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La Chronique Agora
Paris, France
Mercredi 17 janvier 2007
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*** La planète pétrole perd la boule
Philippe Béchade se penche sur les désordres de l’or noir
*** Pourquoi le boom actuel ne va pas
Bill Bonner se demande quelle leçon attend les investisseurs actuels…
*** La dupe du coeur
Sagesse, humilité et frais de scolarité…
—————————– (publ.)
Comment ça, vous ne connaissez pas encore notre Banquier Central ?
Une erreur à réparer rapidement… parce qu’il aurait pu vous permettre de cumuler 269,16% de gains en 2006 !
Pour savoir comment, c’est par ici…
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Bonjour,
*** LA PLANETE PETROLE PERD LA BOULE
** Les places européennes ont consolidé en ordre dispersé ce mardi, les unes perdant modestement 0,2% ou 0,3% (comme Francfort et Zurich), les autres 0,4% à 0,5% (comme Londres, Madrid ou Milan). Paris s’est détaché du lot avec une perte de 0,7% qui peut s’expliquer par une légère avance accumulée au cours des trois précédentes séances.
La récente intégration de Vallourec (-2,2%) au sein du CAC 40 a également accru la vulnérabilité de l’indice phare à la consolidation du secteur pétrolier ; le baril a en effet brutalement replongé sous les 52 $ jusque vers 51,2 $, après une tentative avortée de rebond en direction des 53,2 $ en tout début de matinée.
Une nouvelle rechute des cours sur le NYMEX qui semble calquée — de manière très paradoxale — sur celle des thermomètres dans le centre des Etats-Unis. Une vague de froid bien de saison devrait bientôt se répandre sur le nord-est du pays après avoir gelé les récoltes d’oranges et de citrons en Californie… et transformé le centre de Las Vegas en patinoire — sans le concours des techniciens d’Holiday on Ice ou des spécialistes des effets spéciaux capables de transformer n’importe quelle scène de grand hôtel de Vegas en banquise, et les bandits manchots en alignements d’oiseaux antarctiques en partance pour leur migration annuelle !
Nous n’avons pas eu connaissance de la découverte de nouveaux gisements de pétrole ces dernières semaines, ni de retour à de meilleurs sentiments envers les Etats-Unis de la part d’Hugo Chavez ou de son nouveau compère de détestation de George W. Bush, le leader iranien Mahmoud Ahmadinejad. Ce dernier achève une tournée dans les pays d’Amérique du Sud séduits par le projet de "révolution bolivarienne" du président vénézuélien.
Il vient de rendre successivement visite à Daniel Ortega (président du Nicaragua), à Evo Morales, qui a nationalisé les ressources pétrolières de la Bolivie, ou encore à Rafael Correa, un économiste farouchement antilibéral fraîchement investi par le Parlement de Quito, qui rêve d’importer ce modèle dans sa contrée équatorienne.
De l’autre côté de l’Atlantique, la situation devient de plus en plus incontrôlable au Nigeria, où les mesures de protection des ressortissants étrangers ont été sévèrement renforcées. N’oublions pas la Russie, qui n’hésite pas à recourir à la fermeture sauvage du robinet des oléoducs pour contraindre les ex-satellites de l’Union soviétique — et tout récemment la Biélorussie — à accepter des livraisons de pétrole brut non raffiné au prix du marché.
** La Chine, elle, est prête à payer le prix fort, et elle dispose pour cela d’une masse de dollars considérable — 1 000 milliards de dollars de réserves de change : avez-vous remarqué que Pékin ne proteste jamais contre la hausse des cours ? De toute façon, les prix de l’essence et du fioul sont "administrés", et la revente à perte des stocks de l’Etat (n’essayez pas d’en connaître le coût réel pour le pays, car il s’agit d’un des secrets les mieux gardés) constitue un sacrifice bien insignifiant en regard de sa montée en puissance économique et de son influence politique sur l’échiquier mondial.
La Chine — et plus précisément la Commission d’Etat pour le développement et la réforme — vient d’ailleurs d’annoncer ce week-end l’abaissement du prix de l’essence de 28 $ par tonne ; elle coûtait fin 2006 environ 0,4 euros à la pompe, comme aux Etats-Unis). Les mairies de Pékin et Shanghai sponsorisent généreusement les chauffeurs de taxi pour amortir la hausse du prix des carburants depuis 2004.
La consommation de produits raffinés (diesel et sans plomb) a fait un bond de 14% dans l’Empire du Milieu en 2006 (statistiques officielles toujours sujettes à caution). Cela a suffit pour représenter le tiers du surplus de la demande mondiale, et le processus n’est pas prêt de s’inverser en 2007 : le pays se couvre de 1 000 kilomètres d’autoroutes supplémentaires par an. Le cinquième super-périphérique de Pékin, d’une longueur de 100 kilomètres, a été mis en service en 2003, le sixième périphérique — qui sera deux fois plus long — est en cours de construction et devrait être achevé avant l’inauguration des Jeux olympiques.
Avec la construction de ces liaisons périurbaines se multiplient les centres commerciaux, les usines ainsi que des ensembles de logements représentant plusieurs millions de mètres carrés — autant de projets dévoreurs d’énergie. Le rythme est encore plus effréné sur la côte est de la Chine ou dans le centre du pays, avec la mise en service du barrage des Trois Gorges… car l’électricité ne fait pas rouler les bus ni les camions, pas plus qu’un parc automobile en croissance exponentielle.
Les experts, et notamment ceux de Goldman Sachs, nous avaient promis un baril de pétrole à 100 $ ; nous leur pardonnons d’avoir un peu anticipé, si leurs analyses étaient basées sur le seul constat de l’effervescence régnant de Pékin à Bombay ou de Kuala Lumpur à Djakarta. Tout occidental séjournant dans les capitales économiques des pays dits "émergents " ne peut qu’être saisi par l’importance des moyens techniques et énergétiques mis en œuvre, et qui sont souvent comparables — en ampleur et en durée — à un chantier tel que celui du tunnel sous la Manche… la ruine des actionnaires en moins.
Nous pressentons que des études nous promettant un baril de pétrole à 33 $ ne vont pas tarder à refleurir avec l’arrivée des premières gelées (ce serait pour la fin de la semaine sur le Vieux Continent). Les compagnies pétrolières — les raffineurs en particulier — risquent de subir un effet d’inertie pénalisant pour leurs bénéfices. Cependant, à l’image de Total, dont le volume d’extraction a baissé de 6% l’an passé (une année de consommation record), la nécessité de découvrir et mettre en production de nouveaux gisements va s’avérer plus que jamais vitale en 2007.
Nous demeurons donc confiants sur le secteur para pétrolier… et nous regardons avec un certain intérêt tout un contingent de spéculateurs se faire hara-kiri à Londres ou New York, liquidant "à tout prix" des positions que l’ampleur des pertes subies depuis le premier janvier rendent intenables. Nous ne serions pas surpris d’apprendre la faillite retentissante de tel ou tel fonds d’arbitrage s’étant récemment improvisé spécialiste ès marchés dérivés pétroliers dans le cadre d’une gestion de type "global macro" (comprendre "qui tente de faire de l’argent dès qu’un marché à terme présente un degré de liquidité et de volatilité suffisant").
** La principale préoccupation des investisseurs aux cours des dix prochains jour devrait se focaliser sur les trimestriels publiés aux Etats-Unis, car les jeux semblent faits au Japon : pas de hausse du taux directeur de 0,25% à 0,5% cette semaine — et donc pas de débouclage massif des opérations de carry trade, ce qui explique la nouvelle dégringolade du yen sous les 120,5/$ et les 156/euro.
La Banque centrale nippone va donc continuer d’alimenter la planète en argent quasi-gratuit ; cela pourrait expliquer la confiance affichée par Wall Street mardi soir, avec un Dow Jones qui terminait la séance sur une hausse symbolique (+0,15%) alors que le Dow Transport faisait un bond de 2% dans le sillage des compagnies aériennes.
Dans un tel contexte, la chute de 14 points (à 9,1, au plus bas depuis l’automne 2005) de l’indice Empire State de la Fed de New York est jugée quantité négligeable. N’oublions pas malgré tout que les gérants US se sont fait une spécialité, sinon un devoir, de négliger quantité de choses primordiales — comme une croissance reposant quasi-exclusivement sur la dette et la création monétaire ; les chiffres publiés cette semaine aux Etats-Unis (prix à la consommation, mises en chantiers de logements neufs, confiance des ménages) ne devraient donc pas troubler leur sommeil.
De toutes façons, comme nous le rappelions hier, les plus puissants ordinateurs, dotés des meilleurs de calcul du risque, veillent sur leurs positions : d’où pourrait donc provenir la faille du système, puisque tous les cas de figure ont été envisagés ?
Les investisseurs font aujourd’hui bien davantage confiance aux "digues virtuelles" qu’aux digues physiques qui protégeaient la Nouvelle-Orléans en août 2005. C’est bien normal… les premières protègent les riches tandis que les secondes ne protégeaient que les pauvres !
Nous sommes néanmoins convaincu qu’aucun réseau de barrages formés de programmes informatiques, si vaste soit-il, ne saurait protéger efficacement — ou éternellement — des fortunes bâties en dessous du niveau d’un océan mondial de dettes.
Philippe Béchade,
Paris
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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres
*** POURQUOI LE BOOM ACTUEL NE VA PAS
** Les nouvelles des marchés ne montrent pas le moindre indice d’une future crise. Vous ne pouvez la voir qu’en lisant entre les lignes et en réfléchissant… ce qui signifie qu’elle est invisible pour la plupart des gens.
* Le rédacteur Fred Sheehan, de Boston, nous rappelle un discours prononcé par William McChesney Martin en 1968. Mais peut-être devrions-nous d’abord rappeler au lecteur les circonstances de cette allocution. Le dollar était toujours lié à l’or — mais par un fil très fin. Et comme nous le verrions trois années plus tard, si les banques centrales essayaient de tirer dessus, il se brisait. Le déficit fédéral américain ne se montait qu’à un milliard de dollars en 1965. Mais en 1968, les coûts de la guerre du Vietnam — l’Irak de l’administration Johnson — grimpaient. Le déficit de 1967 était prévu à 4,9 milliards de dollars… avant d’être revu à la hausse, à 11,9 milliards de dollars, en août de la même année. En octobre, Fowler, secrétaire au Trésor US, avertit que le déficit de l’année suivant pourrait atteindre les 28 milliards de dollars.
* Alors que les Français comptaient leurs dollars et surveillaient les Etats-Unis, les investisseurs étaient calmes — et même endormis. Ils avaient vu le marché boursier atteindre un sommet historique en 1966. Il avait chuté en 67, mais en 68, il avait atteint un nouveau record. Les investisseurs ne voyaient là rien d’inquiétant. Les actions grimpaient plus ou moins régulièrement depuis 1949. Les reculs et renversements de 67-68 ne firent que leur prouver que rien ne pouvait arrêter le marché.
* Mais Martin voyait ce qui allait arriver. "Nous avons vécu dans un paradis de dupes. Nous sommes confrontés à une crise financière que le public ne comprend pas". Et "aucun des deux partis du Congrès n’est disposé à affronter les problèmes", continuait-il, plein d’émotion.
* "Comment aurions-nous pu faire comprendre plus clairement qu’il était temps de vendre le dollar ?" demande Sheehan. "Cependant, la mascarade a encore duré trois ans avant que le président Nixon ne ferme officiellement la fenêtre de l’or le 15 août 1971. L’or a grimpé à plus de 800 $ l’once avant la fin de la décennie, et les actifs papiers étaient le plus court chemin pour perdre les économies amassées pendant toute une vie".
* Chaque génération a son expérience formatrice. Pour ceux d’entre nous qui avaient les yeux ouverts dans les années 70, c’était celle-là : lorsque les choses financières se gâtent, les investisseurs devraient rester à l’écart des actions, des obligations et des dollars US.
* La question à laquelle nous nous trouvons confrontés aujourd’hui est simplement la suivante : dans quelle mesure cette expérience est-elle toujours pertinente ? La génération des années 30 avait appris à épargner et à se méfier des actions. Cependant, cette épargne a été largement réduite à néant durant l’inflation des années 60 — tandis que les actions grimpaient en flèche. La génération des années 60 a donc appris à dépenser et acheter des actions. Est-ce que nous attendons que cette génération apprenne sa propre leçon ?
** Nous n’en savons rien. Mais nous avons une explication sur ce qui ne va pas avec le boom économique actuel. Ce n’est pas le boom de nos parents — ce n’est pas un boom économique au sens large, avec une hausse des revenus répartie sur l’économie toute entière. La plupart des gens ne gagnent pas vraiment plus d’argent. Le seul moyen de leur permettre de dépenser plus, c’est en retirant des fonds de leur épargne ou en vendant des actifs. Aux Etats-Unis, bien entendu, ils font les deux. Le taux d’épargne frôle le zéro. Et les ménages ont tant retiré de valeur de leurs maisons qu’ils sont arrivés à la fin du plus grand marché haussier de l’immobilier résidentiel en possédant une moins grande partie de leur domicile que lorsque le boom a commencé.
* Pendant ce temps, les gens ayant des actifs financiers réels — des actions et des obligations, pour la plupart — s’en sont très bien tirés. Idem pour les gens vendant toutes ces choses. Comme le souligne Marc Faber, les 173 000 employés des principales sociétés financières de New York ont gagné plus d’argent l’an dernier que toute la population du Vietnam, qui se compose de 84 millions de personnes environ.
* Au sommet de la pyramide financière américaine, c’est la fête. Le prix moyen d’un appartement new-yorkais dépasse le million de dollars. Et ce n’est rien comparé à Londres. Là-bas, les maisons ont vu leur plus grande augmentation depuis 1979. L’année dernière, une vente aux enchères chez Christie’s a rapporté 269 millions de dollars — un nouveau record. Le président de Christie’s affirme n’avoir jamais rien vu de tel.
* La semaine dernière, nous nous sommes arrêtés près de la gare de Waterloo, à Londres, avec Elizabeth, pour prendre une tasse de café et un muffin chacun ; nous avons dépensé un peu plus de 10 livres sterling. Le prix semblait raisonnable ; le petit café était bondé. Nous nous sommes cependant demandé combien de personnes dans le monde peuvent se permettre de vivre ainsi ?
* Mais cela cache toute une histoire… et un gros problème. La plupart des gens ne s’enrichissent pas. La plupart des gens ont du mal à joindre les deux bouts. Parce que le grand boom est une fraude. La marée ne met pas tous les bateaux à l’eau — uniquement les yachts luxueux. Pourquoi ? Parce que c’est un boom du prix des actifs, non un boom économique.
* Faber cite Bank Credit Analyst :
* "Les augmentations des prix des actifs ne font rien pour créer de nouvelles ressources d’investissement, les gains ne pouvant être réalisés qu’en vendant l’actif à une autre personne, qui doit trouver l’argent quelque part. Il y a une exception, lorsque les investisseurs ‘internes’ vendent leurs actifs à des étrangers (comme le font les Etats-Unis)".
* Les ménages américains vendent leurs maisons (par le biais du refinancement hypothécaire et de "l’extraction de valeur") aux prêteurs ; ces derniers reconditionnent les prêts et les vendent aux investisseurs du monde entier. A mesure que les cours grimpent, les 1% de la population travaillant dans l’industrie financière ou possédant des actifs financiers significatifs s’enrichissent. On ne crée pas de nouvelle richesse ; on ne fait que la redistribuer.
* Jamais si peu de gens n’ont eu une si grande influence — et n’ont autant gagné grâce à elle.
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*** La Chronique Agora présente ***
"L’esprit est toujours la dupe du coeur", disait La Rochefoucauld… et Bill Bonner est bien d’accord. Ci-dessous, la suite de son essai sur les petits mensonges, les grandes illusions et les spectacles publics…
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LA DUPE DU COEUR — 2ème PARTIE
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Par Bill Bonner (*)
Vous vous rappelez "le Grand Krach de 2004" ? Ca, c’était une de nos propres erreurs. Même à l’époque, nous avions reconnu que ce n’était qu’une supposition. Mais elle paraissait raisonnable. Il nous semblait clair qu’on ne pouvait réellement s’enrichir en empruntant et en dépensant. Un jour ou l’autre, les emprunts et les dépenses devaient cesser. Et lorsque ce jour arriverait, beaucoup de gens dépendant de l’emprunt et des dépenses auraient de gros problèmes.
Mais ce jour n’est pas arrivé en 2004… ni en 2005… et encore moins en 2006.
Arrivera-t-il en 2007 ? Nous n’en savons rien. Nous sommes devenu sceptique. Nous nous posons des questions, désormais. Nous sommes trop modeste pour le savoir. Il n’est pas donné à l’homme de connaître son destin. Du moins ça ne nous est pas donné à nous.
Nous avons découvert notre modestie durant le grand marché baissier de l’or, entre 1980 et 1999. Rien de tel qu’un marché baissier de 20 ans pour votre matière première préférée pour affûter votre sens de l’humilité. Année après année, notre stock d’or a vu son prix baisser — alors qu’il dépassait les 800 $ — tandis que le dollar perdait lui aussi plus de la moitié de sa valeur ! Dans l’ensemble, la perte se montait à 85%-90%.
Mais la vie est pleine d’échanges… on prend et on donne… il y a des yins et des yangs. Alors que notre or baissait, notre humilité grimpait. Dollar après dollar, année après année, nous devenions plus pauvre, mais plus sage. C’est une forme de frais de scolarité… comme ceux que vous payez pour les études de vos enfants. Vous payez chaque année pour rendre vos enfants plus intelligents. Et chaque année, vous devenez plus intelligent — vous réalisez que vos enfants sont surtout allés à des fêtes, et que votre argent a été en grande partie jeté par les fenêtres.
La connaissance coûte cher. On paie… on souffre… on transpire et on trime… mais on devient sage.
Franchement, nous aurions préféré avoir de l’argent. Mais dans la mesure où nos poches étaient pleines à ras bord d’humilité à la fin de cette période, nous devions nous y faire — et nous en accommoder tant bien que mal. On doit tirer le meilleur parti de ce qu’on a. Un homme bien né pense que c’est la classe qui compte, tandis qu’un homme riche mesure sa valeur en dollars ou en euros. Un homme qui vient de vivre 20 années de marché baissier considère la modestie comme un actif essentiel ; c’est tout ce qui lui reste. Il en vient à considérer que c’est l’investisseur le plus fier qui subira les plus grandes pertes… et à croire que les faibles hériteront vraiment de la Terre ; ils doivent juste attendre que tous ces crétins arrogants aillent fumer les mauves par la racine.
C’est ce qu’il y a vraiment derrière toutes les prévisions catastrophistes que l’on trouve dans la presse financière.
Nous n’avons pas souvent la possibilité de parler à des gens normaux. Nous sommes trop morose.
"On ne devrait pas te laisser faire des discours, Papa", a déclaré notre fils Henry. "Tu es trop déprimant. Et n’imagine même pas poser ta candidature à l’un de ces services genre SOS Suicide. Les gens appelleraient et tu les déprimerais encore plus. Ils finiraient probablement par se tuer… même les gens qui ont fait un faux numéro. Ils décrocheraient leur téléphone pour commander une pizza… et ils finiraient par se tirer une balle dans la tête".
La raison pour laquelle Henry pense que nous sommes si déprimant, c’est l’échange dont nous parlions plus haut. Pour chaque verre à moitié plein, il y a un verre à moitié vide, lui rappelons-nous. Si tu ne fais pas tes devoirs maintenant, tu devras les faire plus tard, lui disons-nous. On n’a rien sans rien. Ce genre de "un prêté pour un rendu" remonte aux racines les plus profondes et les plus sombres de notre situation ici sur Terre. Lorsqu’on naît, on est plein de vie. Tout est devant vous — des années d’énergie et d’excitation.
Puis les choses se gâtent, comme nous le verrons dès demain…
Meilleures salutations,
Bill Bonner
Pour la Chronique Agora
(*) Bill Bonner est le fondateur et président d’Agora Publishing, maison-mère des Publications Agora aux Etats-Unis. Auteur de la lettre e-mail quotidienne The Daily Reckoning (290 000 lecteurs), il intervient dans La Chronique Agora, directement inspirée du Daily Reckoning. Il est également l’auteur des livres L’inéluctable faillite de l’économie américaine et L’Empire des Dettes
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(c) Les Publications Agora France, 2002-2007
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