Le jour où les Etats-Unis ont basculé dans le camp des méchants

Rédigé le 28 mai 2018 par | Bill Bonner, Epargne Imprimer

La Théorie de Méchant s’efforce de distinguer les gentils des méchants et pense pouvoir anéantir les Méchants. Mais sur quoi repose la distinction ?

N’ayant rien d’important à rapporter sur le front de la finance… nous en revenons à notre activité secondaire : irriter nos lecteurs.

Oui, la Théorie du Méchant est sur la table. Nous étions sur le point de la rejeter par-dessus bord, comme un poisson trop petit… mais après avoir lu les commentaires de nos lecteurs américains, nous avons passé une nuit sans sommeil, à prier, méditer et boire, nous avons décidé de creuser un peu. Et ce que nous voyons semble aussi gluant que hideux.

La Théorie du Méchant (TDM) maintient que certains sont bons. Et d’autres sont méchants. Les bons pensent pouvoir repérer les méchants… et avoir le droit et le devoir de les tuer parce que… eh bien… parce qu’ils sont sans doute en train de mijoter un sale coup.

De nombreux lecteurs pensent que la TDM est juste, dans les grandes lignes ; ils savent parfaitement qui sont les méchants, bon sang de bonsoir… et pensent que votre correspondant est un FDP (*) pour avoir osé suggérer le contraire.

L’un d’entre eux nous écrit, au sujet des musulmans, des Perses ou des Palestiniens (nous n’avons pas réussi à déterminer lesquels exactement) :

« S’ils le pouvaient, ils nous tueraient, vous, moi et toutes nos familles ».

Nous avons un peu d’expérience personnelle en la matière. Nous avons vécu à Paris pendant de nombreuses années et nous avions fait connaissance avec des Iraniens. Nous avons dîné chez eux une ou deux fois, dans leur appartement du 16ème.

Jamais ils n’ont tenté de nous trancher la gorge avec un couteau de boucher. Le vin n’était pas empoisonné (la conversation était mortelle… mais, visiblement, pas fatale).

Un autre encore pense que notre suggestion — même les gens bons peuvent commettre des choses mauvaises — était déplacée :

« Vous devez des excuses à vos lecteurs »

Ce lecteur était particulièrement irrité par notre suggestion que lâcher une bombe atomique sur des civils n’était peut-être pas une si bonne idée (nous y reviendrons dans une minute).

Ce que vous faites ou bien ce que vous êtes ?

La TDM est aussi vieille que l’Ancien Testament. Chaque génération, chaque culture, chaque tribu a eu ses méchants.

Le village voisin. Le pays au-delà des montagnes. Les Spartes. Les juifs. Les homosexuels. Les communistes. Les bourgeois réactionnaires. Les mencheviks. Les koulaks. Les intellectuels. Les gitans. Les hérétiques. Les catholiques. Les protestants. Les Huns. Les jaunes. Les noirs. Les Philippins insurgés. Les esclaves rebelles. Les Irlandais.

Tous méritaient de mourir… et tous ont été condamnés à mort. Non qu’ils aient nécessairement fait quoi que ce soit de mal. Mais leurs pensées… leurs croyances… leurs intentions et motivations les marquaient comme étant « les méchants ».

Comment savoir, cependant, ce qui était vraiment dans les coeurs et les esprits des gens ? Utilisons la roue et le chevalet pour le savoir ! Ou alors oublions ça et allons-y directement : « tuez-les tous », aurait déclaré l’abbé de Cîteaux lors du siège de Béziers en 1209, « Dieu y reconnaîtra les siens ».

Un homme de loi avait posé la question à Jésus : le principe d’aimer son prochain s’appliquait-il aux méchants ? Jésus lui a répondu avec la parabole du Bon Samaritain. Un homme est à terre : il a été battu et dépouillé de ses biens. Les bons juifs, dont un prêtre, passent à côté de lui sans s’arrêter. Mais un Samaritain — un méchant ! — lui vient en aide. La TDM ne fonctionne pas, sous-entendait le Christ ; vous serez jugé sur ce que vous avez fait, non qui vous êtes.

Peu importait aussi ce que vous aviez fait par le passé… c’est ce que vous faisiez à partir de maintenant et dans l’avenir qui comptait. « Va, et ne pèche plus », a-t-il dit à la femme de mauvaise vie qui était sur le point de se faire lapider.

Le droit commun est lui aussi sorti du marécage et du sang de la préhistoire pour se détourner de la TDM. La Justice était aveugle. Vous étiez juif ? Musulman ? Croyant…  ou pécheur ?  Peu importait. Le juge voulait savoir où vous vous trouviez la nuit du 23 ; en d’autres termes, il voulait savoir ce que vous aviez fait, pas qui vous étiez.

« Vous les reconnaîtrez à leurs fruits ».

Examinons donc les fruits en question.

La bombe des méchants ou des gentils ?

Le 8 août 1945, Nagasaki, au Japon, était encore intacte. Ses citoyens étaient rationnés. Il s’agissait majoritairement de vieillards, de femmes et d’enfants — les jeunes hommes avaient déjà été enrôlés dans l’armée.

Si l’on avait pu lire dans leurs coeurs et leurs esprits, on aurait probablement découvert qu’ils souhaitaient que l’intégralité de la nation américaine aille se faire voir. C’était à cause des Américains, raisonnaient-ils sans doute, qu’ils étaient en train de mourir de faim et de maladie, manquant de nourriture, de carburant, de vêtements et de tout le reste.

C’est sur ces gens que Harry Truman a lâché la deuxième bombe atomique.

Ils étaient « les méchants », d’après la presse américaine. Ils « soutenaient la guerre », d’après les bons Américains dévots. En plus, cela a permis de « sauver les vies de nos soldats », a déclaré Truman.

Dwight Eisenhower, alors commandant suprême des forces alliées en Europe, n’était pas d’accord. Il rappelait dans un entretien en 1963 que :

« … il n’était pas nécessaire de les frapper avec cette chose affreuse… je lui ai fait part de mes graves doutes, d’abord sur la base de ma conviction que le Japon était déjà vaincu et que lâcher la bombe était entièrement superflu, ensuite parce que je pensais que notre pays devait éviter de choquer l’opinion mondiale par l’utilisation d’une arme dont l’emploi n’était à mon avis plus obligatoire comme mesure pour sauver des vies américaines »…

William Leahy, chef de l’Etat-Major du président, écrivit dans son journal :

« Mon opinion est que l’utilisation de cette arme barbare à Hiroshima et Nagasaki n’a été d’aucune assistance matérielle dans notre guerre contre le Japon. Les Japonais étaient déjà vaincus et prêts à se rendre… J’avais le sentiment pour ma part qu’en étant les premiers à l’utiliser, nous avions adopté les mêmes critères éthiques que ceux des barbares de l’âge des ténèbres. On ne m’a pas appris à faire la guerre de la sorte, et les guerres ne peuvent être gagnées en détruisant des femmes et des enfants. »

Même le major-général Curtis LeMay, ardent partisan des bombardements, était contre :

« La guerre aurait été terminée en deux semaines, même sans l’intervention des Russes et sans la bombe atomique… la bombe atomique n’a absolument rien eu à voir avec la fin de la guerre ».

Idem pour l’amiral Chester Nimitz, qui avait battu la flotte japonaise et l’avait repoussée vers ses îles natales :

« Les Japonais avaient en fait déjà demandé l’armistice avant que l’âge atomique ne fasse son entrée dans le monde avec la destruction d’Hiroshima, et avant l’entrée des Russes dans la guerre… La bombe atomique n’a pas joué de rôle décisif, d’un point de vue purement militaire, dans la défaite du Japon »…

Et le commandant en chef américain dans le Pacifique, le général Douglas MacArthur ?

Le président Nixon se rappelait :

“[Le général Douglas] MacArthur m’en a un jour parlé avec beaucoup d’éloquence, faisant les cent pas dans son appartement du Waldorf. Il pensait que l’explosion de la bombe avait été une tragédie. MacArthur pensait que les mêmes restrictions devaient s’appliquer pour les armes atomiques que pour les armes conventionnelles, que l’objectif militaire devrait toujours être de limiter les dommages contre les non-combattants… MacArthur, voyez-vous, était un soldat. Il croyait au fait de n’utiliser la force que contre les cibles militaires, et c’est pour cela que toute l’histoire du nucléaire le dégoûtait »…

Qu’en penser ? Qui étaient les méchants ?

A vous de décider.

Mais gardez en tête que pour toute personne qui pense pouvoir déterminer qui est bon et qui est méchant, il doit y avoir des centaines d’os rompus, des centaines de coeurs brisés… et un million d’âmes malheureuses rôtissant en enfer…

… qui souhaiteraient ne s’être jamais essayées à l’exercice.

(*)Fils de pute ou SOB (son of a bitch)

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Le jour où les Etats-Unis ont basculé dans le camp des méchants”

  1. Oh, mes très chers Amis,

    Pour ne pas se tromper, il ne faut pas lire l’histoire événementielle, trompeuse et mensongère, mais l’histoire Vraie, à la Lumière du Saint Evangile! Car il y a une Histoire Chrétienne et même et surtout Catholique! Le reste n’est que foutaise! « On vous racontera des fables! » voir les Epitres de Saint paul Apôtre!
    Lire aussi Honoré de Balzac, sa Comédie humaine n’est composée que de romans à clefs, il savait de quoi il parlait! Dans un de ses romans, Le Père Goriot, je crois, je peux me tromper, ou dans un autre il disait:  » l’h

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