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La Chronique Agora
Paris, France
Mardi 17 juillet 2007
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*** Le Dow Jones à 14 000 points…
… Et l’or, c’est combien déjà
*** Officiellement, tout va bien…
… mais préparez-vous un bas de laine, juste au cas où.
*** Aucune confiance (2)
Le conflit psychotique des Etats-Unis d’Amérique
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Bonjour,
*** LE DOW JONES À 14 000 POINTS…
** La bourrasque haussière du jeudi 12 juillet, que nous avons amplement analysée dans nos précédentes chroniques, pourrait s’apparenter, du point de vue météorologique, à l’un de ces orages très localisés accompagnés d’averses de grêlons gros comme des balles de golf, mitraillant et hachant menu les plantations de puts des pauvres vendeurs à découvert, et provoqués par le télescopage fortuit de deux masses d’air présentant un contraste thermique important.
Il ne s’agit pas d’une vaste formation orageuse portée par les vents dominants, qui traverserait tout un pays en n’épargnant aucun relief ni aucune vallée. Il s’agit bien d’un intense "bourgeonnement vertical" coincé entre deux fronts barométriques, développant une énergie considérable et extrêmement concentrée alors que, à quelques kilomètres de l’épicentre de la tempête, le sol demeure sec et les cultures parfaitement intactes.
Autrement dit : les rafales d’achats survenues dans le périmètre de Manhattan jeudi soir ont à peine fait frémir les feuilles des platanes des grands boulevards parisiens autour du palais de la Bourse vendredi matin. Les courants d’air entre les plus hautes tours de La Défense (où sont implantés les puissants établissements bancaires opérant sur le CAC 40) n’étaient pas plus turbulents qu’à l’ordinaire à l’heure du déjeuner — j’ai pu le constater de mes propres yeux, ayant assuré une interview au CNIT entre 13H et 14H vendredi dernier).
** Beaucoup de commentateurs s’étaient emballés dans le feu de l’action jeudi soir, estimant que le début du rallye haussier estival n’avait que trop tardé après six semaines de pénurie de signaux techniques. Si véritablement le Dow Jones doit s’envoler vers les 15 000 points d’ici fin 2007, nous nous demandons pourquoi les traders européens ne profitent pas de cette occasion en or pour effacer définitivement la barre des 4 560 points sur l’Euro-Stoxx (zénith testé sans plus de succès pour la quatrième fois ce lundi matin) ou des 6 130 points sur le CAC 40 qui se débattait encore en fin de journée pour préserver les 6 100 points.
Il ne manquait pas grand chose au Dow Jones ce lundi à la mi-journée (+0,55% à 13 980 points) pour inscrire un nouveau record à 14 000 points. Mais qu’est-ce que cela prouverait compte tenu du mode de calcul très particulier du Dow ? Il ne tient compte ni des écarts en pourcentage au jour le jour, ni de la pondération des actions par capitalisation : le seul cours en dollars de chacune de ses composantes est retenu.
Le Dow Jones n’est en fait (sur une "base 100" calculée à la fin du 19ème siècle) que l’addition du cours en dollars des 30 blue chips les plus actives du NYSE. Il ne mesure en aucun cas la hausse réelle de la capitalisation globale de Wall Street, ni même l’accroissement de la richesse de celui qui ne détiendrait que cette sélection historique.
Et nous ajouterons perfidement que des Américains venus passer leurs vacances à Paris ne se sont pas enrichis d’un seul cent depuis le début du mois de juillet : au moment de régler leur note d’hôtel, ce qu’ils ont gagné sur le Dow Jones en une quinzaine de jours, ils l’ont largement perdu sur la valeur du dollar, passé dans l’intervalle de 1,3430 à 1,3810/ euro !
** En ce qui concerne les places européennes, vu de Miami, pas besoin de mouiller sa chemise à fleurs pour faire des profits en achetant des valeurs du CAC 40 : c’est l’euro qui fait tout le boulot — et il le fait bien !
Angela Merkel apprécie cette vigueur digne d’un coureur du Tour de France dopé "à l’insu de son plein gré" et elle souligne son attachement à l’indépendance de la Banque Centrale Européenne à l’égard de toute pression politique — allusion à peine voilée aux critiques récurrentes de Nicolas Sarkozy à l’encontre de la doctrine de "l’euro fort".
Nous aussi comprenons que certains citoyens européens apprécient beaucoup cette devise solide comme une digue canalisant le Rhin à la frontière Franco-Allemande ; surtout lorsqu’ils vont faire du tourisme en Amérique du Nord, en Chine ou au Japon. Mais ils ne sont peut-être pas si nombreux, et le fait que notre devise allège notre facture pétrolière reste une bien mince consolation pour des automobilistes qui payent 85% de taxes puisque le précieux pétrole ne représente que 13% du prix du plein — les 2% restants correspondent à la marge du pompiste.
** Si nous avons été capables de nous accommoder d’une essence ou d’un diesel surtaxé sans que la consommation s’effondre, pourquoi les Américains n’en feraient-ils pas autant?
Il suffit de se rendre dans la plupart des métropoles américaines, de constater la dispersion de l’habitat puis l’indigence des réseaux de transports en commun pour réaliser à quel point le prix des carburants joue un rôle crucial dans le mode de vie local. Leur modération constitue la base de la société de consommation — qui recouvre toutes les catégories de population, des plus pauvres jusqu’à la middle class.
Certains Américains parmi les plus riches se demandent parfois pourquoi la facture de kérosène de leur jet privé grimpe aussi rapidement. Ils se renseignent, c’est tout : pas question de restreindre leurs déplacements pour des problèmes budgétaires (quels problèmes budgétaires ?).
Un analyste expérimenté entendu ce lundi matin jugeait que les Américains étaient "au taquet" en matière de consommation et qu’il valait mieux se détourner du secteur de la distribution : il ne s’est cependant pas risqué à prétendre qu’une stagnation, voire une inflexion à la baisse des dépenses des ménages sur fond de hausse du coût du crédit pourrait peser sur les cours de Bourse.
Les 1% d’Américains les plus riches — qui détiennent 35% des actions cotées aux USA — demeurent d’un optimisme inoxydable : pourraient-ils distinguer dans leur environnement si particulier de citoyen très (mais alors vraiment très !) aisé, le moindre signe négatif (chômage, tassement des bénéfices trimestriels des entreprises, menaces de hausses d’impôts) les incitant à se détourner de Wall Street ?
Le citoyen criblé de dettes, qui ne parvient pas à trouver un acquéreur pour sa maison même en sacrifiant les prix ne fera pas baisser le Dow Jones en vendant son portefeuille au plus haut — ce qui serait une bonne affaire — parce que dans 95% des cas, il n’en possède pas !
** Nous précisons ceci afin de rassurer certains de nos lecteurs qui nous jugent trop alarmistes : pourquoi les cours grimpent et continuent de grimper aux USA ? Nous ne le savons que trop bien, mais c’est l’occasion de rappeler également que cette hausse reste tributaire de la quantité d’argent en circulation (et l’inflation de la masse monétaire est vertigineuse) et de la confiance des détenteurs de dollars. [Raphaël Garaud vous explique d’ailleurs cela en détail ce mois-ci dans sa lettre Vos Finances - La Lettre du Patrimoine.]
Face au risque de perte de confiance, il y a deux écoles : la première affirme qu’une brusque contraction de la quantité d’argent disponible associée à une dégringolade du billet vert affecterait de façon mécanique toutes les classes d’actifs — y compris l’or — que nous présentons souvent comme l’ultime refuge.
L’autre école postule que beaucoup de détenteurs de dollars — qui les entassent parce que le commerce mondial leur sourit depuis le tournant du 21ème siècle — ne tarderaient pas à se demander ce qu’ils pourraient obtenir en échange : de l’euro ? Certes… mais le Vieux Continent étoufferait bien vite de posséder une devise trop forte et la Monnaie Unique deviendrait très vite instable.
L’autre solution consisterait à acheter les matières premières qui existent en quantité limitée en masse, et dont chacun reconnaît la valeur (pétrole, gaz, métaux mais aussi des denrées alimentaires), ce qui ne ferait qu’amplifier la dévaluation symétrique du dollar.
Et l’or dans ce cas présenterait le double attrait d’exister également en quantité limitée (plus limitée que les capacités d’extraction de cuivre ou de zinc) et d’être toujours considéré comme un outil d’échange non susceptible de se volatiliser comme de vulgaires bouts de papier, fussent-ils ornés d’une devise aussi protectrice que In God we trust.
Tout ce que nous pouvons effectivement affirmer, c’est que compte tenu des quantités de dollars sortant tous les jours des presses de la Fed, il y a effectivement un Dieu pour le dollar et le dollar se montre bien présomptueux en se prenant pour Lui !
L’or pendant ce temps cotait 666 dollars l’once ce 16 juillet… Diable, diable !
Philippe Béchade,
Paris
PS : Toute l’actualité boursière est sur le grill avec le Téléphone Rouge de Philippe Béchade ! En composant le 0 899 781 961* vous retrouverez — chaque jour — les dernières analyses de Philippe pour un décryptage des évènements qui font bouger la bourse, une sélection des meilleures opportunités du moment, et bien sûr, des recommandations précises pour passer à l’action au plus vite et se positionner avant tout le monde.
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)
—————————– (publ.)
Le Dow Jones ne franchira pas les 14 000 points sans conséquences…
Quels sont désormais les risques qui planent sur votre portefeuille ?
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** OFFICIELLEMENT, TOUT VA BIEN…
** Il y a des bons booms… et d’autres qui le sont moins.
* Un bon boom, c’est par exemple celui qui a suivit la Seconde Guerre Mondiale. On a investit de l’argent, du vrai. La production a augmenté. On a dépensé de l’épargne concrète. Les salaires ont augmenté. Les bénéfices ont augmenté aussi. A la fin de ce boom, les gens étaient plus riches qu’au début.
* Un mauvais boom est basé sur du mauvais argent. Quand la Fed (en fait, la trésorerie) imprime un billet vert de plus, le geste manque de sincérité — comme un duelliste qui d’abord vous sourit et vous serre la main puis recule de vingt pas pour appuyer sur la gâchette : vous savez très bien que ses politesses n’ont rien de sincère. Au lieu de s’appuyer sur de l’épargne concrète, un mauvais boom est basé sur l’inflation monétaire et le crédit. Et quand ce boom arrive à son terme, les gens sont bien moins lotis qu’avant. Leur argent a moins de valeur. Et l’individu lambda s’est enfoncé encore plus profondément dans un bourbier de dettes, uniquement pour profiter lui aussi de ces années d’expansion.
**"Mais beaucoup de gens se sont pourtant enrichis pendant cette période", me direz-vous.
* Oui, un boom d’effondrement est, fondamentalement, un boom financier. Le système brasse de l’argent — beaucoup d’argent. Les gens ne sont pas conscients du fait que cet argent n’est pas réel ; ils ne voient pas la différence. Cet argent circule dans le monde de la finance, et tout le monde est satisfait. Mais la société dans son ensemble n’est pas plus riche simplement parce que les tableaux de Monet sont plus chers… que les actions sont plus chères… ou qu’un gérant de fonds de couverture gagne des milliards. On peut dire qu’une société est plus riche lorsque les gens ont des salaires plus élevés, qu’ils épargnent plus et qu’ils remboursent leurs dettes. Ce n’est pas du tout ce qui se passe en ce moment.
* "Oui, bon d’accord, il se peut que quelques personnes regrettent, à la fin… mais d’ici là, pourquoi ne pas en profiter ?"
* Allez-y ! Achetez un Warhol. Investissez en Chine. Payez-vous une place de parking à New York pour 225 000 dollars.
* Mieux encore, montez un hedge fund. C’est la meilleure chose à faire… Empochez vos "2 et 20" [Ndlr : 2 pour le prélèvement d'une commission de 2% des fonds qui leur sont confiés et 20 pour le prélèvement de 20% de la performance de leurs placements]. Prenez des risques : plus ils sont gros, mieux c’est. Vous entendez ? Plus le risque est gros, plus vous pouvez gagner — enfin, d’ici que ça se termine. Ensuite, bien évidemment votrehedge fund va être balayé. Mais pourquoi s’en préoccuper ? Les investisseurs paieront les pertes.
** Tout cela soulève une question essentielle : quand ce boom va-t-il toucher à sa fin ?
* Ah, si nous le savions… Nous pourrions penser à faire payer La Chronique Agora, plutôt que de vous la délivrer gratuitement comme nous le faisons actuellement.
* Mais nos chers lecteurs sont des personnes déterminées et ont encore quelques questions.
** "Pourquoi laissez-vous flotter ainsi le drapeau d’Alerte au Krach ?" demandent-ils. "Vous vous attendez bel et bien à un krach ?"
* Pour être honnête, ce n’est pas le cas. Nous sommes incapable de prédire comment les choses vont évoluer. Nous ne serions pas surpris de voir les actions américaines grimper en flèche, par exemple. Il pourrait y avoir une explosion extraordinaire sur plusieurs marchés financiers avant la fin du boom. Mais le Dow Jones pourrait tout aussi bien s’effondrer demain.
* Nous laissons flotter le drapeau d’Alerte au Krach pour nous souvenir — et vous rappeler — que c’est un marché dangereux. Puisqu’il s’agit d’un boom d’effondrement et non d’un boom sain, il est forcément instable. Nous n’y voyons pas la moindre opportunité d’investissement sûr et facile. Oui, il y a quantité de possibilités spéculatives. Plein de choses pourraient augmenter. Mais il y a peu d’actions si basses — celles qui rapportent tant — que vous ne vous souciez pas vraiment de leur progression.
* N’oubliez pas : un bon investissement, c’est quelque chose que vous souhaitez posséder parce que c’est une affaire solide, en progression, et qui vous rapporte de beaux dividendes. Un bon investissement n’est pas quelque chose que vous achetez dans l’espoir de le voir augmenter pour pouvoir le revendre.
* Souvenez-vous aussi que la plupart des gens gagnent leur vie grâce à un emploi ou à une entreprise. Le marché de la Bourse reste un lieu où l’on dépose de l’argent pour qu’il soit disponible plus tard — et qu’il ait légèrement augmenté grâce au temps et aux revenus composés. La pire chose qui puisse arriver à des gens, c’est que l’argent qu’ils ont déposé dans un marché spéculatif disparaisse de moitié, voire des deux tiers. En d’autres termes, le risque de perdre de l’argent en bourse tue tout espoir d’en gagner plus.
** "Alors que devons-nous faire de notre argent ?"
* Il existe toujours quelques bons investissements, même dans les marchés spéculatifs hors de prix. Il en reste peu, mais un bon fouineur peut encore en dénicher quelques uns.
*Et il existe des marchés plus rentables que d’autres. Le Japon par exemple. Alors que le Dow Jones n’a cessé d’augmenter ces 17 dernières années, le Nikkei baissait. Les actions commencent à retomber sur leurs pattes au Japon. Ce pays jouit d’un excellent commerce extérieur. Il possède une grande quantité d’épargne ; des industries performantes, productives. Et il semble plutôt bien placé pour bénéficier de l’énorme croissance de l’Asie.
* Le Japon offre un autre avantage — la diversification des devises. Car au-delà du danger d’un krach boursier, il y a également celui d’un krach du dollar. La super bulle mondiale dépend de l’inflation du dollar. Nous espérons voir le monde arriver à saturation de dollars.
* Il semble d’ailleurs que ce soit déjà le cas. La semaine dernière, par exemple, l’Iran a demandé à ses clients japonais de régler désormais les transactions en yen. Ce n’est pas le premier pays — et sûrement pas le dernier — à décider de tourner le dos au dollar. Les Américains devraient peut-être eux aussi se faire un bas de laine avec d’autres devises… au cas où.
** Un Boom d’effondrement est un boom de l’inflation. L’inflation d’une devise mène généralement à l’inflation du prix des capitaux, suivie de l’inflation du prix des produits de consommation. Pendant que les riches jouissent de l’augmentation du prix de leurs capitaux, les classes moyennes et pauvres se désolent de voir augmenter le prix du pain et du lait. Elles freinent leurs dépenses. Et tôt ou tard, les investisseurs commencent à s’inquiéter de l’influence de ce ralentissement. Ils achètent donc de l’or, pour se protéger… puis pour faire des bénéfices spéculatifs.
* Paul Kasriel, de Northern Trust, avance que le ralentissement des dépenses de consommation au deuxième trimestre impactera la croissance plus tard dans l’année. Il prédit donc que la véritable croissance du PIB (qui a profité d’un léger sursaut au deuxième trimestre) va retomber au second semestre à 1,7%, contrairement à l’annonce d’un consensus à 2,7%. Mais bien que Kasriel annonce que le ralentissement des dépenses maintiendra certains prix bas, il reste convaincu que les prix de la nourriture et des énergies vont augmenter. Malgré des signes de fatigue du côté du boom, votre essence et vos courses vont continuer à vous coûter toujours plus cher.
* Et pourtant, sur le papier, officiellement… l’inflation ne touche pas vraiment les produits de consommation courante… et on achète peu d’or.
* Pas même de frénésie spéculative dans les marchés américains. Et, bien entendu, pas encore de signe de krach. Nous devons donc être reconnaissant. Cela signifie qu’il peut encore se passer plein de choses !
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*** La Chronique Agora présente ***
La campagne présidentielle américaine a pris de l’avance, cette année. Cela ne réjouit guère James Howard Kunstler, qui expose aujourd’hui les défis auxquels se retrouvera confronté le futur président des Etats-Unis — et tous les Américains avec lui…
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AUCUNE CONFIANCE — 2ème PARTIE
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Par James Howard Kunstler
Voici quelques-unes des vérités que les Américains semblent incapables d’affronter :
Bientôt, ils n’auront plus le ravitaillement en énergies fossiles nécessaire pour faire tourner les Etats-Unis tels qu’ils sont actuellement — et aucune combinaison d’énergies alternatives basées sur des sources "renouvelables" ne le leur permettra. Ce qui signifie que les Etats-Unis feraient bien de revoir immédiatement la manière dont ils occupent le paysage, font pousser leur nourriture, déménagent les gens et les choses d’un endroit à un autre… et trouver le moyen de reconstruire une économie cohérente avec ces nouveaux arrangements.
Plus on repousse ces arrangements, plus le choc sera rude lorsque les Américains se heurteront au mur de la réalité ; quand cela se produira, beaucoup de choses seront mises à mal dans le pays. Il deviendra évident que toutes les choses dans lesquelles les Américains ont investi leur richesse ne garderont pas leur valeur — en particulier l’immobilier et toutes les activités liées à la dépendance aux automobiles, qu’il s’agisse du réseau d’autoroutes ou des chaînes de magasins. Il deviendra tout aussi évident qu’il est impossible de baser l’économie sur l’accroissement de ces secteurs.
Les aventures militaires américaines au Moyen-Orient sont basées en grande partie sur le fait qu’il faut maintenir les anciens arrangements. Les Américains sont en Irak parce qu’ils ont construit Dallas, Atlanta, Orlando, Houston, Phoenix, Los Angeles et Long Island tels qu’ils sont aujourd’hui ; leur seul espoir de voir ces organismes durer encore un peu est de maintenir le robinet à pétrole ouvert dans le Golfe Persique. La vérité, c’est que ces institutions ne survivront pas à un avenir pauvre en pétrole sous leur forme actuelle. Le peuple américain doit s’en rendre compte — jouer les gros bras aux quatre coins du globe n’y changera rien. Dans tous les cas, tôt ou tard, ils épuiseront leurs armées et se ruineront à essayer de projeter leur influence dans des régions étrangères — en d’autres termes, tôt ou tard, les Américains reviendront à leur propre hémisphère.
Il y a une règle de base, dans la réalité : on ne peut obtenir quelque chose en l’échange de rien. Le secteur financier va devoir s’en accommoder, parce que la dette n’est pas de la richesse… et la réallocation de la dette sous forme de crédit n’équivaut pas à de la création de richesse. Les Etats-Unis arriveront à un moment magique où toute la force de cette réalité se fera sentir — et cela se manifestera probablement par l’effondrement de l’entité la plus étroitement associée à l’idée de richesse : le dollar. Les actifs ayant trait à la légitimité du dollar connaîtront le même destin. L’implication de tout cela, c’est qu’une bonne partie de la richesse présumée des Américains pourrait s’envoler en fumée. L’un des candidats à la présidentielle US reconnaît-il ce mécanisme, ou a-t-il une idée du désordre que ce changement pourrait causer dans l’infrastructure socio-politique du pays ?
La campagne présidentielle prend de la vitesse bien prématurément ; il est très possible que tous les candidats actuellement dans l’arène épuiseront, ruineront et déshonoreront même leur propre campagne en faisant des pirouettes autour de ces vérités douloureuses — et qu’aucun d’entre eux ne survivra à ce processus en maintenant sa légitimité politique intacte. Parallèlement, des événements perturbateurs, provenant de l’extérieur, ne manqueront pas de faire irruption dans la bulle protectrice au cœur de laquelle le public américain a trouvé refuge — qu’il s’agisse de nouveaux troubles sanglants au Moyen-Orient, d’aventures dangereuses sur les marchés financiers ou d’événements climatiques extrêmes dans des régions vulnérables de la planète.
Toute l’avance prise par la campagne électorale aux Etats-Unis, avec ses rassurantes cérémonies télévisées de débats réchauffés et de parlottes interminables, pourrait finir par avoir l’effet inverse à celui désiré. Cela pourrait dévoiler une réalité effrayante : le système politique américain n’est pas à la hauteur des défis qui se présente à lui.
Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?
Meilleures salutations,
James Howard Kunstler
Pour la Chronique Agora
(*) James Kunstler a travaillé en tant que reporter et rédacteur pour plusieurs journaux, avant d’intégrer la rédaction du magazine Rolling Stone. En 1975, il a arrêté, afin de se consacrer à l’écriture de livres. Son dernier essai en date, The Long Emergency ["Une urgence de long terme", ndlr.] décrit les changements auxquels sont confrontés les Etats-Unis au 21ème siècle.
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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