La bataille fait rage

Rédigé le 24 janvier 2008 par | Article Imprimer

** La grande nouvelle, c’est que les forces de la déflation — menée par M. le Marché — sont en mouvement. Elles ont effacé 5 000 milliards de dollars de valeur des marchés boursiers du monde entier ces trois dernières semaines.

* C’est "la plus grosse crise financière depuis la Seconde guerre mondiale", déclare George Soros.

* "Wall Street a de très gros ennuis", affirme TheStreet.com.

* Les problèmes arrivent désormais par vagues — comme les assauts de l’armée soviétique. Il y a les prêts à taux réajustables… puis les produits dérivés du crédit… puis les swaps… puis les cartes de crédit… puis les prêts hypothécaires… puis les dettes des entreprises… Un problème après l’autre — une perte après l’autre.

* Chaque assaut fait des ravages parmi les lignes de défense. Fannie et Freddie — deux des plus gros prêteurs hypothécaires des Etats-Unis — pourraient enregistrer des pertes de 16 milliards de dollars, selon le Crédit Suisse. Wachovia a vu ses bénéfices "se vaporiser", dit TheStreet.com. Les bénéfices nets de Bank of America ont été réduits de 95%.

* Les défauts de paiement de prêts immobiliers en Californie sont 114% plus élevés qu’à la même époque l’an dernier. Ils sont à un sommet de 15 ans.

* Et depuis les lignes de front, on apprend que les zones encore sûres pour l’immobilier sont en train de rendre les armes. Les chiffres américains montrent des déclins de 10% environ jusqu’à présent. Mais dans certaines régions, les dommages seraient catastrophiques. Les maisons sont vendues aux enchères… et personne n’enchérit. Les banques en récupèrent des milliers. Et lorsqu’une maison se vend… c’est pour la moitié du prix nécessaire à sa construction.

* Contre de telles attaques, les autorités semblent écrasées à la fois par la puissance de feu… et par les tactiques de l’ennemi. Les mesures fiscales de George W. Bush se montent à 145 milliards de dollars seulement. Les valeurs US ont perdu plus du double durant les premières secondes de cotation hier. Et tout ce plan consistant à offrir plus d’argent et de crédit n’est pas une bonne stratégie. A l’époque de Keynes, ces stimulants visaient à défaire un ennemi différent… il s’agissait d’un cas où la demande des consommateurs était basse… et où les consommateurs épargnaient trop. Keynes s’inquiétait de ce que les gens avaient "une propension à épargner" qu’il fallait corriger en réduisant les rendements des épargnants. Mais le taux réel sur l’épargne est désormais inférieur à zéro aux USA. Et le taux d’épargne lui-même en est à -0,5% du revenu disponible.

* Non, cher lecteur, le problème ne vient pas du fait que les consommateurs ne dépensent pas assez ; le problème, c’est qu’ils dépensent trop de ce qu’ils n’ont pas. Ce n’est pas non plus qu’ils épargnent trop, mais bien qu’ils n’épargnent pas assez. Et si les autorités réussiront peut-être à ralentir la campagne déflationniste de M. le Marché avec encore plus de cash et de crédit… elles ne réussiront pas à l’arrêter.

* Et pendant ce temps… la bataille fait rage…

** Mais quels seront les effets de la tentative de la Fed d’arrêter la récession et de renverser le marché baissier ?

* Nous pensons que le marché baissier va se poursuivre sur Wall Street, quoi qu’il arrive ou presque. La récession, par contre, c’est une autre question. A coup sûr, les consommateurs seront motivés pour dépenser plus. Et à coup sûr, si les dépenses de consommation sont assez conséquentes, elles pourraient mettre fin à la récession. Actuellement, le Congrès US réfléchit aux alternatives. Au sommet de leur liste — au moins parmi les démocrates — on trouve la curieuse idée consistant à donner des "réductions d’impôts" à des gens qui n’en payaient pas. Le pays a déjà assez de jeux, disent les grands penseurs du capitole impérial ; maintenant, il faut du pain. Les gens ayant le plus de chances de consommer du pain sont ceux qui en ont le moins. Seule la moitié des citoyens américains paie des impôts, de toute façon… il n’est donc pas difficile de trouver des non-contribuables. Et il n’est pas plus difficile de les encourager à  consommer. La plupart d’entre eux ont du mal à joindre les deux bouts — il suffit de rallonger un peu la ficelle. Et si on la rallonge assez, la récession ne serait-elle pas évitée ?

* C’est en tout cas ce que pensent la plupart des gens.

* Mais d’où provient la manne ? Ah, c’est bien ça le problème, n’est-ce pas ? Oui, une récession pourrait être évitée, en théorie. Mais ce serait comme éviter une bicyclette… pour se jeter sous un bus.

* Martin Hutchinson nous en dit plus :

* "Le budget fédéral [américain] est passé d’un surplus de 236 milliards de dollars en 2000 à un déficit de 412 milliards de dollars en 2004 — un mouvement de 648 milliards de dollars, durant ce qu’on ne peut qu’appeler une bébé-récession. Cette fois-ci, dans une récession qui sera sans doute largement plus sévère, le déficit commence à 163 milliards dans le rouge en 2007 — si bien qu’il dépassera probablement les 800 milliards, voire atteindra 1 000 milliards de dollars. Si l’inflation galopante n’a pas causé une nette augmentation des taux d’intérêt, nous pouvons compter sur le déficit budgétaire pour s’en charger".

* "Ainsi, la Fed et l’Administration [Bush] travaillent effectivement ensemble à la politique économique. Malheureusement, ils travaillent à une politique économique qui produira de l’inflation à deux chiffres et des déficits fédéraux de plusieurs centaines de milliers de dollars à perte de vue. Ils ne s’en inquiètent pas, cependant. Bush quitte son poste en janvier prochain, et il aura maximisé la petite probabilité de voir élire un successeur républicain. Quant à la Fed, il ne fait aucun doute qu’elle réussira, comme cela a si souvent été le cas par le passé, à accuser les autres de ses politiques erronées".

Mots clé : - - - - - -

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Laissez un commentaire