La lente agonie du Royaume-Uni

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Par Ingrid Labuzan (*)

Reykjavik-sur-Tamise : voilà le nouveau surnom de Londres. Terminées les heures flamboyantes de la City, le modèle économique du Royaume-Uni fondé sur la finance est mort. "Aujourd’hui, on évoque un retour aux années 30 et une faillite du Royaume-Uni", note The Observer.

Les mesures du gouvernement, renflouage des banques ou baisse de la TVA n’ont pas eu l’effet escompté. Les banques ne prêtent pas davantage, les consommateurs n’achètent pas plus qu’avant. Conséquence : les faillites se multiplient, tandis que le chômage explose. 1 490 personnes supplémentaires se retrouvent sans emploi chaque jour, selon Credit Action.

A ces problèmes économiques, dont une partie découle de la trop grande spécialisation du Royaume-Uni dans le secteur de la finance, s’ajoute une autre particularité : l’énorme endettement individuel des Britanniques. Chaque adulte supporte une dette égale, en moyenne, à 30 420 livres sterling. Une personne est déclarée en faillite ou insolvable presque toutes les cinq minutes, toujours selon l’institut de recherche Credit Action. L’endettement et la faillite de son modèle économique font du Royaume-Uni l’un des pays les plus exposés à la crise.

Une réalité qui n’a pas échappé au Fonds monétaire international (FMI), qui affirme que la récession qui touchera le royaume de Sa Majesté sera plus profonde que celle qui affectera les autres pays développés et la pire depuis la Seconde Guerre mondiale. Oublié l’espoir d’une amélioration pour le deuxième trimestre 2009. Le PIB devrait chuter de 2,8%, peut-être même de 4 à 6% cette année, selon la Banque d’Angleterre.

Une éclaircie se profilera-t-elle en 2010 ? Ce n’est même pas certain : selon le FMI, la croissance ne devrait être que de 0,2%.

Immobilier, Bourse et monnaie, même plongeon
A cela, certains opposeront l’accalmie observée dans le secteur de l’immobilier. Les prix ont bondi de 1,9% en janvier, après avoir perdu 17,2% en un an. "Les taux d’intérêt moins élevés rendent l’immobilier plus abordable, avec des remboursements de crédit qui sont passés de 31% des revenus bruts des ménages au premier semestre 2008 à environ 21% en janvier", estime l’économiste Martin Ellis, spécialiste en immobilier.

Il tempère cependant cette bonne nouvelle : "il y a quelques signes précoces de stabilisation du marché, mais à un bas niveau. Cependant, les pressions continuent sur les revenus : la hausse du chômage et l’impact négatif de la dislocation des marchés financiers sur la disponibilité des crédits immobiliers devraient faire de 2009 une année difficile pour ce marché". Les activités liées à l’immobilier ne devraient donc pas connaître de répit en 2009.

La première faillite d’un constructeur coté vient d’ailleurs d’être enregistrée. Le cours de l’action Oakdene a été suspendu le 22 janvier. Du côté de la Bourse, le FTSE a été chahuté en 2008. Fin décembre, il était à environ 4 434 points, soit 2 023 points de moins qu’en décembre 2007, ce qui représente une chute de plus de 31%. Parmi les géants de la cote à la peine se trouve BP, dont les bénéfices se sont effondrés de 24% au dernier trimestre 2008, à la suite de la chute des cours du pétrole.

BHP Billiton a également affiché des résultats inférieurs aux attentes des analystes, tandis que British Airways plonge depuis désormais plus de neuf mois. Ce n’est pas grâce à la livre que certains compenseront leurs pertes. Au quatrième trimestre 2008, le cours de la devise britannique a atteint un point bas sans précédent face au dollar et à l’euro. L’institut de recherche Knight Frank considère que la parité livre/euro serait possible en 2009. Tandis que The Observer enfonce le clou : "l’un des plus célèbres spéculateurs du monde a conseillé aux investisseurs de laisser tomber la livre sterling. ‘Vendez tous vos actifs en livres. C’est fini’, a déclaré Jim Rogers".

Meilleures salutations,

Ingrid Labuzan
Pour la Chronique Agora

(*) Journaliste, Ingrid Labuzan est titulaire d’une maîtrise d’histoire, d’un master d’European Studies du King’s College London et d’un mastère médias de l’ECSP-EAP. Spécialisée sur le traitement de l’information et des médias étrangers, elle a vécu et travaillé pendant six mois à Shanghai. Elle a contribué à de nombreuses publications, dont le Nouvel Observateur Hors-série. Elle rédige désormais chaque jour la Quotidienne de MoneyWeek, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

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