Le bon grain et l'ivraie

Rédigé le 1 janvier 1970 par | Epargne Imprimer

** Plus on examine des entreprises, plus le bon grain devient difficile à séparer de l’ivraie. Dans mon métier, je rencontre beaucoup de gens — et ça va de géologues bien intentionnés mais généralement ineptes… à des escrocs purs et simples qui racontent des histoires d’arracheurs de dents à propos d’invraisemblables eldorados, avant de s’en retourner dans leurs villas avec vue sur la plage, achetées grâce aux millions de dollars qu’ils ont dérobés à des investisseurs naïfs.

– Il est cependant étonnant de constater que les arnaqueurs ne sont pas le plus grand souci des investisseurs. Non, les professionnels "compétents" qui constituent la majeure partie du secteur des matières premières sont bien plus dangereux — et nombreux.

– Cela est dû au fait que même si être "compétent" peut sembler une qualité désirable, c’est souvent plutôt négatif. Les gens compétents sont ceux qui exécutent leurs tâches avec un degré adéquat de savoir-faire, remplissant correctement les conditions minimum. Mais bon nombre de gens compétents ne sont ni inspirés ni à l’avant-garde. Même les hommes politiques peuvent, à l’occasion, être compétents. Ma mère était une cuisinière compétente.

– Et vous pouvez être certain qu’un explorateur compétent représente un danger bien spécifique pour des investisseurs qui ne s’en doutent pas. Je veux parler de la variété d’explorateurs ayant un profil relativement encourageant au sein d’une entreprise ou d’une autre, souvent diplômé avec les honneurs. Alors que l’individu en question — qu’il soit géologue ou dirigeant — ne peut se vanter d’aucune découverte majeure, il souligne souvent avec fierté sa longue carrière comme preuve de sa compétence.

– Cela impressionne bon nombre d’investisseurs — qui vont ensuite acheter l’action en pensant : "eh bien, M. Géologue a travaillé pour Barrick et Exxon pendant cinq ans… il doit savoir ce qu’il fait".

** Mais voyez-vous, il manque quelque chose à M. Géologue : la créativité et la passion qui sont absolument essentielles pour faire de grandes découvertes. Il se retrouvera avec un terrain à moitié correct, sur lequel une demi-douzaine de géologues à moitié corrects ont fait des recherches par le passé, avant de forer avec un succès limité et de passer leur chemin. Et M. Géologue, poussé par des promoteurs qui ne le lâchent pas, prendra votre argent et creusera quelques puits supplémentaires à quelques centaines de mètres de l’endroit où la dernière personne a foré. Il pourra même atteindre quelques intersections intéressantes… mais en fin de compte, le terrain s’avérera être un gouffre à investissements, qui retombera dans l’oubli — avant d’être ressuscité par le prochain géologue compétant arrivant en plein marché haussier.

– Peut-on gagner de l’argent avec de telles opérations ? Absolument… Même les sociétés les plus médiocres connaissent souvent une hausse modérée du prix de l’action, avant que le poids de résultats de forage insuffisants n’entraîne à nouveau la valeur vers les bas-fonds. Peut-on gagner beaucoup d’argent avec de telles sociétés ? On a plus de chances d’attraper un coup de soleil dans un tunnel de mine.

– Très simplement, le secteur des matières premières n’est pas fait pour les gens simplement "compétents". Nous savons tous qu’il y a peu de probabilités pour qu’une exploration potentielle se retrouve mise en production… Selon certaines estimations, les chances sont d’une sur un millier, mais certains observateurs avisés portent cela plutôt à une chance sur trois milliers. Le taux de succès est plus élevé pour le pétrole et le gaz, mais atteindre des bassins significatifs devient chaque jour plus difficile. Etant donné que les probabilités sont si minces pour une entreprise moyenne… pourquoi risquer d’investir dans une équipe dirigeante médiocre ?

– Voilà la clé : la plupart des mines et des gisements de pétrole significatifs sont découverts par une poignée d’individus seulement. J’ai passé ma carrière à suivre ces professionnels — voyageant et prenant mes repas à leurs côtés — et je peux vous dire que les appeler "compétents" serait une insulte.

– Ces gens sont implacables — ils ne dorment souvent que quelques heures par nuit, jonglant entre divers projets –, et ce sont des perfectionnistes dans leur domaine. Par-dessus tout, ce sont des penseurs originaux et inspirés. Le genre de personnes qui préféreraient mourir dans une grotte plutôt que d’endurer l’ennui de creuser quelques trous futiles sur un terrain médiocre dans l’espoir de faire un peu d’argent facile sans trop se fatiguer. Ils trouvent des idées dont la plupart des géologues ne rêveraient même pas… et n’auraient pas le courage de mettre en place même s’ils y pensaient. Le genre de business model unique en son genre qui permet aux actionnaires de faire de jolis profits.

Doug Casey
Doug Casey
Auteur des bestsellers Strategic Investing, Crisis Investing et Crisis Investing for the Rest of the 90's

Doug Casey, auteur des bestsellers Strategic Investing, Crisis Investing et Crisis Investing for the Rest of the 90’s a vécu dans sept pays différents, et en a visité plus de cent autres. Il a participé à de nombreuses émissions radiophoniques et télévisées, et demeure un spéculateur actif sur les marchés de l’immobilier, des actions, des obligations et des matières premières.

Laissez un commentaire