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La Chronique Agora
Paris, France
Lundi 25 juin 2007
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*** Les marchés ont besoin de béquilles
Les haussiers ne tiennent plus debout tout seuls…
*** Voyage le long d’un pipe-line
Le pipe-line de l’Alaska a 30 ans ! Byron King lui rend hommage…
*** Revoyons les faits
Bill Bonner se rappelle comment nous en sommes arrivés là
*** Le nouveau capitalisme
Encore plus gazeux ! .
—————————– (publ.)
Ne faites pas de trading…
FAITES DES PROFITS ! Une forme d’investissement bien spécifique permet d’accumuler rapidement et simplement les plus-values.
Elle a déjà permis d’engranger 155% de gains cumulés en à peine deux mois… n’attendez plus pour en profiter ?
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Bonjour,
*** LES MARCHES ONT BESOIN DE BEQUILLES
** La journée de vendredi a démontré au moins une chose : c’est que les marchés ont besoin de béquilles. Sans statistiques économiques où se raccrocher, sans déclarations fracassantes sur lesquelles s’appuyer, les investisseurs se sont laissés glisser — notamment aux Etats-Unis, où la chute a été sévère pour la dernière journée de la semaine. Même l’arrivée très attendue de Blackstone, qui faisait son entrée sur les marchés, n’a pas réussi à remettre les places mondiales de bonne humeur ; les intervenants ont préféré se concentrer sur Bear Stearns et les difficultés du secteur des prêts à risque.
Simple éclair de lucidité ou confirmation d’une fragilisation qui semble menacer depuis quelques jours déjà ? En tout cas, les conditions boursières de vendredi ont fait dégringoler les places américaines : le Dow Jones a abandonné pas moins de 1,37% sur la journée, terminant à 13 360,26 points. Le Nasdaq, de son côté, chutait de 1,07%, à 2 588,96 points — tandis que le S&P 500 s’illustrait avec une perte de 1,29% le menant à 1 502,56 en clôture.
Les marchés européens, n’ayant pas assisté à l’intégrale de la débâcle américaine, ont été relativement épargnés : merci le décalage horaire ? Le CAC 40, en tout cas, a terminé sur une baisse limitée à 0,11% — qui l’éloigne encore des 6 100, puisqu’il était vendredi en fin de séance à 6 023,25. A Londres, le Footsie reculait de 0,40%, tandis qu’à Francfort, le Dax affichait une perte de 0,25%. Visiblement, le recul plus important qu’attendu de l’indice allemand IFO — il perd 1,6 points, à 107 pour le mois de juin — n’a pas trop affecté les investisseurs outre-Rhin.
Mais les pertes limitées de vendredi ne revenaient qu’à reculer pour mieux sauter, visiblement, puisque à l’heure où j’écris ces lignes, le CAC 40 lâche prise et perd 1% depuis l’ouverture ce matin. A suivre… et ce avec d’autant plus d’attention que cette semaine aura lieu la réunion du comité directeur de la Fed : une fois encore, Ben Bernanke et ses acolytes devront se montrer prudent sur le moindre adjectif de leur discours…
** En attendant la grand’messe de la Réserve fédérale, les marchés n’ont trouvé aucun soutien du côté des monnaies ou de l’or, jaune ou noir. Ce dernier campe d’ailleurs sur ses positions, refusant obstinément de rendre le plein moins cher à la pompe pour les conducteurs américains : à New York, le baril de WTI terminait la semaine en grimpant de 49 cents, pour atteindre les 69,14 $.
L’or métal, lui, a profité de la fin de semaine pour avancer un peu : il a pris 85 cents entre le premier et le second fixing de Londres, ce qui porte l’once à 652,85 $. Enfin, le dollar ne donne pas signe de vouloir beaucoup se reprendre : il était à 1,34 $ pour un euro vendredi.
** Pour terminer, cher lecteur, une question… pour un événement de taille : que faites-vous en octobre prochain ? Si votre emploi du temps le permet, la Chronique Agora projette de vous emmener… en vacances ! Ou, plus précisément, en croisière.
Nous vous proposons en effet de partir une semaine autour de la Méditerranée — mais pas n’importe comment, puisque ce voyage original vous permettra de "bronzer utile" : entre deux escales, vous pourrez en effet assister à de nombreuses conférences et ateliers d’investissement ! Philippe Béchade et Simone Wapler seront de la partie : restez à l’écoute, plus de détails sont à venir prochainement…
Françoise Garteiser,
Paris
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Byron King vous donne les dernières nouvelles de Wall Street
*** VOYAGE LE LONG D’UN PIPE-LINE
** Le Pipe-line de l’Alaska a eu 30 ans la semaine dernière ! Le 20 juin 1977, cette merveille de l’ingénierie a commencé à extraire et transporter du brut depuis la région du North Slope de l’Alaska, vers le port de Valdez.
- Chaque jour d’exploitation du Pipe-line se déroulant sans anicroche est, en soi, digne de figurer dans les journaux. Si vous en doutez, rappelez-vous ce qui s’est passé en août dernier lorsque BP a dû fermer le Pipe-line à cause de problèmes de corrosion affectant une partie du système se situant dans la Prudhoe Bay. Les prix du pétrole ont immédiatement grimpé, prenant jusqu’à 3 $ par baril. Le Pipe-line de l’Alaska ne fait donc pas que transporter du pétrole : il influence également les marchés. Et tout autre pipe-line construit dans le grand Nord sera une tâche tout aussi considérable, sinon plus. Voyons cela de plus près…
- La décennie 1967-1977, entre le forage du puits de découverte de Prudhoe Bay et la mise en route du Pipe-line de l’Alaska et du Système de Pipe-line Trans-Alaska (SPTA), est restée dans la légende. Dans les années 70, les ingénieurs et constructeurs du pipe-line ont pris de nombreuses décisions qui ont conditionné l’état actuel des choses — et leur évolution future. L’existence même du Pipe-line a eu un impact significatif sur les prix de l’énergie et sa disponibilité au cours des trois dernières décennies. Quant à l’emplacement et à la configuration du Pipe-line, ils signifient que certaines options énergétiques nous sont ouvertes, tandis que d’autres ne le sont pas.
- Voici quelques faits de base. Le Pipe-line de l’Alaska est un long tube de 1 200 km de long, fait de tuyaux d’acier mesurant 1,20 m de diamètre. Rien que pour remplir le Pipe-line de pétrole, afin que la pompe fonctionne, il faut plus de neuf millions de barils de pétrole — soit 42% de la consommation pétrolière totale des Etats-Unis en une journée !
- Le SPTA est l’un des plus grands systèmes de pipe-line au monde. Il va de Prudhoe Bay jusqu’à Valdez, sur la côte Pacifique au sud de l’Alaska, le port le plus au nord de l’Amérique du Nord. Au cours de son voyage — qui se déroule en grande partie dans des étendues sauvages quasi-vierges– le Pipe-line de l’Alaska traverse trois grandes chaînes montagneuses et 1 000 rivières et torrents, dont le Yukon, large de plus d’1,5km. Le Pipe-line traverse également des zones sismiques, notamment la faille de Denali qui est, en tant que telle, comparable en taille, profondeur, puissance et ampleur à celle de San Andreas.
** Depuis ses débuts en 1977, le SPTA a transporté plus de 15 milliards de barils de pétrole vers Valdez, dont 12 milliards extraits de Prudhoe Bay et trois milliards provenant d’autres champs de la région du North Slope. A l’apogée de son exploitation, en 1987 et 1988, le Pipe-line transportait environ 2,2 milliards de barils de pétrole par jour. Actuellement, à cause de l’épuisement des champs de l’Alaska, le Pipe-line transporte environ 775 000 barils de pétrole par jour depuis Prudhoe Bay vers Valdez. Une fois à Valdez, le pétrole est chargé sur des tankers et convoyé jusqu’aux raffineries américaines.
- Dès qu’on parle de la construction du SPTA, les gros chiffres tombent. L’estimation initiale, faite dans les années 60, de 800 millions de dollars finit par atteindre, dix ans plus tard, huit milliards de dollars pour le Pipe-line et trois milliards de plus pour les infrastructures qui l’accompagnent — et ce sont là des dollars des années 70, ne tenant pas compte des intérêts et de l’amortissement. Rien que pour commencer la construction de la Route de Transport et du Pipe-line, il a fallu obtenir 515 permis fédéraux et 832 permis de l’état d’Alaska. Avant de commencer, environ 330 sites archéologiques ont été explorés ou creusés. Le long de l’itinéraire du pipe-line, 14 pistes d’atterrissage ont été construites pour faciliter le transport de personnel et d’équipement. On trouvait 29 "camps de construction" en fonctionnement, dans lesquels logeait les ouvriers durant leur éreintant effort industriel, qui se poursuivait toute l’année, y compris dans l’obscurité et le froid de l’hiver arctique. Lorsque la construction battait son plein, les camps du Pipe-line abritaient plus de 60 000 ouvriers et autres employés, une sorte de ville étirée le long d’un axe nord-sud traversant l’Alaska.
- Chaque section du Pipe-line repose sur un patin d’acier, doté d’un tampon de Teflon à sa base. En cas de dilatation ou de contraction thermique, ou si le permafrost bouge suite au changement des températures — ou même si une activité sismique se produit, le tampon de Teflon glisse sur son support d’acier, protégeant l’intégrité du Pipe-line.
- Lors d’un récent tremblement de terre de magnitude 7,2 sur l’échelle de Richter, qui s’est produit le long de la faille de Denali, les protections de Teflon ont fonctionné exactement comme prévu. Le Pipe-line a bougé de plus de 12 mètres latéralement sur ses patins (ou, pour être exact, la Terre a bougé de plus de 12 mètres, tandis que le Pipe-line restait plus ou moins à sa place, selon la Loi d’inertie de Newton), mais aucun dommage n’a été causé au Pipe-line ou à l’intégrité de sa structure.
- Vous l’aurez compris, la construction du Pipe-line de l’Alaska a été un exploit technologique monumental, et son exploitation quotidienne est un effort remarquable. Et s’il fallait le refaire ?
- C’est une question que les investisseurs en ressources naturelles doivent se poser — tout comme ils ne peuvent se permettre d’ignorer la certitude que la production du prochain baril de pétrole consommé dans le monde coûtera plus que la production de celui qui le précédait. Et par conséquent… pouvons-nous nous permettre d’ignorer les abondantes opportunités d’investissements qui naîtront de cette simple réalité ?
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** REVOYONS LES FAITS
** Le grand spectacle continue.
* La semaine dernière, le Dow a été un peu malmené. Les obligations ont chuté. L’effondrement du fonds Bear Stearns a causé "une onde de choc" sur le marché des CDO (dette obligataire collatéralisée, ndlr.), déclare Bloomberg. Et à Dublin, quelques hedge funds se sont effondrés.
* Pendant ce temps, les actions chinoises sont de retour — atteignant des sommets record. Et le voisin de la Chine, le Japon — qui est d’ailleurs la deuxième économie mondiale — se développe plus rapidement qu’on le pensait. Comme la Chine, il accumule des dollars. Les exportations ont grimpé au rythme de 25% par rapport à l’année précédente, ajoutant 3,2 milliards de dollars au surplus commercial japonais rien qu’au mois de mai.
* Les spéculateurs spéculent. Les reporters rapportent. Les experts expertent.
** L’une des choses les plus difficiles pour les investisseurs (et les spectateurs), c’est de se souvenir de l’intrigue. Il y a tant de clowns sur scène… tant de portes qui claquent… tant de maquillage… tant de foules malodorantes.
* Essayons de nous souvenir de ce qui s’est passé.
* Le marché américain est désormais au niveau le plus haut qu’il ait jamais atteint. Selon la plupart des critères, il est aussi cher qu’en 1929, 1968 ou 2000. La correction entamée en 2000 a été balayée par d’immenses vagues de nouvelles liquidités, qui inondent désormais le globe et soulèvent absolument tout — notamment une grande quantité d’ordures et de débris. Sur cette mer de crédit et d’argent facile, quasiment toutes les places mondiales flottent de plus en plus haut.
* Pendant ce temps, les capitaines de l’industrie financière n’ont jamais eu la vie si belle. Ils gagnent des milliards pour faire des accords… ce qui revient essentiellement à transformer les flots de crédit en dettes, valeurs boursières, immobilier et autres objets de consommation pour les riches — des yachts luxueux, des propriétés somptueuses, des avions fastueux et divers éléments allant de l’ersatz d’art au ridicule authentique.
* Lors du Salon de l’aéronautique du Bourget, par exemple, un des frères Bass proposait des plans pour construire des jets supersoniques à 80 millions de dollars pièce. Bah, pourquoi pas ? Imaginez ça : un dirigeant serait bien plus productif s’il pouvait aller de New York à Londres en économisant deux heures de temps. Il pourrait revenir à New York à temps pour dîner. Imaginez tous les accords qu’il pourrait signer ! En plus, ça permet d’économiser pas mal de coups de téléphone.
* Bien entendu, un avion supersonique n’est pas une nécessité. C’est une vanité. Mais la vanité joue un rôle important, dans le spectacle actuel. Comme dans une tragédie grecque, nos protagonistes sont victimes de leur propre vanité ; ils pensent pouvoir tout faire et s’en sortir impunis ! Puis les spectateurs et les spéculateurs ne peuvent pas s’en empêcher. Ils voient nos héros — les hedge funds, les fonds de private equity, les banquiers, les avocats, les génies des maths et les spécialistes des produits dérivés — gagner des fortunes. Ils les voient dans les journaux, se vantant de salaires à plusieurs milliards de dollars. Ils les voient en couverture des magazines de décoration, posant devant leurs luxueuses demeures. Ils les voient dans les pages people, donnant des millions à des causes charitables. Et ils les voient chez Christie’s ou Sotheby’s, levant la main et enchérissant des millions pour une œuvre abjecte pondue par un beau parleur sans talent. Voyant tout cela, comment les autres ne voudraient-ils pas se joindre à eux ?
* Même certains des plus grands et des plus expérimentés des observateurs boursiers — et nous pensons là à Richard Russell — ont finalement abandonné le combat. Ils ont décidé que nous sommes vraiment dans une Nouvelle Ere (voir ci-dessous)… et que le moment est venu de se rallier à la cause. Cette bulle mondiale est plus mondiale et plus "bullesque" que toute autre dans l’histoire, disent-ils. Elle pourrait devenir beaucoup, beaucoup plus grande. Et ils ont de bonnes raisons de le croire. Tous ces milliards d’Asiatiques… tous ces millions de milliards de nouvelle devise… tous ces nouveaux hedge funds… tous ces nouveaux investisseurs… toutes ces réserves de dollars… tous ces nouveaux instruments financiers. Que peuvent-ils faire d’autre qu’aider à faire enfler cette bulle plus encore — à tel point que la lune devra se pousser pour lui faire de la place.
* Mais attendez… n’y a-t-il pas un vieil adage boursier déclarant que le marché haussier est terminé lorsque le dernier baissier jette l’éponge ?
* Y’a-t-il encore des baissiers ?
* Nous n’en savons rien. Mais il ne doit pas y en avoir beaucoup.
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Nouveau gouvernement, nouveaux investissements
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Pour en savoir plus, continuez votre lecture…
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*** La Chronique Agora présente ***
Préparez-vous — une nouvelle "nouvelle ère" est née… et elle a l’intention de durer. Cette forme bourgeonnante de capitalisme se nourrit de transactions, les échelons supérieurs de la société semblant acheter des actifs en moins de temps qu’il n’en faut pour dire "fonds de couverture". Bill Bonner nous en dit plus…
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LE NOUVEAU CAPITALISME
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Par Bill Bonner (*)
"Nous assistons à la transformation du capitalisme managérial du milieu du 20ème siècle en capitalisme financier global", écrivait Martin Wolf dans le Financial Times mardi dernier. Oh non ! Pas une "Nouvelle Ere" de plus… on en a déjà vu tant. A peine avons-nous eu le temps de nous habituer à l’une qu’une autre arrive, et nous devons tout recommencer.
Le capitalisme est sujet aux Nouvelles Eres, comme le note Wolf. Laissé à lui-même, il fait aux institutions établies à peu près ce que le général Sherman a fait à Atlanta. Ce Nouveau Capitalisme, cependant, est différent. Il ne ressemble à aucun capitalisme — sinon dans sa caractéristique essentielle. Comme un bateau ivre, il roule et tangue sur les grandes vagues de l’argent et de la politique… dérive au gré des courants du marché… se fait mener ici et là par les bourrasques des foules, des folies, des démences monétaires… puis… il coule.
M. Wolf affirme que ce Nouveau Capitalisme est bien plus financier et bien plus matérialiste que le précédent. L’ancien modèle de capitalisme se concentrait sur la production économique. Ce nouveau modèle se concentre sur l’achat et la vente des actifs eux-mêmes. McKinsey Global Institute rapporte que le ratio entre l’un et l’autre — c’est-à-dire la valeur des capitaux immobilisés par rapport au PIB mondial — a plus que triplé au cours du quart de siècle se terminant en 2005. L’Europe, qui a été un peu lente à la détente, possède désormais des capitaux valant 303% de son PIB. Pour le Royaume-Uni, ce chiffre est de 359%… tandis qu’aux Etats-Unis, il dépasse les 400%.
Les capitalistes les plus prospères du moment tendent à gagner de l’argent non pas en produisant des choses, mais en finançant des transactions de capitaux. Ou, comme le dit Wolf, "la finance est bien plus orientée vers les transactions". Des accords, des accords et encore des accords !
On trouve plus d’intervenants dans le monde de la finance ; les enjeux sont plus élevés — et ils ont plus de jouets — à commencer par les hedge funds et les fonds de private equity. En 1990, on trouvait moins de 1 000 hedge funds ; aujourd’hui, on pense qu’il y en a plus de 9 000. Et c’est à peine si les produits dérivés existaient il y a 20 ans. Aujourd’hui, si l’on inclut les produits dérivés sur l’immobilier, leur valeur totale aux Etats-Unis dépasse les 500 000 milliards de dollars, selon l’International Swaps & Derivatives Association. Cela représente à peu près dix fois le PIB mondial.
Autre différence, avec ce nouveau capitalisme : il est plus cosmopolite que ses prédécesseurs. Les entreprises sont souvent multinationales. De nombreux hedge funds et fonds de private equity sont prêts à prendre l’argent de n’importe qui, quel que soit le pays inscrit sur leur passeport. Les accords traversent les frontières plus rapidement qu’un sans-papiers. Et les grands investisseurs agitent rarement des drapeaux ; ils vont là où l’argent est facile. Le monde entier peut donc désormais participer au jeu. Le vendeur de won-ton chinois… le marchand de saris indien… le dealer colombien — tout le monde peut entrer dans le grand casino.
Mais qu’est-ce qui rend ce Nouveau Capitalisme si nouveau ? M. Wolf n’en parle pas, mais l’ingrédient principal, c’est le nouvel argent en lui-même. Le 15 août 1971, Richard Nixon "ferma la fenêtre de l’or" du Trésor US.
Avant cela, le système monétaire mondial reposait sur une base d’or. Aucune devise ne pouvait flotter trop haut, parce que la gravité de l’or stocké dans la cave la ramenait sur terre. Mais après 1971, les capitalistes avaient un nouveau système monétaire avec lequel travailler. A partir de ce moment-là, les pays du monde prirent le dollar comme référence. Et le dollar, que prendrait-il comme référence ? Le billet vert regarda à droite… puis à gauche. Ne voyant rien à quoi se raccrocher, il s’envola lentement !
Sans or pour les retenir, les Etats-Unis émettent, dans les faits, autant de monnaie papier qu’ils le peuvent. Et ils peuvent beaucoup, parce que la dernière chose que veulent les autres pays, c’est de voir leur propre devise grimper par rapport au dollar. Les Américains, après tout, sont les plus gros dépensiers de la planète. Si la devise d’un pays grimpe par rapport au dollar, le prix de ses biens et services grimpera aussi. Suite à ça, les Américains iront acheter ailleurs. Toutes les banques centrales étrangères travaillent à éviter la chute du dollar de la pire des manières possibles — en augmentant la quantité de leur propre monnaie !
En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le monde entier est inondé de plus de cash et de liquidités qu’il ne peut utiliser. Plus de dollars, plus de yuans, plus de yens, plus de francs suisses, plus d’euros, plus de livres ! Plus de crédit. Plus d’obligations. Plus de produits dérivés. Plus de dette. Plus de spéculation. Tant que les étrangers continueront à accueillir chaque nouveau dollar aussi chaleureusement que les précédents, les billets verts continueront d’affluer. Il suffit de regarder n’importe quelle Bourse ou presque de la planète. On y verra une tendance haussière très nette. L’immobilier — en particulier dans les grands centres boursiers, comme New York, Hong Kong et Londres — a grimpé également. Des choses comme l’art, les montres, les yachts et les jets privés montrent des hausses encore plus radicales. Rien que cette semaine, un tableau de Claude Monet représentant le Washington Bridge s’est vendu deux fois plus que ce qu’en attendaient les experts — 17,9 millions de livres sterling. La semaine dernière aura certainement été la plus prospère de toute l’histoire de l’art — avec la plus grande quantité d’argent de tous les temps changeant de mains. Et bon nombre d’acheteurs sont, tout naturellement, des gestionnaires de fonds de couverture.
Mais alors que quelques riches acheteurs admirent leurs Monet, le reste d’entre nous doit se contenter de reproductions sur papier glacé, offertes gratuitement mercredi dernier par le Daily Telegraph. La plupart des gens n’ont pas d’autre choix que d’accepter la générosité du journal. Le Nouveau Capitalisme les a endettés si profondément qu’ils n’ont pas d’argent disponible pour acheter quoi que ce soit. Au cours des dix années ayant précédé 2005, les ménages britanniques ont vu leurs dettes grimper, passant de 108% à 159% du PIB. Les dettes des Américains ont fait de même — de 92% à 135% du PIB.
C’est le côté obscur du monde financialisé. Mais pas d’inquiétude. Il y a une chose importante, avec le Nouveau Capitalisme : c’est qu’il n’est pas plus permanent que le capitalisme qu’il a remplacé.
Meilleures salutations,
Bill Bonner
Pour la Chronique Agora
(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (450 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres "L’Inéluctable faillite de l’économie américaine" et "L’Empire des Dettes".
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
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