La conscience tranquille

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La Chronique Agora
Paris, France
Jeudi 14 septembre 2006
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*** Immobilier américain : un portrait saisissant !
Philippe Béchade s’empare des dernières statistiques du logement…

*** La conscience tranquille
Bill Bonner est tombé sur un rapport de la CIA…

*** Une histoire d’orignal (3)
Suite et fin des commentaires du Mogambo Guru sur la dernière réunion de la Fed, à Jackson Hole…

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Bonjour,

*** IMMOBILIER AMERICAIN : UN PORTRAIT SAISISSANT !

** Les opérateurs manquent visiblement d’entraînement… ou peut-être sont-ils passagèrement à court de forme en cette mi-septembre. Toujours est-il qu’ils ne semblent pas s’être remis du violent effort consenti mardi après-midi pour propulser les indices boursiers 1,35% plus haut en Europe (et à +2% s’agissant du Nasdaq).

Le CAC 40, emporté par son élan, est parvenu à tutoyer les 5 150 points mercredi matin, mais il s’est affalé sitôt franchie la ligne, sans parvenir à trouver un second souffle durant près de six heures d’horloge — c’est-à-dire durant les trois quarts de la séance.

Il se contentera d’osciller entre 5 115 et 5 135 points, avant de relever la tête au cours des derniers échanges. Grâce au rebond plus qu’opportun du titre Total, qui n’était pas ressorti du rouge de toute la séance, l’indice hexagonal termine sur une hausse symbolique de 0,23%, performance comparable à celle de l’Euro-Stoxx 50 ou du Dow Jones après deux heures de cotations.

Disparition de la volatilité, chute de 20% des volumes, une poignée de titres vedettes affichant une variation supérieure ou égale à 1% en valeur absolue… Tout cela ressemblait fort au climat qui régnait mardi, jusqu’à ce que le CAC 40 ne s’emballe sans crier gare entre 15h et 17h30, se saisissant du prétexte de la baisse du pétrole sous les 64 $ le baril (niveau plus revu depuis la mi-février 2006).

L’or noir, qui n’a pas voulu glisser sous les 63,5 $ (plancher du 12/09 sur le NYMEX) ce mercredi, a visiblement paralysé les initiatives. Nous soupçonnons cependant les gérants de limiter leurs prises de risque à 24 heures de la publication aux Etats-Unis des chiffres concernant les ventes de détail, puis, 24 heures plus tard, de ceux — très attendus — concernant les prix à la consommation, ainsi que la production industrielle et la confiance des consommateurs. Une confiance émoussée au mois d’août par quelques signaux de ralentissement de l’activité industrielle (rien de nouveau), la cherté du carburant à la pompe et l’assagissement des prix de l’immobilier.

** En effet, cher lecteur, en zappant sur les chaînes anglo-saxonnes (CNN, Fox TV, CNBC News), nous n’avons pas entendu un seul expert évoquer avec effroi le coup de frein sans équivalent depuis 15 ans enregistré à la fois sur le nombre des transactions et sur les rabais consentis par les vendeurs pris à la gorge dans une majorité d’états de l’Union.

Et que dire du gonflement des stocks ? Trois millions de logements en attente d’acquéreur, soit un million de plus que l’an passé à pareille époque… et un montant record de huit mois de stocks au rythme actuel des signatures. Le délai moyen de cession dépasse désormais deux mois dans la région des Grands Lacs, contre deux semaines un an auparavant !

Mais aux yeux des professionnels (agents immobiliers, établissements de crédit, économistes libéraux), il ne s’agit pour l’heure que d’un "ajustement", d’un rééquilibrage salutaire — et pourquoi pas d’une opportunité pour les acheteurs potentiels (peu nombreux) qui hésitaient à se jeter sur la pierre en pleine furia spéculative.

Pas question de s’appesantir sur la brutalité du coup de frein sur les prix immobiliers !

Et puis chut ! Pas un mot sur l’explosion du nombre de saisies immobilières pour cause de défaut de paiement : une écrasante majorité des procédures frappent les emprunteurs imprudents qui s’étaient laissés séduire par des formules de prêts à taux variables ou à modalité de remboursement différée, et autres facilités de paiement des plus exotiques.

Des "facilités" aux conséquences redoutables lorsque vient le moment de faire le premier chèque à la banque… surtout lorsque deux ou trois crédits revolving sont venus s’ajouter dans l’intervalle pour doter le home sweet home des derniers gadgets électroniques.

Vous nous excuserez de saisir cette occasion d’appuyer avec un plaisir sadique là où ça fait mal… mais pour une fois, nous ne nous laisserons pas dissuader par l’apparente facilité de l’exercice !

Nous devons parfois nous creuser les méninges, enquêter, comparer, recouper les informations, échafauder des scénarios… Mais aujourd’hui, nous allons nous épargner bien des efforts en vous assénant une série de statistiques qu’il n’est nul besoin de dramatiser, tant la réalité qu’elles révèlent se passe d’interprétation alambiquées et de commentaires superflus.

** Nous ouvrons juste une parenthèse pour devancer certaines objections parmi les plus courantes ces temps-ci : la Fed s’est alarmée ces derniers jours du "dérapage des salaires". Cela ferait supposer que ces derniers sont sur la pente ascendante — et dans ce cas, pourquoi les emprunteurs éprouveraient-ils plus de mal à rembourser ?

Il convient effectivement de ne pas se limiter à une analyse au premier degré : ce dont il est question est assez différent de l’impression "a priori". Le phénomène marquant de ce début d’année 2006, c’est l’alourdissement du coût unitaire du travail — c’est-à-dire de la quantité de salaire et de charges afférentes (notion très importante, voire décisive) nécessaire pour produire un bien ou un service.

Il n’est nulle part question de la hausse de la rémunération — imaginez-vous que les revenus horaires de 80% des Américains se remettraient à augmenter alors qu’ils sont en baisse constante depuis 15 ans ? — mais bien de quantité de salaire versé par les entreprises, ce qui est bien différent pour celui qui épluche sa fiche de paie en forme de peau de chagrin.

Pour résumer la situation, les entreprises américaines se trouvent confrontées à une baisse de la productivité. La délocalisation du travail peu qualifié est arrivée au bout de ses effets déflationnistes et ne suffit plus à compenser la hausse des coûts de production, flambée du pétrole oblige. Le dernier recours consiste à faire travailler les salariés plus longtemps — et le moins cher possible — ou allonger la plage d’activité pour les sociétés de services.

Globalement, le rythme des créations d’emplois reste modéré cette année. Il est cependant suffisant pour permettre à certains économistes d’affirmer que c’est assez pour écarter le danger que ferait planer une montée du chômage sur le secteur immobilier. Mais le principal problème, c’est incontestablement la hausse du coût du crédit : en deux ans, un taux variable qui entraînait un prélèvement de 950 $ par mois oblige maintenant son souscripteur à débourser 1 200 $.

Beaucoup de budgets trop serrés n’y résistent pas… et les nouveaux embauchés n’ont en aucun cas les moyens d’acheter un bien immobilier aux tarifs actuels !

Nous ajouterons perfidement qu’un tiers des emplois créés dans certaines régions (Californie, Nevada, Floride) depuis 2001/2002 le furent pour cause de boom de l’immobilier.

** Revenons-en maintenant au chiffre des saisies immobilières dévoilé ce mercredi par l’association Realty Trac : +117 000 au mois d’août, soit 25% de plus qu’en juillet… et 53% de plus qu’en août 2005 !

Plus de 16 500 saisies concernent le seul état de Floride : 50% de plus qu’en juillet, et +60% par rapport à 2005 — l’immobilier de loisir se paye un mini-krach. Plus de 12 500 ont été recensées en Californie, soit +160% par rapport à l’été 2005. Ce taux explose à +255% dans le Nevada, véritable miroir aux alouettes qui a attiré des spéculateurs conquis par le doublement des prix enregistré en quatre ans dans la capitale mondiale du jeu, Las Vegas.

La conclusion sera brève et sans appel : game over !

Philippe Béchade,
Paris

PS : Il y a eu pas mal de mouvement dans le portefeuille ces jours-ci — retrouvez Philippe Béchade au 0899 707 009* pour faire le point sur nos dernières prises de positions !
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

—————————– (publ.)

Des gains de 96,24%, 28,70%, 42,19%, 40,19%… pour une performance moyenne de 47,88% !

Et tout ça grâce à un principe d’investissement si simplissime…que vous l’avez probablement oublié !

Pour tout savoir, continuez votre lecture…

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, à Londres

*** LA CONSCIENCE TRANQUILLE

** "Que peut-on ajouter au bonheur d’un homme qui est en bonne santé, libre de dettes, et a la conscience claire ?" a demandé Adam Smith.

* Dans les bureaux de la Chronique Agora, nous subissons, à l’occasion, de brutales attaques de bonheur libre de dettes. Nous comptons sur notre morosité naturelle pour nous en sortir.

* Mais… qu’en est-il des gens ayant plus de dettes que quiconque… avec une santé fragilisée par la suralimentation… et dont la conscience est encombrée par une guerre sanglante faite à des gens qu’ils ne connaissent pas, dans un but que personne ne comprend ? Peuvent-ils s’attendre à être heureux ?

* En ce qui concerne leur conscience et leur santé, nous n’avons pas d’opinion. En ce qui concerne leurs dettes, par contre, nous en avons de nombreuses.

** Nous avons entre les mains un rapport de la CIA, classant les pays dans l’ordre de leur balance courante. La balance courante, rappelons-nous au lecteur, est un peu le relevé de compte d’une entreprise ou d’un individu. Les revenus doivent dépasser les dépenses, sans quoi c’est la chute. La différence entre ce qui entre et ce qui sort, si elle est positive, s’accumule comme un profit. Si elle est négative, elle s’accumule — mais pas nécessairement — sous forme de dette.

* Que voyons-nous ? Le pays en meilleure position est le Japon — avec une balance courante de plus 165 milliards de dollars. La Chine vient au second rang, avec quasiment autant. Et là, nous faisons une petite pause pour permettre au lecteur de reprendre sa respiration…

* La Chine — un pays géré par des communistes — a la deuxième meilleure balance courante au monde. Imaginez un peu. En d’autres termes, le marxisme… du moins tel qu’il est pratiqué dans l’Empire du Milieu… pourraient en remontrer au succès capitaliste.

* Mais passons…

* L’Allemagne est le troisième pays le plus "profitable" de la planète — avec un compte courant positif de 115 milliards de dollars. La liste se poursuit ensuite avec divers producteurs pétroliers, horlogers et autres curiosités nationales… comme l’Algérie, qui peut se vanter — incroyable mais vrai — d’un surplus de 18 milliards de dollars ! Même la minuscule Hong Kong a terminé l’an dernier avec 20 milliards de dollars dans le vert.

* Le pauvre Burkina Faso — qui est peut-être le trou le plus perdu sur la surface de toute la planète — souffre d’un déficit de 438 millions de dollars, et réussit malgré tout à garder la tête haute en public.

* "Attendez une minute", nous a dit un ami lors d’un récent dîner, "ce n’est pas si mal, le Burkina Faso. Avec mon épouse, on adore y aller pour randonner dans le désert. Il n’y a rien, là-bas… pas de restaurants… pas d’hôtels potables… pas de cinémas…vraiment pas grand’chose. Mais dans la nature… dans le désert, on trouve une qualité qui touche au sublime. J’aimerais pouvoir le décrire… mais il faut le vivre en personne."

* Ceci dit, le Burkina Faso est loin d’être le pire, sur la liste de la CIA. Le reste de l’Afrique lui emboîte le pas… puis les républiques bananières de l’Amérique Latine… et finalement, devinez qui se tient tout au bout de la file ? Devinez qui a le pire déficit courant du monde entier ? Devinez quels pays dépensent plus qu’ils ne gagnent — de manière régulière et spectaculaire ?

* A la toute fin, on trouve les nations de l’empire anglophone, anglo-saxon et basé sur la dette ! La Nouvelle-Zélande a un déficit de près de six milliards de dollars. Puis viennent l’Afrique du Sud… l’Inde… et l’Australie — tous ont des déficits. Parmi les anciennes grandes colonies de l’empire britannique, seul le Canada semble être doué de bon sens. Il a un surplus. Tous les autres sont débiteurs.

* Le Royaume-Uni lui-même est troisième à partir de la fin, avec une balance courante négative de 57 milliards de dollars — alors qu’il s’agit de la quatrième plus grande économie au monde !

* Sans raison que nous puissions trouver, l’avant-dernier sur la liste est l’Espagne. Puis arrive le pire de tous… les Etats-Unis d’Amérique, avec une balance courante de moins 829 milliards de dollars.

* Additionnez tous les déficits du monde entier, et vous obtenez un chiffre qui représente à peine la moitié du total américain. L’économie US représente un quart de l’économie mondiale. Le fait qu’elle possède plus de la moitié des déficits courants planétaires est un succès spectaculaire — rendu possible seulement par sa grande richesse et son statut élevé.

* Rien n’échoue comme le succès. Et personne n’emprunte — à part les Espagnols — comme une personne de langue maternelle anglaise ayant la conscience tranquille…

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Cinq conseils pour votre portefeuille…
… et l’investissement que vous devriez faire sans plus attendre !

Pour découvrir les principales tendances qui nous attendent dans les mois qui viennent — comment y réagir, cliquez ici…

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*** La Chronique Agora présente ***

Dernière partie des commentaires — percutants — du Mogambo Guru sur la dernière réunion de la Fed, à Jackson Hole…

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UNE HISTOIRE D’ORIGNAL — 3ème PARTIE
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Par le Mogambo Guru (*)

Nous l’avons vu hier, Bernanke a dit : "le défi, pour les décideurs politiques, est de s’assurer que les bénéfices de l’intégration économique mondiale sont partagés suffisamment largement".

En utilisant l’expression "s’assurer que les bénéfices de l’intégration économique mondiale sont partagés suffisamment largement", Bernanke voulait évidemment dire que "le gouvernement doit s’emparer de l’argent et du pouvoir des gens, et le donner à moi et mes amis".

Et qui sont ces "amis" ? Bernanke nous donne rapidement la réponse en affirmant : "il faut par exemple aider les travailleurs déplacés à obtenir la formation nécessaire pour profiter de nouvelles opportunités". Hahahaha ! Le pauvre homme a-t-il personnellement connaissance de véritables succès dans la "formation de travailleurs déplacés" (qui ne le sont que parce qu’ils coûtent trop cher de l’heure) afin de profiter de "nouvelles opportunités" ? Moi, en tout cas, je n’en connais aucun ! Hahahaha !

La raison à cela est qu’il n’y a pas de "nouvelles opportunités" permettant au travailleur américain surpayé de gagner plus d’argent qu’un ouvrier étranger à bas coût, mon pote ! S’il y en avait, les étrangers seraient déjà sur le coup ! Hahahaha !

Donc croyez-moi quand je dis que s’il y avait vraiment de "nouvelles opportunités" auxquelles les étrangers puissent faire concurrence, les salaires grimperaient dans ce secteur, l’argent irait là-bas aussi, et il y aurait beaucoup de gens louches dans le coin, essayant furtivement de s’accaparer un morceau du gâteau, de manière légale ou non.

Meilleures salutations,

Le Mogambo Guru
Pour la Chronique Agora

— Comme le dit le Mogambo : la Grande Leçon Mogambo (GLM) que l’on retient de l’Histoire, c’est que lorsqu’on atteint les dernières phases d’un cycle boom/krach, les gens se précipitent toujours, de plus en plus nombreux et de plus en plus rapidement, pour acheter de l’or et de l’argent — et le prix de ces métaux augmente tandis que les gens fuient, de plus en plus nombreux et de plus en plus rapidement, loin d’une devise en pleine inflation.

C’est ainsi que les choses se passent chaque fois qu’un gouvernement crétin ou désespéré a commis les Mêmes Péchés Economiques (MPE) que ceux que nous commettons aujourd’hui. C’est pure idiotie que de penser qu’aujourd’hui, sans aucune raison particulière, les choses finiront différemment.

On peut voir que je vais entrer dans une des mes "crises", mais avant que je puisse me lancer dans une autre de mes tirades fatigantes-et-bruyantes sur la stupidité des gens et la perfidie de la Fed, qui créée tout cet excès de monnaie et de crédit, Sol Palha, du Tactical Investor, nous fournit la morale de l’histoire : "vivez et pensez comme un idiot, et vous investirez et obtiendrez les récompenses d’un crétin".

Etant moi-même un crétin, je peux vous assurer avec certitude que les "récompenses" auxquelles pense M. Palha nous arriveront au royaume des cieux, parce que personnellement, je n’en ai jamais vu une seule.

Non, mieux vaut "vivre et penser comme quelqu’un qui peut retenir les leçons de l’histoire, et vous investirez et obtiendrez les récompenses des gens intelligents" — ce qui, dans le cas présent, revient à acheter de l’or et de l’argent. En grandes quantités !

(*) Richard Daughty est associé gérant et directeur d’exploitation pour Smith Consultant Group, qui sert les secteurs financier et médical. Il est également l’auteur de la lettre d’information économique Mogambo Guru, un exercice visant à accumuler les sarcasmes sur ceux qui le méritent largement. Le Mogambo Guru est souvent cité dans le journal Barron’s ou dans le Daily Reckoning, l’équivalent américain de la Chronique Agora.

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Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice.
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