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La Chronique Agora
Paris, France
Lundi 04 septembre 2006
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*** Buffet froid
Les marchés se sont régalés, vendredi dernier…
*** Hausse, baisse et métaux vils
Doug Casey regarde ce qui attend les métaux industriels…
*** Le présent de la Chine
Et son avenir aussi, tel que le voit Bill Bonner…
*** Une affaire de famille (2)
Bill Bonner revient sur son passé et sur ce qui a fait de lui ce qu’il est…
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Ils avaient vu juste pour la flambée du pétrole…
Ils ont prédit l’envolée de l’or…
Ils prévoyaient de longue date la chute des marchés…
SUR QUOI AURONT-ILS RAISON AUJOURD’HUI ?
Et surtout… comment profiter de ces conseils — qui ont déjà rapporté plus de 340% de gains cumulés ?
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Bonjour,
*** BUFFET FROID
** La semaine dernière s’est terminée sur une série de statistiques aussi diverses et variées que les plats d’un buffet gastronomique. Les marchés ont cependant dû les trouver toutes à leur goût, puisqu’ils ont terminé vendredi sur une séance de hausse unanime.
On enregistre donc 0,36% de plus pour le CAC 40, qui a clôturé à 5 183,45 points — tandis que ses homologues anglais et allemands grignotaient respectivement +0,73% pour le FTSE et +0,26 pour le DAX.
Du côté américain, on a fait preuve du même appétit : le Dow Jones a terminé la séance de vendredi à 11 464,15 points, soit une jolie hausse de 0,73% ; le Nasdaq et le S&P 500 ont terminé à égalité, grimpant de 0,55% tous les deux. Cela a porté le Nasdaq à 2 193,16 points, et le S&P à 1 311,01 points.
** Mais revenons un peu aux petits fours, salades, viandes froides et mignardises qui ont composé le menu des investisseurs vendredi. Du côté américain d’abord, les autorités se sont montrées bonnes hôtesses, en présentant assez de chiffres pour nourrir un bataillon d’économistes boulimiques.
Le département du Travail s’est chargé des entrées avec les dernières statistiques de l’emploi : 128 000 créations en août, alors qu’on n’en attendait que 125 000 ; le taux de chômage recule donc, passant de 4,8% à 4,7% (voilà qui doit faire soupirer d’envie notre Premier ministre, qui lutte pour passer sous les 8%…). Non seulement les Américains sont plus nombreux à travailler, mais ils semblent gagner plus, puisque le salaire moyen horaire est en hausse de 0,1%. On attendait plutôt une hausse de 0,3%, mais qu’importe : ce sera toujours ça de pris pour rembourser le prêt immobilier, l’hypothèque prise sur la maison et autres traites du nouveau 4×4 acheté au petit dernier pour ses 16 ans.
L’Université du Michigan est arrivée ensuite avec un plat qui aurait pu déplaire : l’indice de confiance des consommateurs. Les ingrédients devaient en être un peu gâtés, parce qu’il ressort en baisse, à 82 le mois dernier contre 84,7 en juillet. Cela n’a pas empêché les convives d’y faire honneur, puisqu’ils s’attendaient visiblement à pire (79,3 prévus par le consensus).
Le département du Commerce, par contre, a apporté une bonne dose de soupe à la grimace avec les dernières statistiques immobilières : les dépenses de construction sont en baisse de 1,2% en juillet… alors que l’on s’accordait à dire qu’elles ne bougeraient pas. L’indice ISM mesurant l’activité manufacturière a lui aussi joué les trouble-fêtes, glissant de 54,7 en juillet à 54,5 en août.
** Du côté européen, on n’était pas en reste — c’est à une véritable tour montée qu’ont eu droit les intervenants, avec un PIB de la zone euro tout orné de roses en massepain et de pastilles de sucre argenté : 0,9% de croissance au deuxième trimestre 2006, tandis que le taux de chômage reste stable à 7,8%.
Malheureusement, cela s’est peut-être avéré trop riche pour les palais européens ; consommateurs et entrepreneurs commencent à prendre des mines dégoûtées et rechignent à finir leur assiette. La Commission européenne nous apprenait la semaine dernière que l’indice de confiance économique était en baisse pour la première fois depuis 14 mois : -1,1 points, à 106,7 en août. Toujours dans la zone euro, le climat des affaires est lui aussi en recul, à 1,28, soit une baisse de 0,08 point.
Malgré cela, le banquet semble toujours aussi appétissant à certains : "la [BCE] a revu en forte hausse ses prévisions de croissance et d’inflation en zone euro pour 2006 et 2007", lisait-on dans La Tribune vendredi. "Elle anticipe désormais une progression du PIB de 2,5% cette année contre 2,1% attendu en juin et de 2,1% en 2007, contre 1,8%. Parallèlement, elle prévoit une inflation de 2,4% pour 2006 (contre 2,3%), et également 2,4% en 2007 (contre 2,2%), en raison, principalement, de l’envolée persistante des prix du pétrole."
Voilà qui fleure bon une petite hausse de taux en guise de digestif…
** Et puisqu’on parle de taux, intéressons-nous à ceux de vendredi : les marchés obligataires ont terminé la séance sur une légère détente, mettant le rendement du T-Bond à 10 ans à 4,73%. Le dollar a profité de l’abondance de statistiques pour baisser un peu, clôturant vendredi à 1,2834 pour un euro (contre 1,2808 la veille).
Or noir et or jaune, eux, sont au régime — le baril de WTI New York est passé sous les 70 $, à 69,05 $, tandis que l’once d’or perdait près de trois dollars au second fixing de Londres, pour finir la semaine à 621,05 $.
** Pour terminer, permettez-moi quelques excuses anticipées, cher lecteur. Philippe Béchade et moi-même serons en déplacement toute cette semaine — mais c’est pour la bonne cause, puisque nous allons rencontrer nos homologues écrivant les diverses versions internationales de la Chronique. A mon avis, on parlera beaucoup matières premières… l’immobilier sera lui aussi passé au crible… et nous reviendrons sans doute avec de nouvelles idées d’investissement à vous soumettre.
En attendant, cependant, votre Chronique quotidienne risque d’être un peu bouleversée jusqu’à lundi prochain, les liaisons internet n’étant pas forcément aussi accessibles que d’habitude. Toutes nos excuses donc… mais je serai de retour, fidèle au poste, dès samedi à Paris, pour la Chronique du week-end.
Françoise Garteiser,
Paris
PS : Pour retrouver l’analyse de la séance du jour, mais aussi tous les conseils et recommandations de Philippe Béchade, appelez le 0899 707 009*… Votre portefeuille pourrait en sortir gagnant !
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)
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Doug Casey, en direct de Wall Street
*** HAUSSE, BAISSE ET METAUX VILS
** Qu’est-ce qu’un métal vil ?
- Les métaux vils sont appelés ainsi parce qu’ils s’oxydent, rouillent et réagissent facilement. Ceux qui nous intéressent principalement sont le cuivre, le nickel, le plomb, le zinc, l’aluminium et le fer. Leur valeur inhérente repose dans leurs utilisations industrielles, et non en tant que monnaie, comme les métaux précieux — même si l’argent est un hybride intéressant, étant à la fois un métal industriel et servant de petite monnaie pour les devises. Si on les compare aux métaux précieux, les métaux vils se trouvent en abondance dans la nature, et sont donc bien moins chers.
- La question de l’exploration n’est pas tant d’en trouver que d’en découvrir en quantité suffisante pour qu’il soit profitable d’en extraire pendant un laps de temps substantiel. En fin de compte, leur sort est lié à l’état de l’économie mondiale — les fondamentaux de l’offre et de la demande.
** L’offre, la demande et les prix
- A l’heure où j’écris ces lignes, les prix du cuivre se sont quelque peu remis de la correction de l’été, en partie à cause d’une grève potentielle de la part de la main d’oeuvre de la mine d’Escondida, au Chili. C’est caractéristique de tous les métaux vils : de nombreux facteurs, souvent politiques et sociaux, mais aussi naturels (inondations, etc.), affectent l’offre de métaux vils. En plus, il est généralement impossible d’accélérer l’offre à court terme ; le processus de prospection, d’exploration et de développement d’une mine prend de nombreuses années, parfois des décennies. La plupart des mines sont immenses — des financements énormes sont nécessaires, ainsi que de nombreux permis environnementaux et de vastes infrastructures. Ces facteurs rendent très difficile l’équilibre offre/demande à court terme (c’est-à-dire jusqu’à quelques années), créant fréquemment des cycles d’augmentation de prix lorsque l’offre diminue, suivis de corrections lorsque de nouvelles quantités arrivent sur le marché.
- Du côté de la demande, l’Asie, et la Chine plus particulièrement, sont restées en mode accéléré, poussant les prix à la hausse pour accorder la demande à l’offre. Tôt ou tard, l’Inde se joindra à la partie. Résultat, les prix grimpent, ce qui a constitué une bonne nouvelle pour des entreprises comme Falconbridge et Teck Cominco : toutes deux viennent d’annoncer des profits ayant quasiment triplé.
- Ces dernières années, les prix des métaux vils ont augmenté plus rapidement que ceux des métaux précieux, générant beaucoup d’intérêt et d’excitation même parmi les investisseurs individuels. Pour un contrarien, c’est le signe quasi-certain d’un sommet au moins intermédiaire… mais cela ne signifie pas qu’ils ne pourraient pas grimper avant de corriger. En fait, nous ne serions pas surpris s’ils augmentaient encore, étant donné que la demande reste insensible au prix, que l’offre est fixe et que les fonds de couverture sont désormais impliqués dans le marché des métaux. Mais tout pic de ce genre ne durerait guère ; pour l’instant, nous considérons encore que les prix des métaux vils sont allés aussi loin que possible. En plus, nous sommes baissier sur l’économie américaine, et nous ne sommes pas même certain que la Chine puisse absorber tout les surplus que nous voyons venir, surtout lorsqu’on sait qu’une bonne partie de l’économie chinoise part en exportations vers les Etats-Unis. En même temps, la hausse continue des prix a poussé tous ceux qui possédaient des actifs pouvant être rapidement mis en production à aller dans cette direction — si bien qu’il pourrait y avoir un surplus de court terme lorsque ce stock d’actifs en quasi-production arrive sur le marché.
- A plus long terme, nous pensons que toutes les matières premières — et même l’or — chuteront jusqu’à zéro. A moins qu’on en revienne à l’Age de Fer, c’est l’inévitable résultat des avancées de la technologie. Mais cela ne se produira pas avant des décennies. A moins long terme (sur la prochaine décennie environ), nous sommes haussier sur les matières premières, parce que nous pensons être dans un super-cycle correspondant au marché baissier entamé en 1980. A moyen terme (trois à cinq ans), nous sommes également haussier : les obstacles mineurs auront été éliminés, et les nouvelles découvertes mettront plus longtemps à arriver sur le marché. A court terme (entre zéro et 12, voire 18 mois), nous voyons de bonnes probabilités que les maux économiques génèrent une correction majeure. Ce sera alors un moment idéal pour se repositionner agressivement sur les métaux vils.
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Un principe d’investissement si simplissime…
… que vous l’avez probablement OUBLIE !
Pourtant, il vous aurait permis de doubler votre mise en six mois…
Pour savoir comment, continuez votre lecture…
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** LE PRESENT DE LA CHINE
** Un article du journal Le Monde nous a fait nous poser de nouvelles questions sur l’étrange présent de la Chine — et sur son avenir peut-être encore plus étrange. Le pays est encore géré par des communistes, rappelons-nous aux lecteurs. Comment une nation gérée par des gens qui ne croient pas aux marchés peut-elle fonctionner ? Comment peut-elle être l’économie se développant le plus rapidement au monde ? Comment un endroit où le prolétariat est censé mener le jeu peut-il se révéler l’endroit où les capitalistes gagnent le plus d’argent ?
* Cela montre simplement combien la plupart de nos idées sont futiles et sans valeur. Quoi que nous pensions, la réalité est infiniment plus compliquée, plus subtile et plus difficile à comprendre. Voilà pourquoi nous sommes si humbles, à la Chronique Agora. Si nous vivons assez longtemps, nous finirons sûrement par ne rien savoir du tout. Tout de même, cela nous donne une longueur d’avance sur la plupart des gens, qui savent moins que rien. Pensant connaître quelque chose, ils perçoivent mal la situation, la comprennent mal et y réagissent mal. Puis, avec une confiance égale à leur ignorance, ils se présentent aux élections. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, ils font passer des lois, déclenchent des guerres — et c’est ainsi qu’on obtient le monde dans lequel nous vivons.
* L’article du Monde nous dit que la stratégie chinoise ne pose pas les choses en termes de fins et de moyens basés sur un plan décidé d’avance, mais plutôt en termes de conditions et de conséquences. Les Chinois essaient toujours de transformer une situation, quelle qu’elle soit, à leur avantage. Leur idéal est d’en profiter de toutes les manières possibles, sans jamais avoir à vraiment lutter. Ou, comme l’expliquait Sun Tzu, de retourner les choses de sorte que, lorsque vous vous trouvez confronté à votre ennemi, il est déjà battu.
* Un frisson nous a parcouru l’échine. Quelle meilleure stratégie les Chinois pourraient-ils suivre, nous sommes-nous demandé, que celle qu’ils suivent actuellement ? Quel meilleur jeu pourraient-ils jouer que de traiter les Etats-Unis comme un porc qu’on engraisse avant de le tuer ?
* L’abattoir fonctionne ainsi : les Chinois travaillent 24 heures sur 24, fabriquant des choses pour les consommateurs américains, qui sont trop ruinés pour les payer. Tant mieux ; les Chinois sont prêts à accepter obligations, liquidités et reconnaissances de dette. Ils se débarrassent de leurs babioles et prennent — pour le garder — le capital américain. Ils sont peut-être athées, mais ils ont compris au moins une partie de la Bible : c’est "l’emprunteur qui est l’esclave du prêteur". Ils sont peut-être communistes, mais ils savent que c’est le capital qui règne sur le monde moderne, non la théorie politique.
* A mesure que le temps passe, les consommateurs américains et leur gouvernement en viennent à dépendre des biens et de l’argent dont les Chinois les nourrissent. Sans eux, l’économie américaine s’effondrerait, et les autorités fédérales devraient gratter les fonds de tiroir pour armer leurs forces. Les bureaucrates américains jouent encore les gros bras, ils disent encore aux Chinois ce qu’ils devraient faire de leur devise, ils envoient les flottes US manoeuvrer sur les côtes chinoises, et ils battent froid aux dirigeants chinois leur rendant visite. Mais petit à petit, ce sont les Chinois qui ont pris la main. Ils ont l’argent, la main d’oeuvre, la base industrielle, la technologie. Les Américains ont Britney Spears… et Medicare.
** La semaine dernière, nous avons passé toute une journée à vérifier l’un de nos mauvais investissements. Le projet avait pourtant l’air sympathique sur le papier et en terrain sec. C’est un château majestueux en Normandie, que nous équipons pour y conduire des séminaires. Mais quasiment dès le départ, le projet a sombré dans la vase des réglementations françaises.
* En revenant chez nous avec Pierre, nous avons essayé de comprendre ce qui a mal tourné :
* "Pierre, le véritable problème, c’est que l’homme d’affaires anglo-saxon ne comprend pas vraiment comment fonctionner dans les pays latins. Lorsque la loi vous dit que vous devez faire quelque chose en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, vous savez que vous devez le faire. Mais ça ne fonctionne pas comme ça ici."
* "Oui et non", a expliqué Pierre. "Ici aussi, on aime faire bien les choses. Nous aimons utiliser le mot ‘correct’ pour dire comment il faut faire les choses — correctement. Mais il est vrai qu’on peut faire les choses correctement sans faire très attention à la loi."
* "Mais Pierre, vous voyez comment on se retrouve piégés en Normandie. Quelques bureaucrates disent une chose. D’autres en disent une autre. Les historiens affirment que si nous changeons les fenêtres, ils nous mettront en prison. Les officiels de la sécurité publique nous disent que si nous ne mettons pas des barreaux aux fenêtres, nous irons en prison. Le maire nous dit que si nous n’obtenons pas l’approbation des deux agences, nous ne pourrons pas utiliser la propriété. De toute évidence, on ne peut pas respecter toutes ces lois et continuer à faire affaire."
* "Non… mais il faut faire ce qui est ‘correct’. C’est ça le plus important."
* "Mais comment savoir ce qui est correct, alors qu’on doit déjà corriger tant de choses ?"
* "Il faut juste le sentir."
* Mais le problème des réglementations contradictoires ?
* Pierre avait une suggestion à faire :
* "C’est très simple", a-t-il expliqué. "Invitez les historiens à faire une inspection. Ils voient les fenêtres. Ils ne voient pas de barreaux. Ils approuvent. Puis installez les barreaux et invitez les officiels de la sécurité à venir voir. Eux aussi seront contents. Vous avez vos autorisations, vous allez voir le maire, et vous obtenez l’approbation finale."
* "Mais que se passera-t-il si les historiens reviennent et voient les barreaux ?"
* "Ne vous inquiétez pas. Ils savent qu’il faut poser des barreaux, sans quoi le bâtiment ne serait pas sûr. Les gens pourraient tomber et se blesser. Ils ne sont pas déraisonnables."
* "Oh. Nous n’avions pas remarqué."
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*** La Chronique Agora présente ***
Bill Bonner revient sur son passé et sur ce qui a fait de lui ce qu’il est. Aujourd’hui, il nous parle un peu de la toute première ambition de sa vie : reconstruire la fortune familiale…
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UNE AFFAIRE DE FAMILLE — 2ème PARTIE
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Par Bill Bonner (*)
"Lors que des familles ont de l’argent", nous a déclaré un conseiller en patrimoine londonien, "tout va bien jusqu’à ce que celui qui gagnait l’argent meure. En général, c’est là que les problèmes commencent, parce que la génération suivante ne sait pas comment préserver cet argent ; en général, ils ne savent même pas d’où il vient. Ils se disputent donc pour savoir qui aura quoi, et pourquoi. En fin de compte, ce sont les avocats qui finissent par en récupérer la majeure partie."
"Lorsqu’une famille a des actifs en commun, ce qu’il faut", a-t-il continué, "c’est une constitution familiale — qui n’est rien d’autre qu’un accord écrit signé par tous les membres de la famille, leur disant comment les choses fonctionnent. Ils acceptent de suivre les règles — en matière d’argent — et ils savent quelles sont lesdites règles. Ils savent qui aura quoi. Qui peut utiliser la maison de campagne. Qui paie les taxes foncières. Qui peut espérer être soutenu financièrement, et à quelles conditions."
"Supposez qu’un des enfants gère l’affaire familiale, par exemple, tandis qu’un autre devient artiste. Je crois que ce n’est pas très éloigné de ce qui va probablement se passer pour votre famille. Eh bien, l’artiste peut-il attendre un soutien des autres membres de la famille, ou bien doit-il se débrouiller seul ? Voilà le genre de choses dont vous devriez discuter avec tout le monde, et vous mettre d’accord sur le sujet — ou bien je peux vous garantir qu’il y aura des problèmes. Bien entendu, dans mon métier, nous accueillons toutes sortes de problèmes à bras ouverts. Mais ça ne nous dérange pas non plus d’être payés pour en éviter quelques-uns."
Nous ne sommes pas tout à fait prêt pour une convention constitutionnelle, mais nous avons l’intention de parler à notre famille de quelques-uns des sujets abordés par notre avocat. Nous avons décidé de décrire à nos enfants l’entreprise dans laquelle nous travaillons. Et comme vous, très cher lecteur, pourriez éventuellement vouloir en savoir un peu plus sur l’entreprise dont la Chronique Agora fait partie — et que dirige votre serviteur — nous vous incluons dans cette présentation… comme un membre de la famille.
Nous revenons au passé que nous avons abordé vendredi.
Du côté de notre mère, la famille était différente. De son côté, nous descendions d’un des chevaliers de Guillaume le Conquérant, nous disait notre tante préférée en décrivant l’illustre domaine d’un cousin en Angleterre — possédant salles de bal majestueuses, calèches dorées et un jardin conçu par Isaac Newton.
Des années plus tard, nous avons découvert que tout cela était vrai — mais à l’âge de huit ans, au milieu des années 50, tandis que nous transpirions dans une maison sans eau courante, entouré par les rudes champs de tabac du sud du Maryland, tout cela était difficile à concevoir.
Nous n’avions aucun mal à imaginer, par contre, que la richesse et le statut valaient mieux que d’aller cueillir des plans de tabac à six heures du matin, pour retourner les suspendre dans la grange à dix heures du soir. Notre tante, qui parlait souvent de telles choses, réussit à nous instiller un objectif singulier : reconstruire la formule familiale. Nous nous sommes attelé à cette tâche en sortant de l’université, sans idée précise sur la manière dont nous nous y prendrions. Mais nous comprenions instinctivement que ce n’était pas quelque chose que nous accomplirions en nous lançant dans une carrière traditionnelle. Les docteurs, par exemple, gagnaient bien leur vie, avions-nous entendu, mais nous soupçonnions qu’ils ne gagnaient tout de même pas assez pour s’offrir des châteaux en Europe et des calèches dorées.
Nous ne pensions pas non plus pouvoir faire notre ascension dans les rangs d’une entreprise traditionnelle, pour finalement en prendre la tête. La concurrence était trop intense. Trop de gens cherchaient à obtenir ce genre de poste. Et ceux qui y parvenaient avait souvent fait de meilleures études que les nôtres. Ils parlaient mieux… en savaient plus long… et étaient bien plus sociables. Non, notre instinct nous disait depuis le début que nous étions un marginal, un contrarien, un inadapté. Si nous voulions reconstituer la fortune familiale, il nous faudrait le faire d’une manière un peu non-conventionnelle… originale… voire audacieuse.
Nous avons donc décidé de fonder notre propre entreprise. Mais dans quel secteur ? Par goût, nous avons dérivé vers le monde de l’écrit… et celui des outils. Depuis toujours, nous aimions construire des choses… et écrire.
Pour commencer, nous nous sommes essayé à la construction. Nous vous épargnerons les détails, et dirons simplement que nous avons préféré en faire un passe-temps. Les maisons que nous voulions construire n’étaient pas des maisons que les gens voulaient acheter. Et lorsque nous trouvions un bout de terrain agréable, nous hésitions à le défigurer en construisant le genre de maison que les gens voulaient bien acheter. Nous avons donc laissé tomber la construction en tant que profession, mais l’avons gardée en tant que hobby.
Quant à l’écriture… nous vous dirons dès demain ce que nous en avons fait.
Meilleures salutations,
Bill Bonner
Pour la Chronique Agora
(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (450 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres "L’inéluctable faillite de l’économie américaine" et L’Empire des Dettes".
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2006
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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