Laquelle va gagner ?

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La Chronique Agora
Paris, France
Mardi 20 février 2007
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*** Il suffisait d’attendre qu’il ne se passe rien !
Philippe Béchade se demande ce qui motive le CAC 40…

*** Laquelle va gagner ?
La Bataille des Bulles se poursuit… et l’issue est indécise

*** Déséquilibre commercial (2)
James Turk épingle aujourd’hui l’Europe…

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La hausse boursière est-elle aussi solide qu’elle en a l’air ?

Pour en savoir plus — et découvrir comment réagir aux principales tendances qui nous attendent dans les mois qui viennent, continuez votre lecture…

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Bonjour,

*** IL SUFFISAIT D’ATTENDRE QU’IL NE SE PASSE RIEN !

** Trop tentant, trop facile, mais trop artificiel : le débordement des 5 728 points ne nous convainc pas !

Cette journée s’annonçait soporifique au lendemain d’un week-end sans la moindre actualité micro ou macro-économique digne d’intérêt. Un week-end ponctué par son lot habituel d’attentats meurtriers en Irak — mais également, et c’est d’une triste originalité, par l’explosion de deux bombes dans un train assurant la liaison entre l’Inde et le Pakistan. Baptisé "train de l’amitié", il ne circulait que depuis un an entre ces deux pays, lesquels se revendiquent comme des puissances nucléaires et se disputent la souveraineté sur le Cachemire depuis très exactement 60 ans.

Pour ne pas perdre une miette du monde "plus sûr" promis par "W." Bush et Dick Cheney, nous ne serions pas complets sans une nouvelle vague d’attentats séparatistes survenus ces dernières 48 heures dans le sud de la Thaïlande… Sans oublier de nouvelles menaces d’attaques d’activistes au Nigeria, l’état de siège et l’instauration de la loi martiale en Guinée, le regain de tension entre le Fatah et le Hamas — alors que Condoleezza Rice rencontrait hier les plus hauts responsables israéliens à Jérusalem. La presse américaine évoque d’ailleurs de façon récurrente des frappes préventives contre l’Iran, destinées à retarder de plusieurs années la mise en oeuvre d’un éventuel programme nucléaire militaire.

Ce genre de tensions géopolitiques ne trouble plus le sommeil des investisseurs depuis l’invasion de l’Irak, puis son basculement quasi-irréversible vers une guerre civile totale. Nous avons donc recherché — en vain — quel électrochoc positif, survenu vers 10h, avait bien pu provoquer la soudaine envolée du CAC 40 vers 5 758 points.

** Après une première heure de transactions sans saveur et sans relief, les valeurs françaises ont "spontanément" enregistré une brusque accélération à la hausse de 0,5% en quelques minutes, suite au déclenchement d’une vague d’achats stop due au débordement des 5 728/5 730 points. Le CAC 40 a gagné jusqu’à 0,7% (inscrivant un nouveau zénith annuel à proximité des 5 760 points), avant d’entamer une glissade lente mais régulière au cours des sept dernières heures de cotation — glissade qui n’effacera au final que 50% des gains engrangés entre 10h et 10h15, "le quart d’heure qui a fait la différence".

Le débordement de la borne supérieure du canal 5 650 et 5 725 points survenait précisément le seul jour du mois de février où il n’y avait au programme ni statistiques en Europe, ni cotations à Wall Street (en congé pour cause de célébration du George Washington Day), ni communiqué monétaire d’une banque centrale occidentale ou asiatique, ni variation mesurable sur le dollar, totalement inchangé en l’absence des cambistes américains, ou sur les marchés de taux (qui se dégradaient légèrement), ni publication de trimestriels d’entreprises, ni relèvements de recommandations ou d’objectifs de prix par les analystes de grandes banques d’affaires — sauf sur Cap Gemini qui a pris 2,15%.

Cette absence de toute impulsion, quelle qu’en soit la nature — hormis des rumeurs de cession d’un bloc de titre par la famille Halley, premier actionnaire du groupe Carrefour –, semble avoir constitué l’occasion qu’attendaient quelques "petits malins" pour déclencher l’activation de programmes d’achats informatisés. Le succès de la manoeuvre était d’autant plus probable que les volumes d’échanges — et donc la contrepartie vendeuse — s’avéraient limités.

** Tout comme lors du départ d’une épreuve de sprint où les athlètes sont un peu nerveux après une attente trop longue, il suffit de faire exploser un pétard dans les tribunes (allumé par un Chinois pour célébrer l’avènement de l’année du cochon ?) pour que les coureurs s’élancent comme si le starter avait bien fait usage du pistolet officiel.

Mais si le marché parisien a pris un faux départ (toutes les places européennes ont fait de même — sauf Zurich, qui ne s’y est pas laissé prendre… mais les investisseurs helvétiques sont par nature plus méfiants que la moyenne), le rush initial est révélateur de l’envie de pousser les cours du CAC 40 en direction des 5 800 points, objectif prédéterminé par la "règle du balancier" entre 5 650 et 5 725. Même si le mouvement n’a été déclenché que par une poignée de spéculateurs bien intentionnés, le marché dans son ensemble n’a pas manifesté la moindre volonté de s’y opposer.

Une hausse — même artificielle et dénuée de tout fondement, survenant comme par hasard à l’entame d’une séance totalement creuse — est toujours bonne à prendre !

** Une majorité des stratèges s’attendait à ce que la période de stagnation boursière inaugurée le premier février dernier s’achève par un nouveau rally haussier. Après tout, si Wall Street a résisté vendredi à la publication d’une série de statistiques immobilières consternantes, rien de fâcheux de saurait assombrir l’humeur des investisseurs.

La preuve, le Dow Jones a inscrit vendredi soir — pour le symbole — un quatrième record historique de clôture consécutif (+2 points, à 12 767), à la veille d’un "pont" de trois jours. Voilà bien un remarquable signe de confiance alors que les mises en chantier de logements neufs ont plongé de 14,7% au mois de janvier, soit un effondrement de 37,8% en glissement annuel. Les permis de construire chutent parallèlement de 28,6%, ce qui représente le plus fort repli enregistré dans ce secteur depuis le début des années 90.

Mais Ben Bernanke a déclaré mercredi dernier que l’immobilier allait probablement atteindre son plancher et rebondir en 2007. Puisque le pire est derrière nous et que la consommation des ménages ne semble pas avoir été affectée par un "effet de pauvreté" lié à la chute des prix des logements ou par la progression exponentielle des saisies de biens hypothéqués, c’est que l’éclatement de la bulle ne produit que des effets bénins sur l’économie américaine !

** Pourquoi les marchés financiers devraient-ils s’en inquiéter, puisque la clientèle des épargnants continue de feuilleter avec gourmandise le catalogue des derniers gadgets électroniques à la mode ou des équipements de cuisine les plus sophistiqués… et de solliciter les organismes de crédit à la consommation pour des prêts taxés à 20% ?

Pourquoi les cambistes se mettraient-ils à redouter une dégringolade du dollar alors que ce dernier résiste envers et contre tout au creusement du déficit commercial US (à hauteur de 2,1 milliards de dollars par jour), puis au basculement de la balance des paiements dans le rouge vif au mois de décembre — il a manqué plus de 45 milliards de dollars pour équilibrer les besoins en capitaux des Etats-Unis fin 2006.

Quel merveilleux prodige que d’observer le vaisseau Amérique — les cales bourrées de piles de credit default swaps immobiliers prêts à exploser au moindre choc contre la coque — foncer à toute vapeur vers les récifs… alors que le capitaine Bernanke fait donner l’orchestre, offre sa tournée de champagne et envoie les illusionnistes distraire la foule des passagers !

Rien ne sert de toutes façons de dire la vérité : cela ne ferait que gâcher les derniers bons moments des hôtes de la croisière. Ben Bernanke sait pertinemment que la barre n’est plus reliée au gouvernail ; tenter de modifier le cap des taux américains ne sert à rien, puisque tout dépend désormais de la politique monétaire japonaise. Il en est de même pour la manette des gaz et la salle des machines : les témoins de la pression monétaire démontrent que les chaudières sont prêtes à exploser, et les valves de sécurité sont d’ores et déjà bloquées par la dilatation du métal.

La stratégie la plus cohérente consiste donc à ne plus toucher à rien en répétant à l’envi que le navire s’en va à la bonne vitesse (ni trop vite, ni trop lentement) et dans la bonne direction — aucun écueil à l’horizon… mais le cas échéant, l’allumage de quelques fumigènes au niveau de la proue suffirait à masquer le problème. Les passagers sont ainsi dans l’incapacité de réaliser que le naufrage est inéluctable parce que la barre tourne dans le vide et qu’il n’y a aucun moyen de réduire le régime des moteurs — sauf à tout faire exploser.

Philippe Béchade,
Paris

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, Rancho San Jose de los Perros, Nicaragua

*** LAQUELLE VA GAGNER ?

** Nous sommes en vacances en Amérique Latine. Mais nous gardons malgré tout un œil sur les marchés financiers — pour nous distraire, bien entendu.

* La Bataille des Bulles a continué la semaine dernière… la bulle de l’immobilier passant à l’attaque vendredi.

* Vous vous souvenez, cher lecteur : nous assistons à un gigantesque combat entre deux bulles — l’une dans l’immobilier américain… l’autre dans les liquidités planétaires. La première diminue ; la seconde augmente.

* La grande question est de savoir quelle Bulle va gagner ? Celle qui est en train de se dégonfler ? Ou celle qui enfle ?

* Jusqu’à présent… depuis 2002… c’est la bulle en croissance qui domine les marchés financiers mondiaux. De plus en plus de liquidités — de l’argent et du crédit, sous diverses formes — ont fait grimper les prix partout dans le monde, et notamment dans l’immobilier US. Mais aujourd’hui, le zeppelin du secteur immobilier perd du gaz, et perd peut-être de l’altitude.

** Vendredi, il semble avoir baissé de quelques mètres.

* "Les investisseurs perturbés par la baisse des mises en chantiers", titrait le Financial Times. En janvier, les mises en chantier ont chuté à leur niveau le plus bas en 10 ans. L’"atterrissage en douceur" que tout le monde tenait pour acquis semblait soudain moins certain qu’il y a une semaine. Les travaux immobiliers ont chuté de 14% au cours du mois.

* Et saviez-vous, cher lecteur, qu’aux Etats-Unis, il se vend plus de maisons entre le Superbowl et le mois d’avril qu’à toute autre période de l’année ? Nous ne le savions pas non plus ; mais apparemment, c’est ce que dit le Financial Times. En fait, deux tiers des ventes de l’année entière se font normalement durant cette période. Et si elles n’accélèrent pas un peu, les revenus immobiliers de toute l’année sont en danger.

* Bien entendu, le secteur du logement américain pourrait se stabiliser, comme tout le monde l’annonce. Mais nous nous demandons ce qui adviendra de l’autre Bulle… si celle de l’immobilier explose.

* Nous n’en savons rien. Actuellement, une bulle tire l’économie à la hausse. L’autre la retient à la baisse. Les deux pourraient éclater à tout moment.

* Nous observons… nous voulons juste savoir ce qui va se passer ensuite.

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*** La Chronique Agora présente ***

Hier, James Turk nous décrivait comment les Etats-Unis sont devenus les plus grands débiteurs de la planète. Aujourd’hui, il passe à l’Europe, qui ne vaut guère mieux…

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DESEQUILIBRE COMMERCIAL — 2ème PARTIE
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Par James Turk (*)

La volonté continue des investisseurs étrangers de recycler leurs dollars dans l’économie américaine explique la stabilité du billet vert durant les années 90. Et tant qu’ils font preuve de cette bonne volonté, l’offre et la demande de dollars s’équilibreront, et la stabilité se maintiendra. Mais que se passerait-il si les étrangers changeaient d’avis, et décidaient de ne pas acheter d’actifs américains ? Il semblerait que nous soyons sur le point de le découvrir. Les investissements étrangers directs — c’est-à-dire la valeur en dollars des actifs US achetés par les investisseurs étrangers — a chuté, passant de 300 milliards de dollars en 2000 à 135 milliards de dollars en 2001, puis à moins de 100 milliards en 2002 et 2003. Et le dollar a soudain commencé à lutter. En 2003, il a chuté d’environ 20% par rapport à l’euro et au yen, et de 30% par rapport à l’or.

Mais 2003 n’était qu’un échauffement. Même si les investisseurs étrangers ont recyclé moins de dollars, ils ont tout de même acheté 80 milliards de dollars d’actifs américaine, et ont terminé l’année avec une plus grande part que jamais dans l’économie US. Que se passera-t-il s’ils décident de vendre leurs T-bonds ou leur propriété immobilière à Manhattan ? Selon toutes probabilités, le dollar continuera de s’affaiblir, ce qui poussera les investisseurs étrangers à aller ailleurs et causera un assèchement de la demande de dollars. Ce sera la panique, et le problème de la dette passera de "potentiel" à "très très réel".

L’une des causes du déficit commercial américain, c’est que l’Europe et le Japon se développent plus lentement et achètent relativement peu à l’étranger. Pourquoi cette différence dans les schémas de dépense ? Parce qu’ils ont leurs propres problèmes — assez graves. Commençons avec l’Europe : lorsque la France, l’Allemagne et leurs voisins ont remplacé leurs devises nationales par l’euro, ils ont instauré quelques règles de base dans le cadre du Traité de Maastricht. Parmi elles, on trouve le fait qu’aucun pays de l’Eurozone ne pouvait avoir de déficit se montant à plus de 3% du PIB. Cependant, le traité ne spécifie pas comment on peut aboutir à une telle prudence budgétaire. Il ne force absolument pas les pays membres à réduire leurs dépenses et adopter des mesures politiques rationnelles en matière d’emploi ou de vie des entreprises. L’Allemagne et la France ont donc maintenu leurs états-providence et leurs dépenses astronomiques en espérant simplement qu’une devise commune rendrait leurs économies à nouveau productives.

Cela n’a pas été le cas, bien entendu. Les deux économies, entravées par des gouvernements démesurés et des impôts élevés, sont plus ou moins en récession depuis 2000.

Leurs déficits budgétaires sont constamment au-dessus des limites fixées dans l’Eurozone, ce qui les met dans la même situation que les Etats-Unis : elles peuvent soit réduire leurs dépenses et en affronter les conséquences, soit continuer de trop dépenser, accumuler des déficits toujours plus profonds et imprimer autant d’euros que nécessaire pour couvrir la différence.

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(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
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