Krach sur le marché des droits à polluer

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LA CHRONIQUE AGORA
Paris, France
Vendredi 28 avril 2006
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*** Krach sur le marché des droits à polluer
Eh oui, le CO2 aussi a droit à son marché…

*** A la belle étoile
Bill Bonner reprend contact…

*** Indulgent… ou étourdi ?
Vladimir Poutine pour partenaire ? Très peu pour Chris Mayer…

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Il y a quelques mois de cela, la donne financière a radicalement changé… et les conséquences commencent seulement à se faire sentir.

Cinq en particulier représentent un danger immédiat pour votre portefeuille… tandis qu’une autre pourrait vous rapporter des profits à trois, voire quatre chiffres.

Pour en savoir plus…

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Bonjour,

*** KRACH SUR LE MARCHE DES DROITS A POLLUER

** Les indices boursiers ont été secoués en tous sens ce jeudi… des sueurs froides ont couru sur l’échine des investisseurs lorsqu’ils ont appris jeudi midi que la Banque centrale chinoise relevait de 27 points de base son principal taux directeur, celui qui conditionne le coût du crédit aux entreprises et aux particuliers. Heureusement, Ben Bernanke a restauré moins de trois heures plus tard un climat de confiance béate dans la tendance haussière des valeurs mobilières.  

Le patron de la Fed confirme que le cycle de resserrement des taux d’intérêt est pratiquement achevé : la pause tant espérée par les marchés est imminente. L’évolution de la future politique monétaire va dépendre plus étroitement de celle des prochains indicateurs économiques.  

Elle fait le pari que la croissance tonitruante du premier trimestre (+5% selon un large consensus d’économistes des principales banques américaines) va se rapprocher de la moyenne historique des 3% d’ici fin 2006… Le temps — et la neutralité des taux — devraient accomplir leur oeuvre.  

La Fed pourrait d’ailleurs profiter de la "période d’observation" qui se profile pour tenter de cerner des objectifs quantitatifs d’inflation (une approche chère à Ben Bernanke) qui rendraient sa politique monétaire plus lisible.  

L’allongement des conseils des gouverneurs — le FOMC se déroule désormais sur 48 heures et non sur une demi-journée — a pour but de laisser chaque membre s’exprimer de façon exhaustive, puis de s’accorder le temps de la discussion sur les meilleures options à retenir.  

** Les problèmes théoriques et pratiques qu’affronte la Fed depuis l’investiture de l’administration Bush sont bien connus de nos lecteurs… mais nous ne résistons pas au plaisir de vous informer que certains collaborateurs de la chaîne économique CNBC ont trouvé une façon bien sympathique de banaliser ce qui devrait faire trembler chaque détenteur de dollars et chaque emprunteur aux Etats-Unis.  

CNBC propose aux aficionados du spectacle de la déconfiture des fondamentaux économiques de l’Amérique un petit sondage qui se veut ludique et délassant. Il leur est demandé de classer par ordre de nuisance les quatre principaux dangers qui menacent le pays… avec la même insouciance que s’ils étaient amenés à nominer un quarteron de candidats à éjecter d’urgence de la StarAcademy avant qu’il ne leur soit offert l’opportunité de nous casser les oreilles de façon quasi-professionnelle.  

Nous vous les livrons de façon totalement aléatoire et non hiérarchisée : inflation (comprendre flambée des carburants), déficits fédéraux, bulle immobilière (Ben Bernanke y a fait allusion ce jeudi en évoquant un probable ralentissement), déficit commercial abyssal.  

Le principal péril — qui découle directement de ce qui précède — n’a pas été retenu par la rédaction de CNBC : la chute incontrôlable du dollar sur les marchés des changes.  

Mais comment s’en préoccuper en tant que citoyen américain ? Un dollar, cela fait toujours un dollar à dépenser quelle que soit la saison, le nom de l’équipe vainqueur du superbowl, le taux d’humidité dans le centre commercial le plus proche, le degré de probité des locataires de la Maison-Blanche.  

Ceux que la fortune et le goût des voyages (ou des obligations professionnelles) exposent à des temps de séjour prolongés à l’étranger ont depuis longtemps pris leurs dispositions pour ne pas voir leur pouvoir d’achat planétaire carbonisé du jour au lendemain : on n’est jamais à l’abris d’une mauvaise surprise, par les temps qui courent.  

** Tenez, voici un exemple tout frais qui date de jeudi midi : la Banque centrale chinoise a annoncé via un laconique communiqué internet qu’elle orchestrait un relèvement de 27 points de base de son taux central, à 5,85% contre 5,58%. Cette hausse s’applique au taux directeur qui régit l’ensemble des crédits individuels et commerciaux. Le dernier resserrement monétaire remontait à novembre 2004.

Sur la nouvelle, le rendement des Bunds s’est retrouvé propulsé au-delà des 4% (le seuil des 115 fut enfoncé pour la première fois en quatre ans, la référence 2016 inscrivant un plus-bas à 114,91), le rendement des OAT a atteint les 4,05%.

Aux Etats Unis, les T-Bonds inscrivaient dès les toutes premières minutes de cotation de nouveaux plus-bas annuels. Les emprunts à 2 ans ont flirté durant près d’une heure avec les 5,00%, le 10 ans avec les 5,12% et le 30 ans a culminé à 5,22%, intégrant à 95% l’hypothèse d’un prime rate relevé à 5,25%.  

Heureusement, le patron de la Fed a su ramener la sérénité sur des marchés financiers au moment où ils en avaient manifestement le plus besoin. Compte tenu des records annuels retracés la veille sur la quasi-totalité des indices boursiers occidentaux, nombre d’opérateurs n’étaient plus très loin de juger prudent de se contenter des 7% à 11% de gains engrangés de part et d’autre de l’Atlantique.  

La tentation de sortir du jeu s’est donc insinuée dans les esprits en même temps que la conviction que les décisions stratégiques de la Banque centrale chinoise importaient désormais autant que celles de la Bank of Japan, de la BCE ou de la Fed.  

** Quelle remise en cause des règles du jeu actuel cela peut il impliquer ? La Chine a tout intérêt à ne pas provoquer un coup d’arrêt brutal sur le front de l’investissement à l’intérieur de ses frontières : l’est du pays est couvert de grues et d’usines en cours d’achèvement. De plus, le taux d’épargne des ménages reste très élevé, et Pékin peut encore se permettre une certaine opacité concernant le niveau de productivité de son économie.  

Mais attention à ne pas pousser le dumping trop loin… car de nombreux pays importateurs de produits made in China sont sur le point d’adopter des mesures d’inspiration protectionnistes. De nombreuses entreprises chinoises n’y survivraient pas, et un écrémage trop brutal pourrait dégénérer en crise de croissance à la thaïlandaise, comme en 1997/1998.  

** A propos de crise de croissance, la séance de jeudi, décidément très fertile en évènements de toute nature, a aussi été marquée par l’effondrement du marché des crédits d’émission de dioxyde de carbone (CER).  

Le cours des "crédits CO2" (contrats décembre) a plongé sous le seuil de 14 euros hier matin, contre 31 euros jeudi dernier, sur le très exotique European Climate Exchange basé à Londres. Plus près de chez nous, sur Powernext (Paris), le prix des certificats de CO2 dévissait de 35% à 15,70 euros contre 24,30 euros la veille et 30 euros vendredi dernier : vertigineux !  

Il y a tout juste un mois, nous évoquions dans cette même chronique le krach des bourses du Golfe Persique (30% à 40% de Ryad à Dubaï), lié en partie aux interrogations concernant la croissance mondiale et la valeur du dollar.  

Pour les "droits à polluer", le krach (-50% en quatre ou cinq séances) découle de l’annonce d’un niveau plus faible que prévu de volumes d’émissions de gaz carbonique en France, Espagne, Pays-Bas, et dans certains pays de l’est venant d’adhérer à l’Union européenne.  

Il manque encore les chiffres en provenance d’Allemagne, du Portugal et du Royaume-Uni, mais le verdict ne devrait guère être différent. Ah, si seulement les Etats-Unis avaient ratifié les accords de Kyoto… La spéculation sur les droits à polluer bénéficierait d’une profondeur de marché bien plus propice à une hausse durable des CER : mais pas de chance, l’affaire a été mal menée et la bulle a explosé au bout de moins d’un an. Les Américains ont démontré qu’ils savent faire durer ce genre de folie spéculative…  

** Sur le front des actions, l’inflation des cours se poursuit inexorablement, avec un minimum d’accrocs dans la courbe ascendante des principaux indices occidentaux depuis le 28 octobre dernier – soit six mois de hausse ininterrompue.

Les opérateurs ne sont pas encore las de voir la bourse grimper. La preuve nous en est une nouvelle fois administrée par le singulier scénario de la séance de bourse de jeudi : ce fut une journée particulièrement volatile et animée, puisque le CAC 40 aura fluctué entre 5 257 et 5 170 points, dans un volume record de huit milliards d’euros pour l’ensemble des compartiments de la cote. Par contre, le repli du marché parisien en clôture fut d’une parfaite banalité.  

En effet, une baisse de 0,74% n’impressionne personne alors que le CAC 40 vient de grimper de 3,5% entre le 17 et le 26 avril. Si le bilan de la semaine se limite à une consolidation de -1% de l’Euro-Stoxx (écart observé jeudi soir), les acheteurs pourront partir en week-end l’esprit presque tranquille : le fameux double sommet sous les 3 892 points en restera au stade de la simple hypothèse.

Reste alors à découvrir quelles cartes l’ONU compte abattre face au refus de l’Iran de stopper son programme d’enrichissement de l’uranium… et l’ultimatum expirait ce vendredi.  

Tout comme pour le quizz de CNBC au sujet des périls économiques, il semblerait que les marchés considèrent qu’il ne s’agit que d’un jeu sans conséquences, où les différents protagonistes en font des tonnes… et nous serions tenté d’ajouter des "mégatonnes" — mais ce serait soudain moins amusant : les cérémonies de commémoration du 20ème anniversaire de l’explosion de la centrale de Tchernobyl nous le rappellent, s’il en était encore besoin.

Philippe Béchade,
Paris

PS : A la veille du premier long week-end de mai, quelle stratégie adopter ? Quelles actions faut-il acheter… et lesquelles vendre ? Philippe Béchade vous donne tous ses conseils du jour au 0899 707 009*.
*(1,35 euros l’appel + 0,34 euro/minute)

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Bill Bonner, co-fondateur de La Chronique Agora, en Argentine

*** A LA BELLE ETOILE

** Nous ne vous avons pas oublié, cher lecteur. Nous n’avons pas pu vous écrire hier parce que nous n’avions pas de signal internet ni de ligne téléphonique disponible — pas même un bain chaud. La vie peut être un peu rude, dans les hautes plaines… et ces derniers jours, il a été plus que rude de rester en contact. Nos fans du monde entier ont dû nous regretter — tous les deux.

* La dernière fois, nous vous expliquions pourquoi nous vous ennuyons avec les détails de notre voyage en Argentine. Après tout, la Chronique Agora traite — en majeure partie — d’argent. Mais il ne s’agit pas uniquement d’en gagner ; pour beaucoup de gens, c’est même la partie la plus facile.

* Le perdre, par contre, est bien plus intéressant et dangereux. Un homme peut traverser sa vie en travaillant dans son secteur avec une certaine dignité ; donnez-lui un peu d’argent, cependant, est il est quasi-certain qu’il se rendra ridicule. En général, il passe tant de temps à le gagner que, lorsqu’il finit par avoir de l’argent, il n’a pas la moindre idée de ce qu’il faut faire ensuite. Il n’a pas assez de goût, d’expérience et de bon sens pour s’en séparer avec grâce ou dignité. Au lieu de cela, il gaspillera probablement son argent en maisons tape-à-l’oeil et en voitures de luxe, en investissements imprudents, en jolies filles, voire en demeures en Amérique du Sud.

* Mais dans l’esprit de votre correspondant, cette vaste portion d’Argentine était destinée non à nous exposer à l’humiliation, mais bien à nous en protéger. Au pied des Andes, avons-nous raisonné, comment nous fourrer dans des problèmes ? Et si nous nous mettions à boire ou à folâtrer avec les filles de la région, à trois heures de la ville la plus proche, qui le saurait ?

* De plus, imaginez les tristes conséquences qui pourraient naître de la détention d’actions ou d’obligations : en quelques semaines, votre investissement peut être divisé par deux, ou pire. Le dollar n’est-il pas condamné ? Les entreprises occidentales ne perdent-elles pas du terrain par rapport à leurs concurrents étrangers ? Que se passera-t-il sur les marchés lorsque les prêteurs asiatiques réaliseront qu’ils ne seront jamais remboursés ? Quel serait le but de détenir de tels titres ? Quel plaisir vous donneraient-ils ? Mais une terre montagneuse, désertique et aride, sans électricité ni chauffage central… qu’est-ce qui pourrait arriver qui rendrait l’endroit meilleur marché encore ?

** Et donc, nous voilà dans le secteur du bétail — nous vous donnons quelques conseils de base, au cas où vous vous retrouveriez forcé de vous y mettre également :

* Les bêtes sont toutes nourries à l’herbe. Le foin est stocké pour l’hiver, mais il provient aussi des terres du ranch. On n’achète quasiment rien, sinon des compléments alimentaires et les vaccinations obligatoires, qui ne coûtent que quelques dollars par tête.

* Par contre, il faut également des gauchos pour réparer les barrières et aller retrouver le bétail, donner les médicaments nécessaires aux bêtes, leur couper les oreilles, leur brûler le cuir pour les marquer, les rassembler et les charger dans des camions pour les vendre. De ce que nous avons pu tirer de Francisco, pour un troupeau de 1 000 vaches réparties sur des milliers d’acres de mauvaises terres, il faut au moins trois gardiens. Chaque gaucho coûte à la ferme environ 1 200 pesos par mois, soit à peu près 400 $. Donc si l’on met de côté les impôts et autres coûts divers, il faut dépenser environ 60 000 pesos par an pour la main d’oeuvre (sans compter l’intendant).

* D’un troupeau de 1 000 vaches, on obtient 500 veaux par an environ, que l’on peut vendre pour 150 pesos chacun, soit un revenu d’environ 75 000 pesos. Mais il faut ensuite payer l’intendant et lui acheter une camionnette. Donc, pour autant que nous puissions en juger, on perd de l’argent éternellement, à moins que les Chinois ne commencent à manger du bœuf argentin au petit-déjeuner — un souhait auquel tous les éleveurs de la planète accordent une foi plus fervente qu’à la vie éternelle ou la sécurité sociale.

* Mais selon Francisco, si nous nous débrouillons correctement — c’est à dire si nous investissons plus, dans de grands réservoirs pour recueillir l’eau des pluies estivales et dans de meilleures vaches — nous réussirons à rentrer dans nos frais. Au moins nous ne perdrons plus d’argent, et c’est tout ce que nous demandons à un investissement, quel qu’il soit.

** C’est ainsi que nous sommes venus dans la province de Salta, et c’est ainsi que nous avons fait le tour de la propriété que nous avions achetée — à cheval, le seul moyen d’y parvenir. Et c’est ainsi également que nous avons terminé par dormir à la belle étoile. A cette altitude, même les cieux semblent plus vastes. Les étoiles semblent plus brillantes, et beaucoup plus nombreuses. Nous étions ravis de simplement rester allongés dans nos sacs de couchage, les contemplant tandis qu’elles s’allumaient peu à peu.

* Pour commencer, elles n’étaient qu’un scintillement indistinct. Puis il y en eut des centaines, plus nettes. Enfin, elles se firent si nombreuses qu’elles formaient toutes comme une sorte de poussière brillante et scintillante. Il y avait la Voie Lactée, bien entendu. Au sud, un autre ensemble de poussière d’étoiles que nous n’avions encore jamais vu, puis un autre que nous n’avons pas reconnu, et un autre…

* Nous avions du mal à fermer les yeux — en partie à cause de l’illumination céleste, en partie parce que notre nouveau sac de couchage n’était pas très confortable, et en partie parce que les événements de la journée, comme un repas abondant, devait être digérés avant que nous puissions nous endormir…

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LE TRADER FOU A ENCORE FRAPPE !
2 291,08% de gains cumulés au premier trimestre 2006… des plus-values de 679% en une semaine… 103% en huit semaines… 180% en un peu plus d’un mois…

Mais comment fait-il ?

Toutes les réponses sont ici…

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*** La Chronique Agora présente ***

"Retenez les leçons des erreurs du passé, elles se reproduiront probablement", disons-nous à nos lecteurs au moins une fois par semaine. Malheureusement, bien peu de gens se soucient de cet avertissement. Chris Mayer nous en dit plus…

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INDULGENT… OU ETOURDI ?
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Par Chris Mayer (*)

Lorsque je suis d’humeur optimiste, je regarde le monde et je pense à des endroits comme la Chine et l’Inde. J’observe les marchés émergents en pleine ébullition en Afrique, au Moyen-Orient, en Europe de l’Est et en Amérique du Sud. Je réfléchis au potentiel de ces endroits. Je pense à toute la croissance économique qui les attend, à toutes les opportunités d’investissement encore ignorées.

Puis je lis ce que pensaient les investisseurs il y a 50 ans de cela. Et mon humeur vire au pessimisme, parce qu’ils pensaient la même chose. En fait, leurs commentaires restent d’actualité aujourd’hui, des décennies plus tard. Ce qui démontre entre autres choses combien le progrès est difficile et incertain.

Pire, les mêmes choses tendent à se reproduire encore et encore — se terminant toujours mal pour les investisseurs.

Il y a quelques années seulement, en 2004, les investisseurs se sont brûlé les doigts avec Ioukos — la plus grande société pétrolière de Russie. Le gouvernement russe a saisi Ioukos pour des impôts impayés se montant à plus de 30 milliards de dollars. Cela fut largement considéré comme un acte politique destiné à brider les ambitions du PDG milliardaire. Les marchés poussèrent de hauts cris, mais, en fin de compte, les investisseurs étrangers perdirent plus de six milliards de dollars.

On pourrait penser qu’après une telle expérience, toute mention de la Russie reviendrait (comme l’a écrit P.G. Wodehouse) à essayer de distraire Napoléon en lui parlant des sports d’hiver à Moscou. On pourrait penser que le mot "Russie" suffirait en fait à mettre les investisseurs dans un état de rage et de désespoir mêlés. Pas du tout. Les investisseurs sont étourdis, ou indulgents, ou les deux.

A présent, une autre belle russe s’est emparée des imaginations financières : le géant pétrolier nationalisé OAO Rosneft. Et pour empirer un peu plus la situation, il s’agit en partie de l’ancien Ioukos. Rosneft est la société dans laquelle le gouvernement a intégré Ioukos. En d’autres termes, il a volé cet actif aux investisseurs et va à présent retourner sa veste pour le revendre par le biais d’une introduction en bourse.

L’introduction Rosneft pourrait être la plus grande de l’histoire — à plus de 20 milliards de dollars. Ce serait pour une participation à hauteur de 49% dans Rosneft, le gouvernement conservant la part de contrôle de 51%. Vladimir Poutine pour partenaire ? Très peu pour moi.

Incroyablement, les investisseurs se bousculent pour en profiter. Comme l’a rapporté le Wall Street Journal, "des conseillers, dont Morgan Stanley et J.P. Morgan, ont amené le président de Rosneft, Serguei Bogdanchikov, à Londres pour une présentation en février. Il est venu tant de gestionnaires de fonds et d’analystes que certains ont dû se tenir debout durant le déjeuner". J’espère que ces gens n’investissent pas votre argent.

Certes, les marchés russes ont enregistré parmi les meilleures performances du monde ces derniers temps — au cours des 12 derniers mois, l’indice RTS (référence des actions russes) a grimpé de 137%.

J’ai failli recommander une entreprise russe l’année dernière. Il y a un an de cela, tandis que je préparais un rapport spécial sur cinq valeurs bon marché, une entreprise russe est entrée dans mon "top 16", sans toutefois passer la sélection jusqu’aux cinq dernières. Il s’agissait de Tatneft, une entreprise de gaz et de pétrole.

Il y a un an de cela, Tatneft s’échangeait pour moins que la valeur nette de ses actifs tangibles. Elle a clôturé le 1er avril 2005 à un cours de 34,30 $. A l’heure où j’écris ces lignes, elle est à 120,82 $. Cela en aurait fait le meilleur choix de mon groupe.

Pourtant, je ne regrette pas la décision d’avoir ignoré Tatneft. Pour commencer, les informations financières disponibles étaient anciennes, et ce qu’elles annonçaient était épouvantable. Il était difficile de savoir ce que vous possédiez en achetant Tatneft. A long terme, ignorer de telles entreprises vous épargnera beaucoup d’argent — parce que les gagnants ne compenseront pas les désastres inévitables.

De même, je n’achetais pas d’entreprises technologiques en 1998 — même si elles ont grimpé en 1999 pour atteindre leur glorieux sommet en 2000, avant de brûler comme les ailes d’Icare et de retomber sur le plancher des vaches. La Russie est un panier de crabes, dans lequel on peut perdre l’intégralité de ses investissements quasiment du jour au lendemain à cause des confiscations et de la corruption gouvernementale.

Pourquoi la Russie continue-t-elle d’attirer tant d’investisseurs ? Le magnétisme russe peut être résumé en trois mots : "actifs bon marché".

La Russie est toujours le plus grand pays au monde, en termes de superficie. Elle couvre 11 fuseaux horaires et quasiment tous les genres de paysages concevables, des toundras gelées aux déserts brûlants, des terres basses et humides aux montagnes arides, des forêts denses aux vastes plaines.

Et, enterrées dans tout cela, on trouve de riches veines de ressources naturelles — la Russie est un véritable entrepôt regorgeant des bienfaits de dame Nature. La Russie est le plus grand, ou parmi les plus grands, producteurs de palladium, platine, diamants, nickel et or. La Russie est également riche de pétrole et de gaz. Rosneft, par exemple, a plus de réserves prouvées qu’Exxon. A ce titre, c’est la plus grande société pétrolière au monde après sa société-soeur, Lukoil. C’est également le plus grand producteur au monde de gaz naturel.

J’aime bien ce qu’en dit Jim Rogers dans son dernier livre, Hot Commodities : "Selon la plupart des analystes, dans le paysage pétrolier mondial, la Russie est sous les feux de la rampe — une preuve supplémentaire, selon moi, de l’ampleur du désastre".

A mon avis, le fait que les investisseurs se précipitent pour acheter un conglomérat antique et délabré comme Rosneft — avec tous ses aspects douteux — est le signe que le marché est en pleine spéculation. Les investisseurs ont plus d’argent que de bonnes idées. Quelqu’un va perdre.

Un indice : ce ne sera pas le Kremlin.

Meilleures salutations,

Christopher Mayer
Pour la Chronique Agora

(*) Christopher W. Mayer est un vétéran du secteur bancaire, et plus particulièrement du domaine des prêts aux entreprises. Auteur financier depuis 1998, les essais de Christopher ont été publiés dans une large gamme de publications, de l’article quotidien de Mises.org à la version américaine de la Chronique Agora. Il est également le rédacteur de "Capital and Crisis", un service de conseil en investissements récemment lancé à l’intention des observateurs financiers d’opinion contrarienne.

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