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La Chronique Agora
Paris, France
Mercredi 24 janvier 2007
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*** Du bal des LBO au Boléro de Ravel…
Philippe Béchade pressent un couac en tonalité majeure
*** Rendons justice au charbon
Non, il ne sert pas uniquement à punir les enfants qui n’ont pas été gentils à Noël…
*** La suprématie effervescente
Batailles de champagne et employés multi-millionnaires…
*** La dupe du coeur II (3)
Bill Bonner présente : les artistes et illusionnistes du spectacle public !
—————————– (publ.)
COMMENT INVESTIR DANS LES PETITES VALEURS AUJOURD’HUI ?
Eh bien… nous n’avons pas de recette miracle, mais… que pensez-vous d’un système qui dépasse les 24% de croissance annuelle moyenne depuis 2003… en accumulant des gains de 74%, 53,8%, 43,17%, 60%… et bien d’autres encore !
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Bonjour,
*** DU BAL DES LBO AU BOLERO DE RAVEL…
** Les investisseurs ne veulent rien lâcher ; ce n’est pas un accident isolé comme la chute de 9% d’Alcatel, dans un volume de 127 millions de titres (soit 1,250 milliards d’euros pour un cours pondéré de 9,88 euros), qui pouvait les faire changer d’avis mardi. La presse anglo-saxonne faisait ses gros titres sur les 650 milliards de dollars de force de frappe dont disposeraient les fonds de private equity pour faire leurs courses sur les marchés financiers en 2007.
En effet, il ne se passe pas une semaine sans qu’une ou plusieurs opérations de fusion/acquisition, d’OPA amicale ou hostile, de LBO (leveraged buyout, rachat à effet de levier) n’entretienne l’effervescence à Wall Street ou à la City de Londres — ces dernières étant les capitales mondiales du Monopoly capitalistique, avec un montant record de 3 600 milliards de dollars de chiffre d’affaires (+30% par rapport à 2005), dont 700 milliards de dollars pour les seuls LBO.
Des LBO d’ailleurs très critiqués par les candidats de gauche dans l’Hexagone : ces opérations reposent initialement sur de la dette et débouchent le plus souvent sur un "redéploiement" des activités et une "rationalisation des structures" — comprendre un dépeçage de l’entreprise et une compression des frais de personnel, via des licenciements ou des délocalisations.
Le seul but consistant à "créer de la valeur" pour des actionnaires avides d’un retour sur investissement rapide, le projet industriel reste souvent le grand oublié de la manœuvre, et les salariés servent immanquablement de variable d’ajustement.
Le principal moteur du grand Monopoly mondial, c’est la détection de gisements de profits liés à une sous-évaluation des actifs ciblés ; la faisabilité ne semble plus poser de difficulté.
L’appétit des fonds d’investissement ne semble à ce jour plus limité ni par la taille des proies potentielles (une capitalisation de 50 milliards de dollars n’apparaît plus dissuasive), ni par la hausse des taux d’intérêt. La Banque centrale du Japon — contrainte par le gouvernement de Shinzo Abe à maintenir le loyer de l’argent à 0,25% — continue en effet d’offrir des liquidités quasi-gratuites au système financier, qui n’en demandait pas tant.
Rien ne semble plus facile à une brochette d’analystes et d’avocats ayant fait leurs preuves lors de précédentes opérations que de monter à leur tour leur fonds et de lever 100 millions de dollars en quelques jours auprès d’une grande banque d’affaire new-yorkaise.
D’autres entités spécialisées de longue date dans le "très lourd" (des fusions-acquisitions à 10 milliards de dollars ou plus) ne raisonnent plus qu’en lignes de crédit de plusieurs milliards. Des bataillons d’investisseurs privés — et fortunés — se ruent pour participer à ce genre d’augmentations de capital géantes, nullement rebutés par un ticket d’entrée de plusieurs millions de dollars… ou l’absence de certitude en matière de timing, c’est-à-dire de choix d’un délai optimal pour retirer leur mise.
** Compte tenu de cette réalité incontournable — un des principaux avatars de la mondialisation mais aussi et surtout de taux d’intérêt anormalement bas — il s’avère très difficile de convaincre les professionnels qui gèrent vos retraites (ou vos contrats d’assurance-vie) que les places boursières sont sur le point de corriger.
Non seulement les sociétés les plus surestimées continuent de flamber du fait de projections de bénéfices hyper optimistes ou de hausses de recommandations en cascade, mais celles qui pataugent dans des difficultés insondables finissent également pas aiguiser des appétits (tels Alitalia, Parmalat, Delta Airlines ou Infogrames) — car aucun contre-pouvoir n’est plus en mesure de s’exercer si un prédateur entend mettre la main sur quelques actifs valides en se débarrassant sans état d’âme des secteurs déficitaires.
L’autre soutien dont bénéficient les marchés relève d’un climat psychologique positif auto-entretenu. Les analystes techniques sont, dans leur écrasante majorité, convertis au principe selon lequel une tendance a vocation à se perpétuer par la force de l’habitude (la hausse appelant la hausse, ce qui n’est guère original !). Ils ont également la conviction que les supports graphiques deviennent à la longue quasiment invulnérables tandis que la volatilité historique tend à s’amenuiser avec la montée en puissance des instruments de couverture.
Le nouveau paradigme, qui se renforce au fil des mois puis des trimestres de hausse qui s’enchaînent imperturbablement, c’est qu’il est totalement contre-productif de chercher à anticiper des niveaux de sortie puisque le principal risque réside dans le fait de se situer hors marché au moment où les indices ont les plus grandes chances de rebondir.
** Cette séance de mardi en fut la parfaite illustration : le CAC 40 est revenu tutoyer les 5 540 points dès le milieu de la matinée dans le sillage d’un titre Alcatel en perdition. Cependant, après un épisode de baisse impulsive, les vendeurs ont levé le pied dès que l’indice s’est rapproché du pivot majeur des 5 540 points : les rachats furent tardifs, mais le dernier quart d’heure de cotation a permis aux places européennes d’effacer la totalité des pertes accumulées durant les trois premiers quarts de la séance.
L’Euro-Stoxx — qui reculait mardi de 0,6% à la mi-journée — réalisait l’exploit de clôturer in extremis à l’équilibre, tandis que les valeurs françaises ne demeuraient en territoire négatif que pour un symbolique effritement de 0,08%.Ce dernier était imputable en intégralité à la chute du seul titre Alcatel-Lucent, victime d’un nouveau profit warning, qui représentait à lui seul 20% du chiffre d’affaire traité à Paris.
Wall Street, attendu en repli de 0,2% jusqu’au moment de la reprise des cotations, déjouait tout comme la veille les anticipations… mais à la hausse, cette fois-ci — et nous croyons moins que jamais au hasard. Le Dow Jones, qui s’inscrivait en progression de 0,6% à mi-séance mardi soir, était revenu en moins de trois heures à 0,5% de son record historique. Dans le même temps, le Nasdaq — soutenu par l’accueil favorable réservé à une nouvelle rafale de résultats — se refaisait une santé sans avoir même menacé de se rapprocher du support ascendant des 2 400 points.
** La lecture de ce qui précède pourrait vous inciter à penser que nous avons fini par nous ranger aux arguments de l’écrasante majorité des analystes et commentateurs qui voient l’année 2007 en rose (et même ceux qui anticipent une victoire de Ségolène Royal ne discernent pas en quoi le marché parisien pourrait s’en émouvoir)… mais nous voulons vous rassurer sur notre écoute de la partition jouée par les tenants de la hausse éternelle des indices boursiers et des actifs financiers ou immobiliers.
Une partition qui prend des accents de symphonie — et qui va crescendo comme le Boléro de Ravel. Tout cela se terminera probablement par un gigantesque couac, ponctué d’un claquement de cymbales et d’un gros "boum".
Les spectateurs ont le droit de jouir des dernières mesures, le visage béat et les yeux clos. Cependant, nous voyons le percussionniste se rapprocher de la grosse caisse, maillet en feutre à la main, et nous pressentons que c’est le moment de passer discrètement à la "petite caisse" virtuelle de notre intermédiaire boursier favori…
Philippe Béchade,
Paris
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Justice Litle nous donne les dernières nouvelles des matières premières
*** RENDONS JUSTICE AU CHARBON
** En ce qui concerne le charbon, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on ne lui rend pas justice. On le trouve sale, moche et banal. C’est le cadeau qu’on offre à Noël aux enfants qui n’ont pas été sages. En termes de vie quotidienne, le charbon est quasiment inexistant. Pourtant, la Révolution industrielle tout entière était basée sur le charbon
- Le pétrole occupe peut-être le devant de la scène, ces derniers temps, mais le charbon est loin de s’être endormi. En fait, on pourrait même dire que le monde dépend plus que jamais du charbon. Selon de récents chiffres publiés par l’Institut mondial du charbon, 24,4% de la consommation d’énergie primaire de la planète provient du charbon. Sa part dans la génération d’électricité planétaire est de 40,1%. Aux Etats-Unis, plus de la moitié de l’électricité du pays provient du charbon. En Chine et en Australie, le total approche les 80% ; en Pologne et en Afrique du Sud, on dépasse les 90%.
- Pour remettre en perspective la quantité physique de charbon consommée par la planète, réfléchissez à cela : selon le site internet howstuffworks.com, l’électricité nécessaire pour maintenir une ampoule de 100 watts allumée toute la journée consommerait environ 357 kilos de charbon sur une année. La plupart d’entre nous ne laissent pas les lumières allumées 24h/24, mais nous avons tendance à avoir plusieurs appareils électriques fonctionnant en même temps.
- En fait, la plupart des utilisateurs de charbon de la planète n’en sont même pas conscients. Cette ignorance est un luxe, fourni par les avantages de la technologie moderne. Durant la majeure partie de l’histoire, le charbon s’est révélé être une source particulièrement épouvantable de pollution urbaine. Les poumons noircis et les yeux rougis remontent au Moyen Age. En 1285, le roi Edouard I s’est retrouvé confronté à deux grandes batailles. En Ecosse, il y avait William Wallace ; et à Londres, il y avait le charbon. Le roi a essayé de mettre un frein à l’utilisation du charbon dans les lieux publics — et a échoué. Des interdictions rigoureuses et des punitions brutales ont été mises en place, mais la fumée a continué d’empuantir l’air. Avec la croissance rapide de la ville et la déforestation, les besoins de Londres en carburant et en chaleurs passaient avant tout.
- 500 ans environ après Edouard I, le très efficace couple charbon/vapeur avait transformé l’Angleterre et déclenché la Révolution industrielle. En 1850, la Grande-Bretagne était officiellement urbanisée, avec 51% de la population vivant dans les villes. Et ces villes industrielles étaient invivables — en particulier Manchester : un ciel noir de fumée, un sol maculé de suie, l’air lui-même saturé de poussière. 57% des enfants mouraient avant l’âge de sept ans — et ceux qui survivaient travaillaient en général dans les usines et les mines jusqu’à leur mort.
- Toute cette misère a désormais disparu (en Occident, au moins). Les centrales électriques modernes fonctionnant au charbon sont des parangons d’efficacité et de discrétion. Des jets de flammes hauts de 10 étages consomment jusqu’à 500 tonnes de charbon par heure, cachées dans d’immenses chaudières transformant la chaleur en vapeur et la vapeur en électricité. Tout cela se produit derrière des portes closes, sur des terrains surveillés, en dehors des villes. Nous ne voyons plus le charbon, pas plus que nous le sentons ou le voyons. Nous appuyons simplement sur l’interrupteur.
** Cependant, malgré tout le nettoyage effectué par le secteur, nous payons encore un lourd tribut à l’utilisation du charbon. Les centrales à charbon occidentales ne crachent plus de fumée noire ; leurs émissions ont été vigoureusement nettoyées et filtrées, en accord avec la loi. Mais ces émissions "propres" continuent de contribuer à des choses comme les pluies acides et autres problèmes environnementaux de long terme, du type émissions de dioxyde de carbone. Et dans des pays moins regardants — comme la Chine, par exemple — les émissions "sales" provenant de centrales à charbon ont fait naître certaines des villes les plus polluées au monde.
- Le New York Times affirme que la Chine utilise plus de charbon que les Etats-Unis, le Japon et l’Union européenne réunis. Les centrales chinoises sont plus vieilles, moins efficaces et produisent plus d’émissions toxiques que leurs homologues occidentaux réglementés. Dans la mesure où l’Inde suit la Chine à la trace, une épidémie de pollution pourrait bien se préparer.
- Devrions-nous nous montrer pleins de gratitude ou pleins de dégoût envers le Roi Charbon ? Difficile de ne pas ressentir les deux. Dans l’ensemble, le charbon s’est montré vraiment bon pour nous. En tant que carburant de la Révolution industrielle — et même si les conditions initiales étaient infernales — le charbon a généré le développement de l’industrie et le niveau de vie élevé dont profite actuellement l’Occident. En tant que source continue d’électricité bon marché, le charbon donne désormais à la Chine et à l’Inde une chance de poursuivre leur croissance rapide. Mais tout cela a un coût. La Chine abrite sept des dix villes les plus polluées de la planète — en majeure partie à cause de la dépendance du pays à l’électricité générée par le charbon.
- Même ainsi, le monde ne se passera pas du charbon de sitôt. L’économie énergétique penche largement en faveur du charbon — en particulier dans les pays en voie de développement. Les nouvelles centrales, qui continuent d’être construites à un rythme rapide, peuvent rester en fonctionnement durant un demi-siècle ou plus. Les mettre en "retraite anticipée" n’aurait aucun sens. Bon nombre de centrales existantes ont encore des décennies à vivre. Enfin — et c’est sans doute le plus important — des pays comme la Chine et l’Inde doivent également gérer l’émergence de leur classe moyenne et le développement de styles de vie basés sur la consommation. Ils pourraient avoir besoin de toutes les sources d’énergie qu’ils peuvent obtenir — propres ou sales — pour répondre à la demande dans les années qui viennent.
- Pendant ce temps, le "charbon liquide" et autres technologies propres continueront à nourrir la demande dans le monde développé. Etant donné tous ces facteurs, un charbon à 40 $ la tonne semble bien trop bon marché.
- Il est intéressant de noter que le ratio prix du charbon/ prix du pétrole brut a chuté à son niveau le plus bas de la décennie. Cette relation n’implique pas nécessairement que les prix du charbon approchent un plancher important, mais cela en suggère la possibilité.
- Investisseurs de long terme, prenez-en note…
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** LA SUPREMATIE EFFERVESCENTE
** Nous sommes en pleine Ere de Mammon.
* Si les sondeurs annonçaient aux principaux partis qu’ils pourraient gagner la Maison-Blanche en renonçant à la Constitution, à la Bible et à la théorie de l’évolution… ils le feraient sans l’ombre d’une hésitation.
* Consubstantiation, transsubstantiation… qui se soucie de ce genre de -ation s’il n’a rien à voir avec l’argent ?
* Y a-t-il quelque chose ayant plus d’importance que de l’argent ? Y a-t-il chose plus délicieuse que de s’en vanter ? Y’a-t-il combat plus important que de remporter "la suprématie effervescente" ?
* Vous ne savez pas ce que c’est, cher lecteur ? Continuez votre lecture…
* Les Chinois sont encore communistes, mais ce sont des héros aux yeux de tous les investisseurs de la planète. Ils ont l’économie la plus dynamique au monde, et le marché boursier le plus excitant. Qui se soucie des fossiles qui font partie de leur gouvernement ?
* Personne. Ce qui importe actuellement, cher lecteur, c’est le flouze… le blé… l’oseille… le cash… le fric…
* Oui, depuis le centre de Fric Cité — également connue sous le nom de Londres — on apprend qu’un employé de la Barclays Capital est entré dans l’histoire l’an dernier avec un salaire estimé à trois fois la rémunération totale de tout le conseil de direction. Roger Jenkins a emporté chez lui entre 70 et 140 millions de dollars l’an dernier. Un bon poste… pour ceux qui peuvent l’obtenir.
* Mais quel genre de travail devez-vous faire pour obtenir ce genre de salaire ? Faut-il inventer quelque chose comme le Velcro ou la valise à roulettes ? Faut-il écrire une chanson à succès, comme "Vive le Vent" ? Faut-il faire un film comme "Autant en emporte le vent"… ou lancer une entreprise comme Microsoft ? Quelle contribution devez-vous apporter à la richesse, à la santé ou à la culture mondiale pour gagner ce genre de somme ?
* M. Roger Jenkins dirige une partie de la banque, la partie qui s’occupe de "finance structurée". De quoi s’agit-il exactement ? Nous nous tournons vers le magazine The Business de cette semaine pour de plus amples explications :
* "Le service de Jenkins élabore des structures complexes conçues pour améliorer la profitabilité des transactions effectuées par d’autres parties de la banque. Ces transactions peuvent prendre de nombreuses formes, mais leurs structures ont un but commun — réduire l’exposition fiscale des clients".
* En d’autres termes, M. Jenkins esquive les taxes. Les lecteurs noteront que réduire les impôts des super-riches ne constitue pas exactement une assise solide pour un boom économique. Du moins pas en général. Le coût des projets gouvernementaux — les guerres, la bureaucratie, les sottises — ne baisse pas parce que les riches échappent à l’impôt. Non, l’argent doit provenir de quelque part. Dans l’ensemble, l’économie n’est pas plus riche — aussi reconnaissants que soient ses clients à M. Jenkins.
* Jamais si peu de gens ont fait aussi peu et n’ont autant gagné en le faisant.
** Brasser de l’argent ne rend personne plus riche. Cela ne fait que transférer l’argent des bêtas qui le gagnent vers les gens intelligents qui le détournent. Mais au moins ces derniers s’amusent avec.
* Normalement, voyez-vous, les gens riches essaient de faire preuve d’un peu de discrétion. Ils ne veulent pas encourager l’envie et le mécontentement pour terminer comme Marie-Antoinette, qui — selon la légende — plaisantait en présence des domestiques :
* "Pourquoi ces femmes manifestent-elles ?" voulut-elle savoir.
* "Parce qu’elles ont faim ; elles n’ont pas de pain".
* "Eh bien, qu’elles mangent de la brioche !"
* Quel esprit ! Dommage qu’elle ait dû perdre la tête.
* Mais les beaux esprits qui vivent la belle vie en 2007 ne sont peut-être pas moitié aussi intelligents qu’ils pensent l’être.
* Un sondage concernant 249 gestionnaires de fonds de couverture, avec une valeur nette moyenne de 197 millions de dollars, révèle qu’ils ont dépensé les sommes suivantes l’an dernier :
- 3,9 millions de dollars en oeuvres d’art
- 429 000 $ en yachts
- 376 000 $ en bijoux
- 204 000 $ en vêtements et accessoires
* Si vous en avez, montrez-le, nous dit le 11ème Commandement de l’Ere de Mammon.
* A Londres, les gestionnaires de hedge funds mènent des "batailles de champagne", selon le Sunday Times. Ils ne se contentent pas de boire du champagne. Ils secouent les bouteilles et s’arrosent les uns les autres. Selon le gérant d’un club, une nuit de lutte pour "la suprématie effervescente" appauvrit les beaux esprits de 150 000 $.
* "Vive la révolution", concluait l’un de nos amis, dégoûté.
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*** La Chronique Agora présente ***
Tous les excès doivent être corrigés ; toutes les bulles doivent être dégonflées. Les fièvres boursières doivent être éteintes. Les armées impériales doivent être mises en déroute ; tous les empires — comme toutes les monnaies fiduciaires — finissent par disparaître. Aujourd’hui, Bill Bonner en termine avec les spectacles publics…
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La dupe du coeur II — 3ème PARTIE
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Par Bill Bonner (*)
Les dirigeants d’entreprises sont au sommet de la vague, surtout dans le secteur de la finance. Mais après une longue hausse des augmentations de salaire, les choses commencent à ralentir. La rémunération des dirigeants a grimpé en 2006, mais de loin pas autant que l’année précédente, selon les estimations. Le pauvre Robert Nardelli, PDG de Home Depot, a peut-être marqué le point de rupture — il venait d’être débarqué du navire avec à peine 20 millions de dollars de primes.
Est-ce que nous envions ces dirigeants surpayés ? Non, pas du tout. A présent, tout le monde a une dent contre eux — les tribunaux, le fisc, les ex-épouses et mêmes les dieux eux-mêmes. "C’est le cochon le plus gras qui attire le couteau du boucher", déclare un proverbe cantonais.
Quel pain mangent ces gens ? Quelle eau boivent-ils, qui les rend si extraordinairement précieux ? A 15 millions de dollars, les plus hauts dirigeants d’entreprise gagnent désormais environ 300 000 $ par semaine… ou 60 000 $ par jour… ou encore 7 500 $ par heure — plus de mille fois ce que gagne un citoyen moderne.
Est-ce que ces stars méritent ne serait-ce qu’un million de dollars — sans parler de 17 millions, ou 250 millions ? On trouve probablement bon nombre de gens qui feraient le travail aussi bien, pour moins d’argent. Nous disons cela par expérience autant qu’à cause de la théorie. Nous sommes PDG de notre propre société d’édition depuis près de 30 ans. Si nous avons fait quoi que ce soit valant un million de dollars par an, c’était purement par accident. Certes, notre entreprise est très petite. Mais gérer une petite entreprise est, par bien des aspects, beaucoup plus difficile qu’en gérer une grande. Dans une grande entreprise, des escouades de professionnels grassement payés vous aident à trafiquer les comptes. Dans une petite société, vous devez faire vous-même votre petite cuisine.
M. Fairbanks, PDG de Capital One, doit sa fortune à deux choses : il dirige une entreprise dans le secteur du brassage de dettes à une époque où la dette n’a jamais été si populaire… et il gère une société dont les propriétaires sont des idiots. En théorie, les profits de Capital One Financials devraient revenir aux capitalistes qui en sont propriétaires. Au lieu de cela, une bonne partie est redirigée vers les gestionnaires, les rusés filous qui ont compris comment détourner l’entreprise pour servir leurs propres intérêts.
La presse nous fournit deux moyens de réfléchir à ce phénomène. D’un côté, le peuple et les mouches du coche sont scandalisés. Avidité, crient-ils. Excès, scandent-ils. Réglementations, exigent-ils. Il faudrait faire quelque chose, disent-ils, pour limiter les salaires des dirigeants. Apparemment, ils pensent que les salaires devraient être déterminés par les politiciens plutôt que par les hommes d’affaires — c’est-à-dire par des bandits plutôt que par des escrocs.
Bien entendu, il y a une autre manière de voir les choses. Le capitalisme est le meilleur système jamais élaboré, déclarent les croyants. Il est merveilleux, parce qu’il permet aux actionnaires de gérer leurs affaires comme ils le souhaitent. Si on accorde une rémunération spectaculaire aux cadres dirigeants pour que ces derniers augmentent "la valeur pour les actionnaires", et bien, c’est juste ce qui fait fonctionner le système de manière si parfaite. En plus, toutes les mères américaines de 2007 espèrent que leur fils sera un jour en mesure de se frayer un chemin jusqu’au sommet d’une grande entreprise, et d’y gagner ce genre de sommes. Arrivé là, il ne se souciera pas du Paradis ; il pensera être capable de graisser assez de pattes pour y entrer quoi qu’il arrive.
Est-ce qu’il y parviendra ? Nous n’en savons rien, bien entendu. Mais ici et maintenant, trouve-t-on des éléments soutenant les idées de Ralph Emerson ? Est-ce que tout, dans le monde, est réellement moral ? Ces gens ne s’en tirent-ils pas à bon compte ?
A nouveau, ça dépend. D’un certain point de vue — celui des gens qui obtiennent de tels salaires — ces énormes sommes méritent d’être fêtées. D’un autre point de vue — celui des gens qui ne les obtiennent pas — ce sont d’épouvantables exemples de gaspillage et d’extravagances. Et dans la mesure où le nombre de gens ne recevant PAS de salaires énormes dépasse de loin le nombre de gens qui en reçoivent, nous pouvons imaginer un certain esprit de rébellion parmi la masse des sans-primes.
D’un autre côté, nous ne sommes pas certain de croire que les primes fassent une telle différence. Après tout, elles finiront par être dépensées — généralement dans des achats aussi inexplicables que la manière dont elles ont été gagnées. Les serveurs de l’Ice Bar, les vendeurs de Rolls-Royce, les propriétaires immobiliers et toute une armée de travailleurs et d’intermédiaires se tiennent prêts à soulager les riches de leur richesse. Ce n’est pas simplement qu’à long terme nous sommes tous morts, déclare Keynes. C’est qu’à court terme, nous devons tous vivre, et rien n’indique qu’une prime "à la Goldman Sachs" soit nécessaire pour le faire correctement.
Mais telle est l’illusion du spectacle public actuel — et qui sommes-nous pour nous mettre en travers de son chemin ?
Meilleures salutations,
Bill Bonner
Pour la Chronique Agora
(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (290 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres L’inéluctable faillite de l’économie américaine et L’Empire des Dettes
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