un tiers d’OPA ou de LBO, et d’un tiers de rachats massifs de titres (augmentant mécaniquement le rendement du dividende par action). Sans oublier ce petit zeste de folie sans lequel les excès ne pourraient déboucher sur d’autres excès, d’aspect encore plus réjouissant.

** Mais à l’image d’une garden party organisée d’un soir d’orage, la bonne humeur des convives risque à tout moment d’être douchée par la fureur des éléments, et il est important de ne pas négliger les solutions de repli en cas de bourrasque boursière

Lors du dîner évoqué en début de Chronique, l’un de nos amis m’interpella au sujet d’une brève qu’il avait découverte sur Reuters. Connaissant mon admiration pour Warren Buffett, il me demanda si j’étais au courant — et non, je ne l’étais pas ! — de cette mise aux enchères sur E-Bay d’un repas en compagnie du vieux sage d’Omaha. Renseignements pris ce week-end, ce repas a en effet été adjugé à 650 000 $ sur le site d’E-Bay, à un investisseur californien du nom de Mohnish Pabrai.

Ceux qui soupçonneraient Warren Buffett de monnayer ses lumières économico-gastronomiques à la manière d’un Alan Greenspan (qui prend 10 000 $ pour essuyer ses lunettes, 20 000 $ de plus pour tapoter sur le micro afin de vérifier son bon fonctionnement puis 50 000 $ par client avide d’entendre son oracle en exclusivité depuis un hôtel cinq étoiles), en seront pour leur — absence — de frais : la recette des enchères évoquée dans le paragraphe précédent est intégralement reversée au profit d’une organisation caritative de San Francisco qui consacre son action aux sans-abris.

Warren Buffett a pris l’habitude de mettre aux enchères des dîners en sa compagnie depuis sept ans. L’an passé, c’était un autre homme d’affaires californien (du nom de Yongping Duan) qui s’était fendu d’un chèque de 620 000 $… pour la bonne cause, on vous le répète.

Il faut donc avoir un portefeuille bien garni s’offrir un "Buffett" à son menu. Nous ne sommes pas convaincu que M. Stephen Schwarzman — le fondateur de Blackstone, qui pourrait bientôt devenir le second investisseur le plus riche du monde — susciterait le même enthousiasme auprès d’auditeurs fortunés. L’homme s’est en effet forgé une solide réputation de "tueur" au travers d’une rhétorique guerrière dont la brutalité n’a rien à envier à celle d’un maréchal d’empire fraîchement promu.

** L’un des traits communs des fortunes les plus rapidement écloses ces dix dernières années réside dans l’absence de caractère matériel de ce qui produit de la richesse ; même un logiciel ou un brevet ont une nature concrète : ils présentent une réelle utilité pour la communauté des êtres humains.

La clé du succès consiste à brasser de l’argent tout en faisant assumer le risque par les autres, puis à défiscaliser les colossales recettes financières. Parmi les salariés les mieux payés de la planète, vous découvrirez autant de spécialistes des marchés dérivés que de magiciens de l’optimisation fiscale (lesquels exploitent, grâce à des montages et des cheminements complexes, les failles des différents systèmes d’imposition).

Ils sont passés maîtres dans l’art d’exploiter "d’intéressantes dispositions" (tous les paradis fiscaux en regorgent, mais des pays comme l’Angleterre, la Hollande, Singapour ou les Emirats ne sont pas en reste) qui permettent d’exonérer leur richissime clientèle de la pesanteur — et des appétits parfois démesurés — du fisc.

Warren Buffett n’a certainement pas choisi par hasard de transmettre sa colossale fortune via une fondation. Cette formule a recueilli l’an passé un succès inégalé aux Etats-Unis : 2006 a battu tous les records de dons, soit le fabuleux montant de 360 milliards de dollars (un milliard de dollars par jour). C’est pratiquement équivalent au budget officiel du Pentagone, qui finance l’occupation de l’Irak et de l’Afghanistan, et, de manière plus générale, tout le dispositif de sécurisation des intérêts américains dans le monde.

** A ce sujet, les Etats-Unis et leurs alliés britanniques vont avoir fort à faire avec la vague d’attentats déjoués à Londres et Glasgow, ainsi que les attaques meurtrières visant des touristes occidentaux comme il s’en est produit en Egypte ou en Turquie tout récemment puis au Yémen ce lundi même.

La morosité des places européennes (-0,45%) en cette première séance du second semestre 2007 n’y était peut être pas étrangère — bien que Wall Street entame cette seconde manche de l’année 2007 sur une note beaucoup plus enthousiaste (+0,7 à +0,8% sur le S&P ou le Nasdaq Composite).

La cause de cette évolution divergente est peut-être à rechercher du côté de l’OPA géante de 49 milliards de dollars sur Canadian Telecom BCE, lancée par un consortium de fonds d’investissement. Plus fondamentalement, Wall Street a tout à gagner de la fermeté de l’euro : son rebond de 0,65% le ramène à son meilleur niveau face au dollar depuis la mi-mai, à 1,3630.

Une hausse qui pourrait s’expliquer par la conviction que la BCE confirmera dès jeudi prochain son intention de relever de 25 points supplémentaires son taux directeur, à 4,25% puis 4,50% d’ici décembre. Cette stratégie est justifiée par le gonflement à un rythme échevelé de la masse monétaire, ainsi que par une croissance voisine de 2,7% à 2,8% en zone euro en 2007 — ce que suggère la hausse de 0,6 points de l’indice PMI manufacturier à 55,6 points au mois de juin.

Les Etats-Unis ont cependant répliqué en fin d’après-midi par une envolée de l’ISM (directeurs d’achats du secteur industriel) de 55 vers 56, au lieu d’une stagnation attendue ; cela semble conforter Wall Street dans son scénario de ralentissement marginal de l’activité économique.

De quoi écarter d’un geste méprisant l’abominable hypothèse stagflationniste suggérée entre les lignes par Alan Greenspan lors de récentes "interventions privées" — tarifées au prix fort, preuve imparable d’une inflation galopante qui sévit dans le secteur du conseil aux investisseurs…

Philippe Béchade,
Paris

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Ne faites pas de trading…
FAITES DES PROFITS !

Une forme d’investissement bien spécifique permet d’accumuler rapidement et simplement les plus-values.

Elle a déjà permis d’engranger 155% de gains cumulés en à peine deux mois… n’attendez plus pour en profiter ?

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, en France

*** LE PROBLEME DE TOUS

** Nous sommes de retour en France. Il fait aussi froid au sud de la Loire qu’au nord du Channel.

* Les marchés ne sont guère plus chaleureux. Ils sont même tièdes. Il ne se passe pas grand’chose. Une petite hausse, une petite baisse… un aller, un retour… pas vraiment la peine de regarder.

* Les seules nouvelles excitantes nous sont parvenues la semaine dernière : il s’agissait de Bear Stearns et de ses efforts pour secourir ses hedge funds. Les fonds en question avaient acheté un peu trop de titres adossés à des créances hypothécaires ; ils sont dans le pétrin.

* Bien entendu, nous savons tous que le problème du subprime est "contenu". C’est Henry Paulson et Ben Bernanke qui l’ont dit.

* Mais nous ne sommes pas convaincu. Les incendies sont "contenus". Les émeutes sont "contenues". Les conteneurs, nous le savons, peuvent accueillir des liquides… et des solides. Mais nous ne sommes pas certain qu’on puisse contenir un problème hypothécaire si vaste aussi facilement.

** Pour dire les choses autrement, on peut contenir quelque chose tant que cette chose est encore petite, localisée et gérable. Impossible de la contrôler lorsqu’elle s’est répandue partout. C’est déjà trop tard. Lors d’un discours le mois dernier, Mervyn King, gouverneur de la Banque d’Angleterre, était considérablement moins confiant que ses homologues américains : "l’effet de levier excessif est un thème commun à bon nombre de crises financières de l’histoire. Sommes-nous vraiment plus intelligents que les financiers du passé ?" a-t-il demandé.

* La réponse la plus courte à cette question est "non", bien entendu. Les prêts subprime représentent une portion substantielle du marché des prêts immobilier dans son ensemble. Mais les prêts à risque ne sont pas les seuls à représenter une menace. Le vrai problème, c’est que les propriétaires américains ont trop peu d’argent. Pourquoi en ont-ils trop peu ? Parce qu’ils ont trop dépensé. Et où ont-ils trouvé trop d’argent à dépenser ? Dans la valeur de leurs maisons.

* Ces six dernières années, la classe moyenne américaine a géré ses finances de manière tout à fait remarquable. Jamais encore auparavant les propriétaires n’avaient possédé une si petite partie de leurs propres maisons. Dans les années 60, les propriétaires américains hypothéquaient à peine 30% de la valeur de leurs maisons. Aujourd’hui, ce chiffre frôle les 50%. Et cela s’est produit alors que les prix des maisons grimpaient au rythme le plus rapide de ces 80 dernières années. Grâce à cette hausse, la valeur détenue par les propriétaires a augmenté de 4,37 milliers de milliards de dollars depuis le début du siècle. Mais, dans un prodigieux exploit d’emprunt, la dette hypothécaire a augmenté plus encore — de 5 000 milliards de dollars.

* Et voilà que les prix des maisons chutent. Il y a quelques semaines de cela, Business Week rapportait que le 25 juin, selon l’Association américaine des agents immobiliers, le nombre de ventes dans l’ancien avait glissé de 0,3% en mai, au rythme annuel de 5,99 millions d’unités — tandis que l’offre grimpait à 8,7, le chiffre le plus élevé depuis juin 1992. Le prix moyen d’une nouvelle maison a chuté de 11% en avril par rapport au mois précédent, à 229 100 $ — c’est le plus fort déclin depuis 1970.

* Les propriétaires sont mis à mal — et il ne s’agit pas uniquement des gens vivant dans des caravanes et accros à la télé-réalité. Non, cher lecteur, il s’agit de nous ! Enfin, pas nécessairement nous… mais de la plupart des gens.

* Les riches peuvent perdre de l’argent en bourse, et personne ne s’en souciera particulièrement — il y en a trop peu. Les pauvres et leurs problèmes seront toujours parmi nous, mais ils n’affectent qu’une minuscule part du système financier. Les problèmes des riches et des pauvres peuvent être "contenus". Mais les soucis de la classe moyenne sont des soucis pour le système financier tout entier… et l’économie toute entière.

* Pour leur épargne, les riches mettent leur argent dans des obligations, des œuvres d’art et de l’immobilier à but locatif. Les pauvres n’épargnent pas du tout. Mais la classe moyenne épargne son argent en le plaçant dans sa propre maison et utilise cette "épargne" (en retirant de la valeur) lorsqu’elle est nécessaire — pour l’éducation, les urgences de santé, le chômage et la retraite. Après une longue période de dépenses et d’emprunt, bon nombre de ménages de la classe moyenne américaine n’ont plus guère d’épargne. A la prochaine récession, ils seront essorés comme des serpillières.

* L’Amérique moyenne se retrouvera alors au même plan que le marché du subprime actuellement. Et le problème du subprime sera le problème de tous.

—————————– (publ.)

Le CAC 40 à 6 500 points… ou à 4 600 ?
Le pétrole à 45 $… ou à 80 $ ?
Economie mondiale en plein boom… ou krach globalisé ?

2007 pourrait être une année agitée : vos investissements sont-ils prêts à tout ?

Avec une performance moyenne de 92,34% depuis 1992… et des gains de 69,77%, 35,52%, 29,56%, 42,90% (entre autres) en 2006… voici le moyen d’ affronter tout ce que l’avenir boursier peut nous réserver !

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*** La Chronique Agora présente ***

Monet, Warhol, le Waterloo Bridge, 35 millions de dollars… Bill Bonner poursuit ses réflexions sur l’art moderne, son prix et ce qu’il s’agit d’acheter vraiment, lorsqu’on est collectionneur aujourd’hui.

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UNE QUESTION DE STATUT — 2ème PARTIE
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Par Bill Bonner (*)

L’attrait caché de l’art, c’est qu’on peut dépenser autant d’argent qu’on veut sans avoir l’air d’un parvenu. Au lieu de porter une montre incrustée de diamants qui carillonne "nouveau riche" toutes les heures, on achète un crâne de plâtre recouvert de diamants à 100 millions de dollars, créé par Damien Hirst. Ce n’est pas un ridicule signe extérieur de richesse, se dit-on ; c’est de l’art ! Achetez l’une de ces absurdes créations… une autre… puis une autre. Et voilà : vous êtes collectionneur d’art ! Et lorsque vous mourrez, vous pourrez laisser tout votre lot d’horreurs à un musée.

Que vaut vraiment cet art ? Nous avons calculé la semaine dernière que si on veut jeter un coup d’œil à un tableau de Monet représentant le Waterloo Bridge, on peut en obtenir une reproduction gratuite. Ou on peut verser 35 millions de dollars pour avoir le vrai. A distance, on voit à peine la différence. Il faut s’approcher. Plus on est proche, plus on peut apprécier le génie de l’artiste. A mesure que l’on s’avance, on peut voir la texture… les coups de pinceaux… et les couleurs subtiles. Et là, à un mètre de distance environ, on peut apprécier tout le talent du maître à transformer le paysage que nous voyons depuis la fenêtre de notre bureau en véritable œuvre d’art. Peut-être que ça vaut 35 millions de dollars. Peut-être pas.

Nous n’aurions eu aucun mal à digérer cette petite analyse sans une précédente vente aux enchères au cours de laquelle une œuvre d’Andy Warhol a été estimée à 71,5 millions de dollars. Et voilà que nous avons un léger mal au cœur. Parce que Warhol n’a pas manié le pinceau — vous pouvez vous approcher autant que vous voulez ; collez votre nez contre la toile. Vous ne trouverez aucun détail. On pourrait imprimer un million de copies — chacune serait aussi fidèle à l’original, et pourrait tout autant passer pour l’original, qu’un billet de banque dans votre portefeuille par rapport à celui tout frais sorti de l’Hôtel des Monnaies.

Green Car Burning ["Voiture verte en feu", ndlr.] n’est pas du tout un tableau — mais une lithographie ; l’"original" est la reproduction d’une photo dans un journal. La seule chose qu’on puisse considérer comme étant vaguement authentique ou original, c’est que Warhol a teinté l’image en vert et l’a un peu malmenée. Donc si l’authenticité, l’originalité ou le talent de peintre étaient la seule source des prix élevés, nous ne pouvons expliquer le phénomène Warhol. La différence visuelle entre une reproduction et la reproduction d’une reproduction est quasi-indétectable.

Toutes deux procurent exactement la même satisfaction, d’où qu’on regarde. Si la reproduction de la reproduction n’a aucune valeur, le tableau en question devrait avoir approximativement la même. Pourquoi quiconque doté d’un grain de bon sens paierait autant d’argent pour l’acheter ?

"Parce que sa valeur va grimper", dites-vous ? Nous pouvons pratiquement lire sur vos lèvres. "C’est un bon investissement".

Le précédent record, pour un Warhol, a été battu en novembre dernier lorsqu’un portrait de Mao, reproduit à partir d’une image du magazine Newsweek, s’est vendu 17,4 millions de dollars. En six mois seulement, la valeur des œuvres de Warhol a grimpé de 100%. Mais l’augmentation des prix ne fait qu’augmenter notre perplexité. Le prix d’une copie, établi par le Telegraph à zéro, est toujours zéro. Mais le prix d’un Warhol "original" a grimpé à 35 millions de dollars. La différence fugace, non-visuelle et quasiment indétectable entre une copie et l’œuvre véritable double chaque semestre. Comment l’expliquer ?

C’est là que les nausées ont commencé. Quels sont ces étranges objets d’art contemporain, nous sommes-nous demandé ? Ils n’ont pas de valeur réelle. Sont-ils autre chose qu’un moyen pour les gens très riches de se séparer de leur argent à l’amiable ? Ne sont-ils pas une méthode parfaite pour y parvenir ?

La réponse nous est revenue : oui. Comme les dot.com de l’époque de la bulle des technologiques, les œuvres d’art contemporain sont maintenues par une valeur réelle si faible que leur prix peut grimper jusqu’au ciel.

Meilleures salutations,

Bill Bonner
Pour la Chronique Agora

(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (450 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres "L’Inéluctable faillite de l’économie américaine" et L’Empire des Dettes".

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
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